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L'ORDONNANCE FRANÇAISE

« Voilà, s'écrie Dagobert, comme il faut mener les Français, et malheur aux admirateurs de la Prusse qui ont introduit Tusage des coups de plat de sabre ! Cette invention moderne est digne du pays où Ton prend l'automatie pour le dernier degré de perfection ^ ». L'enthousiasme peut-il s'allumer chez ceux qui tremblent sous la verge? La crainte du bâton empêcherait-elle à la veille d'une bataille le poltron de se cacher? Au contraire, dans un hôpital, le malade, entendant la voix de l'honneur, se traîne à la suite de ses drapeaux. Faites donc naître et croître dans l'âme du Français le sentiment sublime de l'honneur, piquez-le de générosité, mettez en jeu son amour-propre, employez les procédés honnêtes et non pas la dureté envers une nation qu'on peut conduire par des éloges. Si la dureté obtient l'immobilité dans les rangs, les éloges obtiennent le courage et la constance. L'usage du bâton convient à l'Allemagne, et pour qui fut soumis aux V rjes dès son bas âge, elles n'ont rien de révoltant : les généraux allemands disent volontiers qu'ils ont reçu du bâton et que le bâton est le roi de la terre; mais un pareil régime n'est pas fait pour le peuple « à qui il répugne le plus de se voir frap-

i. C'est ce qu'avait dit Dubois-Crancé dans ses Bases de la constitution militaire (lung, Dubois-Crancé, I, p. 112), que le soldat français n'est j-as un automate, qu'on avait cherché vainement à le travestir en Allemand, qu'il ne sert que par honneur. « Les coups de plat de sabre, écrivait Rivarol {Mémoires, p. 76) et toute la discipline du Nord ont désespéré les soldats français; les faiseurs qui ont substitué le bâton à l'honneur, mériteraient qu'on les traitât d'après cette préférence ». Cf. les Mémoires de Miot, 1, p. 25 : « L'orgueil national repoussait ces innovations, ces essais imi»rudents et si contraires au caractère français ; on avait saisi le moment où tous secouaient leurs chaînes pour en imposer de nouvelles aux soldats et les réduire au rôle d'automates. >

per )). L'homme, abruti de coups, ne marche comme l'esclave qu'au bruit du fouet et n'a pas d'énergie personnelle; ce n'est pas avec des soldats menés à coups do plat de sabre que Henri IV eût conquis son royaume, et Louis XIV tenu tête à l'Europe ^

Il faut donc punir légèrement les fautes légères : consigne, salle de discipline, prison au pain et à Teau, corvées, exercices. Mais il faut châtier rigoureusement la désobéissance, la mutinerie, l'insubordination, la désertion; pour de si lourdes fautes, le coupable sera traduit au conseil de guerre, condamné à recevoir plus ou moins de coups de ceinturon, envoyé dans les colonies, et cette relégation en un pays lointain où les coups de nerf de bœuf ne sont pas ménagés, serait un épouvantait qui ferait pour le moins autant d'effet que les galères. Le soldat ne craint pas la mort; il craint d'être déshonoré et de perdre sa liberté; il aime à courir, à se pavaner, à se faire voir, et le priver de ce plaisir est pour lui une punition plus sensible qu'on ne se l'imagine.

Il y a d'ailleurs d'excellents moyens d'assurer la discipline. C'est qu'il y ait sur trois hommes un répondant ; c'est que dans une escouade composée de (\nu7P hommes, de deux appointés et de deux caporaux, les douze hommes soient confiés aux quatre autres, et qu'aucun ne puisse sortir du camp sans Pire accompagné de son garant : dès lors, plus de pillage et de maraude. C'est que le soldat soit ponctuel, assujetti à des appels comme à des inspections, qu'il observe strictement l'heure et le

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