Pages 16-22. A Parmée d'Italie, Bonaparte, apprenant que
Delmas a frappé de la canne plusieurs soldats, lui écrit que
cette correction est entièrement contraire à nos principes. »
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moment, qu'il ait l'habitude d'exécuter les ordres à la minute. C'est que Poffîcier assiste aux appels : il oblige ainsi les sergents et les caporaux à s'y trouver; il empêche le soldat de leur manquer de respect et il les empêche eux-mêmes de traiter le soldat avec humeur et injustice. C'est qu'il y ait à la tête du régiment, non un seigneur de la cour qui ne fait qu'apparaître, mais un officier général présent en hiver et en été, capable par suite d'établir l'obéissance et de monter les choses sur un bon pied, imposant Texactitude du service, limitant dans les routes le nombre des équipages et des voitures, prévenant la confusion dans les marches et veillant à l'ensemble. Tous feraient ainsi leur métier ; le capitaine viendrait chaque jour au quartier; l'officier de semaine ne négligerait pas la visite des chambres. Non qu'il faille toujours manier la verge de fer; il faut se garder à la fois de la rigueur et de l'indulgence. On punira sévèrement celui qui passe la nuit au jeu ou dans son lit lorsqu'il est de garde; on n'infligera que des arrêts de vingt-quatre heures à qui n'a commis qu'une inadvertance K
ÏV. Comme dans le Mémoire de 1780, Dagobert s'étend sur la désertion. Selon lui, elle a, depuis vingt à trente ans, fait perdre à la France plus de soldats qu'il n'en faudrait à un autre Alexandre pour conquérir le monde; les chaînes, les galères, la mort même n'ont pas arrêté l'épidémie. C'est que les innovations ont dégoûté le soldat. La désertion serait infiniment moindre si la discipline était plus confomir, plus « analogue » au caractère national.
i. Pages 23-29.
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Il faut, répète Dagobert, mettre en jeu le mobile le plus puissant sur les cœurs français, c'est-à-dire l'honneur. Il faut « imprimer plus décidément le sceau du déshonneur » sur ceux qui désertent, donner plus d'appareil à leur contumace, les déclarer traîtres devant le régiment, défendre toute communication et toute correspondance avec eux, enregistrer et afficher leur ignominie dans le lieu de leur naissance, apprendre à leurs compatriotes qu'ils sont infâmes et expulsés de la société. « Il en est du soldat comme des femmes; c'est l'honneur, c'est la vertu qui doit les garder bien plus que les prjsons et les verrous. »
Un grand moyen d'attacher les soldats à leurs drapeaux, c'est l'instruction. Qu'on leur persuade que c'est s'avilir, que c'est dégrader leur être et la dignité du nom français que d'aller chez l'étranger mendier une subsistance incertaine, y faire le portefaix, y recevoir la bastonnade et des humiliations de tout genre. Qu'ils s'honorent de leur état. Combien d'entre eux se piquent d'avoir enduré la misère I Qui ne les a pas entendus se vanter d'avoir mangé du cheval au siège de Prague? « Sitôt qu'il y verra de la gloire, on peut tout attendre du Français. » Qu'ils aient donc l'enthousiasme de l'honneur. Quand le stoïcien avait dit major sum et ad majora natus, il était au-dessus des revers de la fortune; eh bien! qu'ils disent de même : « J'ai trop d'âme et je me respecte trop pour me vouer à d'autres drapeaux qu'à ceux de mon prince ; ni la douleur ni la mort ne m'effrayent, mais je crains le déshonneur; c'en serait un que d'abandonner ma patrie ».
Aussi Dagobert ne veut-il pas que les déserteurs
rentrent dans l'armée. La présence de ces gens qui se font une gloire du nombre de capitaines qu'ils ont trompés, n'est-elle pas un scandale incessant? Quel exemple pernicieux, quelle peste pour la jeunesse, toujours portée à croire aux exagérations que lui débitent ces a rouleurs de pays » f II faut chasser sans ménagement les déserteurs qui continuent leur service après avoir passé par les baguettes. Ne sont-ils pas méprisés, déshonorés ? N*a-t-on pas vu des soldats se priver de la soupe plutôt que de la manger avec eux ? Un seul d'entre eux a-t-il jamais fini son temps? Un seul est-il devenu bon sujet ? Qu'on punisse les plus coupables par les galères à perpétuité et qu'on envoie aux îles ceux dont la faute n'a pas autant de gravité. Le recrutement des troupes coloniales coûtera beaucoup moins, l'homme perdu pour le régiment ne sera pas perdu pour l'État, et il remplacera le brave garçon qui dans ce climat aurait peut-être péri.
Dans son Mémoire de 1780, Dagobert disait déjà que l'ennui est une des causes de la désertion et qu'on doit par suite occuper les soldats. Il voudrait qu'ils eussent la permission de faire, même dans la chambrée, des bas, deg boutons, du filet, et, pour qu'ils prennent le goût et l'accoutumance de ces travaux utiles, qu'ils soient exemptés do quelques exercices de détail.
Il s'élève contre le long séjour dans les mêmes villes. Les jeunes gens s'engagent pour voir du p lys et rassasier leur curiosité. Les tenir dans des garnisons ; j m uientes, c'est leur donner de mauvaises bai fut <• 1p^ uns s'énervent et s'amollissent, les autres se laissent aller au désespoir; à
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Montlouis et à Montdauphin des soldats se sont jetés du haut des remparts. On dira que les marches des troupes causent du dommage aux provinces. Mais elles sont un exercice nécessaire. Qu'on diminue les équipages et ces immenses magasins que le régiment traîne à sa suite; que les transports se fassent par des rouliers. Si le soldat était consulté, il aimerait mieux payer ses frais de route sur sa solde que de se morfondre des années entières dans le même endroit ^
V. Gomme dans le Mémoire de 1780, Dagobert consacre plusieurs pages à la « conservation » du soldat -.
11 revient sur l'insalubrité des hôpitaux où succombent, selon lui, les trois quarts de l'armée, et il entre, cette fois, dans les détails. C est ainsi qu'il parle de la fièvre d'hôpital dont le malade ne guérit que s'il passe dans un autre hôpital, parce que « le mouvement de la voiture et le changement d'air lui font plus que toutes les potions de la médecine ». Lorsqu'il traite des hôpitaux ambulants, il propose de pratiquer aux extrémités des salles de larges baies de la même hauteur que la salle et de les tenir souvent ouvertes : qu'on couvre bien le malade ; ce n'est pas le vent, ni le froid, ni le grand air qui le fera périr.
Le grand air, voilà ce que Dagobert recommande avant tout. « Les vents, dit-il, emportent les principes d'insalubrité répandus par la rivière d'Aude