‹ Le général DagobertChapitre 20 sur 121 · V->^ ri · texte numérisé non relu

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L'ORDONNANCE FRANÇAISE

ront la première ligne. Le surplus de chaque compagnie, ceux qui marchent moins bien, vieux soldats, recrues, convalescents, formeront la seconde ligne : ce sera le corps de réserve, le point d'appui, qui alimentera la première ligne et la tiendra sans cesse au complet. Il y aura dans cliaque bataillon deux parties : l'une de première ligne, l'autre, de seconde ; chacune manoeuvrant séparément, à moins que le commandant ne juge à propos, selon les circonstances, de les placer sur le même front.

Les cinq piquets fournis par chaque bataillon, composés de 48 hommes en deux pelotons et commandés chacun par deux officiers, seront tirés des compagnies de fusiliers et de la compagnie de grenadiers. Quand la première ligne se formera en colonne d'attaque ou ordonnance française, le piquet de grenadiers sera en tête; puis viendront par pelotons, l'un derrière l'autre, les quatre piquets de fusihers. La colonne aura 16 hommes de front et 15 hommes ou même 18 de profondeur — non compris les deux files d'officiers et de bas officiers qui appuieront toujours le flanc extérieur de leur peloton. Pas de distance entre piquets et pelotons, pas d'intervalle, pas de serre-files ; tous les piquets serrés et unis pour s'entr'appuyer de l'épaule s'ils doivent « faire mur à la cavalerie ».

Il faudra exercer la colonne, lui montrer par des simulacres de combat comment elle doit joindre l'adversaire, lu familiariser avec l'idée du danger, lui donner l'habitude de marcher avec beaucoup de vitesse sans flotter ni perdre son ensemble, et de telle sorte que le soldat ait l'aisance d'un pas entre les rangs, mais que tous, au signal de la charge, se serrant, s'appuyant de l'épaule, soient prêts à

parer le coup de sabre et à allonger le coup de baïonnette. Il faudra l'exercer ér^ilement à diminuer son front par des doublements de file lorsqu'il s'ag-ira de franchir un obstacle et de pnutStf un défilé, l'exercer à se former et à se déployer, et les manœuvres que conseille Dagobert sont si simples et si faciles qu elles suppléent à toutes celles qu'indiquent les règlements; tous les mouvements de la colonne se font vivement sans méprise ni confusion.

Vient, un jour, le combat réel. Chaque bataillon a sa colonne d'attaque ou de première ligne A droite et à gauche de la colonne, et à la hauteur du premier rang, sont placés les chasseurs ; ils éclairent pendant la marche l'avant et les flancs de la colonne, et, s'ils ne paraissent pas assez nombreux, on les renforce par les hommes les plus lestes de chaque compagnie; ils sont sur deux rangs; chaque homme du premier rang fait son feu, puis laisse passer celui du second rang, charge son arme et revient en courant pour ne jamais tirer en arrière de la tète de la colonne. Cependant cette colonne s'avance à grands pas, baïonnette croisée, le tambour battant la charge ; son aspect, le feu des chasseurs, le bruit des tambours et des coups de fusil, la poussière, la fumée, tout impose aux ennemis ; elle les joint, elle les culbute par la vitesse et la pesanteur de sa masse. Qu'un obstacle impénétrable se présente ; alors, et rapidement, elle se déploie ; les grenadiers s'arrêtent pour faire feu ; à ir ite, à gauche, chaque peloton s'arrête, s'aligne, pour tirer de même, et la seconde ligne accourt à 1 aide de la première pour la soutenir et la rallier. Que survienne une charge de cavalerie : la colonne

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s'arrête pour faire de tous côtés le feu de file, tandis que les chasseurs, se repliant avec vivacité, se collent à ses flancs et à sa queue, et, genou en terre, s'apprêtent à tirer à bout portant. Ou bien elle marche, plus serrée encore, et, quand la cavalerie arriverait sur les premiers rangs, il y aurait toujours six baïonnettes au moins contre chaque cavalier, et les deux files ou les 30 ou 36 hommes, pressés et comme liés ensemble, opposeraient à cette cavalerie un rempart qu'aucun cheval ne pourrait renverser. Qu'on se rappelle le Schulenbourg de VHistoire de Charles XII, résistant en pleine campagne à la cavalerie suédoise. Qu'on se rappelle la légion romaine défiant la cavalerie et marchant même avec avantage à sa rencontre. 11 est vrai que le légionnaire avait le casque, la cuirasse, le bouclier ; mais notre soldat manie la baïonnette avec plus d'aisance, et il peut se garantir la tête par un mouchoir mis en anguille sur son chapeau et par des épaulettes doublées ou garnies de chaînettes.

Telle est Vordonnance française. Du « mélange indigeste des individus de l'armée », on tirera une partie agissante, une première ligne, formée de gens d'élite qui, tous, auront la même facilité, la même vitesse des mouvements ; plus d'officiers ou de sous-officiers âgés ou infirmes qui ralentissent la marche et qui, ainsi qu'il advient fréquemment, causent le malheur d'une journée en arrivant trop tard, mais des officiers, des sous-officiers, des soldats qui n'ont ni délicatesse ni indolence, qui sont assez robustes pour endurer la fatigue, qui donnent l'exemple de l'agilité comme de la bravoure. Dagobert juge que cette ordonnance présente tous les

avantages : organisation simple, effets vigoureux et prompts, les moyens les plus puissants dans chaque genre de combat, Tensemblo, Pimpulsion, la rapidité du déploiement. Elle a, dit-il, la solidité et la profondeur de la phalange, la légèreté et la mobilité de la légion. Munie d'armes de jet et d'armes blanches, joignant aux coups de feu qui partent de ses premiers rangs l'aspect d'une masse hérissée de baïonnettes, elle aura le même succès que la légion. De même que la légion avec ses dix manipules de première ligne, offrait un front de dix tètes de colonnes, de même dix bataillons offrent dix colonnes de première ligne, et tandis que les chasseurs escarmouchent de même que les vélites, les colonnes, aussi vives, aussi indépendantes les unes des autres que les manipules, pourront marcher de front à égale distance ou se rapprocher pour frapper au même point ou, grâce aux bons marcheurs qui les composent, tourner l'aile de Tennemi, harceler ses flancs, gagner ses derrières : que de fois la célérité seule a fixé la victoire !

Cette ordonnance ne vaut-elle pas mieux que Tordre proposé par Mesnil-Durand, que cet ordre profond, que tous les bons militaires préfèrent à Tordre mince ? Qu'on examine l'ordonnance de Dagobert et celle de Mesnil-Durand.

i*^ Dans toute entreprise qui exige de la célérité, il est nuisible de confondre dans le même rang Thomme fort et l'homme faible, le bon marcheur et Téclopé et de tenir la vitesse des uns enchaînée par Tinertie des autres, c'est ce que ne fait pas Tordonnance de Dagobert.

2° On sait combien varie l'effectif d'une compatrnie; dans Tordonnance de Dagobert, jamais une

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compagnie ne sera assez diminuée pour ne pas fournir son piquet de première ligne.

3« L'ordonnance de Dagobert ne sépare ni les voltigeurs ni les grenadiers de la troupe dont ils sont Télite.

4« Dans Tordonnance de Mesnil-Durand Tofficier âgé ou infirme marche à son tour ou par rang d'ancienneté à la tête d'une colonne, et le lui interdire serait toucher à son honneur ; dans l'ordonnance de Dagobert, Tofficier que la force et Tagihté ne désignent pas pour la première ligne, passe sans dépit à la seconde.

5^ Combien la colonne de Dagobert, cette masse solide où tous se soutiennent et s'appuient les uns les autres, diffère de la colonne de Mesnil-Di:rand dont les divisions sont séparées par des distances quelconques, par la place de Tofficier qui est à la tête, par la place de celui qui est en serre-file!

6^ N'est-il pas utile au général d'avoir son armée partagée ainsi en première et en seconde ligne, Tune gardant les équipages et occupant une position, tandis que l'autre entreprend les opérations les plus importantes, les plus hardies, et trompe la prévoyance de l'ennemi, comme fit le maréchal de Saxe, quand il s'empara de Bruxelles au milieu de l'hiver?

7« L'artillerie ne fera-t-elle pas plus de mal à la colonne de Mesnil-Durand, naturellement lente, qu'à celle de Dagobert qui marche avec la plus grande vitesse? L'une recevra dix décharges, Tautre n'en essuiera pas deux.

8^ Enfin, ce choix des hommes qui forment la première ligne, cette espèce de distinction, ne produit-

elle pas l'émulation, cette qualité précieuse à la guerre?

Il y a dans cet exposé de Dagobert beaucoup de verve et même d'enthousiasme. Notre major s'enflamme en développant ses vues; il semble élre en plein combat, et on croirait qu'il marche à la tète de cette colonne invincible dont il est Tapotre. Les ennemis, postés et retranchés, peuvent attendre de pied ferme son attaque. Qu'importe? Il manœuvre; il a l'agilité, la facilité de se mouvoir; il menace leurs flancs, leurs derrières; il leur coupe les vivres; il les oblige à présenter la bataille; il court à eux dans l'endroit où ils l'attendent le moins, où leur artillerie n'est pas encore disposée de manière à lui faire grand mal. — Mais, si les ennemis l'assaillent, si ce sont eux qui viennent à lui? — Eh bien! qu'ils viennent! Qu'ils déploient sur leur front leurs nombreux canons. « Leur marche ne peut manquer d'être lente. J'ai tout le temps de reconnaître la partie faible, et je rentre aussitôt dans mes droits. C'est moi-même qui vais attaquer. Je me porte vivement sur le point où je juge qu'il est de mon avantage de frapper; je m'y porte avec une telle vitesse que je déconcerte leurs projets; avant que le développement de leurs forces ait pu s'exécuter, je suis sur leurs bras, j'y suis avec tant de célérité que cette redoutable artillerie sera peut-être enlevée avant qu'on soit parvenu à la mettre en batterie ^ ».

Dagobert, lui, se passe de l'artillerie : elle ne peut suivre, écrit-il, la rapidité de sa marche et,

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