‹ Le général DagobertChapitre 29 sur 121 · Marmont, Mém., I, p · texte numérisé non relu

Marmont, Mém., I, p

4. Le mot est barré dans la minute de son adresse à l'Assemblée contre Dubois-Grancé, mais il a été écrit (A. D.)

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LA REVOLUTION

cahiers non seulement que le soldat pût arriver au grade d'officier et qu'il fût connu sous le nom lVo/Jicierde mérite, mais qu'il pût parvenir aux emplois supérieurs. Dagobert était moins généreux. Il n'imagine pas, et dans son mémoire de 1780, et dans son livre de 1790, que les soldats s'élèvent jamais au grade d'officier. Evidemment, comme son maître La Noue de Vair, comme l'auteur des Nouvelles constitutions militaires, il voudrait que le corps d'officiers ne fût composé (|ue de nobles, et il aurait fait sienne cette phrase d'un contemporain sur l'artillerie où les candidats à l'examen d'élève et de lieutenant en second devaient, depuis la décision du 22 mai 1781 , produire un cerlificat du généalogiste : « la classe des officiers est celle de la noblesse ». Ne demandait-il pas dans V Ordonnance française que les agents de l'autorité fussent tenus d'avoir des biens fonds qui seraient comme la caution de leur fidélité et de leur attachement à la loi? Ne demandait-il pas que l'officier eût une propriété de 15 à 20.000 francs et le colonel, une propriété de 100 à 200.000 francs? '

Dagobert s'indigne donc que le peuple violente ou massacre des hommes et brûle leurs archives et leurs maisons parce qu'ils sont nobles. Il s'indigne aussi que le peuple se serve de ces armes, non pour châtier les brigands dont les provinces sont infestées, mais pour attaquer les personnes et les propriétés. Il s'indigne que les municipalités empiètent sur les attributions du ministre, contestent Pautorité des généraux et interviennent dans la po-

\. Li" Noue de Vair, Nouv. const. mil., I, p. 7; Ordonnance française, p. 161; cf. A. Chuquet, La jeunesse de Napoléon, II, p. 167.

lice intérieure des troupes. Il sMndigneque l'armée infidèle se révolte contre ses chefs. Quoi 1 A Toulon, le comte d'Albert de Rions, commandant de l'arsenal, est mis au cachot! A Lille; le lieutenant général marquis de Livarot ainsi que le lieutenant de roi sont enfermés à la citadelle par les soldats! Partout, le même esprit d'indiscipline ! A l'appel des journalistes révolutionnaires et sous l'excitation des clubs les rég-iments méprisent ou maltraitent leurs officiers, méconnaissent les ordonnances, saisissent la caisse militaire pour la partager, laissent égorger leur commandant sans lui porter secours, et à Valence, non loin de Romans, un colonel d'artillerie, M. de Voisins, est immolé sous les yeux de ses canonniers par la populace !

Mais un membre de l'Assemblée nationale, Malouet, ose s'élever avec force contre ces excès; il ose dire que PAssemblée devrait marquer sa satisfaction aux régiments qui ne s'écartent pas de la discipline et son improbation à ceux qui se conduisent mal ; il proclame la nécessité de sévir contre les auteurs, contre les colporteurs et distributeurs de « libelles atroces » comme le journal de Camille Desmoulins et celui de Marat. Et Dagobert félicite Malouet : « En applaudissant à votre courage, lui écrit-il, les âmes honnêtes vous doivent mille remerciements d'avoir dénoncé ces feuilles infernales qui appellent sans cesse de nouveaux forfaits ». Il a peine à concevoir que des membres de PAssemblée nationale aient approuvé ces « scélérats », aient provoqué le soldat à égorger son officier, qu'aucun d'eux n'ait proposé de décréter le respect de la discipline. « Ce n'est pas après un décret qui fixe la force ou la solde de l'armée que nous soupirons;

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c'est après un décret qui rétablira l'obéissance et la soumission des subordonnés vis-à-vis de leurs chefs! Voilà la plaie qu'il est urgent de panser. Le sang des Voisins n'a donc pas encore imprimé assez d'horreur ! Y aurait-il dans l'Assemblée des âmes assez barbares pour se faire un jeu de voir sous la hache la tète d'un Albert de Rions, d'un Livarot et de tant d'autres! Une simple lettre qui aurait recommandé l'observation des anciennes lois jusqu'à l'établissement des nouvelles, aurait prévenu les horreurs qui se préparent encore. Avant d'avoir fait renaître l'esprit d'ordre et de subordination, on parle d'incorporer, de rassembler des individus insubordonnés ! Vous gémissez, Monsieur; nous gémissons de ce que tout le monde ne veut pas le bien; nos vœux, notre reconnaissance se tournent vers vous ^ ».

Dagobert écrit même au ministre de la guerre. 11 lui propose un moyen de mettre un terme à l'anarchie. Ce moyen, il le proposait dans son mémoire de 1780, il le proposait dans V Ordonnance française pour arrêter la désertion : c'est d'établir des gardes dit « gardes de la communauté » qui connaissent les localités, qui savent distinguer les habitants des étrangers et qui, par là, seraient « de la plus grande utilité pour le maintien de la police et du bon ordre ^ ».

La patrie en feu et le sang près de couler; plus de travail; plus de loi; tout le monde montant la garde ou allant à la chasse; des coups de fusil à chaque instant et la vie menacée par la maladresse et l'inexpérience d'une foule de gens de tout mé-

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