‹ Le général DagobertChapitre 35 sur 121 · Mercure français, 14 avril 1792, p · texte numérisé non relu

Mercure français, 14 avril 1792, p

1. Du Muy et la municipalité d'Avignon au ministre, 16, 17, 18 mars; Du Goulot au ministre, 5 mai 1792 (A. G.) Du Goulot était

VII. Malgré sa mésaventure, Dagobert comptait, en effet, rejoindre. Un autre aurait émigré, et son frère, Dagobert de Groucy, n'hésita pas à passer la frontière. Mais il craignait la confiscation de ses biens-fonds et il avait toujours dit qu'on ne doit pas abandonner sa patrie '.

Peut être aussi finissait-il par croire, comme Napoléon Bonaparte vers la même époque, que ces désordres étaient inévitables; qu'aucun homme ne pouvait s'opposer à ce grand mouvement, ne pouvait arrêter ce torrent qui rompait ses digues ; qu'il n'y avait pas de force individuelle « capable de prévenir les événements qui naissent de la nature des choses et des circonstances » ^

Il savait que la guerre éclaterait bientôt. Un député de la Législative, Dochier, qu'il avait connu à Romans, lui écrivait que la nation faisait des préparatifs considérables, qu'elle serait sans doute obhgée de combattre et qu'elle resterait sur la défensive : tel était « le vœu de beaucoup de citoyens et celui d'une partie des membres de l'Assemblée. » Le 20 avril, la guerre était déclarée. De nouveau, les Allemands allaient être aux prises avec les Français, et, comme aurait dit l'auteur de l'Ordonnance française, le flegme avec la vivacité. Quell, i, lie occasion de braver le feu, de diriger d'inipuiueuses attaques I

L 1 du °. ba am^'n '*,'' ^■""«-•"''^■•«- Nommé Ueutenant-co. 1. (h'donnance française, p. 37 et 161

LA RÉVOLUTION

Certes les soldats n'auraient pas de longtemps cette subordination qu'ils avaient naguère. Mais Dagobert n'avait jamais voulu qu'ils fussent soumis à une rigoureuse discipline, excédés de minutieuses pratiques : l'essentiel était qu'ils eussent de la bravoure et, s'ils supportaient vaillamment les fatigues de la guerre et affrontaient les dangers, s'ils montraient cette martiale ardeur qui semble innée chez les Français, il ne leur demanderait pas davantage. En attendant, il cacherait, il refoulerait au fond du cœur son royalisme. Ne fallait-il pas, comme on dit, hurler avec les loups ? « Les soldats de la Révolution, écrivait Biron, sont prêts à tout entreprendre sous des chefs dont ils ne suspectent pas les principes. » Dagobert sentit que, s'il voulait entraîner les soldats qu'il aurait sous ses ordres, il devait professer leurs principes. Puisque la confiance qu'ils avaient en leur chef était, comme il l'avait dit dans VOrclonnance française, le premier gage de la victoire et « le caractère magique qui les porte à mépriser leur être et à courir à leur destruction », ne fallait-il pas se concilier leur entière confiance ? Il les nomma en 1793, en 1794 ses braves sans-culottes ; il les exhorta à « chasser les satellites du despotisme », à « soumettre aux armes de la République le territoire ennemi » \

Aussi, dès le commencement de 1793, les bureaux de la guerre le déclaraient « bon » et lui donnaient la même note qu'à Brune, qu'à Biron, qu'à Barbantane. Ceux qui le virent de très près, le pénétrèrent. Revest — un agent du Comité d'instruc-

1. Cf. Biron à Servan, 21 août 1792; Ordonnance française, p. 30; Dagobert au Comité, 7 septembre 1793 et aux représentants, 8 avril 1794 (A. G.)

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tion publique aux Pyrénées-Orientales — écrit qu'il ne passe pas pour républicain. Le représentant Cassanyes assure qu'il n'aimait pas la Révolution. Mais cette disposition d'esprit n'était pas rare chez les colonels et les maréchaux de camp qui firent les premières campagnes de la liberté. Biron remarquait avec raison qu ils ne paraissaient pas très patriotes. Ils regrettaient la royauté et en souhaitaient le retour parce que la République ne leur semblait qu'un régime d'incohérence et d'anarchie. Serurier était encore regardé, même après la campagne d'Italie, en 1797, comme un aristocrate endurci, et d'Oyré, le défenseur de Mayence en 1793, croyait que le peuple n'était pas mûr pour l'exercice de ses droits, que les passions des meneurs décidaient des événements et que la France avait simplement changé de maître. Dagobert pensait comme Serurier et d'Oyré. ^

1. Biron à Sorvan, 23 août 1702 (A. G.); cf. A. Ghuquet, Journal de Desaix, p. 70 et Mayence, p. 150.

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