‹ Le général DagobertChapitre 37 sur 121 · Cf. A. Ghuquet, Wissemboiirg, p · texte numérisé non relu

Cf. A. Ghuquet, Wissemboiirg, p

portait que les capitaines seraient remplacés par les premiers lieutenants. « Mais, répondit Dagobert, il y a des premiers lieutenants attachés aux compagnies d'Amérique, ils ont été nommés capitaines, ils n'ont pu joindre, et ce serait une grande injustice de les priver de l'avancement qu'ils ont mérité. » — « Ils sont revenus en France, objectèrent les soldats, et ils ont passé aux énn'grés. » — « Je n'en ai aucune certitude, répliqua Dagobert, et Pon ne peut rien déterminer d'après des soupçons. D'ailleurs, s'il y a des emplois vacants, ils appartiennent, pour le moment, au choix, et non à l'ancienneté, et ce sont des citoyens qui, cette fois, doivent être nommés. » 11 ne réussit pas à convaincre les soldats; ils criaient plus fort encore et il ne les calma qu'en promettant d'écrire au ministre et de leur communiquer la réponse qu'il recevrait. « Je ne désespère pas de les ramener, marquait-il le 5 août, le plus grand nombre écoutent la voix de l'ordre et de la discipline, les uns comme les autres se sont mis ce matin tranquillement en route ».

Mais Dagobert. toujours sans lieutenants-colonels, craignait « quelque mouvement d'impatience ». Le ministère n'envoyait pas de brevets ; les jeunes gens qu'il avait désignés, lassés d'attendre, passaient dans d'autres corps; les soldats, n'entendant parler d'aucune nomination, ne croiraient-ils pas que leur colonel les avait leurrés? Par deux fois, le 28 juillet et le 15 août, Dagobert proposa de nouveau des sujets méritants en demandant avec instance la prompte expédition de leurs lettres de service.

Pendant que le second bataillon du 51^, composé de trois compagnies, restait au dépôt de Tournon,

LE GENERAL DAGOBEUT

le bataillon de campagne se rendait par Grasse où il s'arrêta durant le mois d'août et par Colmars au camp de Tournoux. Il faisait partie du corps d'armée commandé par d'Anselme et dénommé bientôt armée du Var, puis armée d'Italie ^

II. Le 17 septembre, d'Anselme reçut de Montesquieu dont il dépendait encore, l'ordre de passer le Var et d'entrer dans le comté de Nice. Mais il n'avait que huit bataillons campés au nord d'Antibes à l'embouchure du ruisseau de la Brague et il ne pensait qu'à tenir la défensive. Le 25 lui arrivait de Paris Tordre absolu d'attaquer Nice. Il n'hésita plus. Il appela quatre bataillons du camp de Tournoux et pour déguiser sa faiblesse il fît avec grand fracas ses préparatifs d'invasion. Il plaça sur les bords du Var vingt-quatre pièces de gros calibre qu'il prit sur les remparts d'Antibes et qui devaient balayer le torrent entre Saint-Laurent et la mer. Il annonça bruyamment qu'il attendait des secours de Toulon et de Marseille, que son armée comptait 40.000 hommes et trois divisions, destinées l'une à marcher sur Nice, l'autre à intercepter par Contes la route de Tende, la troisième à

L Lettres de Dagobert, du SJuillet et du 5 août (A. D.) ; Painvin, Hist. du 5i* régiment, p. 156 (le bataillon de campagne compte alors 823 bommes; le 2* bataillon, resté à Pont Saint-Esprit, 262 hommes). On sait ce que dit alors Montesquiou (lettre du 20 mai à Servan) des troupes de ligne et des volontaires de l'armée du Midi : « Il n'y a ici de fort bien que les bataillons de volontaires. Je voudrais de tout mon cœur que vous m'en envoyiez beaucoup ; on pourrait on tirer un parti excellent. Ils sont, en général, ici plus instruits, plus sages, plus disciplinés et plus lestes que les régiments. Il n'y a entre eux aucune discordance. Ils ne sont pas ombrageux et méfiants comme les soldats ordinaires. Si les bataillons étaient plus fort«, je consentirais très volontiers à n'avoir pas d'autres troupes. >

*-*iJœe*iS i^w*?'*;*»^*; v,W(*ai«u#È*^^e^*%<gi;i»

NICE ET SOSPEL

pousser sur Puget-Théniers et Levens. Il envoya Tescadre du contre-amiral Truguet croiser entre Villefranche et le golfe Juan. Une frégate, appuyée par deux vaisseaux de ligne, alla fièrement réclamer à Nice le consul français Leseure détenu dans son domicile, et l'adjudant-général Milet-Mureau, monté sur cette frégate, reconnut ostensiblement les batteries et les points de débarquement. Courten qui commandait le comté au nom du roi de Sardaigne, crut que les républicains pénétreraient de tous côtés et craignit d'être coupé ; il évacua Nice le 28 septembre et gagna Saorge. Déjà la canaille, marins et portefaix, pillait les magasins publics et même les maisons des particuliers. D'Anselme sut l'événement le 29 septembre à 5 heures du matin. Il partit aussitôt avec ce qu'il avait sous la main, un bataillon de grenadiers, deux bataillons de ligne, le 51*^ de Dagobert et le 91% deux bataillons de gardes nationales, le 1^' de l'Hérault et le 3^ des Bouches-du-Rhône, deux compagnies d'infanterie légère, 150 dragons et douze pièces d'artillerie, huit de 4 et quatre de 8, les seules qui fussent dans son armée. On passa le Var à gué, et bien qu'en certains endroits le courant fût rapide, on ne perdit, grâce aux paysans el aux guéyeurs du pays, que trois hommes et quelques chevaux. On marcha sur Nice en chantant le Ça ira et en criant Vivent la liberté et V égalité. On entra dans la ville. Le soir même Montalban ouvrait ses portes. Le lendemain, Villefranche se rendait. En quelques heures d'Anselme s'était sans coup férir emparé d'un port et de trois forteresses ^

1. Ordre de Servan, IG novembre; Anselme au ministre, 29 sep-

lïl. Dagobert fut nommé commandant de la place de Mce. La confusion était inouie. Dans la ville comme dans la campagne se produisaient les plus grands excès. Les Français, usant et abusant du droit do conquête, pillaient les maisons des émigrés, ouvraient les malles abandonnées et y prenaient l'argent et la vaisselle. Ils enlevaient le mobilier des églises. On ne put rétablir un semblant d'ordre qu'avec une peine extrême. Dès le 4 octobre, les nouveaux magistrats installés par d'Anselme annonçaient au général que l'habitant se plaignait des « dégâts, vols et violences qu'il recevait des volontaires et autres soldats ». De concert avec eux, Dagobert fit transporter dans des magasins les bagages et effets des émigrés et faire dans toutes les maisons de Nice les plus exactes perquisitions. Il défendit aux citoyens de rien acheter des militaires. Il requit la municipalité de ne délivrer aux républicains aucun billet de logement que sur la demande d'un officier de leur corps. Des patrouilles fréquentes empêchèrent le brigandage. Elles avaient permission de tirer sur les pillards. Deux fantassins et un dragon furent tués en flagrant délit. Treize soldats furent jetés dans les cachots du Fort Carré d'Antibes pour être traduits en cour martiale et quatre envoyés devant les tribunaux voisins. Nombre d'autres furent mis dans les prisons de Nice oii ils étaient souvent plus de soixante à la fois \

tembre; bulletin dn 29 sept, au 16 oct. (A. G.); Krebs et Mons Camp, dans les Alpes pendant la Rév., I, p. 127-137. '

1. Il faut noter toutefois que des gens du pays se revêtirent de rhabit national pour mieux piller et, selon Barras (Barras à Roland, 20 oct. 1792), qu'ils « se portèrent avec rage dans les maisons infectées d'aristocratie. » Cf. Archives des Alj)es.Maritimes

NICE ET SOSPEL

Les généraux étaient rares dans cette armée. Le 13 octobre d'Anselme proposait pour maréchal de camp « le citoyen Dagobert, officier qui était dans les meilleurs principes, qui avait beaucoup fait la guerre et qui était âgé de soixante ans *. » Les commissaires de la Convention, chargés de donner leur avis, déclarèrent que Dagobert méritait d'être nommé maréchal de camp. Il commanda dès lors une des trois divisions de l'armée, la première. Le colonel du 91®, Du Merbion, qui fut, le 23 novembre, nommé, comme Dagobert, maréchal de camp provisoire, était à la tête de la deuxième division. Brunet, maréchal de camp depuis le l®*" mars 1791, conduisait la troisième division, la plus importante.

Désormais le nom de Dagobert revient à chaque instant dans le récit des opérations de l'armée d'Italie à la fin de 1792 et au commencement de 1793 2. Dans les derniers jours d'octobre 1792, pendant que Brunet occupait Sospel et Breil, que Barrai poussait sur Lantosque, que Du Merbion entrait à Puget-Théniers, Dagobert s'emparait de Lucéram et de Coaraze.

IV. Mais bientôt le général piémontais comte de Saint-André prit l'offensive. Dans la première semaine de novembre un détachement commandé par le major de Gastelberg délogeait Barrai de tous les points importants de la vallée de la Vésubie,

et Inventaire de H. Moris, p. 25-26; Sappia, Nice historique, 1905, p. 300 et 1906, p. 42; Toselli, Précis hist, de Nice, 2« partie, t. I, p. 43; second mémoire d'Anselme, p. 7, 21, 36.

1. On s lit que Dagobert avait alors, non soixante, mais cinquante-six ans.

2. Voir à l'appendice V l'état de situation de l'armée d'Italie au 1" novembre 1792.

et, dans la nuit du 17 au 18 novembre,, tandis que Castelberg se saisissait de Lucéram et de Berra, Brunet, assailli brusquement à Sospel, se repliait sur le col de Braus et de là sur l'Escarène.

L'échec était grave. D'Anselme jugea nécessaire de le réparer sur-le-champ. Il assembla douze compagnies de grenadiers dont moitié de gardes nationales, et un corps de 1200 hommes qui fut tiré de douze bataillons établis à Nice. Il mit 2000 hommes à l'Escarène pour contenir les miliciens ou barbets qui, de Lucéram et de Berra, inquiétaient les convois. Ce qui lui restait de troupes marcha sur le col de Braus. En avant-garde, les volontaires corses et six compagnies du 3^ bataillon d'infanterie légère. A gauche, sous les ordres de Dagobert, secondé par le colonel Massia et le lieutenant-colonel Vicose, une colonne composée de douze compagnies de grenadiers et du bataillon de campagne du 11® régiment. A droite, sept compagnies de grenadiers, menées par le lieutenant-colonel Dupuy, gagnaient par la crête des montagnes le défilé de Rocca-Taillada, « où quinze hommes avec des pierres pourraient arrêter une armée ». Au centre, le 70® régiment où étaient d'Anselme, Brunet et l'adjudant-général Milet-Mureau, avec deux pièces de 8 et deux pièces de 4, suivait le passage frayé par la colonne de droite. Saint-André n'avait laissé au col de Braus que 150 hommes. Ce poste se replia dès qu'il vit déboucher les colonnes françaises et le 19 novembre les républicains entrèrent de nouveau dans Sospel qui de nouveau fut saccagé ^

Page 1