‹ Le général DagobertChapitre 38 sur 121 · Bulletin dn 18 au 22 nov. (A. G · texte numérisé non relu

Bulletin dn 18 au 22 nov. (A. G

NICE ET SOSPEL

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Pendant que d'Anselme retournait à Nice avec huit compagnies de grenadiers, après avoir repris possession de Lucéram et de Berra, le reste des troupes, commandé par Brunet, demeurait à Sospel. Mais la neige couvrait la terre : soldats et volontaires étaient trop mal habillés, trop mal équipés pour résister aux intempéries ^ ; les convois qui devaient alimenter un corps de 3.000 hommes, causaient une dépense considérable; il fallait les escorter, il fallait avoir d'autres postes sur la route, et les barbets qu'on ne pouvait atteindre, tiraillaient tous les jours du haut des rochers. Après avoir montré, comme disait d'Anselme, qu'ils tenaient Sospel à volonté, les Français revinrent à l'Escarène : la ville de Sospel, ajoutait le général en chef, étant au bas d'une vallée très profonde, serait nécessairement à celui qui l'occuperait en forces.

Les ennemis reparurent. Ils s'établirent à Sospel et sur les hauteurs en avant de Sospel. Aussitôt — le 3 décembre — Dagobert marcha contre eux avec 1.300 hommes; il les chassa de leur camp et les poursuivit jusqu'au-delà de Sospel ; il ramena vingt prisonniers dont quinze Autrichiens et tous les bagages à son quartier de l'Escarène.

Les opérations semblaient suspendues pour l'instant, et les généraux pensaient qu'il serait impossible d'aborder l'adversaire dans le fort de l'hiver sur cette partie des Alpes escarpées et couvertes de neiges. Mais le 23 décembre, au maliu, un détachement de l'Escarène, allant en reconnaissance

1. t Je commande, disait d'Anselme (à Pache, 26 nov.-, A. G.), le corps de troupes le plus mal armé et le plus mal habillé de la République. »

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LE GÉNÉRAL DAGOBEKT

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vers le col de Braus sans aucune précaution, tomba dans Une embuscade ; attaqué soudain de trois côtés, il se mit en désordre et se sauva. Le lieutenant Taillefer qui commandait la troupe et un sous-officier furent tués, douze soldats blessés, et trente faits prisonniers. Dagobert accourut. 11 donna la chasse aux ennemis jusqu'à Sospel et même au delà jusqu'à la Nieja ; malgré son ardeur, et bien qu'il fit une extrême diligence, il ne put les rejoindre K

V. D'Anselme ne commandait plus l'armée. Appelé à Paris le 16 décembre et suspendu le 27 du même mois, il avait cessé ses fonctions le 8 janvier 1793, pour être décrété d'accusation le 14 février suivant. Les commissaires de la Convention, Collot d'Herbois. Goupilleau et La Source,, lui reprochaient sa faiblesse, son insouciance et les « procédés les plus répréhensibles ». D'après eux, si d'Anselme restait à la tête de l'armée d'Italie, elle serait perdue ; il n'était ni actif ni ami de l'ordre et de la gloire de nos armes, et, sous un pareil chef, les soldats ne pourraient avoir ni valeur ni vertu. Leurs successeurs, Grégoire et Jagot, confirmaient leur dire: on avait, écrivaient-ils, commis des horreurs sous le commandement de d'Anselme, livré les maisons et les propriétés au pillage, arraché les meubles, les bestiaux et le pain du pauvre, désolé Lantosque, Levens, Lucéram, Sospel qui n'était plus qu'un amas de murs, et toute l'Italie avait retenti de ces brigandages, de ces excès qui fai-

1. Actes du Comité, I, p. 313 ; Thaon de Revel, Mém. sur la guerre des Alpes, p. 28; d'Anselme à Pache, 3 déc. (Mon. du 14); Brunet à Pache, 31 déc; Chronique du curé de Sospel (A. G.)

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saient à la France plus de tort qu'une bataille perdue K

Ils avaient raison sur plusieurs points. D'Anselme avait dû jeter en prison le capitaine des guides Masséna ainsi que le commissaire provisoire des guerres Ferru, « principaux agents des dévastations », et tout Nice répétait que la conduite des républicains avait soulevé contre eux les habitants de la montagne, que les barbets avaient juré une haine mortelle aux Français. « Chaque jour, dit un témoin, les barbets nous tuent du monde jusqu'aux portes de la ville; ils se cachent dans les taillis, dans les rochers, et ils tirent très juste ; c'est la seule guerre qui nous inquiète, et elle fatigue nos détachements ; l'armée piémontaise est bien moins à craindre » ^

D'Anselme, pourtant, était-il si coupable ? Sans doute, après son départ, Nice sembla respirer ; les boutiques, jusqu'alors fermées, se rouvrirent; les marchands eurent un air d'assurance; les bourgeois osèrent se montrer dans les rues. Mais pourquoi le 15 octobre, les corps administratifs de Nice déclaraient-ils que d'Anselme était investi de la confiance publique ? Pourquoi demandaient-ils instamment pour lui le grade de maréchal de France ? Pourquoi, dans son compte-rendu du 22 janvier 1793, l'administration provisoire du pays reconnaît-

1. Actes du Comité, I. p. 362 et 387; IH, p. 29 et 78; Mon., 7 janvier 1793; Rapport de Grégoire {Nice hist,, 1905, p. 309); cf. séance de la Convention, 27 déc, dénonciation de deux dragons du 18e contre les « attentats » de d'Anselme et Nouv. Revue Rétrosp., n° 70, janv. 1901, p. 41-47, dénonciation de Josset, soldat au 70».

2. Mon., 26 déc. Cf. sur les barbets ou miliciens, les Mém. de Roguet, I, p. 69 et 165, Thaon de Revel, p. 17, les mémoires et lettres de d'Anselme qui les nomme « les hussards des pays de montagnes » et « le tourment des généraux. >

elle que d'Anselme répandit avec profusion des proclamations qui firent quelque effet et qu'il prit en hâte, d'accord avec elle, les mesures nécessaires pour arrêter l'inévitable désordre? ^ D'Anselme s'est d'ailleurs justifié et dans sa correspondance et dans ses deux mémoires du 9 février et du 14 avril. Il démontre qu'il n'a pas « préparé la dissolution de l'armée », qu'il a maintenu l'harmonie entre les troupes de ligne et les volontaires, sommé les déserteurs de rejoindre leur poste et fait aussi bien que possible avec une force agissante de 11.000 hommes son métier de général.

Les commissaires lui reprochent de n'avoir pas mis une batterie sur le Mont-Gros. Il répond qu'il a visité cette position à divers intervalles et qu'il était, à la première reconnaissance, accompagné de Dagobert et des officiers de l'étal-major, qu'il a désigné le futur emplacement des troupes, et, plusieurs semaines plus tard, établi sur cette hauteur un camp de deux bataillons.

Les commissaires le taxent d'ignorance et d'inprévoyance. 11 rappelle que d'autres lui ont trouvé quelques talents militaires, qu'il a fait treize campagnes dont quatre en Amérique — où il a vu de près la modération civique de Washington — qu'il a dès lepremier jour juré de garder les postes si lâchement évacués par les Piémonlais et qu'au 18 novembre, après l'échec de Brunet, il est parti à la tête des grenadiers de l'armée pour reprendre Sospel. Il prouve que les commissaires ont recueilli les plaintes des iNiçois sans les vérifier ; que ses soldats

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1. Procès-verbaux des corps administratifs, 15 oct. (Archives ^Vi Q«f«f '^'"'^' ^* Inventaire sommaire dressé par H. Moris,

n'ont guère pillé que les maisons des émigrés oij la municipalité les avait logés; que son armée, composée presque entièrement de nouveaux bataillons, dépourvue de tout, exaltée, est entrée en pays étranger comme en pays ennemi et dans Nice comme dans le Goblenz du Midi. N'écrit-il pas au ministre le 26 novembre que tous les mauvais sujets d'Avignon, de Carpentras, d'Arles, de Marseille et de Toulon sont venus dans son armée et qu'il ne saurait assurer le maintien de l'ordre ^? Il affirme, en outre, qu'il n'a pu former de tribunaux militaires puisqu'il n'avait même pas de commissaires des guerres, que s'il n'a pu réprimer les excès commis loin de lui dans la montagne, il ne les a pas ignorés et qu'il a enjoint d'arrêter les délinquants, d'arrêter Masséna et Ferru, qu'il a flétri le pillage dans une proclamation du r*" octobre, qu'il a infligé des punitions, donné de sévères instructions aux patrouilles, engagé l'armée à chasser les « sujets tarés », prescrit de fouiller tous les soldats qui se rendaient de Nice en France, recommandé de laisser leurs bestiaux aux paisibles habitants et de « faire aimer les troupes françaises autant que la sûreté et les précautions militaires pourraient le permettre ». Les commissaires n'ont-ils pas reconnu que « la majorité de l'armée avait conservé la vertu » et qu'elle avait été « purgée des coupables qui n'étaient qu'en petit nombre? »

1. D'Anselme à Pache, 26 nov. (A. G.) Il a nié ce propos dans son second mémoire, p. 21; mais il n'osait inculper publiquement les bataillons du Midi et cette phalange marseillaise composée de la lie de la population de Marseille, cette phalange qui, dès son entrée à Nice, pendait aux arbres du Cours quatre paysans de la Turbie arrêtés comme suspects ; cf. Toselli, id., p. 53-55 et Ternaux, Terreur^ VI, p. 97-99 et 437.

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Les capitaines Macquard et Sugny, le général Saint-Martin, chef de l'état-major, Dagobert appuyèrent d'Anselme et démentirent les assertions des représentants. Dagobert déclara que d'Anselme avait donné les ordres les plus précis de respecter la liberté et les propriétés. Les commissaires disaient que « les soldats impétueux se voyaient condamnés à la plus révoltante oisiveté » et qu'ils ne s'étaient exercés quotidiennement qu'après l'arrivée des représentants : Dagobert répondit que dès l'entrée des Français à Nice et longtemps avant la venue des commissaires, les corps de la garnison s'exerçaient chaque jour selon l'ordre du général en chef. Les commissaires disaient que d'Anselme n'avait pris aucune mesure pour répandre les décrets de la Convention : Dagobert répondit qu'il avait distribué, d'après les ordres de d'Anselme, aux différents corps de la garnison les lois, décrets et règlements militaires. Les commissaires disaient que les subsistances faisaient quelquefois défaut: Dagobert répondit que lorsqu'il commandait l'avant-garde, elle n'avait jamais manqué de vivres, que les distributions de pain et de viande étaient très régulières. Les commissaires disaient que rimpéritie de d'Anselme avait causé l'échec du 23 décembre. Qu'était-ce que cet échec? répondit Dagobert. Une simple surprise: un officier imprudent était tombé dans une embuscade ; mais s'il n'avait péri, il aurait été traduit en cour martiale et d'Anselme ni nul autre ne pouvait être inculpé sans injustice pour un fait de si peu d'importance K

1. Second mémoire de d'Anselme, p. 3, 15, 36-37; lettre des représentants Barras, Fréron, Ricord et Aug. Robespierre, 18 septembre 1793 (Gharavay, Camot, III, p. 168; ils reconnaissent que le

VI. Brunet remplaça d'Anselme à la lôte de l'armée jusqu'à ce que Biron fût venu. Il s'efforça de rétablir l'ordre, il multiplia les postes, il prit des mesures que d'Anselme avait négligées. Dagubert le secondait parfaitement. Depuis le 15 décembre il commandait à l'Escarène l'avant-garde de l'armée, trois bataillons de ligne et un bataillon de volontaires. Le {'' janvier 1793, les commissaires de la Convention passèrent la revue de ses troupes ; elles leur parurent dans d'excellentes dispositions'; elles ne regrettaient que leur inaction et ne demandaient qu'à combattre *.

Biron n'arriva que le 10 février à Nice et il resta peu de temps à l'armée d'Italie; mais, dit un officier, les soldats conçurent une bonne idée de ses talents. Son armée — et tels sont les propres termes de Biron — était encore désordonnée, désorganisée, dénuée d'instruments de toute espèce; il n'avait pas la sixième partie des équipages et des chevaux d'artillerie indispensables; il manquait d'argent pour se procurer des nouvelles. Pourtant il refoula les xVustro-Sardes qui pouvaient en une marche de cinq ou six heures se présenter aux faubourgs de i\ice. A sa voix et sous l'impulsion de ses lieutenants Brunet et Dagobert, les troupes déployèrent, comme il s'exprime, une miraculeuse valeur. Mais (et cette remarque de Biron est maldésordre était inévitable, que d'Anselme a tenté d'arrêter le pillage et luni plusieurs soldats); G. André, Nizza, p. 193 (le fougueux sépiratiste avoue que d'Anselmo s'est « vigoureusement » défendu et que ses mémoires sont remarquables par leur clarté). 1. On snit que d'Ai.selme fut simplement incarcéré. Il eut l'autorisation de prendre sa retraite en 1793, obtint le traitement de reforme en 1798 et, après avoir inspecté les troupes stationnées dans le Midi, le traitement de retraite en 1801; il mourut au mois de septembre 1814 à Paris,

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heureusement vraie) on ne sentit pas le prix de leurs succès : ils n'avaient pas ces accessoires qui brillent et éblouissent : pas de drapeaux — comme les quatre drapeaux piémontais trouvés par d'Anselme— à suspendre dans la salle des séances de la Convention, pas de butin, pas de canons conquis. ^

Le 13 février, Biron apprit « par des moyens qui n'appartiennent qu'à la galanterie française » -que les Austro-Sardes se rassemblaient en forces à Sospel. Etait-ce pour tâter nos postes ? Etait-ce pour s'emparer du col de Braus et, par suite, du grand chemin de Turin? Biron convint avec Brunet qu'il ne fallait pas leur laisser une aussi importante position que le col de Braus. Le jour même il envoyait à Dagobert Tordre de quitter l'Escarène dans la nuit et d'occuper le col de Braus avec i.200 hommes.

Brunet devait diriger l'opération. Il prescrivit que les compagnies de grenadiers du 11® régiment cantonnées à Castillon se rendraient au col de Pérus pour couper à l'ennemi sa ligne de retraite. Il détacha sur le col de Braus deux compagnies d'infanterie légère et le l*^"" bataillon de l'Hérault. Lui-même partit de Nice dans la nuit du 13 au 14 février pour appuyer Dagobert avec les troupes qui stationnaient à la Trinité et à Drap.

1. Roguet, Mém., I, j). 89; Biron à Beurnonvillp, 15 et 22 février, 4 et 4S mars (A. G.).

2. Sans doute par Soi>liie Cairasque de Sospel (Tisserand, Ilist. de la Rév. dans les Alpes-Marllimes, p. 149). Cf. sur ce combat de Sos]:el le récit de Krebs et Moris, I, p. 179-183 ; Biron à Beurnonville, 13 et lo février; Diigobertà Biron, 15 février et à Beurnonville, 20 février; relation do l'affaire de Sospel, 14 février (A. G.); Mon., 2i février; Thaon de Revel, p. 29-30.

VII. Dagobert savait que l'adversaire s'était renforcé. Un espion lui annonça dans la soirée du 13 qu'une « flotte » d'Autrichiens et de Piémontais était au col de Braus. 11 partit le 14 à 2 heures du matin avec ses trois bataillons qui comptaient en tout 1.200 hommes. Malgré l'avis qu'il avait reçu, il ne trouva personne au col de Braus. Il poussa sur Sospel et lorsqu'il fut rejoint par son artillerie dont la marche fut en plusieurs endroits retardée par la glace, il mit sa troupe ou, comme il disait, sa petite armée en bataille dans les oliviers au pied du Barbonnet. Il n'avait plus que 800 hommes parce qu'il avait dû laisser des postes au col de Braus, à la Piastre et à l'Escarène pour arrêter l'assaillant qui viendrait peut-être de Moulinet ou de Lantosque. Mais, selon sa propre expression, l'audace fait beaucoup à la guerre et mieux vaut aller au-devant des ennemis que de les attendre.

Sospel s'étend sur les bords du torrent de la Bévéra qui presque partout est guéable et qui sort du massif de l'Aulhion pour tomber dans la Roja à une lieue de Yintimille. Les deux rives sont unies par un pont de pierre qui date du xiii^ siècle. Trois pièces d'artillerie établies sur ce pont battaient le fond de la vallée en amont et le débouché de la grande route qui descendait alors du Barbonnet. Elles étaient protégées sur leurs flancs par deux compagnies autrichiennes: Tune, sur la rive droite, tenait, à l'est du ravin de Castillon, le couvent des Capucins ^ ; l'autre, sur la rive gauche, au-dessus de la ville, un haut pigeonnier ou, comme dit un

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