Aujourd'hui la m lisoa Picco;i
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Français, une tour fortifiée par la nature et l'art K Plus au nord, sur le souiniet et les pentes du mont Agaissen qui se développe en forme d'éventail et s'appuie à la rivière par ses deux extrémités, étaient les milices et les volontaires. Au nord-ouest de l'Agaissen, sur un plateau que les gens du pays nomment la Faïcha Longa, étaient dressées plusieurs tentes, et pour défendre ce petit camp qui couvrait la baisse de Fighieras, un détachement d'Austro-Sardes avait occupé la chapelle Sainte- Sabine et trois maisons du voisinage. Telle était la ligne de bataille. En réserve, à un tournant de la grande route, à la Croix d'Aurelia, était, avec deux canons, un corps d'Autrichiens, commandé par le comte Pace.
Dagobcrt avait d'abord détaché trois compagnies de grenadiers chargées de prendre pied sur l'Agaissen ; elles fureni repoussées au passage de la Bévéra et, après avoir perdu quelques hommes, elles rebroussèrent chemin. Mais, durant cette reconnaissance, il avait arrêté son plan. Ses dispositions furent très prudentes. S'il avait dissimulé ses troupes dans les oliviers, c'était, non seulement pour abriter le jeu de son artillerie, mais pour cacher dans le premier moment sa faiblesse numérique. 11 se garda bien do se jeter sur la ville pour la prendre d'emblée et de vive force, et, comme il dit, de s'y enfourner : à ses yeux et aux yeux de ses compagnons, les ennemis semblaient se servir des
1. Relatioi de l'amUre !A {].). Cette maison est s sus doule la plus importante des deux constructions qui sont à Test du premier tournant de la route de l'Agaissen, un jx u au-dessus du « r ccourci ». Elle .ippartient à M. Pastoris et comprend encore, outre le cor; s princi. al, une sorte ('e tour qui, jusqu'à l'année 1887, et it heaucou.) plus élevée ot servait de ijigeonnier.
maisons sises autour du pont pour s'embusquer ; pour se masquer; « ils espéraient, écrit un officier, fondre sur nous si nous étions aussitôt entrés dans Sospel ».
A 10 heures du matin, lorsque Brunet l'eut rejoint avec des renfurts qui portèrent sa brigade à 1.500 hommes, Dagobert commença son opération. Il forma trois colonnes : celle de gauche enlèverait le plateau delà Faïcha Longa et la chapelle Sainte- Sabine ; celle de droite tournerait la ville pour cerner les troupes qui Poccupaient; celle du centre laisserait agir les deux autres, puis entrerait dans Sospel par la grande route.
Un feu d'artillerie fut le prélude de l'attaque. Une pièce de 8 placée sur le revers du Barbonnet, au-dessus du cimetière actuel, envoyait ses boulets par dessus les maisons de Sospel pour empêcher la réserve d'approcher de la ville et les troupes de la ville de s'échapper par le grand chemin; deux pièces de 4 établies à gauche, à Pendroit où aboutit le raccourci des Cyprès, au-dessus du tertre oij est aujourd'hui la maison appelée le Château branlant, tiraient sur le mont Agaissen et battaient l'intervalle entre Sospel et la Faïcha Longa.
La colonne de gauche décida le succès par sa bravoure et sa rapidité. Elle était précédée des grenadiers du 91^ et commandée par les capitaines Rambeaud et Despinoy qui montrèrent, a dit Dagobert, une valeur et une intelligence dignes des plus grands éloges. Pour ne pas être vue, elle remonte la rive droite de la Bévéra; elle franchit le torrent à la Commenda; elle enlève brusquement le petit camp de la Faïcha Longa, avant que les troupes qui couronnent les hauteurs d'alentour,
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aient fait le moindre mouvement. Les Piémontais qui tenaient la chapelle Sainte-Sabine et les trois maisons voisines, se sauvèrent par un ravin ; les Autrichiens combattirent à l'abri d'un mur, le long d'un sentier qui, par une pente douce, menait à la villo- mais eux aussi, ne tardèrent pas à lâcher pied. Malgré le feu des ennemis qui tiraient à la faveur des oliviers, la colonne française, pleine d'ardeur, descendit la rive gauche de la Bévéra et emporta le Pigeonnier : elle avait ainsi pris en flanc les Austro-Sardes qui restaient dans la ville et leur avait coupé la retraite sur l'Agaissen.
Cependant, la colonne de droite, formée d*une compagnie d'infanterie de ligne et des deux compagnies de chasseurs du 50^ régiment, traversait le ravin de Castillon et délogeait les Autrichiens du couvent des Capucins. Ils se défendirent avec une vaillance à laquelle les républicains rendirent juslice, mais ils avaient épuisé leurs munitions; l'infanterie gagna par les petites rues l'extrémité inférieure de la ville ; Tartillerie et la cavalerie s'enfuirent par la route au milieu des balles et des boulets.
La colonne de centre, composée du 91® régiment, s'était jusqu'à ce moment contentée de tirailler à l'entrée de Sospel; elle y pénètre alors par le grand chemin et les ennemis mettent bas les armes; comme dit Dagobert, ils étaient battus et plongés de toutes parts.
L'officier qui commandait dans Sospel, le major Strassoldo, cousin du général de ce nom, avait été victime de son imprudence. Après avoir demandé et obtenu de Saint-André la permission d'occuper la ville où il aurait moins à souffrir des rigueurs
de la saison, il avait reçu l'instruction expresse de se retirer s'il était attaqué. Au lieu de se retirer, il résista, et lorsqu'aux premiers coups de canon, Revel, fils et aide-de camp de Saint-André, vint lui dire qu'il devait battre en retraite, le moment était passé. Il voulut appeler de la Croix d'Aurelia le détachement autrichien du comte Pace, appeler du pont de la Nieja trois compagnies d'infanterie légère. Trop tard! Revel porta l'ordre au péril de sa vie; il traversa le pont de la Bévéra, sous le feu des républicains; il se jeta par terre pour reprendre haleine et soudain, à la surprise des Français qui le croyaient tué, il se releva pour courir de plus belle ; il se hâta d'amener le détachement du comte Pace et les compagnies d'infanterie légère; mais à quelque distance de Sospel, un dragon qui fuyait, lui annonça que Strassoldo était prisonnier.
Le succès aurait été plus complet si les compagnies de grenadiers du 11^ régiment étaient venues, comme Brunet l'avait prescrit, couper la grande route; artillerie et dragons, disait Dagobert, auraient été pris, et pas un ne se sauvait. Mais Dagobert n'avait que 3 morts et 5 blessés; quant aux ennemis, ils avaient environ cinquante hommes hors de combat et ils laissaient aux mains des Français 290 des leurs, dont six officiers, quatre lieutenants, un capitaine et le major Strassoldo qui se cachait dans la maison d*uue pauvre femme et qui fut trahi par un de ses soldats. Dagobert fit rendre leurs armes aux officiers pour qu'ils pussent les présenter au général en chef Biron. La joie des républicains tenait du délire. Ils coiffèrent les prisonniers du chapeau français, les poudrèrent de neige, les forcèrent de danser; en les conduisant
LE GENERAL DAGOBEUT
de Sospel à Nice, ils chaataient eL gambadaient ^ Dagobert fut modeste, « Le général Brunet, ditil, a constamment refusé un commandement qui lui allait mieux qu'à moi et nos dispositions se sont trouvées tellement les mômes que la gloire du succès lui appartient. » En réalité, tout Thonneur de l'attaque lui revenait, lirunet n'avait été que spectateur, et ce fut Dagobert qui mena l'opération. Biron lui rendit hommage. Dans sa lettre au ministre, il associa Dagobert à Brunet : il ne pouvait, écrivait-il, trop louer le zèle infatigable de l'un, et les bonnes et courageuses dispositions de l'autre.
VIII. Cette brillante affaire de Sospel avait, selon le mot d'un oflîcier de l'armée d'Italie, ranimé l'ardeur guerrière. Biron, enhardi, voulut lâter les ennemis avec quelque succès avant le prochain rassemblement de leurs troupes. Il conçut le projet d'attaquer dans la journée du 28 mars tous les postes qui formaient leur droite, d'Entrevaux à Sospel, et de les chasser entièrement du comté de JVice. Le plan s'exécuta ^
Du Merbion emporta Utelle et Notre-Dame des Miracles. Masséna, sorti de sa prison et devenu lieutenant-colonel du 2^ bataillon du Var, enleva ïourette et Revest, tandis qu'un autre chef de volon-
1. Chronique du curé de Sospel (A. G.); Tisserand, Hist, de la Révol dans les Alpes Maritimes, p. 151 ; Branco, Gesch, des K. K. Inf. Reg. n^ 44, p. 81-82; les ennemis eurent 355 morts, blessés et prisonniers ; étaient pris, avec le major Strassoldo, le capitaine Bairo, le premier lieutenant Vamberti, blessé, renseigne Zamelli, les cadets Montegazzo et Sissa.
2. Relation de l'expédition de la Vésubie, 28 février; Biron à Beurnonville, 22 février; mémoire de Macquard (A. G.); Krebs et Moris, II, p. 187-192; Thaon de Revel, p. 30-31; Mon., 16 mars.
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taires, Leduc, du 7^ bataillon du Var, s'emparait de Lucéram. Rossi, employé à l'armée des Alpes, se rendit maître de Puget-Théniers.
Pendant ce temps, Brunet entreprenait l'expédition qu'on nomme l'expédition de la Vésubie. Cette attaque, l'attaque de droite, était essentielle et la plus ardue. Mais Brunet avait avec lui Dagobert qui commandait l'avant-garde.
Le 28 février, de grand matin, les troupes se réunirent à Golla-Bassa, à la tète du ravin de Fighieras, près de la cime de Savel.
Il fallait, pour déboucher dans la vallée de la Vésubie, se saisir d'abord du col Nègre ou du Tournet. Ce poste passait pour formidable. Il était retranché et défendu par 130 hommes du régiment d'Oneille et deux compagnies de milices sous les ordres du capitaine Rimberli. Mais, malgré des difficultés qui paraissaient invincibles, les Français vinrent se mettre en bataille sur les hauteurs à gauche du col Nègre et il y firent monter leur artillerie. Les deux compagnies de grenadiers du 91^ assaillirent les positions de front en suivant les zigzags de la route, tandis que les chasseurs corses et les deux compagnies de grenadiers du 28^, conduites par l'adjudant-général Micas, se portaient sur la droite. Bien qu'elle gravît des pentes très raides et hérissées de roches, la colonne de Micas atteignit le sommet de la montagne presque en même temps que l'autre colonne. Toutes deux délogèrent l'ennemi et de poste en poste le pourchassèrent à travers les neiges jusqu'au-delà des hauteurs de la foret de Maeris, par un chemin si dangereux que plusieurs chevaux y périrent. Dagobert les appuyait avec le 50^ et le 2^ de l'Isère. Mais au défilé
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du Gaudissard, les Français trouvèrent deux bataillons qui les attendaient dans une position inaccessible et sur les cimes, au-dessus d'eux, des milices se préparaient à leur lancer des quartiers de roc. Ils durent aux approches de la nuit rétrograder sur Saint-Colomban, et ce ne fut que le lendemain, par une « ruse de marche » qui semblait menacer La Bollène, que Dagobert réussit à débusquer l'adversaire et à dégager le défilé qu'il fallait absolument franchir pour arriver à Lantosque.
De son coté, avec le gros des troupes, l'artillerie et les équipages, Brunet avait gagné le col de la Porte» puis le vallon de Saint-Estève, puis les hauteurs de la chapelle Saint-Arnould. Le 91% commandé par Vicose, éclairait sa gauche; les grenadiers du 28®, détachés de la colonne de Dagobert, et les grenadiers de l'Hérault couvraient sa droite. Posté sur la rive droite de la Vésubie, l'ennemi faisait une très vive fusillade.
Le lendemain i^' mars, au matin, Dagobert informait Brunet qu'une forte colonne, partie de Lantosque, se dirigeait sur lui. Or, il était à plus d'une Ceue de Brunet, et entre les deux généraux se dressaient les grands escarpement de Saint-Golomban. Brunet envoya de Saint-Arnould sur les sommités du col de Raboun quelques troupes avec du canon pour soulager Dagobert. Mais les Piémontais avaient résolu de battre en retraite, et peu d'instants après Dagobert entrait à Lantosque sans coup férir. « J'y arrivai, a-t-il dit, deux heures avant la colonne du général Brunet *. »
4. Comme Biron l'écrivait au ministre (Dagobert à Boucliotte, 14 décembre 1793. A. G.), Dagobert perdit dans cette expédition
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Les Piémontais, au nombre de 4000 hommes environ, sous les ordres du chevalier Balegno, premier major du régiment de Saluées, s'étaient retirés sur les terrasses de Belvédère au débouché des cols de Raous et de Saint- Véran; les milices se trouvaient à La Bollène; des volontaires de Nice et de Tortone, commandés par le baron Caravadossi et le comte Massa, ainsi qu'une compagnie de grenadiers, sur les hauteurs de Flaut; un détachement de Saluées, à Roquebillière. La position était redoutable. Mais, comme s'exprime un témoin de la campagne, un concert bien sagement combiné entre les généraux et un dernier effort des soldats assurèrent Belvédère à la République et lui donnèrent la clef des montagnes qui séparent la vallée de la Vésubie du col de Tende.
Le 2 mars, le lieutenant-colonel Macquard, à la tète du l^"* bataillon de l'Hérault, passait la rivière et occupait La Bollène : ses hommes, a-t-il dit, ne respiraient que la joie d'un combat à livrer, mais on ne crut pas prudent de les attendre. Dans le même temps, Dagobert partait de Lantosque avec les chasseurs corses et tous les grenadiers et chasseurs de la petite armée. A une demi lieue, au ravin de la Planchette, il divisa sa colonne en deux portions : l'une, menée par le capitaine Despinoy et composée d'une partie du 50^ régiment et de grenadiers du 91^, s'achemina sur Roquebillière; l'autre, qu'il conduisait en personne, franchit la Vésu-
deux chevaux et un mulet qui tombèreat du haut d'un escar] ement : le mulet portait des vivres, ainsi que des ustensiles de cuisine et l'un des chevaux un porte-manteau qui contenait six chemises, une veste, une culotte et un manteau acheté naguère au prix de 170 livres.
bie *. Il gravit les hauteurs de Flaut ou de 7escol; il refoula les ennemis qui s'ébranlaient pour l'attaquer et qui s'enfuirent dès qu'ils virent nos grenadiers s'avancer vers eux du pas le plus déterminé; il poussa même un détachement sur les crêtes, vers le mont Pela. Mais sur cet entrefaites la colonne de Brunet, formée du 6i^ du 91" et du 2' de l'Hérault, courait quelque danger. Elle avait à son tour traversé la Vésubie et longeait le pied de la montagne dont Dagobert s'était emparé, lorsqu'elle fut arrêtée par le ravin de la Gordolasque. Elle dut repasser la Vésubie et marcher sur Belvédère par un sentier où les soldats ne pouvaient aller qu'un h un. Enfin, elle atteignit la chapelle Saint-Julien sur un plateau très étroit oii elle se mit en bataille au fur et à mesure que les troupes arrivaient. Toutefois Brunet ne communiquait plus avec sa droite et sa gauche : à droite, Dagobert était loin, sur les hauteurs inabordables de Flaut; à gauche, Despinoy était tenu en échec par l'artillerie piémontaise placée à Sainte-Anne et à Saint-Roch. Déjà le major Balegno venait au devant de Brunet avec des volontaires de quatre compagnies autrichiennes et les grenadiers du régiment de Nice, et tous les avantages, dit un de nos officiers, étaient de son côté. Brunet prit l'initiative de l'attaque; résolument et avec une fermeté qui mérita les éloges de Biron, il courut à la rencontre de l'adversaire, et ses bataillons, s'éparpillant sous le feu du canon piémontais, s'abritant, selon le mot d'un témoin, sous la cascade continuelle des petites terrasses plantées d'o-
1. Le chemia de Lantosque à Belvédère suivait en 1792 la rive droite de la Vésubie, et la route actuelle sur la rive gauche n'existait pas.
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liviers, entrèrent en triomphe dans Belvédère. Presque au même moment arrivaient Despinoy qui s'était rendu maître de Roquebillière et Dagobert qui descendait le ravin de la Gordolasque. Le major Balegno, craignant d'être cerné, se retira précipitamment sur Saint-Biaise en abandonnant son artillerie. La vallée de la Vésubie était conquise.
Brunet avait dirigé tous les mouvements et le général en chef Biron louait la sagesse de ses conceptions, son énergie et son zèle. Mais Dagobert ne fut pas oublié. Biron écrivait qu'il avait très bien secondé Brunet, et le ministre delà guerre, Beurnonville, assurait à la Convention que le succès était dû, non seulement à la bravoure des soldats, mais à l'intelligence et à l'activité de Brunet et de Dagobert K
Dagobert eut sa récompense. Sa promotion au grade de maréchal de camp devint définitive. Le 4 février, le ministre de la guerre Beurnonville lui avait mandé que le Conseil exécutif, « reconnaissant son zèle et son dévouement, prenait et prendrait ses services dans la plus grande considération », mais que le nombre des officiers-grnéraux était complet et que sa nomination ne pouvait être confirmée. Le 19 février, au soir, lorsqu'il reçut cette lettre, Dagobert avait enlevé Sospel. Il se plaignit le lendemain à Biron. Quelle nouvelle décourageante et vraiment affligeante ! Laisserait-elle Biron indifférent ou, inspiré par un sentiment de justice, ne tenterait il pas quelque démarche en fa-
1. Biron à Beurnonville, 3 et 13 mars (A. G.); Dagobert, dit-il, d a perdu ses deux chevaux, il est sans fortune, et ne peut les remplacer que très difficilement; il serait de la justice de la République de lui fo'irnir les moyo is (l'en acheter deux autres. >
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vcur de son lieutenant? Dagobert fit mieux. Le même jour, il écrivait, non sans fierté ni colère, à Beurnonvillle : « Quoi, parce qu'il aura plu aux Servan et aux Pache de combler la mesure et d'appeler à ce grade des personnages qui n'étaient pas nés lorsque j'arrosais de mon sang les plaines de rAllemagne, j'en serais privé, moi qui depuis trois mois en fais les fonctions, j'ose dire avec distinction ! » Et il citait Sospel, ce glorieux succès de Sospel remporté sur des troupes solides, sur les régiments de Belgiojoso et de Caprara qui naguère combattaient les Turcs. Il citait ses quatre blessures, ses dix campagnes, ses quarante-neuf années de service. Il annonçait qu'il allait demander à la Convention l'annulation des nominations prononcées par les derniers minisires pour que chacun fût mis à sa place selon son ancienneté et ses actions de guerre. Il priait môme le ministre d'appuyer cette juste pétition et d'échauffer par là l'émulation et le zèle des vrais défenseurs de la patrie. Le 8 mars, Dagobert était confirmé dans son grade, et Biron jugeait que « c'était grande justice ^ »
Biron voulait à ce moment frapper encore un coup sur l'adversaire; le repousser plus loin, le chasser de Raous « point capital », de Saorge, de Breil, du col de Tende, emporter à quelque prix que ce fut ces postes qui « donnent tant d'influence sur les événements », qui ferment le passage de la France et ouvrent celui de la Lombardie, tel était le plan de Biron. Ses troupes, bien que' peu exercées, peu disciplinées, étaient valeureuses, propres
1. Dagote.-t à Biron (20 février et 9 mars) et Reuruonville à Dagobert, 4 février (A. G. et A. D.)
à l'attaque; il attaquerait donc les Austro-Sardes et leur enlèverait les clefs du pays. Mais les républicains étaient alors battus en Belgique et sur Tordre du ministre il fallut rester sur la défensive.
SDspel était toujours indivis et de temps en temps les ennemis l'occupaient pour inquiéter nos avantgardes et donner des alertes à notre camp de Braus. Fatigué des escarmouches de la milice piémontaise et de ces incessants coups de main, Biron résolut de reprendre définitivement Sospel et d'établir sur le mont Agaissen un poste considérable. L'opération fut exécutée le 17 avril par Brunet, Dagobert et Du Merbion. On ne trouva de résistance ni à Sospel ni au mont Agaissen, et les généraux décidèrent de profiter de l'ardeur du soldat pour assaillir le camp que les Piémontais avaient en face de l'Agaissen au col de Pérus. Après une vive fusillade^ les troupes républicaines, formées en trois colonnes et marchant, l'une à gauche du ravin qui sépare l'Albaréa du Pérus, l'autre au centre par le vallon de la Nieja, la troisième à droite par le ravin de Bassera, forcèrent les Piémontais à la retraite et leur prirent des mulets, des tentes, des bagages el une vingtaine d'hommes. Elles n'avaient que deux morts et deux blessés. L'adversaire — c'était un bataillon du régiment de Sardaigne commandé par le chevalier de Villamarina — sauva, non sans peine, ses deux canons et eut, dit-on, deux cents hommes hors de combat. Le rôle de Dagobert, dans ce beau combat, n'a pu être précisé ; mais Biron rendit les meilleurs témoignages de son excellente conduite *.
1. lîiron à Heurnonville, 22 mars ; Bournonville à BiroiL, 28 mars; Biron à Bouchotte, 18 avril (A. G.); Rogiiet, Mérn., U p. 93; Kiebs el Moris. II, ; . 2)0 i()5; Tliao.i de Revel, p. 36-37.
LE MAS-DEU