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CHAPITRE VI

Le Mas-Deu

I. Dagobert envoyé à l'armée des Pyrénées-Orientales. — 11. Perpignan et le Roussillon. — Les autorités, Llucia, Comité départemental de salut public, représentants, club. — Dagobert ot SCS relations avec le club et Llucia. — Chrétien. -- Plan proposé au club par Dagobert. — III. Lahoulière. — Charles de Fiers. — Positions de l'armée. — IV. Combat du Mas-Deu (19 mars 1793). — V. Dagobert général de division (15 mai.)

I. Pondant que Dagobert combattait à la frontière d'Italie, les Espagnols envahissaient brusquement le Roussillon. Les représentants du peuple aux cotes de la Méditerranée, Le Tourneur, Hrunel et Rouyer, se rendirent aussitôt à Perpignan. Deux d'entre eux, Le Tourneur et Brunel, tâchèrent de rassembler quelques bataillons et de ravitailler les places. Le troisième, Rouyer, alla dans les départements voisins hâter les levées de troupes et Penvoi des secours de toute espèce. Ils se plaignaient de la pénurie des officiers- généraux et, comme eux, le procureur général syndic des Pyrénées-Crientales, Llucia, demandait au Conseil exécutif non seulement des armes et des hommes, mais des chefs intelligents, expérimentés et dignes de confiance.

Rouyer eut Pidée d'écrire au général de Parmée d'Italie, à Biron. Il lui écrivit de iMontpellier que Parmée des Pyrénées-Orientales, qui se composait de gardes nationaux réquisitionnés dans les départements, avait besoin d'être guidée el commandée.

« Vous accoutumez vos généraux à vaincre, disait Rouyer à Biron, envoyez-nous en deux ou trois; les soldats que nous avons à leur donner sauront, comme les vôtres, les suivre à la victoire. » Il désirait un général de division et deux généraux de brigade ou deux colonels capables de remplir les fonctions de brigadier et il désignait le général d'Auvare ou le général Brunet et les colonels Massia et Dortoman.

Brunet, qui remplaçait Biron à la tête de l'armée d'Italie, envoya le général de brigade Dagobert, les colonels d'Aoust et Giacomoni et un adjoint à Pétat-major, Baude. « Tous ces officiers, marquait Brunet, sont à même par leur civisme, par leur zèle et leur intelligence, d'organiser Parmée des Pyrénées-Orientales et de Popposer avec succès aux ennemis de la République. » Ni Brunet, ni les représentants n'avaient consulté Bouchotte, le ministre de la guerre ^

VI. Les administrateurs de PHérault s'étaient joints au conventionnel Rouyer pour demander à Parmée d'Italie des officiers-généraux, et un commissaire qu'ils dépêchèrent à Nice, vint presser Dagobert de partir. 11 marcha jour et nuit pour se rendre à son nouveau poste, et le 11 mai, il déposait à Perpignan son brevet sur le bureau du Conseil du déparlement.

On peut se le représenter, d'après une esquisse du peintre narbonnais Gamelin, tel qu'il était alors. Il avait les traits du visage réguliers, le nez aqui-

1. Actes du Comité, III, p. 380 et 4G4; Vidal, Hist. de la Révol. fr. dans le dcp. des P'jvénées-Orienlales, II, p. 140-146; Rouver à Biron, 28 avril; Bruaet à Bouchotte, 7 mai (A. G.)

LE GÉNÉRAL DAGr)BE.RT

lin, la bouche fine, les yeux perçants, les cheveux rares et blancs. La figure, en son ensemble, était celle d'un vieillard, et voiJà pourquoi, sans doute, les contemporains l'appelèrent le « vieux général », pourquoi d'Anselme lui donnait soixante ans. Mais ce vieux général unissait à son expérience la vivacité de la jeunesse, et il connaissait le pays. Les villes du département, Perpignan — ce Perpignan dont il décrit l'hôpital dans son mémoire de 1780 — Collioure, Villefranche de Confient, Monllouis, lui étaient familières. Il avait, lorsqu'il servait à Royal- Italien, parcouru les montagnes du Roussillon, et peut être avait il fait quelques pointes sur le territoire espagnol : il parle dans son Ordonnance française de la trompe qui sert de soufflet dans les forges catalanes et il dit que la pluie tombe rarement en Espagne, que pourtant, et malgré la chaleur, (( les grands marcheurs ne négligent jamais de porter leur manteau K »

Aussi, lorsqu'il traversait le midi de la France pour venir au secours du Roussillon envahi, roulaitil dans sa tête un plan de défense, un plan à la fois beau et hardi : il voulait occuper les Aspres.

Les Aspres entourent le Roussillon à 1 ouest. Ces montagnes qui sont le soubassement du Canigou, tiennent tout l'espace entre le Tech et la ïet. Elles comprennent trois étages : les hautes Aspres, les Aspres moyennes et les basses Aspres. Les hautes Aspres sont trop rudes et trop élevées pour fournir un théâtre de guerre. Mais les Aspres moyennes et basses offrent un terrain militaire. Les hauteurs

1. Dagobert à Bouchotte, Il déc. (A. G.); cf. son mémoire de 1780 et ioa Ordorui. />%, p. xuv.

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d'Oms et de Llauro forment le groupe central et culminant des Aspres moyennes et le village de Llauro, au pied de la butte de la Calcine, est le point de croisement de plusieurs chemins qui descendent par Saint-Ferréol et Céret vers Sainte- Colombe et Thuir. Les basses Aspres se composent d'une suite d'éminences, de plateaux et de langues de terre, plantées de vignes sur certaines pentes et en quelques recoins, mais coupées en tous sens par des ravins souvent escarpés; elles finissent à la côte même, d'une part, le long de la Tet, jusqu'au Canet, par Terrats, Ponteilla, Canohès et le Serrât d'en Vaqué, d'autre part, le long du Tech, jusqu'à l'étang de Saint-Nazaire, par Tressères, Banyulsdels-Aspres et Elne *.

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