Ordonnance française, T
2. Cf. Pajol {les Guerres sous Louis XV, t. IV, p. 453) qui, à ce propos, parle des volontaires de M. de Vert!
Le 18 septembre, lorsque le maréchal de Broglie s'empara de Wetzlar, à l'assaut de la porte principale de la ville, Dagobert reçut une forte contusion à Tépaule. La Noue de Vair récompensa sa valeur et son zèle en le faisant major de sa troupe.
Le jeune Normand exerçait ces fonctions le 6 janvier 1760 lorsque son chef eut ordre de suivre la rive gauche de la Lahn jusqu'à une lieue de Marbourg-, et il eut, dans cette journée, son cheval tué sous lui en présence du maréchal de Broglie qui venait reconnaître une redoute que le prince Ferdinand avait établie sur la Lahn pour couvrir sa retraite. Mais, neuf jours après, Dagobert quittait à son grand regret le corps de La Noue de Vair. Son colonel le rappelait au régiment de Tournaisis pour l'attacher à la compagnie des chasseurs.
Là encore, Dagobert se distingua. Le 17 octobre 1760, dans un engagement près de Wesel, au lendemain du combat de Clostercamp, il reçut un coup de feu. Son capitaine voulait l'envoyer à l'ambulance. Dagobert s'opiniâtra à rester à la tête de sa troupe et il reçut un second coup de feu. Cette blessure, la plus grave qu'il ait eue, — une balle demeura dans le pied droit et, disait-il en 1779, le faisait par intervalles souffrir prodigieusement, — lui valut une gratification de 300 livres ^
Incomplètement guéri, il revint à son régiment et, durant l'hiver de 1760 à 1761, il eut plusieurs
4. Lettre de Choiseul, 14 mars 1761 : t Le Roi ayant bien voulu. Monsieur, sur le compte que je lui ai rendu de vos services et de la blessure que vous avez reçue le 17 octobre 1760 en servant aux chasseurs, vous accorder une gratification de trois cents livres sur le quatrième denier, je vous en donne avis. » (A. G.) Cf. la lettre de Choiseul au colonel Gontaud de Saint-Geniès du même jour. (Archives de la famille de Dagobert ou A. D.)
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missions épineuses dont il se tira à la satisfaction de ses chefs. C'est ainsi qu'il traça et ouvrit une marche d'armée sur cinq colonnes, de W'anfried à Muhlhausen.
III. Nommé le 18 juin 1768 capitaine commandant la compagnie du lieutenant-colonel, il fit les campagnes de Corse, et les soins qu'il prit pour fortifier Biguglia, oij le régiment de Tournaisis tenait la tête des quartiers do l'armée, et pour pratiquer des chemins dans les environs de cette place, lui méritèrent, outre les éloges de M. de Chauvelin, une gratification de 400 livres '. « D'après les témoignages qui m'ont été rendus par vous-même », écrivait Chauvelin au colonel de Tournaisis, « et par les dilférents commandants du régiment à Biguglia, des soins que M. Dagobert a donnés aux travaux pour la défense de ce poste, je vous prie de vouloir bien dire de ma part à M. Dagobert que je lui en sais beaucoup de gré et que je serai fort aise de faire valoir, dans l'occasion, son zèle, son assiduité et son intelligence. »
Le régiment de Tournaisis fut supprimé par une ordonnance du 26 avril 1775 et incorporé dans le régiment Royal-Italien qui compta dorénavant deux bataillons au lieu d'un. Dagobert, devenu capitaine titulaire l'année précédente (31 janvier 1774), passa au Royal-Italien comme capitaine de fusiliers et, à la revue du régiment, d'ailleurs composé d'hommes très beaux et très solides -, l'inspecteur ma-
1. Cette gratification lui fut donnée le 1" juin 1770; cf. lettre de Chauvelin à M. de Richebourg, 16 décembre 1768. (A. D.)
2. Nombre de soldats portaient, comme les soldats des régiments français, des noms de guerre, et on trouve, par exemple, dans la compagnie do Groucy, le frère de Dagobert : Discret©,
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réchal de camp comte de Salis Marschlins lo nota < bon officier de guerre ».
Il vit désormais de la vie de Royal-Italien et il accompagne son régiment dans ses garnisons, soit dans le midi, soit dans le sud ouest, en 1776 à Toulon, de 1777 à 1780 à Perpignan, — avec détachements à CoUioure, à Villefranche-de-Conflent, à Montlouis, — en 1781 et en 1782 à Rocheforl, en 1783 à l'île d'Oléron, en 1784, 1785 et 1786 à Toulon, en 1787 à Montdauphin, en 1788 à Briançon.
Dans Tannée 1777, pendant que le régiment était à Perpignan, Dagobert commanda les compagnies détachées à Villefranche-de-Conflent et il les exerça si bien, les maintint en un ordre si parfait qu'il reçut les compliments de ses chefs et de ses inspecteurs, MM. de Grave et de La Luzerne. « M. Dagobert, disait La Luzerne, est un officier excellent et qui a servi le roi avec distinction dans la dernière guerre; je compte le proposer au ministre comme très susceptible par ses talents d'être employé dans un grade supérieur ».
Mais il restait pauvre et il assurait que les grâces du roi lui étaient nécessaires: « Nous sommes, écrivait-il, trois frères à se soulenir sur une faible fortune. » En 1778 lorsqu'il perdit un proche parent du nom de Castel, ancien gendarme, qui « lui était très utile », il pria le ministre de lui accorder une partie de la pension dont jouissait Castel.
Severo, La Rosa, La Speranza, L'Allegrezza, La Dolcezza, Belsole, La Liberti, La Bellezza, La Violotta, La Forza, La Gioja, BeHiore, La Gioventu, Cor di Re, La Volonta, Fior di Rosa, etc. Quelques-uns ont des noms de ville : Albengi, Modena, Saint- Cloud, Coni, Montmélian, Livourno, Cavour, Barcolonette, Savigliano, Mirandola, Nizza, Avignon, Mondovi, Barcelona, Peruggia, Chambéry, Berna.
Il rappelait qu'un capitaine de son régiment, M. de Gallye, avait obtenu la pension de son parent, le colonel de Pierreval, mort à Bastia; or, M. de Gallye n'était alors que lieutenant et n'avait ni blessures ni services distingués: lui, Dagobert, n'avait-il pas Tancienneté, le grade, des services et surtout des blessures? Il reçut une gratification de 400 livres ^ Enhardi, Dagobert supplia le ministre de lui faire donner cette gratification de 400 livres tous le^ ans. La Luzerne appuyait sa demande : « Il semble, disait La Luzerne, que Sa Majesté a senti l'année dernière que la mort d'un parent était préjudiciable à M. Dagobert, et, en lui expédiant sur-lechamp une gratification de 400 livres, on a semblé lui donner quelque espoir que cette faveur ne serait pas momentanée. » Cette faveur fut refusée.
IV. En 1781, Dagobert se maria. Il épousa mademoiselle de Pailhoux de Cascastel, fille d'un membre du Conseil souverain du Roussillon qui possédait et faisait valoir une usine à Pader et des forges à Cascastel dans le département actuel de PAude -.
1. C'est ainsi qu'après la mort de La Noue de Vair, la pension de 400 livres dont il jouissait avait passé à sa sœur, avec une réduction de 100 livres.
2. Jacquette-Claire-Josêphe de Pailhoux de Cascastel, née le 18 septembre 1757 à Narbonne, fille de noble dame Jeanne de Castelraaure et de Joseph-Gaspard de Pailhoux de Cascastel, seigneur de Cascastel, Villeneuve, Rouffin, Peret, Saint-Jean-de- Baron, Embres et Castelmaure, chevalier, conseiller au Conseil souverain du Roussillon. Le sieur Pailhoux de Cascastel était fils de Thérèse, comtesse de Ros, veuve en premières noces du comte de Durban, sœur du comte de Ros et tante du prince de Montbarey. Son usine de Pader valût en l'an II cent cinquante mille francs et elle trouva des acheteurs à ce prix. Voir un arrêté du Comité de salut public, 14 décembre 1794, qui maintient le citoyen Pailhoux <t dans le droit d'exploiter les mines de houille de Cascastel, de Quintillan et de Ségur. »
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Sa première lettre à sa fiancée nous a élé conservée. Elle est assez lourdement écrite. Cet amoureux de quarante-quatre ans s'exprime d'une façon assez embarrassée, surtout au début; mais peu à peu il s'anime» et il toucha sûrement le cœur de la jeune fille par la chaleur et la sincérité de son langage. 11 n'a pas, dit-il, la permission d'écrire; mais l'honneur et la vertu guident sa plume. Il ne prendra donc pas « le ton langoureux d'un flatteur qui cherche à séduire » ; il ne peindra pas ses sentiments en termes romanesques qui tiennent de l'hyperbole et qui déparent la vérité. Non, il parlera avec franchise et candeur, comme il parlera toute sa vie à mademoiselle de Cascastel : ce qu'il éprouve pour elle, c'est quelque chose de tendre et de respectueux qui élève et ravit à la fois une âme bien née et sensible. Comme tous les amanls délicats, il voudrait faire des sacrifices à sa maîlresse :
« Hélas ! le sacrifice, c'est à vous de le faire, car c'est toujours un sacrifice pour une demoiselle de votre âge d'aimer une personne du mien. Vous sentez-vous le courage de m'aimer? Permettez-vous que je me dise votre amant? Ce nom si doux, ce nom si cher à mon cœur, en me le donnant, ce nom d'amant, concevez-vous tout ce qu'il m'impose pour votre bonheur? Oui, j'ose me le promettre; vous trouverez au fond de mon cœur une si douce existence qu'elle vous dédommagera de tous les sacrifices que vous aurez pu faire d'ailleurs, et ma maîtresse n'aura jamais, je l'espère, à se repentir d'avoir fait le bonheur d'un honnête homme qui ne vivra jamais que pour elle. Oui, source délicieuse des biens dont l'espoir seul soutient mon existence,
ton bonheur sera toujours l'objet de]^mes soins et de mes efforts; tu seras à jamais la dispensatrice du mien; tous mes désirs, tous mes vœux ne seront que pour toi... Mais pardon, Mademoiselle... Dans mon enthousiasme, je ne m'aperçois pas que je vous appelle toi. Ce n'est pas manque de respect : au contraire ; c'est ainsi qu'on parlait autrefois aux dieux; je vous dois le même langage, puisqu'aussi bien vous êtes l'arbitre de ma destinée, et ma maîtresse verra toujours mon respect égaler mon amour. Si je pouvais vous exprimer ce qui se passe en moi lorsque j'entends ces noms d'amant, de maîtresse; c'est un frémissement; il semble que mon cœur répand des larmes de tendresse. Si j'ai le bonheur de vous intéresser, faisons-en usage, de ces noms si doux; qu'il me soit permis de vous appeler ma charmante maîtresse. Ahl plaignez-moi d'être forcé par les circonstances de rester éloigné de ce que j'aime et soyez bien persuadée que, sitôt que je le pourrai, j'irai jurer à vos genoux la constance et la tendresse avec lesquelles je serai toute ma vie, Mademoiselle, votre très humble et très obéissant serviteur * ».
Le mariage fut célébré le 8 août 1780 et un poète du cru écrivait alors ces mauvais vers au bas d'un plan de la forge de Pader :
Des forges autrefois Vulcain était le maître Et contre les humains relîrayant Jupiter Y forgeait les carreaux, suite de son courroux. Mais il doit aujourd'hui se désister de l'être. Vous seule ici régnez, charmante Dagober. Ici, ni loi, ni droit qui n'émane de vous.
1. Dagobert à Mademoiselle de Cascastel au château de Cascastel, lettre datée de Perpignan, 22 juin 1780. (A. D.)
Sous vos heureux auspices,
L'adorable Cérès Y trouve les secours propices Pour fertiliser ses guérôts.
La femme de notre capitaine n'était pas seulement « charmante ». Elle avait les goûts simples. Un jour, en l'absence de Dagobert, son beau-frère Groucy lui donnait un grand dîner. « Un grand dîner, s'écria Dagobert, et pourquoi? La pauvrette aurait été mille fois plus sensible à quelques honnêtetés et à quelques marques d'amitié qu'au plus grand dîner qu'on puisse donner \ » Elle disait qu'elle n'était pas riche^ Mais elle avait un trousseau superbe % une dot de 19.000 livres que Dagobert plaça sur le champ à intérêts dans la forge de Pader et les mines de Cascastel, et de très belles relations : elle était nièce du comte de Ros, un des grands propriétaires du Roussillon, et cousine de madame de Canclaux, de M. d'Ortaffa, colonel et inspecteur général des canonniers gardes-cotes, et du prince de Montbarey, ministre de la guerre ^