II. Plusieurs autorités se partageaient alors Perpignan
II y avait le Conseil général du département, présidé par Sérane, qui stimulait les habitants des campagnes en leur assurant que l'armée qui n'était qu'un nom, serait bientôt organisée, bientôt égale et même supérieure à celle de l'Espagne.
Il y avait le procureur-général syndic, l'ardent et infatigable Llucia, naguère maire de la ville et membre de l'Assemblée législative, Llucia que les représentants nommaient un grand citoyen, animé du désir d'opérer le bien et qui rendait chaque jour d'importants services à la chose publique.
Il y avait le Comité départemental de salut public, composé de délégués des départements voisins
1. Cf. Fervol, Camp, de lajiév. fi\ dans les Pyrénées-Orientales. I, p. 45 et 296-297.
LE MAS-DEU
— qui ne tardèrent pas à partir — et d'un membre du Déparlement, du District, de la municipalité et du club, ainsi que de Llucia, chargé de surveiller les mauvais citoyens, autorisé par les représentants à faire interroger et incarcérer tous les suspects, préoccupé de déjouer, comme disait Llucia, les desseins des ennemis intérieurs.
Il y avait les représentants du peuple — c'étaient pour l'instant Brunel, Le Tourneur, Rouyer — hommes résolus ou du moins se donnant l'air résolu, se déclarant convaincus de la nécessité d'user de vigueur et de faire d'éclatants exemples.
Il y avait un général en chef qui, selon l'eApression des représentants, prenait des positions et arrêtait des projets K
Mais l'autorité du club primait les autres autorités. Il avait une telle influence que ses délégués siégeaient dans tous les conseils. Un de ses membres, le curé Bonaventure Benêt -, natif d'Espagne,
L Vidal, II, p. 431; Actes du Comité, III, p. oj9, IV, p. 215, 260; Torreilleti, Perpignan pendant la Rév., II. p. 18-20 et Hist. du cierge dans le dép. des Pyr.-Or. pendant la Rév. fr., p. 3S9 et 392.
2. C'était un ancien capucin, curé d'Opoul en avril 1792, de Ponteilla en août, de Pollestres en décembre (Torreilles, Hist. du clergé, p. 277) et il avait, dit VEcho des Pyrénées, son cousin et parrain, colo.iel dans l'armée espagnole. Vidal (II, p. 77 et 158) prouve que Benêt est le Pépé Taqui qui, selon Fervel (I, p. 44) était chef d^ bitiiillon et. faillit devenir général en chef. Mais Fervel n'a fdit que copier une note d'un mémoire de Pontet (.\. G.) ainsi conçue : « Le nommé Jepé (et non Pépé) Taqui, moine espagnol, avait usurpé 1 1 confiance du général Fiers et de toutes les autorités civiles et militaires; il donnait souvent son avis et se trouvait à toutes les alTaires. Cet homme jouissait du traitemL-nt de chef de bataillon et de curé de Pollestres. Son ambitio.» n'étant pas satisfiite, il sollicitait le grade d'adjudant-général. Cet intrigant qui jouiit le rôle d'espion, disparut le jour de l'affaire de Corneilla. Mais la carrière du commandement paraissait alors si simple et si facile qu'il s'en fallut de peu de chose que nous ne vissions à la tète de notre armée un moine espagnol, qui croyait avoir les talents et le droit de la com-
était très populaire dans la ville et VÉcho des Pyrénées le couvrait d'éloges. Le jour môme où les représentants créaient le Comité départemental de salut public, le club créait son propre Comité de salut public qui devait recueillir dans le plus grand secret les dénonciations et hâter l'exécuticm des mesures adoptées contre les traîtres et les suspects, et ce Comité agissait en maître. Il envoyait à Toulouse Willot ^ qu'il accusait de perfidie et, en revanche, il combattait la destitution de l'adjudantgénéral Gaultier et du commissaire-ordonnateur Boileau, qui lui semblaient dignes de confiance. Il proposait d'aller chercher un général en chef à l'armée des Alpes, d'attaquer l'ennemi de front et sur les flancs, de secourir les places fortes. Il réclamait, et non sans raison, le châtiment des volontaires qui n'observaient pas la discipline, des maraudeurs, des pillards, de ceux qui s'amusaient à tuer les moineaux et qui se rendaient à l'hôpital pour se soustraire au service. II chargeait ses orateurs de haranguer les bataillons insubordonnés. Il invitait les chefs de corps à venir à ses séances et à conférer fraternellement avec ses membres. II osait traiter de désorganisateurs Gaston et Fayau, deux commissaires de la Convention, et le représentant Fabre, si impérieux, si tranchant qu'il fût, soumettait humblement au club une proclamation et demandait qu'elle fût portée au camp par un clubiste ^
mander. » Bien que Pontet ait fait toutes les campagnes des Pyrénées-Orientales comme capitaine du génie adjointe l'Etat-major, nous jugeons son récit empreint d'exagération.
1. Joseph Willot qu'il ne faut pas confondre avec .\médée Willot.
2. Torreilles, Perpignan, II, p. 43 ; G. Sorel, Revue de la Révolu-
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Dès le lendemain de son arrivée, le 12 mai, Dagobert, accompagné d'un aide-de-camp et d'un administrateur, paraissait au Comité de salut public de la Société populaire. Il exprima ses sentiments civiques et pria les assistants de l'éclairer de leurs lumières. Le 13 mai, le Comité rendait sa visite au général. De ce moment datent les relations de Dagobert avec le club de Perpignan qui le soutint désormais en toute circonstance. Il savait que les généraux étaient suspects, que les administrations civiles avaient l'œil sur eux. Le député Guiter n'écrivait-il pas au Département des Pyrénées-Orientales : « Vous verrez Fiers et vous le surveillerez »? Un autre conventionnel ne disait-il pas à Berruyer devant Guiter et en pleine séance du Comité de salut public, que sur cent généraux, quatre-vingtdix-neuf étaient de francs scélérats *?
Dagobert ne s'entoura que de patriotes. Il prit pour premier aide-de-camp un ancien sergent-major de l'armée royale, le lieutenant de la gendarmerie nationale Chrétien qui, durant quelques jours, avait présidé la Société populaire de Perpignan et le Comité départemental de salut public -. II se lia
tion, sept. 1888, p. 83 (G. Sorel a publié dans cette revue trois bons articles sur Les représentants du peuple à l'armée des Pyrénées-Orientales; ces articles ont paru en septembre et en octobre 1888, ainsi qu'en janvier 1889; nous désignerons ces articles, pour plus de commodité, par les chiffres I, il, lli).