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rai et fuyaient au moindre échec. Le pis, c'est que ces bataillons de réquisition s'en allaient sans qu'il fût possible de les retenir : ils déclaraient qu'ils n'étaient venus que pour un coup de main, pour quinze jours, trois semaines ou tout au plus pour un mois, qu'ils voulaient faire la moisson, que le mois de juin était superbe, que depuis dix ans la récolte n'avait jamais été aussi belle, que de cette récolte dépendaient l'existence et la fortune de leurs familles. C'est pourquoi la désertion ne fut jamais aussi grande à cette armée que sous le commandement de Fiers qui n'en pouvait mais, et plus tard lorsqu'elle eut une recrudescence, c'est, d'isaiii- on, comme du temps de Fiers. A la fin de juillet, en cinq jours, 300 hommes du département de PAriège se sauvèrent nuitamment ; on leur avait croire qu'ils seraient condamnés à la potence s'ils étaient pris par les Espagnols : au 5 août on comptait 7.500 désertions * I Ce fut le malheur de l'année des Pyrénées-Orientales, et une des principales causes de ses revers en 1793 : elle ne se composait guère que de nouvelles levées qui savaient à peine charger un fusil ou qui le jetaient ou le brisaient sitôt qu'elles apercevaient l'adversaire. Llucia, Fiers, les représentants ne cessent pas d'écrire et à Bouchotte et au Comité que la campagne ne sera décisive que si l'armée reçoit, non des secours illusoires, mais de sérieux renforts, non seulement de la cavalerie, mais de la bonne infanterie exercée au maniement des armes et accoutumée au feu, d'anciens régiments
1. Actes du Comité, IV, p. 260; Vidal, 11, p. 247, 265 : note de Giacomoni; Fiers à Bouchotte, 26 mai, 2, 5, 13 juin et 7 août; les représentants au Comité, 4, 1 î, 14 juin ; Espert au Comité, 2 août (\. G.); cf. G. Sorol, I, p. 87; lll, p. 64.
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LE MAS-ROS
de ligne qui aient fait campagne, des bataillons de volontaires disciplinés qui aient vu l'ennemi dans le blanc des yeux, des troupes qui osent marcher sur l'Espagnol, bref, des soldats intrépides, éprouvés, qui puissent donner aux autres de l'assurance, de la confiance et du courage ^
Pourtant, au milieu de juillet, Fiers avait 12 à 13.000 fantassins -. Des bataillons entiers n'avaient pas d'armes, et la cavalerie, qui ne comprenait que 400 hommes, était excédée de fatigue par un service continuel. Mais la ligne des retranchements était garnie de 30 canons et de 3obusiers. L'armée des Pyrénées-Orientales, lit-on dans le Moniteur, « se renforçait, se mettait sur un pied respectable ». Elle s'aguerrissait par des reconnaissances et de petites affaires. Elle s'habituait peu à peu à l'ordre et à la règle. Le club avait interdit toute motion relative aux opérations militaires \
Un instant, la nouvelle de l'arrestation des Girondins agita Perpignan, et Sérane, Llucia, les clubistes donnèrent à droite — telle est l'expression du temps — . Les corps administratifs protestèrent. Le maire Joseph Vaquer s'éleva contre les hommes méprisables qui violaient la représentation nationale, contre la Commune ambitieuse qui s'éri*>'eait en souveraine, contre les sections de Paris qui prétendaient dicter des lois à la France, contre les tri-
/\.^^''/.'\^'' ministre de l'intérieur, 14 mai; Fiers à Bouchotte, 17, 20 et 26 mai, 5. 13 et 18 juin; à Sauviac, 14 juillet • les représentants au Comité, 2 et 4 juin (A. G.); A. Chuquet Dugommier, p. 190. i » «*
2. Il écrit le 5 juillet qu'il a reçu sept bataillons, dont cina sans instruction; les deux autres sont anciens : le 19" et le 3e du Tarn.
H ^* f/^""' tJ^'''''^^' ^^ J"^"^^ <^- G-)' ^O'^M 1" et 9 juillet; Yidal, II, p. 227; Torreilles, II, p. 57-60.
bunes audacieuses qui influençaient la Convention d'ailleurs avilie depuis longtemps, contre et cet amas de factieux et d'étrangers » dont était inondée la capitale, jadis le soutien, et maintenant l'ennemi de la République. Le substitut de Llucia, Fabre, invita les communes du département à convoquer les assemblées primaires. Le club ouvrit ses séances en criant : « Périssent Marat et ses complices » et il se joignit aux trois corps administratifs pour faire en assemblée générale une profession de foi politique, pour déclarer qu'il mourrait plutôt que de souffrir une tyrannie, quelle qu'elle fût et sous quelque nom qu'elle s'offrît, pour demander avec une constitution la réintégration des députés et la punition des coupables.
Mais l'Espagnol était tout près et du haut des remparts de la ville on voyait les éclairs et la fumée des canons qui bombardaient Bellegarde. Avant de sauver les Girondins, Perpignan devait se sauver elle-même. Elle avait besoin des secours de la France entière, et c'est pourquoi Sérane, Llucia, les administrateurs, les clubistes acceptèrent bientôt les faits accomplis. Ils acclamèrent la nouvelle Constitution, la Constitution de 93, et jurèrent aux modérés et aux fédéralistes une haine mortelle, bien qu'il fallût, disait Sérane, ajourner toutes les haines pour ne penser qu'à l'expulsion de l'envahisseur ^
lïL II suffisait de tourner le camp français pour s'en saisir. Ricardos n'avait qu'à passer la Tet au-
, 1. Torreilles, Hist. du clergé dans le dép. des Pgr.-Or., p. 392 ; Vidal, l\, p. 255; Wallon, Le fédéralisme. H, p. 153-154 et Les représentants en mission, II, p. 351 et 385.
LE GÉNÉUAL DAGOBERT
LE MAS-ROS
dessus de Perpignan et à occuper les défilés des Corbières. Il y pensa. Le 30 juin, il avançait jusqu'au Mas-Deu et entrait à ïhuir. Le 1^' juillet, il mettait à Thuir son quartier général, comme si cette ville allait servir de pivot à son mouvement tournant, et il s'emparait de Millas sur la rive droite de la Tet. Aussi, le lendemain, Fiers dépêchait à Nîmes l'adjudant-général Gouy d' Arsy qui requit en son nom le département du Gard d'envoyer autant de monde que possible pour protéger Narbonne et « empêcher Tennemi de couper la communication » *
Le 2, le 3, le 4 juillet tous les villages entre Thuir et la Tet, Ille en amont de Millas, Corbère, Terrats, Fourques, Ponteilla, Sainte-Colombe faisaient leur soumission au roi Charles IV ; leurs maires quittaient l'écharpe tricolore et remettaient aux Espagnols les registres qui contenaient les décrets de la Convention et les arrêtés de ses commissaires. Effrayé, le Conseil général du département décida le 5 juillet de transporter à Carcassonne les archives, les papiers précieux, les titres et actes de notaires, et ce môme jour les représentants Espert et Projean demandaient à Fiers ce qu'il voulait faire en ces critiques circonstances.
Ils lui posèrent neuf questions :
1^ Pensait-il pouvoir résister aux Espagnols et les empêcher de faire de grands progrès sur le territoire de la République? Une pareille demande, répondit Fiers, aurait embarrassé Turenne. L'armée n'a pas la moitié de ce qu'il lui faut ; la plupart des troupes sont nouvelles ; je ne puis donc répondre des éoénements. Nous avons pris une bonne posi-
i. Fiers aux administrateurs du Gard, 2 juillet (A. G.)
tion; il s'agit, non de la quitter, mais d'y mourir; si l'armée pense comme moi, tout est sauvé; mais Perpignan n'est pas en état de défense.
2° Avait-il pris des mesures pour que la communication de Perpignan à Narbonne ne fût pas coufée'^ Autant, répondit Fiers, que permettent mes moyens,
3^ Le camp était-il suffisamment fortifié et capable d'arrêter l'ennemi ? Sa position était-elle la plus militaire qu'on pût prendre ? Autant, répondit Fiers, que l'a permis le travail des troupes, et ce travail n'a pas été assidu.
4° L'avant-garde de droite et celle de gauche étaient-elles assez bien cemposées pour ne pas craindre une surprise ? Si les troupes servent bien, répondit Fiers, elles ne seront pas surprises,
5^ Avait-il un plan de campagne arrêté ? Autant, répondit Fiers, que peuvent le permetti e les variations de l'armée.
6^ Avait-il assez d'espions sûrs et qui fissent un rapport exact des mouvements de l'ennemi? Les espions manquent, répondit Fiers ; depuis huit jours, ils ne veulent plus aller au camp ; un d'eux a été tué; nous travaillons à remonter cette corde.
7^ Avait-il le nombre nécessaire d'officiers-généraux?// en manque, répondit Fiers.
8° Avait-il, ainsi que les officiers-généraux, les aides de camp dont il avait besoin pour transmettre ses ordres? Ils ne sont pas encore arrivés, répondit Fiers.
9° Les bureaux de l'état-major élaient-ils organisés et faisaient-ils leur service à la fois vite et bien ? Un certain nombre d'officiers, répondit Fiers, n'ont pas les talents nécessai>'cy»
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LE MAS-ROS
Mais le 5 juillet, Ricardos, renonçant à tourner les Français par iMillas et à passer la ïet, portait sa droite à Ponteilla en face du moulin d'Orle, comme s*il voulait attaquer le camp du Mas-Ros.
Il y eut alors une petite guerre entre ses troupes légères et l'avant-garde française, cette avant-garde qui, selon l'expression de Fiers, se montrait avec courage sous le commandement de Dagobert ^ Jusqu'au 17 juillet, les deux partis ne cessèrent d'escarmoucher.
Le 7, les Espagnols s'emparèrent du village de Canohès. Sur l'ordre de Dagobert, un détachement de 400 hommes était sorti du camp de l'avant-garde ; il mit en fuite les tirailleurs espagnols, mais il les suivit de trop près et tomba dans une embuscade. Chargé de tous côtés par la cavalerie, il se dispersa. 150 hommes qui se défendaient dans une grange, durent se rendre lorsqu'ils n'eurent plus de cartouches et le poste de Canohès se replia sur l'avantgarde.
Le lendemain 8, l'avant-garde de Dagobert reprit Canohès. A son tour, le général désirait tendre un piège aux Espagnols. Pendant la nuit, quelques-uns des siens s'étaient cachés dans les bois qui touchaient au village. L'ennemi fut averti.
Le 9 et le 10, Ricardos établit son centre à Trouillas entre Thuir et Ponteilla. Allait-il assaillir le camp du iMas-Ros ? Selon les instructions de Dagobert, Dugua, alors àToulouges, se porta sur les hauteurs entre Canohès et Ponteilla avec ses gendarmes et un peu d'infanterie. Les Espagnols lui envoyèrent des obus qui ne firent aucun mal. Mais Fin-
i. Fiers à Boucliotte, 1" et 2 juiUet (A. G.)
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quiétude avait saisi les cœurs. Les généraux se défiaient de leurs troupes toujours prêtes, comme disait Dugua, à voir des fantômes. Dans la nuit du 10, à Toulouges, à la suite d'une fausse alerte, les avantpostes tirèrent sur les postes du village qui leur ripostèrent; les uns et les autres avaient beau crier « républlcains\ »; on lâcha des deux parts plus de cent coups de fusil, et nul ne fut atteint. « Il faut, écrivait Dugua, que ces gens-là tirent bien mal pour n'avoir tûé ni blessé personnel » ^
Le 12 juillet, le camp du Mas-Ros apprit avec un douloureux étonnement que deux officiers et treize soldats de la légion des Pyrénées avaient déserté. Les représentants, plus alarmés que jamais, demandèrent s'il fallait abandonner Perpignan au sort de la guerre et reculer derrière les Gorbières. Pouvait-on garder un département avec si peu de troupes contre le ^rë de la majeure partie des habitants ? Fiers combattit de toutes ses forces cette proposition. Le vieux général d'Auvare, ainsi que Dagobert, se joignirent à lui. « Replier l'armée surSalces et Narbonne, disait Dagobert, c'est livrer Perpignan à l'ennemi, c'est consommer en entier la perte des Pyrénées-Orientales. » ^
Le 13, Ricardos faisait un mouvement décisif. Toute son armée se portait en avant et, à 6 heures du matin, se déployait sur une ligne immense. De son côté, l'armée française se mit en bataille dans ses retranchements. Dagobert détacha 300 hommes de l'avant-garde. qui, comme de coutume, escarmouchèrent avec l'ennemi, et, comme de coutume, du