‹ Le général DagobertChapitre 48 sur 121 · Dugua à d'Aoust, 9 et 10 juillet (A. G · texte numérisé non relu

Dugua à d'Aoust, 9 et 10 juillet (A. G

2. Fervel, I, p. 81; Mémoire de Grandvoinet (A. G.) ; Réponse de Dagobert, j). 4.

LE GÉXÉRAL DAGOBERT

haut d'une butte il observailles menues péripéties de rengagement. Quelques officiers et le représentant ir gean le rejoignirent. Bientôt au feu de la mousqieterie succéda celui de Tartillerie. Des deux parts le canon tirait à toute volée. Des bombes tombèrent jusque dans le camp du iMas-Ros. Les Espagnols voulaient évidemment occuper et garder Canohès. Ils V réussirent; ils s'emparèrent du village; ils prirent sur une hauteur avoisinante une position avantageuse. Les Français, postés dans un bois sur la gauche, essayèrent de les déloger. Mais l'adversaire fit avancer huit pièces de 12, un bataillon de gardes wallonnes et un gros détachement de troupes légères. Les républicains battirent en retraite. Fiers écrivait que les vedettes étaient à portée de fusil et que Ricardos allait d'un moment à l'autre bombarder le camp du Mas-Ros.

Perpignan répondit à la prise de Canohès en célébrant avec éclat la fêle du li juillet. Le soir, à 6 heures, tant pour « élcctriser les soldats et produire le plus grand effet » que pour étaler leur jacobinisme de fraîche date, les corps administratifs, accompagnés du club et du représentant Projean, se rendirent au Mas-Ros jusqu'à la plate forme de la principal!) batterie. Le président du Déparlement. Sérane, et le procureur-général syndic Llucia portaient, l'un, le drapeau tricolore, l'autre, la bannière de la Constitution nouvelle. Les soldats se mêlèrent à cette procession civique en criant Yice la République et en chantant la Marseillaise. Le drapeau tricolore fut hissé sur l'arbre de la liberté et Llucia prononça la formule du serment : maintenir jusqu'à la mort la République une et indivisible ainsi que la ConslituLion de 1793. Le cortège parcourut le

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camp et Llucia montra de loin aux Espagnols la bannière de la Constitution comme « la pierre contre laquelle se briseraient leurs projets ». Malgré la prière des corps administratifs, l'armée n'avait pris à la cérémonie aucune part officielle. Pas de musique militaire ni de tambours,, pas de dépulations des balailons. Une salve d'artillerie fut tirée à l'instant de la prestation du serment et suivie d'une immense clameur d'enthousiasme. Mais ni Fiers, ni l'état-major ne parurent. Deux généraux, Puget-Barbantane et Giacomoni, s'excusèrent de n'être pas venus en alléguant qu'ils n'avaient pas reçu d'ordres. Seul Dagobert était présent, et les assistants l'applaudirent lorsqu'il jura de défendre la Républiqueet la Constitution : celui là, au moins, était sûr; nul ne doutait de ses sentiments et plus que jamais la ville et l'armée eurent la conviction qu'il unissait aux talents militaires une âme vraiment républicaine.

En revanche, la colère était très vive contre Fiers. De Collioure le conventionnel Fabre de l'Hérault écrivait que l'absence du général à la tête du lijuillet rendait son patriotisme suspect. Llucia se plaignit aux représentants de Perpignan, et les corps constitués, auxquels se joignirent les commissaires du club, dénoncèrent à la Convention et au Comité ce chef d'armée qui semblait mépriser la nouvelle Constitution. En réalité, les ordres de Fiers — témoigne Projean — avaient été donnés trop tard. Il essava de calmer les mécontents en faisant lire dans le camp l'acte constitutionnel ^

1. ViJal, ir, p. 248 257; Projean au Comité, lo jiiinet (A. G.); Fabr ■ ; iix représentanls. G août (A. I'.).

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LE MAS-ROS

IV. La grande et patriotique manifestation de Perpignan n'arrêta pas Ricardos. Le 16, à 8 heures du soir, il refoulait les axant-postes 'qui gardaient la hauteur du Mas Serre et, le lendemain, avec 16.000 fantassins, 6.000 cavaliers et 100 pièces, il livrait bataille.

Il voulait, disait-il. traiter le camp du Mas-Ros comme une place assiégée. Déconcerter les Français par Parlillerie et, après les avoir mis en désordre, les faire assaillir par l'infanterie et la cavalerie, tel était son plan. Au centre de sa ligne, au plateau du Mas Serre, sur la butte de Las Gobas, en face du Serrât d'en Vaqué, il établit, durant la nuit du 16 au 17, une grande batterie composée de li ohusiers, de 12 canons de douze et d'un canon de seize. Sur les revers du plateau, à l'abri du feu des Français, étaient formées cinq colonnes : deux bataillons de gardes espagnoles sous le duc d'Ossuna ; deux bataillons de grenadiers sous le marquis de Las x\marillas; deux bataillons de gardes wallonnes sous Courten; deux escadrons de carabiniers royaux et toutes les troupes légères sous lïermosa; tous les carabiniers, grenadiers et dragons sous Calatayut. Sitôt que la confusion se mettrait dans le camp ennemi, Gagigal, qui commandait l'attaque, ferait enflammer de la paille amassée à l'avance sur la butte et, à ce signal, les colonnes se jetteraient sur les retranchements.

Mais Fiers, de son coté, avait pris ses mesures. Il avait fortifié ses ailes : à gauche, au village de Cabestany, étaient 4.000 fantassins et la cavalerie de la légion des Pyrénées; à droite, au moulin d'Orle, 4.000 autres fantassins et les 300 gendarmes de Dugua : au centre, au Serrât d'en Vaqué ou, comme

li-f.

on disait, au grand camp, 1.430 hommes et Partillerie, cette artillerie qui, à la journée du Mas-Deu, avait déjà montré bravoure et sang-froid ; elle comptait oO bouches à feu, servies par 325 canonniers, sous les ordres de La Martillière. Au pied de la hauteur, dans le vallon, était l'avant-garde commandée par Dagobert et par le second de Dagobert, Padjudant-général Poinsot, arrivé de Paris depuis quelques jours; elle se composait de I.60O hommes et s'appuyait à un petit ouvrage avancé, élevé sur un mamelon et nommé le Pain de sucre.

Dagobert, de môme que Fiers, s'attendait à une attaque, et il avait donné ses ordres pour éviter une surprise de nuit : les postes étaient renforcés et les patrouilles succédaient aux patrouilles. Le 17, à 3 heures du matin, accompagné de deux officiers de la légion des Pyrénées, Pérignon et Grézieu, il faisait une reconnaissance et il parlait aux dernières sentinelles, lorsqu'obus et boulets se mirent à pleuvoir autour de lui. C'était la grande batterie, la batterie de 27 pièces, (jue les Espagnols avaient dressée sur la hauteur du Mas Serre ; elle lui parut d'abord formidable, et la quantité de projectiles qu'elle lançait, innombrable ; mais elle était à 1.600 mètres du Mas-Ros et, si deux bombes allèrent tomber à soixante toises des remparts de Perpignan, ses coups ne portèrent que très rarement.

Fiers assistait du Mas-Ros à la canonnade. Il

laissait les Espagnols consommer inutilement leur

poudre et il n'envoya pas l'ordre de riposter. Mais

l'armée frémissait d'impatience. « Je ne conçois

pas, disait Dagobert au représentant Cassanycs,

que Ricardos fasse canonner cl bombarder le camp

ÈÊ-ip, ■^•'•-'■'^^•im^jê^stmiSÈ^^M

comme une place forte ». — « C'est une laclique extraordinaire, répondit le convenlionel, mais je trouve plus extraordinaire encore que nous restions les bras croisés sans faire la moindre défense ». — « Il faut, répliqua Dagobert, que le général on chef donne l'ordre de tirer ». Cassanyes courut au Mas Ros et dit à Fiers qu'il s'étonnait do l'inaction des troupes et surtout de l'artillerie. Fiers répartit qu'il voulait conserver des munitions pour résister dans Perpignan, s'il était cerné. Cassanyes objecta qu'il y avait à Perpignan et dans la citadelle de grands magasins à poudre et que le manque de munitions n'était pas à craindre. Fiers garda le silence.

Indigné, Cassanyes revint au Serrât d'en Vaqué. Les artilleurs montraient encore plus d'impatience qu'auparavant. C'étaient, pour la plupart, des gens du pays, naguère canonniers gardes-côtes du Roussillon et organisés en compagnies. L'un d'eux, le sergent Prim, criait à tue-tête qu'il fallait charger ^ t firer les pièces. Soudain, vers 9 heures, un coup de canon part. A l'instant, toutes les batteries jouent, ti bientôt les pièces françaises prennent l'ascendant sur les pièces espagnoles. Le chef do brigade La Martillière dirige le feu K 11 a soixante et un ans — mais, comme Dagobert, il a la chaleur d'un jeune homme et il déclare fièrement qu'il sert avec une activité supérieure à celle de son âge ; il passe pour patriote et il a souvent dit qu'il n'appartenait pas à la caste des ci devant. En réalité, ce fut lui qui gagna la bataille : les représentdiii^ écrivaient h Paris qu'on ne pouvait trop faire

1. Le feu des Français, reconm ît Ricardos, était t muy vivo y acertado. »

fc. / ^

If

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son éloge et Fiers assurait qu'au 17 juillet, à force de soin et de fatigue, malgré la pénurie totale d'officiers de son arme, La Martillière avait su pourvoir à tout.

Dagobert avait, pendant ce temps, mis ses troupes en avant, sur la droite et la gaiiche de son camp, derrière une ligne de hauteurs, pour la garantir des bombes et des boulets. Puis, accompagné de Poinsot, il était allé demander les instructions du général en chef. Pérignon commandait en son absence ; il était lieutenant-colonel de la légion des Pyrénées et il se piquait delà présenter chaque jour avec avantage aux ennemis. Il porta l'infanterie de la légion ainsi que les grenadiers du régiment de Champagne en avant du Pain de sucre. xMais cette infanterie fut assaillie par un gros essaim de tirailleurs espagnols ; elle lâcha pied. Pérignon tenta de la rallier et de la ramener au combat; elle ne l'écouta pas. Il prit alors le fusil et les cartouches d'un blessé et sans plus proférer une parole, il se plaça dans les rangs des grenadiers de Champagne qui n'avaient pas bougé. Les légionnaires n'osèrent l'abandonner; ils revinrent à leur poste. Pourtant ils auraient peut-être plié pour la seconde fois lorsqu'arriva Poinsot. Il avait obtenu de Fiers et des représentants Projean et Espert 300 hommes et 2 canons de quatre avec la permission d'attaquer. « Je réponds du succès sur ma t^te, avait-il dit, et je me fais fort de débusquer l'ennemi ». Il repoussa les

tirailleurs, et Jean-Baptiste Cordier, ancien canonnier au régiment de Toul et capitaine de la compagnie d'artillerie de la légion des Pyrénées, braqua les deux pièces sur les carabiniers espagnols. Mais avec qu' Ique chaleur que cette petite guerre, comme

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s'exprimaient Jes représentanis, se fît de part et d'autre, elle ne servait à rien. Ce fut l'artillerie de La Martillière qui décida tout. Ricardos comptait, à force de bombes et d'obus, effrayer les républicains et les obliger à quitter leur position. Comme Brunswick au 20 septembre 1792, il les voyait recevoir son feu sans s'émouvoir. Dans toutes les batteries et devant toutes les tentes retentissait l'air du Ça ira. On n'entendait dans les ambulances, durant les amputations, que les mois Vioe la République. Six canonniers, brûlés par l'explosion d'un caisson de gargousses, traversaient le camp du iMas Ros en criant que la victoire était immanquable. D'autres, mortellement blessés, priaient leur camarades qui les soutenaient, de ne pas les plaindre et les engageaient à retourner vite au combat. A midi, Ricardos, comprenant qu'uneplus longue canonnade serait inutile, ordonnait la retraite, et son armée s'éloignait, la droite d'abord, puis le centre, enfin la gauche qui formait l'arrière-garde.

Les Espagnols fuyaient ! L'artillerie républicaine avait foudroyé leurs batteries! En un instant, cette nouvelle se répandit de rang en rang. L'ardent Dagobert voulut se mettre à leur trousses sans songer qu'il allait se risquer en rase campagne contre des escadrons redoutables. Les représentants ne disaient-ils pas quelques jours auparavant qu'il serait très imprudent d'engager une action générale puisqu'ils n'avaient presque pas de cavalerie à opposer à celle des ennemis qui était bonne et nombreuse ?

Ce fut Poinsot qui commença la poursuite. Convaincu que les deux pièces qu'il avaient obtenues ne lui suffisaient pas, il courut demander à Fiers

2 canons de quatre et 2 canons do huit. Mais lorsqu'il revint, Pérignon avait déjà prononcé un mouvement d'attaque ; sitôt qu'il avait vu le plateau du Mas Serre abandonné, il s'était hâté de l'occuper ; il avait mis en batterie les quatre pièces envoyées par Poinsot ; il avait placé son infanterie derrière la butte polir la soustraire aux coups de l'artillerie espagnole qui ne cessait pas de tirer dans sa retraite. Poinsot déclara qu'il fallait aller de l'avant. On se porta sur une butte voisine, puis sur une autre, et les quatres pièces, dirigées par l'infatigable Cordier, jetèrent leurs boulets sur Canohès oii s'attardait la gauche des ennemis.

Tout à coup PEspagnol sortit de Canohès. C'était de la cavalerie, cette cavalerie qui devait, selon le plan de Ricardos, et si les Français avaient lâché le camp du Mas-Ros, s'emparer du moulin d'Orle, du passage de la Tet et du défilé de Salces. Dès que Poinsot la vit paraître, il craignit pour ses pièces. Incontinent, il se replia sur la butte du Mas Serre, et de là, il avait déjà tiré quelques coups de canon lorsque Dagobert se présenta.

Dagobert résolut aussitôt de ressaisir l'offensive. Sur l'ordre de Fiers, Puget-Barbantane était venu au secours de l'avant-garde et, comme le plus ancien des généraux de division, il avait pris le commandement. Il avait placé sur le revers de la hauteur du Mas Serré 1.000 hommes d'infanterie et quatre pièces de canon, dont trois de 4 et une de 12, envoyé à sa droite les gendarmes de Dugua, détaché à sa gauche, en face de Pollestres, la cavalerie de la légion des Pyrénées. « Je vais, dit-il à Dagobert, vous donner de mon artillerie et vous renforcer d'une compagnie de grenadiers ; pour

moi, je resterai ici pour vous soutenir ou vous recueillir dans votre retraite » ^

Laissant Poinsot au Mas Serre, Dagobert s'élance avec la compagnie de grenadiers qu'il a reçue de Barbantane, une pièce de 8, une couleuvrine de 4 et un obusier ; il gagne la butte que Poinsot occupait naguère ; il canonne le village de Ganohès. Mais les Espagnols lui répondent par un feu terrible. De nouveau leur cavalerie s'avance et, malgré les décharges de ses trois pièces, malgré la valeur de ses grenadiers qui mettent la baïonnette au bout du fusil, Dagobert est contraint de reculer. Bientôt cette reculade dégénère en déroute. La pièce de 8 est abandonnée. Vainement les troupes de Poinsot accourent à son aide. Vainement Cassanyes lui dépèche les gendarmes de Dugua qu'il trouve couchés sur la terre et tenant leur cheval par la bride. Tout ce monde, vivement pressé par les carabiniers espagnols, se débande et se précipite vers le Mas Serre. Les carabiniers poussent leur pointe. Heureusement ils arrivent au bord d'un ravin, ils sont obligés de * faire un grand détour, et le canon de 24, établi sur la hauteur du Serrât d'en Vaqué, les arrête, les divise. Le courage des Français se réveille : 'grenadiers, gendarmes et autres se rassemblent à la voix de Dagobert ; ils fondent sur les Espagnols qui ne sont plus qu'une centaine, les dispersent, les capturent ou les tuent. Barbantane rappelle les grenadiers au combat. Dugua et Poinsot rallient les gendarmes qui, selon le mot des représentants, ne semblent avoir rétrogradé que pour prendre carrière ^ Mirabel, le

1. Il a donc tort de dire dans ses Mém., p. 102, qu'il fit des observations à Dagobert sur son attaque téméraire; il est contredit par la lettre des représentants Projean et Cassjnyes.

2. « Le 17 juillet, a dit Dugua — non sans exagération — le gé-

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futur général et le plus populaire des chefs de cette armée en 1794, est seul contre sept adversaires ; il frappe le premier, puis le deuxième, démonte le troisième, met en fuite les quatre autres. Soixantetrois Espagnols demeurent sur la place et Fiers luimême, en présence de Poinsot, compte les cadavres. Poinsot veut sauver la pièce de 8, restée dans un ravin, presque à portée de pistolet des ennemis. 11 descend de cheval. Cinquante francs de récompense à qui le suivra 1 Dix fantassins posent leur fusil et, sous une grêle de balles, après avoir perdu trois d'entre eux, ramènent la pièce.

Telle fut la bataille du Mas-Ros ou bataille de Perpignan. C'était le Valmy de Tarmée des Pyrénées-Orientales. Les Espagnols avaient une centaine de morts et ils ne laissaient que vingt-cinq prisonniers aux mains des Français. Mais, comme dit Casanyes, ils étaient très humiliés de la leçon qu'ils avaient reçue, et Fiers assurait qu'ils avaient subi leur première défaite. Leurs vieilles bandes et cette cavalerie si brillante, si bien montée, accoutumée à tout balayer, cette cavalerie que les représentants jugeaient formidable, avait reculé devant les volontaires de la République. Leurs escadrons et leurs obusiers, ^témoigne un contemporain, sont leurs plus fortes armes : escadrons et obusiers n'avaient pas prévalu.

Dagobert s'était signalé. Il avait eu trop d'audace et au soir, quand il se jeta sur le village de Canohès, il faillit compromettre le succès de la journée.

néral Dagobert me vit lui assurer la victoire à la tête de la gendarmerie » et il ajoute que la gendarmerie a détruit le 17 juillet la mauvaise impressio i qu'avait laissée la journée du 19 mai, qu'elle eut 3 tués et IG blessés.

LE GENERAL DAGOBEUT

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Mais il se porta, écrit le rédacteur de VÉchos des Pyrénées, « là où sifflaient les boulets, éclataient les bombes et foisonnaient les obus ». De même quau 19 mai, il était sur le point d'être « assassiné » par un Espagnol lorsqu'un gendarme tua Tassaiilant et sauva, selon le mot deDugua, un des plus braves généraux de la République. Fiers le nommait au premier rang parmi ceux qui s'étaient distingués par leur zèle, par leur intelligence, et dans le bulletin que les représentants envoyaient à Paris par un courrier extraordinaire, parce qu'il contenait des <( nouvelles agréables », ils louaient surtout Dagobert K

V. Il y a peu de campagnes aussi confuses, aussi incohérentes et aussi fécondes en péripéties que cette campagne de 1793 aux Pyrénées-Orientales. La bataille de Perpignan fut suivie d'un revers éclatant : la reddition de Villefranche-de-Conflent. Celte place barrait la gorge profonde de la Tet, et Ricardos qui voulait désormais passer la rivière pour prendre à dos Perpignan et tourner le camp du Mas Ros, craignait de laisser le défilé de Villefranche sur sa gauche. Le 4 août, après douze heures d'une canonnade qui ne tua personne et ne ruina pas le moindre parapet, Villefranche capitulait. (( Elle s'est rendue, s'écriait Fiers, sans avoir tiré un seul coup de canon tandis qu'elle pouvait tenir au moins douze jours ! »

1. Fervel, I. p. 83-90; Vidal, II, p. 250-268; Poinsot au Comité, 27 mai 1794 (A. G.); Fiers à Bouchotte, 18 juiHet {Mon. du 27); lettre de Projean et Cassanyes, 19 juillet {Mon. du 26); cf. Actes du Comité, V, p. 208, VI, p. 215; Arteche, p. 181; Gazeta de Madrid, 23 août.

Les patriotes des Pyrénées-Orientales furent consternés. « Villefranche est pris, écrivait un chef de bataillon au procureur-général syndic des Hautes- Pyrénées, et Montlouis sera pris par famine ; il ne reste que Gollioure et Perpignan : vous ne nous envoyez point de troupes et vous voulez tous notre perte I » *

Une clameur de colère presque unanime s'éleva contre Fiers. En vain il louait les soins des représentants en ajoutant qu'il était sans eux impossible de réussir. En vain il répétait qu'il avait exécuté son plan qui était de « contenir Pennemi », que la position avantageuse du Mas-Ros avait « sauvé le Roussillon et gagné la bataille de Perpignan », que son camp était un « boulevard impénétrable », une invincible barrière: « J'ai refusé de reculer lorsque je ne disposais que de petits moyens; la situation est aujourd'hui la même et je ne puis ni ne dois avancer ; le temps viendra oij je passerai de la défensive à Pofîensive ; mais il serait aussi imprudent d'aller en avant qu'il était naguère funeste d'aller en arrière ; attendez ou remplacez-moi, mais je ne veux faire que ce que me dictent mon honneur et mon expérience ». En vain il assurait — le 29 juillet ^ — qu'il n'avait pas de cavalerie, que le 27® régiment d'infanterie et la légion de Rosenthal qui venait d'arriver, étaient « dans l'état le plus mauvais », que les canonniers envoyés de Paris n'avaient aucune instruction et qu'il leur préférait quelques pointeurs des vieux régiments d'artillerie,

1. Mém. de Grandvoinet ; Fiers à Bouchotte, 7 août; lettre au procureur-général syndic des Hautos-Pyrénées, 10 sept. (A. G.).

2. Voir aux appendices VI et VII le tableau de l'armée des Pyrénées-Orientales à cette date du 29 juillet et à la date du 5 août.

LE GÉNÉltAL DAGOBERT

que l'armée comptait 3.000 malades de la dysenterie ou du flux de sang causé par l'excessive chaleur qui régnait pendant le jour, par la froideur des nuits et par les longs bivouacs. En vain il montrait une lettre du Comité, signée de Guyton et de Couthon, qui l'engageait à garder ses positions sans rien donner au hasard jusqu'à ce qu'il reçut assez de renforts pour se mesurer avec l'envahisseur. VÉcho des Pyrénées disait railleusement qu'il se bornait à des captures de bestiaux au lieu de livrer une bataille « en bonne forme ». Les représentants s'étonnaient, s'indignaient de son inaction. De Collioure, dès le mois de juillet, Fabre, inquiet, impatient, demandait si l'armée sortirait jamais de cette (( malheureuse défensive », si elle n'allait pas enfin chasser les Espagnols et les faire (( trembler dans leurs foyers ». Le systerne de guerre que Fiers avait adopté, paraissait à Fabre « contraire à nos intérêts et à notre caractère », et il proposait d'attaquer le camp d'Argelès, d'opérer une diversion en Espagne même. Si l'on tardait, ajoutait-il, les ennemis prendraient leurs quartiers d'hiver dans le Roussillon, et il affirmait à ses collègues de Perpignan qu'il ne voyait qu' « impéritie » dans la conduite militaire de Fiers, qu'il voterait pour sa suspension s'il était au milieu d'eux, que l'événement ne produirait pas la moindre commotion et ne ferait aucune peine à l'armée i.

Espert, Projean, Bonnet partageaient l'opinion

1. Mém. de Grandvoinet; Fiers à Bouchotte, 17 mai, 29 juillet, 11 sept, et aux représentants, 5 juillet; Dugua à Vaquer. 31 juil' let; (plus de cent malades dans les deux escadrons de gendarmerie (A. G.) ; le Comité à Fiers, 8 et 20 juillet (A. N. W. 428) • Actes du Comité, V, p. 232. 439, 459; Torreilles, Perpignan H p. 73; Vidal. Il, p. 297.

LE MAS-ROS

de Fabre. Ils reprochaient au général d'avoir mis de la mauvaise grâce à célébrer la fête du 14 juillet, et dans leur bulletin de la bataille de Perpignan ils n'avaient pas cité son nom. Lorsque Fiers sollicitait un ordre écrit qui l'autoriserait à punir de mort les déserteurs, ils gardaient le silence. Dès le 10 juillet, ils marquaient au Comité que Fiers n'avait pas de plan fixe et stable, qu'il variait continuellement dans ses projets et disait oui ou non dans la même minute selon Pimpulsion qu'il recevait, qu'il ignorait souvent les mouvements de l'ennemi parce qu' « il n'avait rien fait pour bien monter la partie de l'espionnage », qu'il n'avait su ni par le ton ni par le maintien gagner le cœur du soldat K

Le plus enragé était Espert. Il taxait Fiers d'inertie et d'apathie. Il prétendait — le 2 août — que, sous un pareil chef, l'armée fondrait avant la fin du mois par les maladies, le découragement et la désertion. Il taquinait, vexait Fiers de toutes façons. II faisait arrêter l'adjudant-général La Barrière, l'aide-de-camp, l'homme de confiance de Fiers, simplement parce que La Barrière lui semblait suspect, parce que La Barrière « s'était emparé de l'esprit du général », et en vain La Barrière protestait, assurait qu'il était un républicain irréprochable, qu'il avait versé son sang pour combattre les tyrans, que sans Fiers et lui Perpignan appartiendrait aux Espagnols. Ce fut précisément parce qu'il secondait Fiers qu'Espert ordonna de l'enfermer dans la citadelle de Montpellier, et Bouchotte

1. Fabre à d'Hargenvilliers, 25 juillet, et aux représe itants, 6 août (A. P.); cf. G. Sorel, I, p. 87 et II, p. 154-156.

LE GÉNÉKAL DAGÛBERT

LE MAS-ROS

répondit aux plaintes de La Barrière que « le ministre ne pouvait réformer les arrêtés des représentants » ^

Les corps constitués de Perpignan n'étaient pas moins irrités contre Fiers, et malheureusement il leur avait déplu par ses démarches et ses propos. 11 avait exigé la suppression des spectacles. Il avait proposé de renvoyer les bouches inutiles et d'expulser les femmes de mauvaise vie en assurant qu'une foule de jeunes gens perdaient à Perpignan leurs mœurs et leur santé, et sur le refus de Llucia et de la municipalité qui redoutaient des troubles, il s'était emporté. « Je comprendrai, avait- il dit, les îij libres de la municipalité dans la classe des susliccis et je les ferai conduire comme tels sur les derrières de l'armée! » La municipalité, profondément blessée, avait dénoncé ces outrageantes expressions aux représentants.

Aussi, le 6 et le 7 août, Llucia et le Conseil général du département dressaient-ils contre Fiers un acte d'accusation. Llucia écrivait au Comité qiî-^ Fiers n'avait fait aucune tentative pour délivrer Villefranche, qu'il ne voyait la patrie qu' « à travers la lunette du royalisme et des anciens préjugés », qu'il n'avait donné aucune preuve de connaissances militaires et ne possédait pas la confiance publique. Le Conseil général exposait ses griefs avec plus de détail et d'âpreté. Fiers, disait-il, n'avait pas à son arrivée parcouru le déparment et vérifié l'état des places fortes; une seule fois, le général était allé vers Céret pour ne distinguer les Espagnols qu'avec peine à l'aide d'une

1. G. Sorel, II, 157-178; lettres de La Barrière et de Bouchotte, 5 juillet et 22 août (A. G.); journal de Legier (A. P.).

longue-vue. Il avait employé de mauvais espions et méprisé l'avis des particuliers. Il était, pendant le combat du Mas-Deu, resté tranquille à Perpignan et il n'avait gagné le lieu de l'action que pour assister à la déroute de l'armée. 11 n'avait pas ravitaillé d'avance Fort-les-Bains et Prats-de MoUo, et, lorsqu'il s'était résolu à dégager ces deux places, il avait chargé de l'expédition un homme inepte. Il n'avait pas opéré de diversion en faveur de Bellegarde. 11 n'avait pris aucune part à la bataille du 17 juillet et, bien qu'il prévît l'attaque, il n'avait pas jugé nécessaire de coucher au camp. Il avait laissé les Espagnols s'enfoncer dans les gorges du Confient et lorsqu'il avait voulu les assaillir, l'entreprise, dirigée par un « novice », n'avait démontré que le désordre et l'incurie du général en chef. Il avait laissé succomber Villefranche qu'il aurait pu défendre en occupant les hauteurs qui dominent la ville et le fort K 11 n'avait jamais commandé une attaque. Enfin, il n'allait au camp que sur le soir pour se promener et pour prendre le frais; aussi excitait-il la méfiance du soldat et plus de 8.000 hommes avaient déserté -.

La veille de cet injuste et terrible réquisitoire, le G août, Fiers, désireux de se laver de tout reproche, avait tenu conseil de guerre. Les représentants assistaient à la conférence ainsi que le directeur des fortifications Vialis et le capitaine du génie

1. Cf. les mêmes reproches d; ns le rapport de Cassany; s, p. 27. « Si Fiers avait visité cette contrée à tenioS, il en aurait connu le besoin, il aurait fait occuper les postes essentiels. »

2. Torreilles, Perpignan, II, y. G0-7G; G. Sorel, I, \k 8G-89î Vidal, II, p. 291-293; Exposition des griefs du départem- nt des Pyrénées-Orientales contre la conduite du général Fiers, considérée sous 1.^ rapjjort de ses oi)/ratio;is milit.iros et administratives, 7 août (a. g.).

LE GÉNÉRAL DAGOBEKT

Andréossy, le commandant de l'artillerie La Martillière, les généraux de division d'Auvare, Barbantane et Dagobert, et les généraux de brigade réels ou provisoires d'Aoust, Giacomoni, Frégoville, Massia et Boisconteau.

Fiers commença par dire qu'il avait dans le camp du Mas-Ros et les petils camps ou cantonnents jusqu'à la mer, 12.000 hommes de troupes et >ièces servies par 800 canonniers dont 90 seulement appartenaient à l'artillerie de ligne, et il i - Hialre questions :

1 i.tes-vous d'avis d'attaquer le grand camp des I -^sagnols?

2° Ktes-vous d'avis d'attaquer Argelès avec le secours de la garnison de Cullioure?

3^ Etes vous d'avis de faire des attaques particulières sur xMillas, Ille, Vinça, Prades et Thuir?

4° En ca^ l'attaque, quelle est la marche qu'il faudra suivre *?

Dag Lti i répondit brièvement à toutes les question'^ T] ]ni paraissait indispensable d'attendre les secours promis depuis longtemps; mais lorsque des troupes agujiries auraient renforcé l'armée, elle ^Ipvrn if pensait-il, assaillir le grand camp : « du succi- 1 pend et s'ensuit nécessairement la chute '^ ^ ^^ i^^ pd : postes des ennemis. »

T'npinion (]f Dagobert fut adoptée. Pas de bataille avaii t réunion de tous les moyens que le iii istre et le Comité de salut public devaient env^'} i rhp la bataille, ce serait perdre Perpi- ^ L floussillon, et, si, par chance, on la sa-

.: lu on n iième pas la certitude de chasser

511 l ni { là des monts.

Le Comité de salut public, écrivait Flors le 7 août.

l'Fspairi

i fi

LE MAS-ROS

serait sans doute convaincu par cette résolution du conseil de guerre que l'armée ne pouvait quitter la défensive.

Mais il n'était déjà plus général en chef. Le môme jour, Bonnet, Espert et Fabre, venu de Collioure, arrêtaient que Fiers « ayant perdu la confiance des citoyens soldats, était suspendu de ses

fonctions. ))

Il ne reçut cet arrêté que dans l'après-midi du 9. Les représentants y avaient joint une lettre particulière : ils remarquaient que les dénonciations se multipliaient contre Fiers et que le malin, dans une conférence avec eux, il avait reconnu que c'était rendre service au général qui n'inspirait pas une confiance entière, que de le débarrasser du commandement '.

Le successeur de Fiers fut Puget-Barbanlane. C'était le plus ancien divisionnaire de l'armée, et depuis quebiues semaines il répétait partout qu'on avait tort de se tenir sur une défensive triste et pénible et que l'armée ferait bien de prendre promptement l'offensive. Dès les premiers jours de juillet, il venait dire aux représentants Espert et Projean qu'il regardait Fiers comme absolument incapable -. Le 5 août, les conventionnels lui offraient la place et Barbantane l'acceptait \

Mais, si Barbantane devait sauver Perpignan, un

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