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CHAPITRE X

Peyrestortes

I. D'Aoust et Goguet. — Rôle de Fabre et ses projets du 11 au 16 septembre. — Arrivée de Cassanyes à Perpignan. — II. Les Espagnols au Vernet et leur échec. — m. En marche sur Peyrestortes. — IV. Ordre et contre-ordre donnés à la division de Salces. — V. La division de Perpignan repoussée. — VI. La division de Salces victorieuse. — Retour "de la division de Perpignan. — VII. Le succès dû à Cassanyes. — VIII. Reprise de Villefranche et de Prades. — Gilly et" David.

I. Tandis que Dagobert qui succédait à Barbantane, prenait le cbemin de Perpig^nan, d'Aoust et Goguet commandaient, Pun. au camp de l'Union, l'autre, au camp de Salces, Tarmée des Pyrénées- Orientales.

D'Aoust qui n'avait que trente ans, était général de brigade et chef d'étal-major de Parmée depuis le mois de juin. Biron avait loué son application et la pureté de son patriotisme, Fiers disait qu'il était Phomme sur qui roulaient toutes les afï'aires, l'homme dont on ne pouvait se passer. Fabre vantait son zèle, son énergie, et les représentants près Parmée de la Moselle proposaient de l'appeler sur Jes bords de la Sarre et de lui donner le commandement à la place de Schaueniourg. Aimable d'ailleurs, obligeant, courtois, il plaisait à ses entours et tous les officiers de Par/née des Pyrénées Orientales qui le connurent, lui gardèrent un bon souvenir. Mais il n'avait pas le coup d'œil du général et son mérite essentiel, aux yeux des commissaires de la Convention, c'étaient sa docilité et le sans-

LE GÉNÉRAL DAGOBEKT

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culoltisme qu'affichait ce ci-devant marquis. Il parlait à merveille le jargon des clubs. Il nommait les Espagnols des brigands enrégimentés et jurait de « débarrasser de leur présence impie la terre sacrée de la liberté ; » il s'engageait, s'il était assiégé dans Perpignan, à « ne laisser aux vils satellites des despotes qu'un monceau de cendres et de ruines, digne spectacle de leurs regards féroces » ; il proclamait la constitution de 1793 le chef-d'œuvre de la raison humaine et il écrivait au ministre Bouchotte qu'il lui réitérait l'assurance de ses sentiments : la liberté ou la mort. Les représentants n'avaient pas de serviteur plus dévoué. Il disait tout haut que leur panache était le signe de la victoire. « Il est assez bon officier, rapporte ïurreau, et quoiqu'il ait peu d'expérience, il dirigerait mieux l'armée s'il agissait de lui-même; mais il n'est que le lieutenant dos représentants du peuple et il fait aveuglément et par crainte tout ce qu'ils ordonnent; il se perdra, » et un autre témoin lui reproche d'avoir eu pour Fabre trop de déférence, d'avoir (( suivi presque toutes les fantaisies » du conventionnel *.

Goguet, naguère médecin, puis chef du l^'' bataillon des volontaires de l'Hérault, puis commandant de place à Bruxelles, avait été promu général de brigade pour avoir, à la fin de mars, envoyé au

1. Biron à Bouchotte, 8 mai ; Fiers à Bouchotte, 22 juin ; d'Aoust à Bouchotte, 28 décembre et à la Conventiou, 4 septembre (A. G.); A Chuquêt, Hoche, p. 49; Actes du Comité, Vf, p. 370 et 442; Vidal, II, p. 256 et III, p. iiv-xv; Mém. de Grandvoinet. Turreau {Revue de la RévoL, VI, Doc, I, p. 2); ce jugement est plus juste que celui qu'il i orte dans st s Notes, t d'Aoust sans caractère et sans moyens » et dans sa lettre du 25 octobre à Bouchotte : c D'Aoust est incapable de remplir tett^ place » ; cf. Pelleport, ^^ -.., I, p, 12.

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député Delacroix une longue note qui révélait les desseins de Dumouriez, et la Convention, dans la séance du 6 avril, avait déclaré qu'elle était satisfaite de sa conduite. Bien qu'il eût assisté à la bataille de Jemappes où son cheval fut tué sous lui, Goguet était encore neuf dans le métier des armes et Gassanyes lui reprochait le désordre de son camp. Mais Fabre avait connu Goguet à Montpellier au commencement de la Révolution, et le 22 août 1793, il le nommait commandant de Gollioure, l'annonçait à la garnison de celte place comme un homme franc, loyal, courageux, et au club comme un excellent républicain, son ami depuis 1789, et dont les actes prouveraient les talents. Le 11 septembre, il lui confiait la division de Salées : « à coup sûr, disait-il, Goguet électrisera l'armée », et Barbantane, donnant sa démission, proposait de mettre Goguet à la tête des troupes si Dagobert restait en Cerdagne K

Tels étaient les deux généraux qui commandaient les deux portions de l'armée des Pyrénées- Orientales. Mais en réalité Fabre dirigea les opérations jusqu'à l'arrivée de Dagobert. 11 se plaignait naguère de n'avoir aucune influence sur les mouvements militaires. Cette fois, les généraux suivaient ses avis. Aussi, jamais sa cervelle ne fut plus fertile en projets que du 11 au 18 septembre.

Il régentait Goguet et lui faisait la leçon, le blâmait d'établir trop de petits postes, l'engageait à concentrer toutes ses forces.

1. A. Chuquet, La trahison de Dumouriez, p. 78 et lo3; Mon,, 9 avril; Barbantane, Mém., p. 300; Actes du Comité, VI, p. 448; Vidal, II, p. 351; Fabre au club de Collioure, 22 août et à Bonnet, 9 septembre (A. P.)

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Le 11 seplembre, après avoir signé la suspension de Barbanlane, il arrêtait un plan d'attaque et appelait h lui Cassanyes et Dagobert, les priait d'occuper les hauteurs d'Estagel, pour tourner les Espagnols postés à Peyrestortes, pendant que l'armée de Perpignan les attaquerait en face : « surpris sur tous les points, ils ne pourraient nous résister et nous nous embrasserons sur le cliamp de la victoire! »

Le môme jour, il écrivait à (îoguot qu'il avait fait un plan décisif, et le lendemain il lui envoyait deux billets Tun après l'autre, lui recommandait d'agir, de ne pas s'amuser à organiser : « Tu es trop intelligent pour n'avoir pas compris ma lettre. Pars pour Perpignan. Xous en causerons quelques minutes. Ensuite, à crève cheval! Il te faudra aller je te dirai où. Ne perdons pas de temps. Les minutes sont des siècles ! » Goguet accourut. Fabre voulait faire une fausse attaque sur Peyrestortes et pendant que l'ennemi craindrait d'être tourné sur ce point, l'attaquer sérieusement sur un autre. Goguet éleva des objections et Fabre dut avouer que son plan était « un château en Espagne ».

Quatre jours plus tard, nouveau plan de Fabre, nouvelles objections de Goguet. Cette fois, le représentant se fâcha : « Tu adoptes le système défensif, je ne te puis approuver d'aucune façon », et il exhortait Goguet, non à se fortifier dans sa position, mais à se préparer à un mouvement offensif. Il se plaignait que l'élat-major fut resté à Sigean au lieu de venir à Salces : cet éloignement « entrave tout, et l'armée de Salces ne va pas ».

Durant la nuit du 1 i au 15 septembre il entraîna d'Aoust dans une de ces expéiiilions, de ces surpri-

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ses qu'il affectionnait, et qui, selon lui, étaient immanquables. Enlever Ricardos, enlever le trésor et tout le quartier-général des Espagnols, enlever le camp de Trouillas en le tournant par les derrières, tel était le plan de Fabre. On se mit en marche. La colonne de grenadiers, destinée à Pattaque du quartier général, avait ordre de tenir ses armes déchargées ; mais elle tira sur une vedette et donna l'éveil à Pennemi. Fabre voulait néanmoins assaillir le camp. D'Aoust lui représenta que c'était une folie. « La fortune, répondit Fabre, est pour les fous! » Cependant, il n'osa insister, et son dépit s'exhala dans ses lettres intimes : « On me renvoya à Polybe commenté par Folard, et je n'eus plus rien à dire I ^ »

Ce qu'il désirait par dessus tout, c'était une victoire à laquelle il attacherait son nom; il voulait sa victoire, et il ne parlait qu'avec envie des succès de la Perche et d'Olette obtenus par Cassanyes, par celui qu'il appelait gaiement, et non sans une pointe de jalousie, le conquérant Cassanyes. HélasI le 17 septembre, à Peyrestortes, il crut avoir cette victoire qu'il ambitionnait, mais Cassanyes était là, et, malgré Fabre, ce fut Cassanyes qui, cette fois encore, eut la gloire de la journée.

Cassanyes était, en effet, arrivé de Montlouis à Perpignan. Le danger lui paraissait si grand qu'il avait quitté la Cerdagne pour venir au secours de son collègue Fabre. Il dut faire un détour considérable, passer par Quillan, Carcassonne, Narbonne. En route, il reçut une lettre de Bonnet et de Barban-

1. Fabre à Goguet, 6, H, 12, 15 et 16 sept., à Giacomoni, il septembre, à Bonnet, 13 et 16 septembre (A. P.), à Dagobert, il septembre (A. D.)

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tane qui regardaient Perpignan comme perdu. Il écrivit aussitôt à Dagobert et l'engagea vivement à partir pour Perpignan par iMosset et Estagel avec une portion de ses troupes. Le 14 septembre, il était au Lac, près de Sigean; il y trouva Tétat-major de l'armée et il lui reprocha d'avoir> par une pareille retraite, jeté la consternation dans les cœurs et compromis la chose publique ^

Le 15, au matin, il était au camp de Salces. Le général Goguet lui remontra que la route de Perpignan n'était pas sûre et qu'il trouverait à la rivière de l'Agly un poste espagnol qui barrait le chemin. Cassanyes prit avec lui six chasseurs à cheval qui jurèrent de passer ou de périr. H passa ; il alla dîner au village de Torreilles chez son beau-père; il longea la Tet et à la faveur du bois qui bordait l'eau, il entra dans Perpignan. Le soir même il allait coucher au camp de l'Union et visiter les avant-postes, encourageant les soldats, stimulant leur zèle, leur parlant des glorieux combats de la Perche et d'Olette, les excitant à obtenir de semblables succès.

Le 16, il conférait avec Fabre et d'Aoust ; mais ce soir-là il coucha rue d'Espira dans la maison d'Aguilar que la municipalité de Perpignan avait affectée au logement des commissaires de la Convention.

4. Notons ici, en passant, les erreurs commises par Cassanyes dans ses Mémoires. H dit qu'il avait quitté laCerdagne pour proposer à ses collègues le moyen de frapper un grand coup et ce moyen, selon lui, c'était d'attaquer avec toutes ses forces le camp de Trouillas; ce camp tombé, tout le reste tombait. En réalité, il vint à Perpignan parce que ses collègues jugeaient la situation critique, parce qu' « il fallait une réunion de représentants. * Il dit encore qu'en route, il offrit le commandement à Dagobert ; mais c'est par une lettre de Bonnet qu'il a] prit en route la nomination de Dagobert.

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Le 17, au point du jour, il est réveillé par le bruit du canon. Il saute du lit et, en chemise, monte sur le toit delà maison d'Aguilar. Il remarque que les Français sont attaqués au Vernet à trois kilomètres au nord de la ville, évidemment par les Espagnols de Peyrestortes. Il descend, il s'habille en toute hâte, il se met en selle, il voit Fabre et les secrétaires éclater de rire : dans sa précipitation il avait gardé son bonnet de nuit! Il prend son chapeau et court.

II. Depuis 4 heures du matin, l'ennemi avait ouvert le feu sur le Vernet. Deux heures auparavant, et parce que le 17 septembre était sans doute le jour de sainte Victoire — ces coïncidences plaisaient aux Espagnols — 6.000 fantassins et 400 carabiniers, accompagnés de 15 pièces de fort calibre, avaient, sous les ordres du général Courten, quitté le camp de Peyrestortes. Ils devaient prendre le Vernet, puis, après avoir poussé jusqu'aux bords de la Tet, à l'abri des maisons du faubourg, élever une grande batterie qui serait appuyée en arrière par deux parallèles et ruiner la partie du front qui s'étendait à droite de la porte du Castillet.

Le Vernet — aujourd'hui le Haut-Vernet, — était alors un groupe de quelques maisons environnées de jardins. Il y avait là 400 hommes du l^'" bataillon du Cantal, commandés par le chef de brigade Soulérac, et massés soit autour d'une chapelle, soit autour d'une poudrière située à une portée de fusil du côté de l'est. Ils avaient trois canons; mais l'essieu d'une des pièces cassa au troisième coup. Au bout de deux heures d'un feu assez violent, les munitions manquèrent, et Soulérac lit sa retraite sans

emmener son artillerie. Déjà les boulets espag-Qols tombaient dans Perpignan et l'un d'eux alla frapper le mur du bureau de Llucia.

Mais à ce moment se présente Cassanyes, toujours ardent, toujours fougueux et, depuis la conquête de la Gerdagne, convaincu que rien ne peut tenir contre l'impétuosité française. 11 était seul, et sur la Loge, à la porte du Castillet, dans la rue du Faubourg, aux habitants qui lui demandaient familièrement où il allait, il répliquait, sans trop savoir que dire, qu'il allait prendre sa revanche.

Au bout du pont de la Pierre, à l'endroit où s'élevait une croix de la Mission, il voit rentrer, sans trop de désarroi, les volontaires du Cantal. Il leur commande de s'arrêter. Il les interroge. D'où viennent-ils? Qu'ont-ils fait? Ils lui répondent qu'un de leurs canons a crevé et que, vaincus par le nombre, ils ont quitté le poste du Vernet.

Fabre et d'Aoust arrivaient à cet instant. Cassanyes, étant dans leur division, crut bon de se taire. Mais au lieu de donner des ordres et de prendre un parti, Fabre et d'Aoust gardaient le silence. Impatienté, Cassanyes tire son sabre du fourreau, harangue les volontaires, enflamme leur courage, leur dit qu'il ne faut pas de canon, qu'il ne faut que la baïonnette pour ressaisir le poste du Vernet. « Je me mets à votre tête, ajoute le représentant, demitour 1 » Les troupes, entraînées, font demi-tour et crient : « En avant, à la baïonnette! » Elles marchent de nouveau sur le Vernet par la grande route; puis elles se jettent à droite du chemin, elles gagnent la poudrière et à la faveur des haies, des petits murs de clôture et des gloriettes, elles avancent assez loin pour engager contre les Espagnols

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une vive fusillade. L'endroit n'est guère tenable; le canon ennemi tire sur elles à mitraille et il ébranche les arbres ; elles doivent s'abriter derrière des fossés. Mais le président du Département, Sérane, que le club avait la veille nommé son commissaire, a suivi Cassanyes en qualité d'aide de camp; il court chercher 120 dragons qui couvrent la droite des républicains et empêchent les Espagnols de la tourner.

D'Aoust demeurait jusqu'alors sans agir. Il ne comprenait pas que les Espagnols eussent attaqué le Vernet sans attaquer en même temps le camp de l'Union. Comment Ricardos, le prudent et avisé Ricardos, n'avait-il pas combiné les deux opérations? Enfin, après s'être convaincu que les Espagnols du camp de Trouillas restaient absolument immobiles, d'Aoust, toujours accompagné de Fabre, amène 2.000 hommes qu'il divise en deux colonnes. Il est à la tête de la colonne de gauche qui marche bravement par la grande route sous les boulets. Le général Le Moyne, qui conduit la colonne de droite, renforce Cassanyes et Soulérac en avant de la poudrière avec trois bataillons, un bataillon de la Haute-Garonne, le l^"^ du Tarn, le 4^ de l'Aude. Déjà, de ce côté, les Français, s'étendant par la droite, débordent' l'adversaire. Soudain, la cavalerie espagnole s'élance sur le 4® bataillon de l'Aude à l'extrême droite. Mais Cassanyes se souvient du combat de la Perche : il place le bataillon le long d'un tas de pierres et lui défend de tirer sans son ordre un seul coup de fusil. La cavalerie espagnole prend le petit trot, puis le grand trot, puis le galop; la voilà à demi-portée: nFeiiio, commande Cassanyes, et le feu du bataillon jette le trouble et la

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confusion dans cette cavalerie; elle fuit; les volon-' taires et les dragons la poursuivent, la traquent, la cernent dans les vignes. La plupart des carabiniers espagnols furent tués ou pris ; l'un d'eux se rendit à Sérane; leur chef, don Rafaël Adorno, était au nombre des morts.

A la vue de cette débandade, d'Aoust fait avancer sa colonne au pas de charge; elle reprend le Yernet à la baïonnette; elle refoule les Espagnols sur la route de Peyrestortes; ils abandonnent les trois pièces françaises, huit de leurs canons et deux obusiers.

Vil. Il était 9 heures du matin. Les habitants de Perpignan, sans armes, étaient accourus et, à deux pas du Yernet, sur la route, bourgeois et soldats se félicitaient, se serraient les mains, s'embrassaient. De toutes parts éclataient des cris d'allégresse et d'enthousiasme. On acclamait Fabre et d'Aoust; on applaudissait principalement Cassanyes, car nul n'ignorait qu'il avait rallié les volontaires du Cantal et mené l'opération. Soudain, du milieu de cette foule délirante s'élève une clameur qui sans cesse grandit : A Peyrestortes ! à Peyrestortes! Chaque soldat, se croyant un héros, veut poursuivre l'ennemi, et lesPerpignanais, voyant au loin les Espa^ gnols gi iiiiper aux collines pour gagner leur camp de Peyrestortes, demandent ardemment, impatiemment que les troupes achèvent une victoire qui n'est qu'à demi remportée. Saisi, lui aussi, par le vent de folie patriotique qui souffle sur tout le monde, Cassanyes déclare à haute voix que l'affaire n'est pas finie et qu'il faut marcher sur Peyrestortes sans nul retard : <( Ce n'est pas assez d'avoir sauvé Per-

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pignan; nous devons encore sauver les départements méridionaux; l'ennemi est en déroute; poursuivons-le et allons l'attaquer à Peyrestortes! »

Fabre approuve Cassanyes. D'Aoust, le sage d'Aoust, comme l'appelait VEcho des Pyrénées, réfléchit et regimbe. Les Espagnols du camp de Trouillas n'ont pas bougé. Leur inaction cacherait-elle quelque piège? Ira-t-il attaquer Peyrestortes en laissant derrière lui le gros de l'armée ennemie? JV'est-ce pas livrer le camp de l'Union à la merci de Ricardos? Et quelle sera l'issue de l'entreprise? Vaincu, il est perdu sans ressource; vainqueur, il ne détruit pas l'adversaire.

Mais Cassanyes s'échauffe, s'enflamme de plus en plus; il ne cesse d'animer les soldats et il parle avec une telle énergie que de nouveau les mots : à Peyrestortes, à Peyrestortes, retentissent plus vibrants, plus impérieux. « Je jure, s'écrie Cassanyes exalté, je jure de souper ce soir à Rivesaltes »!

D'Aoust n'est pas encore convaincu. Que faire pourtant contre l'opinion qui l'entoure, qui le sollicite, le somme dé marcher? Il consent à marcher; mais il exige, pour avoir toutes les chances de son côté, que la division de Salces ou division Goguet participe à l'expédition : pris entre deux feux, entre les troupes de Perpignan et celle de Salces, les Espagnols de Peyrestortes seront sûrement écrasés.

Le plan d'attaque fut arrêté en plein champ entre Cassanyes, Fabre et d'Aoust. Pendant que Fabre et d'Aoust s'acheminent vers Peyrestortes avec la division de Perpignan ou du camp de l'Union, Cassanyes va se mettre à la tète de la division de Salces.

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