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IV. Cassanyes pique les deux ; il passe hardiment

PEYRESTORTES

devant le poste que les Espagnols ont établi sur la route à la rivière de TAgly; il arrive à Salces, en criant victoire; il entraîne vers Peyrestortes la division Goguet qui forme trois colonnes, commandées Tune par Sol Bauclair, l'autre par Béthencourt, la troisième par Dugua ^ ; il fait au loin, sur la montagne, les signaux convenus pour annoncer son départ à Fabre et à d'Aoust. Dix à douze citoyens de Rivesaltes, ricbes propriétaires, réfugiés à Salces, avaient voulu l'accompagner, et tous, chevauchant en avant du corps d'armée, échangeant leurs renseignements et leurs avis, s'entretenaient de la situation du camp espagnol et" de la meilleure façon de l'aborder.

A une heure de l'après-midi, à un kilomètre de Rivesaltes, Gassanyes remarque que les colonnes sont assez loin en arrière; il tourne bride; la colonne de droite marche encore à grands pas, mais celle du centre s'est arrêtée et celle de gauche se dispose à rentrer à Salces ! Il cherche Goguet, le trouve, l'apostrophe : « Que fais-tu, malheureux? » Le général lui montre un billet signé Fabre et d'Aoust : ui Jre à la division de Salces de regagner son camp, parce que l'attaque de Peyrestortes ne peut avoir lieu! « Qui a, demande Gassanyes, apporté cet ordre? )) L'adjudant général Bernède se présente : c'est lui, Bernède, chef provisoire de l'état major de la division du camp de l'Union, qui a porté cet ordre; il critique le projet de Gassanyes, et hautement, avec audace, et parce qu'il se sent appuyé

1. On a si peu de détails précis sur cet épisode que nous ajouterons que l'artillerie de 1' < armée de Salces » était commandée par La Salcette et le génie, par Fournier-Verriôre, à qui Goguet t avait assigné son poste auprès de lui. »

par Fabre : « Vous voulez, dit-il à Gassanyes, vous voulez faire assassiner l'armée ! »

Indigné, Gassanyes court au Vernet à franc étrier. Fabre et d'Aoust n'y sont plus! Ils ont pris, à la tête de leurs troupes, le chemin de Peyrestortes! Ils vont faire cette attaque qui ne peut avoir lieu ! Ils désirent, à eux seuls, s'emparer de la position! Fabre veut gagner la bataille sans Gassanyes, et d'Aoust, la gagner sans Goguet! iMais Gassanyes rejoint les deux compères ; il les accable de reproches ; il s'étonne que des hommes qui se piquent d'aimer la patrie, la sacrifient à « leurs petits caprices » ou à l'amour-propre; il répète qu'il faut saisir l'occasion, qu'il faut attaquer Peyrestortes et que pour remporter une victoire éclatante, il suffit de combiner les efforts des deux divisions; d'Aoust commettrait-il la môme faute que Fiers qui, après la journée du 17 juillet, négligea le moment favorable et laissa les Espagnols en déroute opérer leur retraite? Pour le calmer, Fabre et d'Aoust lui répondent que le contre-ordre est une méprise, un quiproquo. Ils conviennent derechef d'assaillir Peyrestortes par devant et par derrière; Gassanyes fera tirer, lorsqu'il sera en mesure, trois coups d'avertissement, et les deux représentants, ainsi que le général, signent un ordre qui prescrit à Goguet de marcher sur Peyrestortes.

Gct ordre formel est porté sur-le-champ à Goguet par un des plus braves officiers et des meilleurs cavaliers deParmée. parle capitaine Mirabel, le futur général. Mais Cassanyes suit do près Mirabel; il passe au Vernet on les habitants de Perpignan attendent avec an.xiété l'issue du combat : «Je vous \c jure encore, lour dit-il. j:^ souperai ce soir a Ri-

PEYRESTORTES

vesalles! » Il était à jeun, il accepte un verre de vin, il reprend sa course à toute bride, il arrive à Salces, où les troupes sont rentrées. Il harangue la petite armée, l'assure qu'il regretto la marche inutile qu'elle vient de faire, lui promet qu'elle va, cette fois, pour de bon, attaquer l'ennemi. Goguet donne ses instructions en toute diligence, et à trois heures de l'après-midi, la division s'ébranle de nouveau vers Peyrestortes sur la route poussiéreuse qui court directement de Salces au Yernet à travers les vignes. Au passage de l'Agly, elle tourne à droite et pousse sur Rivesaltes qui n'est qu'à trois kilomètres de Peyrestortes.

En chemin, par trois fois, retentit un feu d'artillerie et de mousqueterie qui, par trois fois se ralentit et s'éteint. Ce sont évidemment trois attaques que Fabre et d'Aoust ont tentés successivement sans attendre la division de Salces, et non moins évidemment ces trois attaques ont été l'une après l'autre repoussées I

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