‹ Le général DagobertChapitre 56 sur 121 · VII. Telle est cette chaude et obscure et étrange · texte numérisé non relu

VII. Telle est cette chaude et obscure et étrange

journée du 17 septembre 1793. Le réJaclcar de VEclio des Pyrénées, Jaubert, ami de d'Aoust et de Fabre, retraçant la bataille, ne parla que des trois attaques de la division d'Aoust et ne mentionna la division Goguet que pour dire qu*elle avait « donné »

[K es la troisième attaque. iMais le journaliste ne : u 5 ciiipècher d'insérer ces mots, que la division Uoguet avait du se présenter à quatre heures du soir et qu' « une cause, encore couverte des ombres du n i\ icio, avait retardé sa marche ». Fabre écrit dans son rapport qii' « un malentendu dans un ordre occasionna quelques retards, excita môme un moment de désordre qui fut apaisé facilement ». Que signifie cette phrase embrouillée? Et qu'est-ce que ce « malentendu », sinon Tordre envoyé à Goguet de rentrer à Salces pour que Fabre eût sa victoire? Si le représentant a voulu, comme s'exprime Jaubert, profiler de l'enthousiasme des troupes de Perpignan, c'est qu'il désirait emporter à lui seul et sans l'aide de Cassanyes le camp de Peyrestortes.

Du reste, même après le succès, les représentants Fabre et Bonnet essayèrent d'en ravir l'honneur à leur collègue. Fabre, rayonnant, triomphant, répétant avec une sorte d'ivresse que la guerre est une belle chose, mandait à la Convention que, si Cassanyes avait été légèrement blessé à la main, lui, Fabre, avait une fracture à la cuisse — en réalité, une simple contusion — et, en juge compétent de l'art militaire, il terminait superbement sa missive par cette appréciation : « Les généraux ont dirigé les opérations avec intelligence ».

Quant à Bonnet, il joua à Cassanyes un tour inouï. Il était à Sigean lorsque passa le gendarme qui portait la lettre do Cassanyes à la Convention; il

PEYRESTORTES

prit le papier, le garda, et fit une seconde lettre qu'il envoya à l'assemblée comme s'il avait été présent à la bataille !

On sait aujourd'hui que la victoire de Peyrestortes est due à Cassanyes. Il conçut, il imposa le projet d'attaquer Peyrestortes après le combat du Vernet, il creva deux chevaux, il entraîna la division de Salces, il surprit le camp espagnol, et c'est à juste litre qu'un monument élevé au Canet, son lieu natal, rappelle son nom à la postérité. Le récit qu'il a laissé dans ses Mémoires, reproduit en tous points celui qu'il rédigea dans le Compte-rendu de sa mission, et lorsqu'il publia ce Compte-rendu au commencement de 1794, lorsqu'il déclara que « l'armée de Salces avait remporté la victoire préparée par la triple attaque de l'armée de Perpignan », nul n'osa le démentir. Aurait-il, à ce moment, dans un rapport officiel, travesti les faits? Aurait-il inventé tant de détails, tant de minutieuses circonstances? Fervel qui l'a connu et qui le pressait sur les combats et marches du 17 septembre 1793, assure que ni doutes ni objections ne purent jamais l'ébranler et qu'il ne varia pas un seul instant dans ses dires. Qu'on lise attentivement les bulletins de d'Aoust et de Fabre, si vagues qu'ils soient, la vérité perce. D'Aoust écrit qu'il entra dans le camp d'un côté avec Fabre et que Goguet y entra de l'autre avec Cassanyes; mais il se garde d'indiquer l'heure. Fabre, plus explicite, avoue que la division de Perpignan dut se replier par trois fois, que les ennemis se croyaient certains du succès, mais que « la troupe de Salces les attaqua par les flancs et les mit en fuite ^ ».

1. Cf. le Compte-rendu de Cassanyes réédité par Vidal, p. 45-

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PEYRESTORTES

VII. La victoire n'était pas complète, et Ton peut ri rocher à d'Aoust de n'avoir pas, malgré la nuit et le désarroi de l'armée, poursuivi les fuyards; il n'aurait pas été malaisé do leur couper, au pont de Sainl-Féliu, le passage de la Tet.

Mais la journée eut de grands résultats.

Kliu tua le prestige de la cavalerie espagnole qui se conduisit assez mal et au Vernet et à Peyrestortes, comme naguère à La Perche : au lieu de protéger la retraite de l'infanterie, les cavaliers se V'-persèrent de tous côtés, et cinq d'entre eux poussèrent jusqu'au village d'Estagel oii les paysans ai liiiû Je fourches et accompagnés d'un enfant de ^o\>\ ans qui fut plus tard Pastronome Arago, les renversèrent de cheval et les capturèrent \

Elle prouva, comme disait un officier, que les Français pouvaient battre l'ennemi quand ils avaient confiance dans leur chef.

Elle leur livra, avec le camp de Peyrestortes, un drapeau et six étendards, 43 bouches à feu, 500 prisonniers dont plusieurs officiers de marque, et une quantité de chevaux, de mulets et d'effets de toute =;^^te qui furent la proie des soldats. Le lendemain, l îpignan ressemblait à une foire, et les habitants étaient en liesse. « Nous ne serons plus bombardés, s'écriait Pun d'eux, et c'est beaucoup; tous les jours nous voyions les Espagnols de nos propres yeux et sans le secours de lunettes d'approche ».

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