‹ Le général DagobertChapitre 58 sur 121 · Rapport de Ramel (A. G · texte numérisé non relu

Rapport de Ramel (A. G

délai de Peyrestortes au Soler, sur l'autre rive de la Tet, et de traverser la rivière vis-à-vis de ce village sans faire le grand détour par le pont de Perpignan. Du Soler, il devait « inquiéter l'ennemi » sur la route qui conduisait de Villefranclie et de Prades au camp espagnol. Peu d'heures après, il recevait un nouvel ordre : partir à 2 heures précises du matin du Soler où il laisserait les équipages sous une garde suffisante et occuper la position de Sainte-Colombe. Il partit. Son infanterie était commandée par Béthencourt et sa cavalerie, par Dugua. Il arrive près de Thuir; il atteint le pied des hauteurs de Sainte-Colombe; mais, au lieu de pousser plus loin, il s'arrête et s'amuse à canonner avec ses pièces de campagne les vieilles murailles de la ville. Il ne prend aucune mesure militaire; il n'envoie aucun ordre, sauf à Dugua auquel un aide-de-camp enjoint verbablement de couvrir avec sa cavalerie la gauche de la division. Sur quoi, Dugua vient s'établir dans une vaste prairie bordée d'oliviers, et, comme il a dit depuis, voyant la division Goguet immobile et ne recevant plus d'instructions de qui que ce fût, il ne put ni ne dut abandonner sa prairie ^

Pendant ce temps, Ricardos se multipliait. 11 s'était rendu vers le grand chemin de Perpignan et du premier coup d'œil le vieux routier avait jugé que la colonne qui se présentait sous les ordres do Le Moyne et de Massia devant les hauteurs du Réart, ne faisait qu'une démonstration destinée à masquer les efforts de Dagobert contre sa gauche.

1. Ordre du 21 septembre à Goguet; Dugua au Comité, 30 janvier 1794 (A. G.); Arteche, p. 187 (il dit que Goguet fit un feu d'artillerie t tan inùtil corne débil. »

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« C'est, dit-il froidement, une fausse attaque, una llamada ». Dès lors, Crespo pouvait sans crainte et sans nul secours garder le poste du Réart, et Ricardos lui prit môme un peu d'infanterie et toute la brigade des carabiniers K

Le général en chef de l'armée espagnole sentait si bien le danger qui menaçait sa gauche, et sa gauche seule, qu'il l'avait dès le matin considérablement renforcée. Il était venu à Thuir et, après avoir observé les mouvements des Français, il avait ordonné à son chef d'état-major, La Union, de se porter sur Thuir avec quatre bataillons et le régiment des dragons de Pavie, et à un autre de ses lieutenants, Courten, de quitter le Mas-Deu avec la réserve pour se placer entre Thuir et Trouillas.

V. Tandis que Goguet canonnait Thuir, d'Aoust s'avançait vers le grand camp en plusieurs colonnes. Dagobert, convaincu qu'il fallait plus que jamais payer d'exemple et donner de sa personne, s'était mis, avec ses deux aides-de-camp Chrétien et Caffarelli, en tête de la première colonne. Il laisse Thuir à sa droite; il traverse Llupia et Terrats; il fait jouer l'artillerie qui forme l'avantgarde et qui tire, au gré du général, avec trop de hâte; puis il pousse sur la gauche du camp espagnol et entraîne à sa suite le 7« régiment ou régiment de Champagne et plusieurs bataillons de volontaires, le 2^ du Gers, le i« du Gard.

La charge bat. Champagne marche contre la grande batterie ou batterie Vauban et, comme dit un émigré, avec cette intrépidité si naturelle aux

1. Il n'était pas facile, s'écrie Arteche (p. 187) de tromper un général comme Ricardos.

Français. Sur l'ordre du duc d'Ossuna, la grande batterie reste silencieuse. Soudain, lorsque les Français sont à demi portée de canon, elle tonne, et sous un feu épouvantable de mitraille Champagne se replie.

Les bataillons de volontaires sont plus heureux, ils franchissent l'abatis qui protège la trouée du centre espagnol; ils enlèvent la redoute à droite de l'abatis; ils refoulent sur une hauteur voisine les chasseurs des gardes espagnoles. Dagobert les anime et les guide; il a pénétré dans la redoute, qui couvre le quartier-général de Ricardos, et déjà il se croit maître du camp ennemi; il compte sur une victoire brillante, complète.

A cet instant Ricardos, voyant ses deux flancs assurés, ne balance pas à dégarnir sa gauche comme il a dégarni sa droite. Presque toutes ses forces se portent sur son centre, et, de Thuir, La Union débouche sur la droite de Dagobert avec ses quatre bataillons. Dagobert renonce aussitôt à l'attaque du camp pour aller au-devant de La Union. Accueilli par un feu de peloton et pris à revers par la batterie du duc d'Ossuna, il se défendait néanmoins avec courage lorsqu'il fut chargé par les dragons de Pavie et les carabiniers royaux. Ses troupes furent mises en une déroute complète. Ce qui put échapper se sauva sur les hauteurs de Sainte-Colombe.

La colonne où étaient d'Aoust et le représentant Fabre, subit le même sort. Dagobert, remarquant qu'elle ne le suivait pas, avait envoyé son aide do camp Chrétien ordonner à d'Aoust d'arriver en toute hâte, et Chrétien, partant au galop de son cheval, avait rencontré d'Aoust en avant de Llu-

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pia; sur-le-champ, les bataillons que commandait d'Aoust, avaient au pas accéléré marché sur Trouillas. Mais le général Courten leur tint tête avec la réserve. Ricardos vint au secours de Courten. Il n'avait plus aucune crainte pour sa gauche puisque Goguet demeurait immobile; il appela de Thuir quatre régiments de cavalerie, Santiago, Montesa, Calatrava, Espagne, et les jeta sur d'Aoust. Uae vive fusillade les arrêta. Ricardos les divise alors en deux parties; l'une, menée par le baron de Kessel, se porte sur la droite des Français; l'autre, conduite par le brigadier don Diego Godoy, sur leur gauche. Les Français se divisent pareillement pour faire face à l'adversaire. Mais ils sont pressés de tous côtés, de front par l'infanterie et sur les flancs par la cavalerie; ils se mettent en désordre et s'enfuient vers Terrats, et de là, vers Sainte-Colombe.

Il y eut alors de curieux épisodes. Le représentant Fabre a raconté — mais dit-il vrai ? — qu'il se trouva seul au milieu d'une batterie dont les conducteurs voulaient déguerpir, qu'il retint les charretiers, qu'il rallia quelques fuyards, qu'il poussa sur Sainte-Colombe, que les Espagnols qui le poursuivaient, le sommèrent de se rendre et qu'il jura qu'il aimait mieux mourir.

A trois kilomètres de là, selon Fabre, trois bataillons succombèrent ou mirent bas les armes. ■C'étaient le bataillon du guerre du 61^ régiment ci-devant Vermandois et le 2« bataillon du Gard. Ils furent enveloppés par les troupes de Godoy, deux régiments de cavalerie, et par les renforts qu'envoyait La Union, la moitié de la brigade des carabiniers et quelque infanterie. Godoy les somma

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de se rendre. Le lieutenant-colonel de Vermandois demanda vingt minutes de trêve et l'autorisation de consulter son général; Godoy lui accorda quinze minutes à condition de ne pas bouger. Pour toute réponse, Dagobert ordonna de tirer, non seulement sur les Espagnols, mais sur les lâches Français qui ne voulaient pas se défendre I Godoy réitéra sa sommation, et la brigade capitula. Des hommes de Vermandois et du Gers crièrent Vive l'Espagne et Vive le roi et mirent leurs chapeaux au bout des baïonnettes. D'autres surent se faire jour, Bertholet, chef du 2« bataillon du Gers, et ses camarades Béguet, Salus, Suran, Saintis, s'échappèrent avec leur drapeau et une pièce de quatre. Mais 600 hommes se rendirent.

Même catastrophe sur un autre point du champ de bataille. Deux bataillons, venus d'Ule sous les ordres de Gilly, étaient, comme on l'a vu, postés sur une hauteur en face de Thuir. De son propre mouvement, le brave Gilly résolut de secourir ses frères d'armes. Il laisse un bataillon sur la hauteur et avec l'autre, le 2^ bataillon des grenadiers du Gard, il descend dans la plaine, arrache à l'ennemi quelques canons; mais la cavalerie espagnole fond sur lui, elle l'environne, elle le cerne. Gilly ne ramena que soixante hommes; le reste fut tué, blessé ou pris; le capitaine Bresson sauva le drapeau.

Tout fuyait, et les pentes de Sainte-Colombe étaient l'abri de l'armée dispersée. Là, se trouvait Ramel avec l'avant-garde, et, comme Dugua, ne recevant d'ordres de personne, il s'était déterminé, ainsi qu'il s'exprime, à rester stationnaire. Pourtant, lorsqu'il vit l'affaire manquée, il envoya une

partie de ses troupes, un bataillon do grenadiers et les chasseurs à cheval de la légion des Pyrénées, au-devant des fugitifs : il les recueillit, les reforma à mesure qu'ils arrivaient. Bientôt se présentèrent Fabre et le général Laroque. Il demanda les instructions de Laroque, son supérieur: « Je n'ai pas, répondit Laroque, d'instructions à vous donner ». Sur ces mêmes hauteurs se rencontraient, au même moment, Dagobert et Cassanyes. Le conventionnel n*avait pu contenir son impatience et, au lieu de demeurer à la gauche avec Le Moyne, Massia et les piqueurs, comme il l'avait promis à Fabre, il était venu à Sainte-Colombe. Dagobert lui sauta au cou. « Où étais-tu, Cassanyes, lui dit-il, SI tu t étais trouvé avec moi, je n'aurais pas eu tous les désagréments que j'essuie », et il ajouta que la victoire était à lui s'il avait été secondé, que les Espagnols l'avaient cerné, que Vermandois avait fait défection et qu'il s'estimait heureux d'avoir pu o^jner Sainte-Colombe.

La Union suivit les Français dans leur retraite. Mais de Sainte-Colombe et de Terrats ils faisaient encore un feu très vif et La Union n'avançait que lentement, à l'abri des mamelons. Ricardos lui avait envoyé six bataillons de renfort commandés par le duc de Montellano, et le duc qui cherchait La Union à Thuir, ne l'avait pas rencontré. Enfin, à i heures du soir, La Union fut rejoint par les six bataillons de Montellano et par la réserve de Courten. Il avait ordre de déloger de Sainte-Colombe les républicains à quelque prix que ce fût. Malgré les uulicultés du terrain, Dagobert se jeta dans les Asprf^< T] lit sauter ses caissons et précipiter dans les ravins tout ce qui pouvait arrêter sa marche.

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Dans la nuit, après un long détour, il rentrait au camp de PUnion.

Dugua couvrit toute cette reculade avec sa cavalerie. Il était toujours dans la même prairie et ses cavaliers étaient couchés sur l'herbe, tenant leur cheval par la bride, lorsque le chef de l'état-major Giacomoni vint lui dire qu'il fallait sauver l'artillerie et protéger la fuite de l'infanterie qu'il était impossible de rallier. Dugua prit une position si avantageuse que Dagobert dit en passant près de lui : « Dugua, d'après les mesures que vous prenez, je suis parfaitement tranquille et je vous laisse tout le soin de la retraite ». Le vaillant officier resta là jusqu'à une heure du matin sans avoir môme une compagnie de grenadiers pour soutien, et il ne revint au camp que lorque La Martillière se fut éloigné avec le dernier canon.

VI. Telle fut la bataille de Trouillas, tant vantée par les Espagnols qui la regardent comme un éternel monument d'honneur pour Ricardos et ses troupes.

L'ordre de bataille, avait dit Dagobert dans son dispositif, sera oblique, et il n'y aura que la droite qui se portera en avant et qui attaquera. Chose curieuse, il avait déjà parlé trois ans auparavant, dans son Ordonnance française, de l'attaque oblique qu'il tenta dans cette journée — l'attaque d'Alexandre à Arbèles. — « Les colonnes de la tête, écrivait-il, marcheront le grand pas de charge; il n'est pas possible que le point qu*elles frapperont ne soit enfoncé et la trouée faite; ce qui se trouvera de droite et de gauche de ce point sera pris en flanc et détruit avant que l'autre aile ait put y

iuiiiédier. :3U; pnsera-t-on — ajoutait Dagobert — que les bataiiiuiis de droite et de gauche du point lî il j^ auront aussitôt fait des quarts de conversion yuar prendre ces bataillons colonnes en flanc et entre deux feux comme fit l'armée d'Annibal à Cannes? Ces bataillons, avec leurs quarts de convLi:3iun, présenteront eux-mêmes le flanc aux bataillons-colonnes de l'oblique qui arrivent à grands I - et qui auront frappé avant que ces quarts de conversion puissent être achevés ».

Dagobert essaya d'exécuter cette manœuvre à Trouillas, et, dès le début, il réussit. Sa colonne de tète enfonça le point où elle frappa, elle fit la tr iK ■ Mais les bataillons postés à droite et à gauche du point attaqué la prirent en flanc et entre deux feux parce que les bataillons qui devaient la suivre, n'arrivèrent pas à son secours.

1 lù-être Dagobert se rappelait-il aussi ce qu'avait écrit son maître La Noue de Yair, que l'armée qui combat dans Tordre oblique prend la diagonale de l'espace qui la sépare de l'adversaire, qu'elle fait effort par une de ses ailes seulement et qu'il faut en conséquence placer à cette aile assez de troupes d'élite « pour culbuter d'emblée la partie attaquée et rabattre sur ses flancs ». La Noue de Au; î'T^que qu'en ce cas la ruse ou, pour mieux dire, la science des mouvements simulés est nécessaire au général, que, si les ennemis prévoyaient son dessein, ils renforceraient aisément la partie qu'il menace et tourneraient contre lui le piège qu'il veut leur tendre. Ne peut on dire, en se servant des mots même de La Noue de Vair, que Dagobert usa de ruse, mais que Ricardos prévit son

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Dagobert a toujours soutenu qu'il n'avait pas été suffisamment secondé, que la lâcheté et la trahison lui avaient fait perdre la bataille, que la victoire était assurée dès qu'il s'était « à la tète de quelques braves » emparé du retranchement qui couvrait le quartier-général espagnol, qu'il aurait pris immanquablement aux ennemis leur caisse militaire et une bonne partie de leur artillerie et de leur armée.

Il incriminait Goguet et d'Aoust, ses deux lieutetants, et son dire est appuyé par le témoignage de Cassanyes et de Grandvoinet. Dans ses Mémoires, Cassanyes affirme (jue Goguet et d'Aoust ont sacrifié la chose publique à leur vengeance et placé leur caprice au-dessus de l'intérêt de la patrie. Quant à Grandvoinet, il prétend que Fabre avait juré la perte de Dagobert parce que le général n'avait pas soumis aux représentants son projet d'attaque et parce que le peuple et les soldats lui avaient fait une ovation, que, par suite, Goguet, (( coalisé avec Fabre, arrêta sa division devant les murs de ïliuir et que cette trahison fut soutenue par l'amour-propre de d'Aoust qui désirait la place de général en chef ».

Mais d'Aoust ne mérite les reproches ni de Grandvoinet ni de Cassanyes ni de Dagobert. Il a dit qu'il avait dans cette journée rempli son devoir avec tout le zèle d'un vrai républicain, et on doit le croire. Les généraux La Martillière et Laroque ainsi que Fadjoint Senilhac ont protesté qu'il s'était bien conduit, qu'il avait fait son possible pour rallier les troupes, qu'il avait dirigé leur marche rétrograde et que l'armée devait son salut aux soins qu'il avait pris pour préparer les chc-

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mins. Dagobcrt, mal informé, l'accusa d'abord de s'être arrêté à Llupia; mais les chefs et ofliciers do cinq bataillons attestent unanimement qu'aucun bataillon n'a fait halte à Llupia et Dagobert luiriirnie reconn'it plus tard qu'il avait, en se retira il . lîouvé dWuust sur la hauteur entre Llupia et Ti rrats et que son lieutenant était c( occupé à disposer les troupes de manière à protéger la retraite ».

ir \oust est donc hors de cause, mais non Goguet. il LU u i, disait Dagohert, Goguet avait-il, au lieu de se rendre devant Terrais, canonné ïhuir? Pourvu i avait-il caché sa cavalerie derrière un bois sans faire le moindre mouvement? Cette inaction avait déconcerté l'armée; pour peu que la cavalerie de (ioguet se fût montrée, elle eût imposé à la cavalerie espagnole et rassuré l'infanterie française qui se débanda parce qu'elle se vit sans soutien.

Goguet répiiijua. « Il crie plus fort que moi », remarquait Dagobert. Il jurait que Dagobert était de mauvaise foi, que Dagobert avait commis une sottise et la rejetait sur autrui. Le plan de Taltaque, ajoutait Goguet, avait été dressé, envoyé aux autres généraux; lui, Goguel, ne l'avait pas reçu; il était allé au combat sans rien savoir des dispositions générales.

Cela se peut, mais il avait sûrement des instructions particulières. H avait reçu trois ordres : d'abord, de Nenir au S()ler;puis, d'occuper Ja position de Sainte Colombe; puis de pousser en avant pour soutenir Ramel. Le rapport de Ramel témoigne contre lui. Ramel lui écrivait au Soler (ju'il se portait ^i-r les hauteurs de Sainte-Colombe, qu'il allumerait des fiux pour avertir Goguet de sa présence sur ce

point, qu'il « faisait une entière créance sur les secours du général, s'il en avait besoin », et Goguet répondit à Ramel : « Je me mettrai en marche à 2 heures, route de Thuir ». Goguet savait donc quelle était sa tâche : partir du Soler à 2 heures du matin, et joindre Ramel à Sainte-Colombe. Or, disait Goguet dans sa justification, Ramel était sur une montagne très haute, très escarpée, et lui, Goguet, n'avait pu hisser son artillerie sur cette montagne; il avait à tous les cent pas rencontré des ravins, et, si les ravins ne sont pas marqués sur la carte, était-ce sa faute? Alors, il avait attaqué la ville de Thuir que ses soldats « avaient envie de prendre parce qu'elle était pleine d'émigrés! » Quelle singulière façon de faire la guerre! La vérité, c'est que Goguet n'avait même pas essayé de joindre Ramel et d'occuper les hauteurs de Sainte-Colombe. Le rapport de Ramel témoigne de nouveau contre lui. Ramel raconte qu'il était sur ces hauteurs à la très petite pointe du jour, qu'il alluma les feux qui devaient signaler sa présence, mais que Goguet ne parut que fort tard. « Je cherchai, écrit Ramel, l'armée du général Goguet qui devait être près de Thuir, je ne la trouvai point. Je la cherchai dans la plaine plus loin, je ne la trouvai pas encore. Elle parut enfin et cerna Thuir. Aucun ordre ne me parvint ».

Goguet a dit aussi qu'il ne connaissait pas la région et que ses guides l'avaient abandonné. Quelle misérable excuse I Qui ne comprend que Turreau l'ait accusé de (( trahison manifeste » et que les Espagnols aient expliqué sa conduite par « le désir de se venger des épithètes méprisantes de Dagobert? »

Mais non. Goguet n'a pas trahi; Goguet n'a pas eu Pintenlion de faire battre Dagobert; il n'a pas soutenu le général en chef à contre-cœur et avee une mollesse préméditée. Il fut malhabile; il fut hésitant; il n'avait pas assez d'expérience et de vigueur pour saisir et exécuter le plan de Dagobert; il eut peur des masses ennemies qu'il aperçut, et Cassanyes n'était pas là, comme à Peyrestorles, pour l'encourager et l'entraîner.

Quelle est donc la cause de l'échec? « Il n'y a eu, écrivait Llucia, ni ordre ni ensemble ni entente dans cette affaire », et il-* ajoutait que la République serait victorieuse, si tout le monde allait d'accord K

\. Réponse imprimée de Dagobert, p. 4; Arteclie, p. 184 et 187; Marcillac, p. 164; Vidal, III, p. 1-14; Compte-rendu de Cassanyes, p. 55-50; Mon., 5 oct.; Ordonnance française^ p. 137; La Noue de Vair, Nouv. const. mil.. Il, p. 43; Dagobert au Comité, 24 sept, et 4" octobre; Matliias et Fabre à Bouchotte, 23 sept, et 22 oct.; interrogation de d'Aoust à Perpignan; lettres du dossier de Goguet; lettre de Dugua déjà citée; notes de Turreau; mémoire de Grandvoinet ; rnpport de Rimel (A. G.). Le pauvre Ramel paya pour Goguet; il fut d'abord suspendu, puis traduit devant le tribunal militaire révolutionnaire qui le condamna à mourir sur l'écliafaud; on lui reprocha de n'avoir fait à Corneilla aucun mouvement pour délivrer Frégeville, et surtout d'être resté dans l'inaction à Sainte-Colombe au lieu d'.illor au secours de Dngobert, et vainement il répondit qu'il n'avait aucun ordre de Goguet; cf. Actes du Comité, X, p. 606; A. Chuquet, Dugommier, p. 163 et 167.

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