CHAPITRE XII
Général et représentants
I. Dagobert et Goguet. — Goguet et Dugua à Corbère. — Goguet à Thuir. — Reculade de Ricardos. — II. Gaston. — Bonnet et C issanyes. — L'œuvre des représentants. — III. Conflit entre le général et les conventionnels. — Rôle de Giacomoni et de l'état-major. — Plan de Dagobert. — Désapprobation des représentants. — Plan de Fabre. — Lettres du 28 sei)tembre à Dagobert. — Démission de Dagobert. — Retour à Montlouis. — Plaintes de Dagobert. — Reproches des représentants.
I. Il était très fâcheux, selon le mot d'un témoin, de se faire battre le 22 septembre après s'être opposé le 19 à la bataille. Mais Dag-obert ne se rebutait pas, et il disait que la perte de cinq à six cents hommes ne pouvait « déranger ses projets » ni paralyser l'armée ».
Dès le 23, il ordonnait à Goguet d'occuper Corbère et de porter en avant un fort détachement qui longerait le flanc gauche des Espagnols et simulerait un mouvement sur Géret.
Goguet ne bougea pas. Il répondit que ses troupes étaient sur les dents, qu'il courrait de grands risques s'il faisait marcher des hommes qui ne pouvaient se soutenir, et, disait Fabre, « nous croyons aisément à cette excessive fatigue, puisque nous l'avons partagée. )) Dagobert, irrité, déclara que Goguet devait se rendre sur-le-champ à sa destination, sinon qu'il serait responsable des événements, et le 24 septembre, au soir Goguet s'ébranla. II s'établit sur les hauteurs de Corbère. Mais
GÉNÉRAL ET REPRÉSENTANTS
il ne prit aucune précaution pour repousser une attaque imprévue. Le 25, son avant-^arde fut assaillie par les Espagnols du brigadier Vives qui lui enlevèrent deux pièces de i engagées dans un chemin creux et lui tuèrent une vingtaine d'hommes. Ce fut Dugua qui, celte fois encore, arrêta Teffort de l'ennemi.
Cette démonstration produisit néanmoins son effet. Ricardos, alarmé, envoya des troupes àCéret et, jugeant sa position trop étendue, abandonna le camp de Trouillas. Le 26 septembre, il regagnait le Boulon.
Do nouveau Dagobert tenta de l'entamer. Il enjoignit à Goguet d'attaquer l'arrière garde espagnole à Thuir. De nouveau Goguet s'attarda; de nouveau ses mesures furent très mauvaises, et cette arrière-garde espagnole qui devait être écrasée, échappa. Elle comptait 600 hommes, et un chef résolu l'aurait cernée, obligée à mettre bas les armes. Goguet fit huit prisonniers ^ !
En tout cas, et malgré l'échec du 22 septembre, Ricardos reculait. Ce victorieux recevait de son roi le titre de comte de Trouillas et la cour de Madrid le croyait maître de Perpignan. Mais les attaques des Français l'avaient fait réfléchir; il craignait d'être coupé de l'Espagne non seulement par une subite inondation du Tech -, mais par une opéra-
1. Mathias à Bouchotte, 23 sept. ; Dagobert à Bouchotte, 30 septembre et au Comité, 1" oct.; Fabre à Bouchotte, 22 octobre; Goguet à Bouchotte, H novembre (A. G.); Arteche, p. 193.
2. Le Tech, disait Turreau, t n'est qu'un ruisseau durant dix mois de l'année, mais les premières pluies qui surviennent dans cette saison, en font un torrent large et impétueux »; cf. Doppet, Mém , p. 223. Il en est de même de la Tet (Mautort, Mém., p. 20 : € Torrent furieux qui quelquefois s'accroît prodigieusement et cause bien des ravages », et mot du chef d'escadron Ca-
tion comme celle que Dagobert avait tentée contre Cérct. L'affaire de Trouillas, rapporte un officier, a\ait montré aux Espagnols qu'ils n'étaient pas en sûreté dans leur position et que si Dagobert ou tout autre général aussi entreprenant que lui leur livrait une seconde bataille, il pourrait leur « couper les oreilles ». Dans son anxiété, Ricardos écrivit même à Madrid qu'il jugeait utile de repasser les Pyrénées 1 On dut lui répondre que'cette retraite serait honteuse et lui ordonner de demeurer en territoire ennemie
Le 26 septembre, Goguet, comptant sur un succès facile, attaqua Parrière-garde espagnole restée dans Thuir. Il fut rudement repoussé.
Aussi le lendemain fit-il de meilleures dispositions. Le 27, tandis que Goguet se portait vers Sainte- Colombe, Dugua, aidé de l'adjudant général Quesnel, marchait sur Thuir avec trois bataillons et trois bouches à feu. Pour perdre moins de temps, Dugua ne fit tirer à mitraille que lorsqu'il entendit les balles espagnoles siffler à ses oreilles. Il enfonça à coups de canon la porte de la ville,, masquée en maçonnerie, et entra dans Thuir. Cependant Goguet observait le grand camp où Pennemi sous les armes ne bougeait pas et il écrivait à Dugua : « Travaillez bien vite, chauffez-les avec des obus, brûlez-les autant que possible ^ ».
vrois qui servait en décembre 1793 sous d'Aoust : t Torrent capricieux et, à chaque automne, nouveau dans son cours. »)