LE GÉNÉRAL DAG013ERT
présentants. Quoi ! ils Tavaienl appelé pour dégager Perpignan menacé par l'ennemi; il était accouru à toutes jambes, et aujourd'hui voilà qu'une cabale se formait pour déconcerter ses opérations! Ceuxlà mêmes qui l'avaient harcelé, qui l'avaient pressé d'assaillir les Espagnols dès son arrivée sans attendre l'armée qu'il amenait de Montlouis, ceux-là lui défendaient d'attaquer « quand tout était préparé de manière à rendre le succès infaillible » ! Il contremanda sur-le-chanjp les mouvements qu'il avait ordonnés. Mais il en avait assez. Déjà, le 24 septembre, il écrixait au Comité que Fabre voulait donner le commandement en chef à Goguet, que c'était donc chose inutile de lui confier, à lui, Dagobcrt, un poste qu'il n'avait accepté qu'à son corps défendant et qu'il serait bien aise de laisser à quelqu'un qui aurait plus de talents que lui. Le 29, il demandait aux représentants l'autorisation de regagner Montlouis. Un général en chef nommé par le Conseil exécutif, disait-il, arriverait prochainement; d'autre pari, 8.000 Espagnols, venant des bords de la Bidassoa, paraissaient menacer la Cerdagne S et il devait « se rendre aux lieux 011 rappelait sa responsabilité ».
Le même jour, Fabre, Gaston et Bonnet, heureux de se débarrasser de cet homme qu'ils jugeaient rétif et ingniivornable, le renvoyaient à Montlouis et l'autorisaient, comme ils s'exprimaient, à se rendre à l'armée du Centre pour reprendre le com-
1. Il venait, en effet, de recevoir une lettre de Deprez-Crassier, datée de Saint-Jean-de-Luz, 2i septembre (A. D.). D-^prez- Crassier lui mandait qu'un corps de 8.000 hommes venait de partir des environs de la Bidi.ssoa ; t je pense, disait Deprcz- Crassier, qu'ils seront dirigés contre vous, surtout lour faire abandonner la Cerdagne. »
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mandement en chef qu'ils lui avaient confié par de précédents arrêtés. Ils se conformaient, ajoufaient- . s aux v,ux de Dagobert et à ceux de il Convention. Le Conseil exécutif avait choisi Turreau pour remplacer Barbantane, et la Convention, e^ confarmant cette nomination, voulait sans doute conserver a Dagobert le commandement de l'armée du Centre ou de Montlouis. Ils comblaient Dagobert de louanges; .Is vantaient ses connaissances locales et es lumières; ils assuraient que sa présence était tou les jours plus nécessaire dans la C.rdagne, qu il devau de nouveau s'opposer aux desseins d^ ces Espagnols qu'il avait vaincus plusieurs fois. Votre courage, votre activité nous rendent actuellement tranquilles sur le sort de la Cerdagne pour laquelle nous n'étions pas sans inquiétudeune correspondance assidue, un concert dans les opérations, une attaque combinée sur le territoire espagnol assureront à la République de nouveaux succès ».
V Écho des Pyrénées se joignit aux représentants « Dagobert, lisait-on dans ce journal, laisse à d autres le grand honneur de chasser l'armée de Ricardos, de la poursuivre dans le territoire espagnol et de faire flotter le drapeau tricolore sur les remparts de Figuières; mais il a remporté le plus glorieux de tous les triomphes, celui de l'amourpropre, et do nouveaux trophées l'attendent en Cerdagne! »
Le gazelier semblait approuver Fabre et Gaston Le Comité départemental de salut public et la Société populaire de Perpignan n'eurent pas le (on aussi conciliant. Le club blâma la décision des représentants et demanda qu'elle fût justifiée et
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f^i'imcnt expliquée. Fabre et Gaston répondirent au Comité départemental par une lettre emphatique, va„ue, embarrassée. On essayait de « jeter sur eux un vernis de défaveur »; mais ils ne donneraient pas d' « explications puériles »; ceux qui dissertaient si bien, n'avaient qu'à venir au bivouac ; c'était là qu'on trouverait les représentants, c'était là qu'ils mériteraient l'estime des républicains qui préféraient une victoire à un beau discours et qui, comme les représentants, savaient mieux combattre que pérorer. Voilà quelle était leur franchise; ils marchaient d'un pas ferme à leur but, et ils ne se reposeraient qu'après avoir établi dans Barcelone un club de sans culottes 1
Le 30 septembre, après avoir commandé en chef l'armée des Pyrénées-Orientales durant dix jours, Dagobert s'éloignait de Perpignan avec les troupes qu'il avait amenées de la Cerdagne, 2.500 hommes et six canons, et il se disait tout aise de quitter cette pétaudière. Sa verve mordante n'épargnait personne, ni les généraux ni les commissaires do la Convention. D'Aoust, répétait-il, était un jeune aide-de-camp qui ne savait pas son métier et Goguet, un médecin bombardé général et qui n'avait d'autre mérite que la faveur de Fabre. Quant aux rrprésentants, ils l'avaient empêché de frapper un coup décisif: ils lui avaient lié les mains sous des prétextes aussi peu militaires que le plan qu'ils proposaient; ils lui avaient défendu de porter dans les montagnes une division qui eut « plongé la route d'Espagne et obligé les ennemis à une retraite précipitée ». Oui, s'il avait pris le poste de Banyulsdcls-Aspres et jeté deux ou trois mille hommes dans les Albères, les Espagnols auraient abandonné
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le grand camp, comme ils avaient abandonné Villefranche do Confient dès que Gilly s'était montré, comme ils avaient abandonné leur camp de Prades dès que David avait paru sur les hauteurs de Mossetî II eût « occupé les positions où les Espagnols s'étaient depuis fortifiés »; il eût intercepté leurs convois de vivres, et Ricardos n'aurait pu garder son camp du Boulou ! « Je vous demande, disait-il au ministre, s'il est dans l'ordre des choses qu'un représentant qui n'est pas militaire, qui n'entend rien au militaire, vienne paralyser les opérations les mieux combinées! »
Mais de leur côté les représentants ne le ménageaient pas. Us avaient écrit à la Convention au lendemain de Trouillas que l'entreprise avait été « peut-être trop retardée », que « la confusion des manœuvres avait fait manquer l'opération » et que la retraite s'était exécutée dans le meilleur ordre « grâce au courage et au sang-froid de Fabre ». Après le départ de Dagobert, ils attribuèrent au général l'échec du 22 septembre. A les entendre, Dagobert n'avait commis que des fautes, et Fabre les avait réparées; Dagobert avait cheminé à la tête de sa colonne, sans se soucier de ce qui se passait derrière lui; il avait défilé sous toutes les batteries et en plein jour attaqué les ennemis à l'endroit où ils étaient le plus forts; il avait chargé sans même remettre en ordre ses troupes « un peu dérangées par une marche d'une lieue », et quand la débâcle s'était produite, on n'avait plus entendu parler de lui ; Fabre, en revanche, avait rallié les fuyards, Fabre avait à propos braqué plusieurs canons, dispersé la cavalerie espagnole, sauvé toute l'artillerie et c< fait payer cher à l'ennemi un moment de
succès »; Fabre n'avait pas un seul instant quitté ses frères d'armes et il applaudissait à leur républi-
cani'UTif^ !
Les représentants excusaient même l'attitude de Goguet durant l'affaire : Goguet, suivant eux, n'avait pas reçu d'instructions; Goguet ne connaissait F ' ^ y Goguet avait été abandonné par ses ^ desl
1.^ convenaient que Dagobert était brave. Mais ils affirmaient qu'il avait autant d'incapacité que de bravoure, que les détails d'une armée dépassaient ses forces et que, s'il était utile à la tète de ^) non hommes, il ne pouvait « conduire un plan vaste et organiser une grande machine »; qu'après iruuiilas, l'armée s'était trouvée dans un dangerriix état de découragement et d'inaction, mais que, depuis l'éloignement de Dagobert, les affaires prenaient une meilleure tournure et qu' a on marchait à -randspas vers l'Espagne », que désormais « l'harmonie régnait entre les généraux ». Comme >i Lia-uL-i i n'avait été qu'un artisan de discorde! Bientôt ils apprirent que Turreau et Dagobert se plaignaient d'eux au Comité, et à leur tour, ils plaignirent de I urro m ot do Dagobert. Quoi! de leurs immenses travaux, lorsqu'ils nt tous les périls, lorsqu'ils s'efforçaient de Ici LuU5 les obstacles, Turreau, ce général ineptr, d-clamait contre eux et Dagobert leur impît ' io mauvais succès d'une expédition qu'il a\ il « soticiiiciiiuu méchamment combinée »! On 1p^ rf .hrrnvnif d'amcrtume »! On leur faisait une ' -r i persécution »! On les obligeait à une
qui prenait tout leur temps et qui, par là pouvait interrompre le cours de nos vic-
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toires »! Et, pour comble, voici qu'un certain Mouquet, délégué par les représentants qui se trouvaient à Toulouse, venait dans l'Aude clabauder sur leur compte! Et ce Mouquet, ce fat, ce poltron, ce petitmaître, s'intitulait commissaire civil du Comité! Sur un ton fort haut, Fabre et Gaston offrirent leur démission : « Cela nous déplait souverainement. Si vous doutez de notre fidélité aux vrais principes, si vous nous croyez aussi francs républicains que vous, rappelez-nous dans le sein de la Convention ; tel est peut-être le vœu des intrigants. Pensez-y bien : nous abhorrons le coquinisme et il cherche à nous perdre ^ 1 »
1. Dagobert au Comité, 24 septembre et 1" octobre et à Bouchotte, 30 septembre et 23 octobre; Fabre à Bouchotte, 22 octobre (A. G.); Réponse imprimée; Fabre, GastoQ et Bonnet à Dagobert, 29 septembre (A. D.) ; Bonnet à Cassinyes, 3 octobre; Fabre et Gaston au Comité, 7 octobre (A. P.; ; Vidal, III, p. 16-17; Torreilles, Perpignan, II, p. 133; Mon., 5, 13 et 15 octobre; Actes du Comité, VII, p. 582.