‹ Le général DagobertChapitre 64 sur 121 · Mémoire sur la Catalogne (A. G · texte numérisé non relu

Mémoire sur la Catalogne (A. G

Il fit alors sommer l'alcade, d'abord par un trompette qui dut s'éloigner sous les coups de feu que lui tiraient les habitants, puis par un paysan qu'il envoya prendre dans un village voisin : les bourgeois de Camprodon, disait-il, devaient se soumettre à la République française qui leur offrait protection et sûreté; ceux qui, sans être militaires, seraient pris les armes à la main, seraient pendus dans l'instant, leurs maisons brûlées et leurs biens confisqués.

L'alcade était un homme de cœur qui s'appelait Gutierrez et qui reçut du roi d'Espagne en récompense de sa vaillance et de son dévouement la croix de Charles III. Il répondit à la sommation de Dagobert que les Espagnols ne désiraient d'autre protection que celle de leur bien aimé souverain et qu'ils étaient résolus de défendre leur territoire jusqu'à la dernière extrémité; toutefois il demandait vingt-quatre heures de répit pour consulter le capitaine-général de la Catalogne. Dagobert répliqua qu'il fallait sous deux heures lui envoyer des otages et lui rendre la ville; sinon, il ne pourrait contenir Pardeur de ses soldats. « J'enverrai des balles en otages, répartit l'alcade, et je barricaderai les portes de Camprodon avec les cadavres des Français. »

Au matin du 5 octobre, Dagobert lança quatre colonnes contre Camprodon. Après une vive fusillade les habitants s'enfuirent. Dagobert entra dans le bourg. IVIais il eut, écrit-il, la douleur de ne trouver personne et, par suite, de ne pouvoir exiger une contribution ni saisir d'otages. De huit heures du matin à deux heures de l'après-midi Camprodon fut mis au pillage et traité, selon l'expression du

CAMPRODON ET MONTELLA

général, comme une ville prise d'assaut. On enleva le pain, le vin, et, dit Dagobert, de quoi faire des culottes et s'équiper de tout point K

Il faut, lisait- on dans le Journal de France du 2 novembre, que nos soldats, après s'être bien culottés à Camprodon, aillent se munir de bons fusils dans ce Ripoll si fameux par ses fabriques d'armes. Mais Dagobert n'osa pas exécuter son projet jusqu'au bout et marcher contre Ripoll \ La colonne qui s'acheminait sur Ribas, s'attarda. Poinsot qui la commandait, était tombé malade à Quillan ; Marbot qui suppléait Poinsot, avait dû se rendre à Toulouse pour conduire les renforts envoyés devant Toulon, et Voulland qui remplaçait Marbot, n'était parti de iMontlouis que le 5 octobre. Voulland avait sous ses ordres un détachement de 800 hommes qui fit sa jonction le lendemain matin à Doria avec 300 hommes que Tadjudant-général Pellenc ^ et le représentant Cassanyes amenaient de Puycerda, et ces 1.100 hommes s'emparèrent de Ribas. Est-il vrai que ce retard ait contraint Dagobert à revenir

1. Dagobert aux représentants, 5 oct. et au Comité, 8 octobre; mémoire de Pontet (A. G.); Vidal, III, p. 2941; Mon., 45 oct.; Mémoires de Teste {Carnet de la Sabretache, J906, p. 665).

2. RipoU fut pris l'année suivante par Do:)pet qui fit transporter en France les armes et les outils de la manufacture (Doppet, Mem., p. 290-291; A. Chuquet, Dugommier, p. 334).

3. Jean-François Pellenc, né le 1" juillet 1765 à Céreste (Basses-Alpes), volontaire dans la marine (1779-1786), sous-lieutenant au 72» (1791), capitaine au 7« (1792), nommé chef de bataillon et commandant de Montlouis par Cassanyes (19 octobre 1793) — mais il refuse de t rester dans une place fermée où il n'y a point de danger > — adjudant-général chef de bataillon (30 mai 1794), fait prisonnier à Puycerda avec Charlet et Despinoy par les Espagnols, promu adjudant général chef de brigade par la Commission des armées (13 juin 1793), rentré à Céreste après la dissolution des états-majors généraux des armées des Pyrénées, mis au traitement de réforme le 7 novembre 1797.

GAMPRODON ET MOXTELLA

«UT SCS pas? Non, ce fut l'indiscipline de ses propres ;- ? : s qui l'obligea de regagner Montlouis. Ils désii n rejoindre leur garnison pour y mettre en «le le butin dont ils étaient chargés!

« Les généraux, écrivait Dagobert, sont malades ou absents — allusion à la maladie de Poinsot et au départ de Marbot — les canons me font faux bond — allusion à l'explosion des deux pièces devant le mur de Camprodon — mais ça ira ; je passe au Mont-Libre pour y rassembler le monde dont j'ai besoin pour l'expédition dont je n'abandonne pas l'exécution et dont je m'applaudis, en ce que je n'ai pas eu un seul homme de tué ni blessé. »

IL L'expédition qu'il entreprit fut dirigée, non plus contre Ripoll, mais contre la Seu d'Urgel. Il fallait, pour s'ouvrir le long et étroit défilé qui s'étend de Bellver à Urgel, se saisir de Montella. Cétait un gros bourg fermé dont les maisons s'étageaient au flanc d'une haute colline sur la rive gauche du Sègre à une lieue et demie en aval de Bellver. Depuis quelques jours les Espagnols qui l'occupaient, faisaient le coup de feu avec les patrouilles et les pjstes avancés des Français.

Le 17 octobre, après une violente fusillade, Dagobert entra dans Montella. L'endroit était désert. Il fut pillé, de même que le Martinet et tous les villages d'alentour, et les soldats mirent le feu aux maisons. Le représentant Cassanyes avait accompagné Dagobert. Il protesta contre de pareils excès « i réunit un Conseil de guerre qui décida que les troupes ne pouvaient pousser sur Urgel et qu'il fallait les ramener dans leurs cantonnements aux environs de Bellver « pour rétablir la discipline. »

tJ»

Dagobert ne cacha pas sa mauvaise humeur. II se plaignit de Cassanyes, de ses propos, de son improbation. Pourquoi le représentant avait-il eu la (( fantaisie » de l'arrêter au milieu de sa course? « J'aurais réussi, dit-il plus tard, à m'emparer d'Urgel où le succès que je venais d'obtenir avait porté l'épouvante, si une autorité supérieure ne m'avait forcé de rétrograder * ».

Ce fut sans doute dans cette expédition de Montella que Pelleport, le futur général, alors soldat au 8® bataillon de la Haute-Garonne, vit de près Dagobert. Il raconte que la petite armée de Cerdagne était encore neuve et timide; que les colonnes qui serpentaient dans la montagne, tirèrent les unes sur les autres et qu'elles ne parvinrent à se recornnaître qu'avec beaucoup de peine; que son bataillon se dispersa au premier sifflenient des balles et que son chef « qui parlait de tout comme un livre imprimé », na reparut que; le lendemain. Mais Dagobert sut rendre cœur à ces jeunes gens. Ils marchaient très vite pour se mettre plus tôt à couvert : « 11 faut, leur dit-il, prendre le pas ordinaire en montrant le dos à Pennemi et le pas de charge en lui présentant la poitrine "■ ».

III. Les pointes de Dagobert étaient-elles vraiment utiles? D'Aoust aurait voulu qu'il se fût porté sur Prats-de-Mollo. Le général, pensait d'Aoust, serait parti soit de Camprodon par le col des Eres suit de Montlouis ou de Puycerda par le pla Guillem. Les chemins avaient été plusieurs fois frayés par

1. Dagobert à Bouchotto, 23 oct. 1793 et plan de camp.ngne, 9 février 1794 (A. G.).

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