Pelleport, Mém., I, p
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des années munies d'artillerio. En 1691 Mcdina Sidonia venait de Camprodon par le col des Eres avec du canon de 24 camper à un quart de lieue de Prats-de-Mollo qu'il avait dessein d'assiéger, et, de Puycerda, Noailles détachait 1' « adjudant général » Chazeron qui, par le pla Guillem, débouchait en vue de Prats-de-Mollo, de Pautre côté du Tech, et obligeait les Espagnols à rebrousser chemin K
Un mois avant d'Aoust, le représentant Bonnet exprimait la même idée. Il écrivait à Cassanyes que ces « expéditions brusques » ne produisaient aucun résultat et il jugeait que Dagobert aurait mieux fait de reprendre Prats-de-Mollo ainsi que Fort-les-Bains et d'assaillir ou au moins d'inquiéter les ennemis sur leurs derrières. Ne fallait-il pas, pour battre l'Espagnol, lui opposer une seule masse et combiner les efforts au lieu de les diviser? Et Cassanyes, se ralliant à Popinion de Bonnet, reconnaissait que ces petites affaires étaient « insignifiantes pour l'ensemble - ».
En tout cas, ces pointes des Français ou, comme un général de cette époque les a nommées, ces courses momentanées excitaient le désespoir et la rage de la population. Dagobert était faible pour ses soldats; il leur passait tout, pourvu qu'ils fussent ardents à la marche et au combat, et il les laissait ravager, saccager, brûler. Un homme aurait pu par son autorité, par son ascendant réprimer leurs excès. C'était Cassanyes, et par instants il essaya de les ramener à la raison. Il leur reprocha Pincendie de Montella. Il défendit le 29 août aux miquelets d'en-
1. Lettre de d'Aoust, 18 nov.; cf. Delattre à d'Aoust, 18 octobre (A. G.).
2. Bonnet à Cassanyes, 6 et 13 oct. (A. P.); Vidal, IH, p. 38.
CAMPRODON ET MONTELLA
trer dans Puycerda qu'ils auraient pillé, et lorsqu'il apprit que ces miquelets et les troupes même de Dagobert avaient commis quelques dégâts dans les villages voisins, il fut, dit-il, beaucoup mortifié; il alla le lendemain à Belver les « pérorer » et il se flattait d'avoir acquis leur confiance. Mais lui aussi, entraîné par les nécessités de la lutte, finissait par se persuader que tout est permis et légitime sur le sol ennemi. Ce fut lui qui fit embraser Ribas et, pour arrêter la fusillade des habitants, il plaça au premier rang des républicains les femmes espagnoles encapuchonnées de blanc. Et Dagobert l'imita! Au sortir de Camprodon, il mêla des femmes et dos enfants de la bourgade à sa colonne pour empêcher les hommes de tirer. Représentant et général invoquaient, il est \rai, le droit de la guerre et la juslice des représailles. Ils alléguaient la résistance de la population ci\ile. N'avait-elle pas « provoqué son sort »? Ne devait-on pas la traiter d'après les principes et la proclamation de Ricardos qui, le 3 juillet, avait déclaré que tout homme du pays qui, sans être soldat, porterait l'uniforme ou aurait chez lui des armes, serait arrêté et pendu sur-le-champ?
Mais Ricardos n'avait pas donné de suite à ses menaces. Représentant et général sentaient leur tort et rejetaient la faute l'un sur Pautre. Cassanyes accusait Dagobert de lâcher la bride à ses bataillons. Dagobert jurait qu'il lâchait de réfréner leur licence; un général, s'écriait- il, peut-il être partout et arrêter les désordres dont un représentant a donné le signal?
Quoi qu'il en soit, le peuple se soulevait de tous côtés contre les Français, non seulement parce que les gens de celte région étaient, comme leurs aïeux
dont a parlé Vauban, un peu pcndards et friands d'escopetterie, mais parce que l'étranger portait chez eux le fer et le feu. Youlland, marchant sur Ribas, ne dit-il pas qu'il avait sur l'ordre de Cassanyes brûlé cinq à six villages et qu'en revanche il essuya peut-être cent mille coups de fusil? Cassanyes craignait de nationaliser la guerre, et la guerre se nationalisait. Cerdanyoux et Catalans, villageois et contrebandiers, sonnaient le tocsin à l'approche de l'envahisseur et, conduits par leurs curés, tiraillaient du haut des rochers. Le vicaire de Camprodon, Martin Cuh, qui aux 4 et 5 octobre encourageait et guidait ses paroissiens, avait le renom d'un chef de bandes. LorsfjUe Cassanyes entra dans Planolas, il Ircuva chez l'alcade dix caisses remplies de fusils tout neufs et il assure que cet alcade vraiment fanatique employa toutes les embûches pour le faire assassiner et pour (^^oT^ar quelques Français. A Ribas, il se logea chez une vieille femme aisée; elle lui servit son pain le plus noir et son vin le plus mauvais, des pigeons frils dans la poêle, noirs, immangeables, et lorsqu'il lui demanda une chemise, l)ien qu'elle eût du très beau linge, elle lui donna une chemise fort grossière au col si court qu'il faillit s'étrangler *.
1. Cassr.nyes à sps collègues, 29 août; Dagobert au Comité, 8 et 17 cet a Bouchotte, 23 oct., aux représentants. 3 oct. (cf. Mon.
r!" 9.'^' J .^""^ ^ Bouchotte, 40 oct. (A. G.); Dop; et, Mém., p. 287; Fervel, II, p. 179-181 ; Vi.lal, II i, p. 29-41