CHAPITRE Xl
Céret
I. A larme blanche. - Le Puig Singli et la batterie du sang - I. Turreau. - III. Accueil fait à Turreau par les représentants. - Conduite de Turreau. - Ses réflexions sur 1,. situation. - Son plan. - Sa tournée. - Son entrevue avec p!w P~ ^'i^^^^^^'t ^ Perpignan. - IV. Les projets de
- Fabre. - Conseil de guerre du 23 octobre. - Discours de Fav'**";," ^^P^^^^^^^^ d^ Turreau. - Résolution du Conseil. - V. L expédition de Rosas. - Delattre. - Echec des trois colonnes. VI. Diversion sur Céret. - Dagobert à Saint- Marsal et a Palalda. Témérité d^ Cassanyes. - Le marquis de Coupigny. Sol-Bauclair. Conduite de Dagobert - Re raite sur Palalda. - Cantonnements. - Dagobert malade a Perpignan.
I. Pendant que Dagohert entrait avec sa division de Cerdagne à Camprodon et àMontella, que devenait l'armée des Pyrénénées-Orientales qu'il commandait naguère?
Les représentants Fabre et Gaston Pavaient remplacé par d'Aoust qui, malgré son âge, était déjà le plus ancien divisionnaire de l'armée, et d'Aoust, Fabre, Gaston, toujours enivrés du succès de Peyres-
tortes, répétaient qu'il fallait, comme dans la journée du 17 septembre, fondre sur les envahisseurs et les refouler par Parme blanche. Fabre disait qu'à la guerre les sages combinaisons ne suffisent pas, qu'il faut aussi « une républicaine bravoure » et que Pénergie d'un républicain sans tactique vaut mieux que la science d'un froid tacticien. Bonnet, gagné par ses collègues, écrivait à Dagobert que « les Espagnols craignaient l'impétuosité française ». Un dé-
putédes Pyrénées-Orientales, Guiler, osait affirmer qu'on n'aurait bientôt plus besoin de généraux et qu'on allait faire la guerre démocratique, la se.ule qui convînt. « De la tactique? Du calcul? Des combinaisons froides? Des tentes, des redoutes, des camps ? Rien de tout cela, ajoutait Guiter. Les femmes du faubourg de Perpignan en savent plus que tous les généraux. Il nous faut des irruptions et l'arme blanche 1 » ^ .
Mais les commissaires de la Convention croyaient trop aisément ce qu'ils désiraient. Ils s'imaginaient que Tennemi, « etlrayé de leurs grandes dispositions, ne songeait qu'à se sauver avec ses bagages », et ils mandaient qu'ils lui « tenaient la baïonnette aux reins », que leur artillerie le foudroyait, qu'ils lui couperaient prochainement la retraite, qu'ils voleraient de victoire en victoire, qu'ils coucheraient sous peu dans le camp du Boulou et qu'ils poursuivraient Ricardos jusqu'à Barcelone.
Hélas! leurs attaijues sur le camp du Boulou échouaient chaque fois. La plus connue est celle du 15 octobre. D'Aoust voulait s'emparer du Puig Singli — que les Francjais nommaient le Poussengli — il regardait le point comme important et il pensait que la possession de ce poste le mettrait en mesure de brûler le camp ennemi, de bombarder le quar-
1. Vidal, m, p. XIV Pi 469; G. Sorel, I, p. 8(3 (Guiter à Lliicia, 19 août); Fabre à Bouchotto, 22 octobre (A. G.); Fabre à Goguet, 6 sept. (A. P.) et Bonnet à Dagobert, 6 oct. (A. !).)• C'est aussi ce que disait Doppet, que les républicains devaient marcher avec l'énergie de la liberté et gagner en chaleur ce qu'ils n'avaient lias eu tactique (Doppet à Bouchott'. 13 déc, A. G ). Mais Guiter n'écrivait-il pas, le 3 mai. que le moyen infaillible de vaincre, c'était € l'instruction publique, accompagnée de mouvements révolutionnaires, puisque l'une éclaire et que les autres enllamment? »
GÉRET
tier-général, d'intercepter les communications du £{oulou avec Céret, Fort-les-Bains, Arles du Tech et Prats-de-Mollo. Le 15 octobre, de minuit à l'aube, Français et Espagnols se disputèrent avec une incroyable furie la redoute du Puig Singli, ou, comme on l'appela désormais, la batterie du sang. Trois fois de suite les républicains furent repoussés; un grand nombre de lâches, écrivait d'Aoust, avaient abandonné le petit nombre des braves pour se coucher dans les ravins à la faveur des ténèbres, et les représentants assuraient que les bataillons s'étaient ou débandés ou faiblement battus K
II. D'Aoust, comme Dagobert, ne commandait que provisoirement, et le successeur réel de Barbantane, le général en chef nommé par le Conseil exécutif, Turreau, n'était pas encore arrivé à Perpignan.
C'est le Turreau des colonnes infernales. Après avoir servi dans les gardes d^Vrtois, il s'était retiré avec le brevet de capitaine à Evreux, sa ville natale, et il remplissait les fonctions d'adjudant général de la légion du district lorsqu'il fut élu en 1792 lieutenant-colonel en premier du 3" bataillon de l'Eure. De Vendée, au mois de juin 1793, il envoya au ministre un mémoire que les députés Garnier, Maure, Châles et Tallien apostillèrent. Le mémoire plut à Bouchotte qui nomma l'auteur le 30 juillet général de brigade et le 18 septembre général de division et général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales. Or, Turreau n'avait sollicité d'autre place que celle d'adjudant général, dans
1. G. Sorel, III, p. 45-46 (lettres des 1*^, 5 et 10 oct.); d'Aoust à Bouchotte. 13 et 17 oct. ; Fabre et Gaston au Comité, 16 octobre (A. G.).
le dessein d'apprendre son métier. Il n'accepta donc qu'à contre-cœur le commandement de l'armée des Pyrénées-Orientales et il assurait qu il avait peu d'expérience, qu'il aurait désiré s'instruire encore.
Les jugements qu'il portait alors sur les liomines et les choses méritent d'èlre cités. Il trouvait la Convention « vraiment effrayante par l'immensité de ses pouvoirs et le défaut de contre-poids », et il déplorait que les lois eussent moins de crédit que les orateurs, que l'assemblée « fît des décrets de colère » et que le gouvernement n'agît que par saccades. S'il fréquentait les clubs, il leur reprochait de se mêler de la discipline intérieure des régiments, et il disait que l'armée serait totalement désorganisée si les harangueurs ne restaient pas sur les derrières. Il se moquait des officiers qui se mettaient, selon leur expression, à la hauteur des circonstances et qui, naguère petits-maîtres, étaient maintenant sales et mal tenus. « Beaucoup de bras et point de tètes, écrivait-il, nous n'avons ni officiers supérieurs ni officiers généraux, et la plupart de nos soldats ne sont pas formés ».
Il ne manquait donc pas de clairvoyance et il avait une haute idée de ses nouveaux devoirs. Le ministre BouchoUe ne se bornait pas à louer son sansculottisme, «seule manière d'attirer la confiance du soldat »; il ajoutait que ïurreau avait montré de la capacité et de l'activité dans la Vendée, que l'armée des Pyrénées-Orientales ferait sous les ordres de ce vrai patriote « des choses bien utiles et bien courageuses * ».
1. Mon., 18 oct.; DouclioUe aiîx i eprésentoiils. 10 ocl. ; Tur-
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