‹ Le général DagobertChapitre 69 sur 121 · CÉRET · texte numérisé non relu

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le 25 octobre : celle de droite observerait ce qui pourrait venir du côté de Bellegarde; celle de gauche et celle du centre arriveraient devant Rosas le 27 au soleil levant.

La colonne du centre où étaient Delattre et Fabre, emporta le col de Banyuls dans la journée du 26 octobre. Après une opiniâtre résistance, lldefonse Arias dut se replier sur Espolla, et les Français, descendant le revers méridional du col, allèrent, sous les ordres de Rampon, bivouaquer à la Serra, à une demi-lieue de la frontière.

La prise du col de Banyuls excita la joie du représentant; elle lui paraissait, ainsi qu'à d'Aoust, presque incroyable, et Delattre écrivait orgueilleusement que Tennemi, trompé par nos ruses, épouvanté par nos manœuvres, avait lâché les positions tant vantées par le maréchal de Noailles, qu'il n'y avait pas de journée plus heureuse pour la République, qu'il était impossible de se battre avec plus d'ardeur et d'intelligence : « il fallait nous voir, le représentant Fabre et moi, attelés à une bricole et traînant les pièces avec nos braves canonniers » !

Le ton baissa bientôt. « Nous ne dirons plus ça ira, avait mandé Delattre, notre devise actuelle est çà va, ça tiendra. » Hélas! le surlendemain, ça ne tenait plus.

La colonne de droite, commandée par Cuzel, avait, après avoir franchi le col Fourcat, marché vers Espolla, par Cantalups et Vila Ortoli, pour secourir la colonne du centre; mais elle manqua do vivres,, elle fut surprise par l'avant-garde espagnole et ramenée à la frontière; elle abandonna ses blessés à la vengeance des paysans.

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La colonne de gauche, conduite par Raymond, longeait la côte et passait par le col des Balistres; elle ne put aller que jusqu'au petit pont de Llança, et les habitants soulevés la refoulèrent sur Goléra.

Par suite, la colonne du centre ne pouvait avancer. Cependant, le 28, elle parut devant Espolla où les Espagnols avaient un camp retranché. Elle dut reculer. Deux jours plus tard, elle recevait de Collioure des renforts qui la portaient à près de 5.000 hommes; elle réitéra son attaque; de nouveau elle fut rejetée dans les montagnes et elle subit toutes les rigueurs du froid. Des traitres, disait d'Aoust, avaient crié sauve qui peut et des canonniers, ignorants ou malveillants, n'avaient pas coupé les fusées des obus. D'Aoust accusait même Dagobert : si les paysans couraient aux armes, s'ils rendaient ainsi les forces de l'ennemi supérieures aux nôtres, c'est qu'ils « craignaient de nouvelles représentations des incendies et pillages commis à Camprodon, Montella et autres lieux par le corps de troupes aux ordres du général Dagobert » ^

VI. Tandis qu'échouait ainsi l'expédition de Rosas, Dagobert opérait la diversion qu'il devait faire sur Céret.

Il avait proposé de descendre dans la vallée du Ici vers les sources des rivières où il n'y avait pas de villes de guerre et de marcher vers Olot et Girone. Le plan fut goûté de quelques officiers : « la

1. Fabre à Bouchotte, 22 octobre; d'Aoust ù Bouchotte, 13 et 29 oct., 18 nov. ; Turreau à Bouchotte, 8 nov. ; Notes de Turreau (A. G.); Revue de la Hév., id., p. 4-5; Actes du Comité, VI, p 442 et VII, p. 619; G. Sorel, II, p. 167 ; Vidal, III, p. 135; MarciUac, p. 183; Mon., 8 nov.

droite, la gauche, la retraite, tout était assuré, et l'Espagnol eût peut-être évacué notre terrain ». Mais lo Conseil de guerre avait décidé que Céret serait l'objet de la diversion.

A vrai dire, cette attaque sur Céret aurait dû être la véritable attaque et non la fausse. N'était-il pas évident que les Espagnols défendraient de tout leur pouvoir un poste qui commandait plusieurs passages des Pyrénées et qui facilitait leur retraite soit par Fort-les-Bains et Prats-de-Mollo soit par Bellegarde, si une crue vraisemblable des eaux emportait les ponts qu'ils avaient jetés sur le Tech? Or, Dagobert n'avait que 2.000 hommes, et il fallait des forces autrement considérables pour s'emparer d'une ville qui se trouvait comme au centre de l'armée ennemie et dans laquelle il était impossible de rester une heure sans être entouré de toutes parts.

Ses instructions étaient d'ailleurs obscures : occuper les hauteurs derrière Céret et y attendre les ordres du quartier-général pour assailHr les Espagnols à revers pendant que l'adjudant-général Sol- Bauclair qui tenait Saint-Ferréol, les attaquerait de front.

Il fallait donc se porter par une marche de flanc sur la gaucho de l'adversaire et même sur ses derrières. Cette marche, Dagobert la fit avec adresse et hardiesse par Saint-Marsal et Palalda. Les représentants Fabre et Gaston, ainsi que d'Aoust, objectèrent plus tard que le Conseil de guerre lui avait ordonné de se diriger de Thuir sur Llauro et de là, sur Céret; qu'en agissant autrement, il avait « compromis les subsistances et provoqué la désorganisation de son armée ». Mais se porter sur

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Llauro, c'était so placer de gaieté de cœur « sous la carabine de l'ennemi » c'était faire tuer du in 1 i en pure perte », c'était réellement « compj lii lire les subsistances » de sa troupe qui défilerait trop près des Espagnols. Il passa par les crêtes des A • • es. « Un conseil de guerre, écrit-il, qui ne laisserait pas à un général la latitude de choisir ses positions et de profiter des avantages du terrain, qui lui interdirait d'aller au but par le chemin plus sûr, donnerait une grande preuve d'ignordii. e. Ijagobert n'aurait pas voulu d'une pari Ue mission. L'ennemi était posté, retranché jusqu'aux dents, et en forces supérieures : Bagout ri ne pouvait manquer d'y échouer et d'y faire tuer la moitié de son armée. 11 prit la route et le I i que devait prendre un homme de guerre, celui de tourner les postes de l'ennemi et de gagner les hauteurs ».

Il dut laisser en chemin ses pièces de 4 et nombre de trainards.De 2.500 hommes, sa colonne fut bientôt réduite à 1.100; la plupart manquaient de souliers; ils s'arrêtèrent dans les villages et ils rejoignirent ensuite.

De Saint-Marsal, Dagobert se rendit à Palalda sur le Tech; il retrancha ce poste qui devait lui servir de point d'appui et, pour protéger sa ligne de retraite, il mit un détachement à Montbolo. Il avait avec lui, comme en Cerdagne, Cassanyes et Poinsot qui rivalisaient de bravoure. Les deux hommes aperçurent un convoi qui portait des vivres et des munitions à Fort-les-Hains. Ils l'attaquèrent sous la mitraille du fort, tuèrent quinze Espagnols dont trois émigrés, et firent vingt prisonniers dont un capitaine. Poinsot s'était armé d'une carabine

et il brûla soixante cartouches. Cassanyes eut son panache de représentant coupé par un boulet. Quelques instants plus tard, Poinsot et Cassanyes dinaient avec Dagobert dans une maison; un obus parti de Fort-les-Bains tomba sur la cheminée, descendit dans la cuisine et renversa la marmite et « tout le fricot »; il fallut se contenter d'une tranche de bœuf rôtie sur le gril.

Le 31 octobre, à une heure du matin, après deux jours d'une halte nécessaire, Dagobert se remit en marche. Il passa le Tech, un peu au-dessus de Fort-les-Bains, sans être vu, refoula des avantpostes et, longeant le ravin de Reynès. vint occuper au-dessus et au sud-ouest de Céret les hauteurs d'En-Trilles. Déjà sa droite, à la faveur d'un bois de châtaigniers, poussait à une portée de fusil de la petite ville. Ses soldats exultaient de joie; ils se disaient les uns aux autres qu'ils tombaient sur l'ennemi à Pendroit où il les attendait le moins, et ils se glorifiaient d'avoir surmonté toutes les difficultés et marché par un temps des plus rudes au milieu de montagnes inaccessibles et couvertes de neige.

Céret, situé dans une plaine au débouché du Vallspir et dominé de tous côtés, ne peut guère se défendre. Ce qu'il faut défendre, c'est, à deux kilomètres de là, le pont de Céret, le seul pont qui fût alors sur le Tech, et pour garder le passage, les Espagnols avaient construit sur la rive droite, à une portée de canon, une redoute, la redoute du Roc Blanc.

A l'approche soudaine des Français, ils quittèrent Céret, et prirent le chemin de Maureillas. Dagobert pouvait donc s'emparer du pont. Il n'avait

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qu'à se concerter avec Tadjudant-général Sol-Bauclair. Que Sol-Bauclair descende de Saint-Ferréol pour assaillir la redoute du Roc Blanc, et le pont t;5i enlevé. Or, une lettre do d'Aoust avait mis les tr 'upes de Sol-Bauclair aux ordres de Dagobert et, grâce à des renforts qu'elles venaient de recevoir, elles comptaient 2.000 hommes. Mais Dagobert ignorait l'arrivée de ces secours; il ne savait pas que Sol-Bauclair lui était subordonné; il avait des iii:3Li ULliuiii qui lui interdisaient d'aller plus loin. Il -xécuta simplement ces instructions : il s'était saisi des hauteurs qui dominent Céret ; il y resta, tout en faisant à Sol-Bauclair les signaux qui démontraient sa présence.

Cassanyes bouillait d'impatience. Il avait avec lui six jeunes gens de Céret qui servaient dans une compagnie de miquelets, et ces jeunes gens, voyant fuir les Espagnols, étaient entrés dans la ville. Le icpi tsentant les suivit; il vint jusqu'à la porte de Céret; il fut accueilli aux cris de Vioe la République par une vingtaine d'habitants qui s'étaient coiffé:. ûLt bonnet rouge; ils offrirent de s'armer, ils n^-nr-r-nt que Céret se soulèverait, que le pont ' li i irait pas, et Cassanyes, entraîné, appelait d* loin Dagobert par ses cris et ses gestes. Quelques soldats descendirent même pour chercher du pain

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Mais Icb I spagnols, remarquant que les Français no M i t^aiont pn^ les hauteurs, avaient rebroussé cti-niin; M> reparurent dans Céret, et les jeunes .s de Cassanyes se sauvèrent au milieu :oups de fusil; le conventionnel n'eut que le !ips d'échapper.

lhruU>i ir. j.pagnols prirent l'offensive. Le mar-

quis de Coupigny qui commandait à Céret, sortit avec une compagnie de grenadiers des gardes, une compagnie du régiment de Navarre, un détachement du régiment de Soria, un détachement de milices et deux canons; il marcha sur le bataillon des braconniers montagnards que Dagobert avait laissé à Las Cabanas et qui délogea sur-le-champ.

Dagobert attendait que Sol-Bauclair se mît en mouvement. Mais Sol-Bauclair ne reçut qu'au soleil couchant par un enfant de quinze ans l'avis que Dagobert serait ce jour-là devant Céret. Bien qu'il fît diligence, il ne put qu'à la nuit tombante descendre de Saint-Ferréol et canonner le Roc-Blanc. Son attaque fut molle; les Espagnols qui venaient de prendre Las Cabanas, se joignirent à ceux qui défendaient la redoute, et Sol-Bauclair regagna Saint-Ferréol après avoir perdu soixante-neuf hommes '.

On a dit que Dagobert aurait dû secourir Sol- Bauclair. Le réprésentant Cassanyes pressait le général d'aborder le pont qui ne résisterait pas une demi-heure. Dagobert répondit qu'il obéissait à la lettre de ses instructions; qu'il avait atteint le poste qui lui était fixé; qu'il ne se battrait que le lendemain, jour de l'attaque générale. Il passa la nuit sur les hauteurs et alluma de grands feux pour avertir d'Aoust qu'il était là et qu'il attendait des ordres. « J'avertissais, dit-il, par le nombre de mes feux et le bruit que je faisais, notre armée d'agir et de ne pas me laisser là dans l'embarras ».

1. Sol-Bauclair qui devint plus tard général de brigade, venait de l'armée des Alpes et il était arrivé le 16 mai à Perpignan; l'agent Revest le notait t bon militaire » : mais c'était, dit Turreau, « un officier du génie, tro;) méthodique, comme ils le sont tous, et incapable de faire de grandos choses. »

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11 s'est du reste justifié et dans la Réponse qu'il fit imprimer et dans une lettre à Bouchotte. N'étaitr* î > une imprudence de se risquer dans la plaine? 'Is aurait-il pas perdu quatre fois autant de monde Mi "^ ! I^ iuclair? 11 montrait du doigt à Cassanyes les Espagnols postés, embusqués dans les environs, el le conventionnel finit par convenir, en présence même des soldats, que ce serait une mauvaise manœuvre. « Occuper Céret, qui est dans un fond et y tenir, même avec 2.000 hommes, aussi près des ennemis, et derrière eux, ne serait-ce pas absurde »? Durant la nuit, comme il l'avait prévu, 4.000 I S>agnols arrivaient du Boulou au pont de Céret. ils traînaient avec eux de l'artillerie de gros calibre. Elle joua dès le lendemain matin et, rapporte tuftsanyes, tira des bombes et des obus à foison. Aiî^si la gauche de Dagobert, fatiguée, comme dit son général, par tant de projectiles, finit-elle par ij i plier. Dagobert la fit soutenir à temps par les grenadiers et chasseurs du Gard; ces braves gens, à force de fusiller, n'avaient plus de cartouches; ii5 coururent à l'ennemi la baïonnette en avant, de même qu'au combat do la Perche, et reprirent la position abandonnée. La colonne que Coupigny dirigeait sur le centre et celle qui cherchait à tourner la droite de Dagobert, eurent un pareil insuccès. !o me fis respecter, a écrit Dagobert, et je me soutins toute la journée ».

Tl pensait que l'armée principale, Tarmée de ; \ u t ferait un mouvement. Mais ce jour là, i^^ novembre, contre son ordinaire, elle ne tira pas ini S'il! coup de canon. Pourquoi cette inaction? iN ètait-ce pas, a dit Dagobert, « provoquer les ennemis qui m'avaient derrière leur centre, à venir

m'accabler? Et n'auraient-ils pu le faire pendant la nuit? » Les officiers qui l'entouraient, n'assuraient-ils pas qu'on ne l'avait envoyé là que pour le sacrifier? 11 résolut de battre en retraite sur Palalda. N'avait-il pas rempli la mission dont d'Aoust l'avait chargé? N'avait-il pas opéré la diversion souhaitée puisque l'adversaire avait envoyé des renforts et de l'artillerie au pont de Céret? N'avaitil pas attiré l'attention des Espagnols sur leur gauche et, de la sorte, favorisé le mouvement des troupes françaises qui s'acheminaient sur Rosas?

Ses pertes étaient insignifiantes : quelques blessés et deux tués dont Lacroix, capitaine des grenadiers du Gard, qu'il « regrettait infiniment ». Il emmenait trois prisonniers; l'un d'eux, un émigré, se sauva, et Dagobert se plaignit de la maladresse de ceux qui l'avaient laissé échapper.

Le l^*" novembre, à la fin du jour, il revint donc sur ses pas. Le lendemain, il tournait à gauche et entrait brusquement dans Arles-sur-Tech, chassait la garnison, enlevait les magasins; au soir, il atteignait Palalda.

U eut alors le dessein de se jeter sur Saint-Laurent de Cerdans et de « réduire » ses habitants que tout le Roussillon qualifiait de traîtres. De Saint- Laurent il aurait passé les monts et attaqué Massanet, ïortella, Besalu, Olot, « les plus riches bourgades de la Catalogne ». Mais il tomba malade et il dut renoncer à son projet. Il remonta les côtes et cantonna ses troupes dans des villages, à Taillet, à 0ms, à Llauro : elles n'avaient plus, selon lui, qu'à prendre leurs quartiers d'hiver ^; elles

1. » Les cantonnements, écrit Grandvoinet, étaient réellement

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furent commandées par Poinsot qui remplaçait Sol- Bauclair à Saint-Ferréol et qui eut ainsi 4.500 hommes sous ses ordres. Quant à Dagobert, il se rendit à Perpignan pour rétablir sa santé, et, s'il gardait la chambre, il suivait d'un œil attentif les événements de la guerre : le 7 novembre, il priait ses amis de Montlouis de lui annoncer le plus promptement possible ce qu'ils sauraient des mouvements de l'ennemi K

nécessaires dans l'état des choses », et il .ijoute que Chaillet de Verges qui devait être, sous Doppet, chef de Pétat-major, soutenait alors f que, si le soldat manquait d'aliments, il devait se saisir de l'ennemi et le manger » ; mais t cette idée révolta le plus grand nombre. »

1. Cf. la lettre de l'adjudant général Bonnet, 21 nov. ; Dagobert à Bouchotte, 5 et 21 nov., à Alexandre Bertrand, 7 nov. et Réponse imprimée ; Hubert à Hardy, 14 nov ; Poinsot à Bouchotte, 27 mai 1794. Mém. de Grandvoinet (A. G.); Fervel, I, p. 196-200; Vidal, III, p. 00-64; Doppet, Mém., p. 218 (. L'opération de Céret fut manquée parce que quelques personnes avaient conçu un autre projet et tenaient trop à son exécution. ») La lettre de l'adjudant général Bonnet est peut-être le plus net résumé de l'affaire : « Les représentants, dit-il, supposent gratuitement que Dagobert a manqué l'expédition de Céret. Dans le vrai, il a forcé les Espagnols à y porter 4.000 hommes ; il n'avait p.is assez de troupes pour entrer dans Céret qui est dominé et où il avait ordre de faire simplement cette diversion qui a réussi. »

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