Barbantane, Mém., p
2. Lettre de l'adjudant-général Bonnet, 21 nov. (A. D.); Pcllel,ort, Mém., I, p. 9 ; le ca|)itaine Hubert à Hardy, 14 nov. (A. G.) : t Nos soldats, dit encore Hubert, no sont jdus des machices dont se servaient les despotes ; ils discernent très bien lorsqu'on veut les tromper; ils s'jperçoivent encore mieux lorsque les généraux manquent d'être à leur tête. »
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Pareillement, les agents du Conseil exécutif Revest et Hardy, justifiaient et prônaient le général suspendu. Revest témoignait que Dagobert faisait son métier avec exactitude et qu' « un tas d'intrigants cherchait à l'éloigner en profitant de l'influence des représentants qu'ils flattaient constamment et qui perdraient irrémédiablement l'armée si la Convention n y portait un prompt remède ». Hardy mandait que Dagobert était aimé, non des généraux mais du soldat et que le soldat marcherait toujours avec lui. « Ordinairement, disait Hardy, on n'entend pas taire l'éloge d'un général détesté ; eh bien qui que ce soit, citoyens de cette ville, habitants de la campagne et soldats de toute arme, s'accordent à louer Dagobert ' ».
La population de Perpignan ne cessait, en efl-et de regretter Dagobert. Déjà, après Paff-aire de TrouiUas, le bruit courait sur les places et dans les rues qu' « on avait voulu sacrifier Dagobert. » Oui s'il avait été vaincu à Trouillas, c'est qu'il était « mal compris, mal secondé »; il avait, dans ce combat, montré autant d'habileté que de courage et des « manœuvres perfides » l'avaient fait échouer» Le 22 novembre, le Conseil général de la commune lui avait accordé un certificat de civisme ^ Le 26. le Conseil de la commune de Rivesaltcs certifiait qu'il avait dû rester à Rivesaltes du 21 au 26 novembre à cause de sa maladie et du débordement de la rivière où s'était noyé un brigadier de la lé-
cembre^r g!'). """''' " """'='"""'• "• "• ^1 novembre et 21 d,-
2 Djiibéralion du 2 frimaire ; certificat signé le 3 par le maire
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gion (leRosenllial, et les membres du Conseil ajoutaient qu'il avait été le dieu tutélaire et le libérateur des Pyrénées-Orientales, que (( le doux espoir de le voir revenir bienlol dans le sein de ce département dont il était le pcre, pou\ait seul consoler ses concitoyens de la tristesse que son départ avait causée dans leur âme' ».
La population de l'Aricge et de l'Aude était aussi « dagobertiste » que Perpignan et que Rivesaltes. Déjà, après la bataille de Trouillas, les administrateurs du département et ceux du district de Quillan avaient pris parti pour le général. Les administrateurs de l'Ariège lui écrivaient que ses succès avaient « irrité contre lui les serpents de l'envie », que l'affaire malbeureuse du 22 septembre prouvait « ce que peuvent dans les combats les passions et les rivalités humaines », mais que Dagobert avait sauvé le département, qu'il serait <( constant dans son patriotisme » et que ses détracteurs finiraient par lui rendre justice. Les administrateurs du district de Ouillan ne voulaient pas se prononcer sur les actes de Goguet ; ils croyaient que les représentants avaient contrarié le plan de Dagobert « dans de bonnes vues »; mais sa conduite énergique et vraiment républicaine lui valait confiance et reconnaissance; il avait avec des recrues de montagne vaincu les Espagnols dans cette partie de la frontière, délivré iMontlouis, arraché les départements de l'Aude et de l'Ariège à l'invasion; partout oij il s'était montré, il avait semé l'épouvante, et les administrateurs du district mandaient à Dagobert : « Un républicain n'aime pas à éprouver des contra-
1. Certifie. t de la commune de Rivrsaltes, G frimaire (A. D ).
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dictions; mais il n'en demeure pas moins attaché à la chose publique, poursuivez nos ennemis, assureznous la paix que vous nous avez procurée, et la couronne civique qui vous attend, vous dédommagera de vos peines; ^ ».
Les clubs s'agitaient. La société populaire de Lavelanet se plaignait à la Convention que Dagobert eût été calomnié ^
,La Société populaire de Saint-Lo, apprenant qu'il avait quitté le commandement en chef pour regagner la Gerdagne, lui écrivait qu'elle rendait toujours hommage à ses talents militaires; que le « petit échec » du 22 septembre venait sans doute d'un malentendu ou d'un ordre mal exécuté; que Dagobert ne cessait pas de mériter l'estime et l'admiration de la République; qu'il avait montré par un grand exemple qu'un général sait respecter la loi et que l'amour de la patrie était sa seule ambition. « Continuez, disait le club, à parcourir la glorieuse carrière où vos talents vous appellent; achevez de cueillir les lauriers qui vous attendent; ne laissez point h d'autres les conquêtes que vos connaissances dans l'art difficile de la guerre vous assurent; quoique votre poste soit changé, votre civisme et votre bravoure sont toujours les mêmes; partout où vous combattrez, vous serez vainqueur; votre sagesse et vos vertus nous en sont les garants ' ».
1. Les administrateurs de l'Ariège à Dagobert, Foix, 14 cet. ; délibération du district de Quillan, 11 octobre, et lettre des administrateurs, du même jour (A, D.).
2. Mon., 15 déc. Il faut remarquer que Clauzel, le futur maréchal, était alors adjudant général à l'urmée des Pyrénées-Orientales et que son frère, Jean-Baptiste, député à la Législative et à la Convention, était maire de Lavelanet.
3/ La Société des amis de la liberté et de l'égalité de Saint-Lô à Dagobert, 24 cet. (A. D.).
De toutes ces nianifestalions, la plus éclatante fut celle du club de Perpignan. Bien qu'épurée et régénérée par Fabre et Gaston, la Société populaire aimait et estimait Dagobert. Sitôt qu'elle sut qu'il était STi^pondu,elle dépêcha quatre de ses membres demander à Gaston les causes de la disgrâce du général et les noms de ceux qui l'avaient dénoncé. Quatre autres délégués allaient en môme temps prier Dagobert de rester provisoirement à Perpignan et lui témoigner la douleur du club. Dagobert remercia la Société et répondit à la députation qu'il était parfaitement tranquille, que nul ne pouvait suspecter ses principes. Quant à Gaston, il reçut les jacobins avec son emportement ordinaire. Il leur refusa toute espèce d'éclaircissement et leur déclara que les représentants avaient assez de pièces dans les mains pour suspendre Dagobert. « Je suis surpris, ajouta Gaston, qu'une Société républicaine ne paraisse pas se reposer sur la confiance dont la Convention m'a investi; mais je sais qu'il y a des intrigants parmi vous; votre démarche est une insurrection, et j'obtiendrai 20.000 hommes qui sauront empêcher Perpignan de devenir une Vendée ou un y y )n »! La Société, indignée, résolut sur-le-champ de faire une adresse au Comité de sain inM)r |, demander que Fabre, Gaston, Bont i! ws fussent rappelés à la Convention iiplacés yai quatre autres députés sans-culotir. . rn ]'-ée par le maire de Perpignan, - ie place Valérius Parizot, devait être uix Jauobins et aux Cordeliers de Paris ainsi qu u\ corps administratifs du département. Société se ravisa le lendemain; elle décida qu'au
. de solliciter le rappel des représentants, elle
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se contenterait d'écrire au Comité qu'elle avait vu la suspension de Dagobert avec douleur. Mais cette imposante manifestation acheva de rendre Bouchotle favorable au général K
Le ministre de la guerre avait un faible pour Dagobert. Après le combat de la Perche, il le félicitait et lui souhaitait de nouveaux succès. Lorsqu'après la conquête de la Cerdagne, Dagobert mandait qu'il était malade et qu'il avait recueilli ses forces, « je désirerais, lui répondit le ministre, que l'état de votre santé vous permît de continuer des services que vous venez de rendre si utiles à la République; vous verrez qu'en recueillant ses forces, on jouit de la douce satisfaction de faire plus de bien qu'on n'osait l'espérer. » Quand Dagobert se chamaillait avec F^abre, Bouchotle priait le rude soldat de vivre en bonne intelligence avec le conventionnel, lui remontrait sur un ton amical que rien ne serait plus fâcheux que la dissension entre les commissaires de l'Assemblée et les chefs de l'armée. Il faisait régler sans nul retard, sans nulk contestation ni chicane, toutes les indemnités dues au général : pouvait-on lésiner avec un homme dont les conquêtes avaient valu plus de quatre millions à la République, d'un homme qui « avait pris à l'ennemi 26 pièces de canon, 24 caissons, 15 charrettes de munitions et effets d'artillerie, 116 mulets de trait dont plusieurs étaient estimés au-dessus de 2.000 francs et des tentes pour camper 8.000 hommes? ))Le ministre était donc pour le général contre les représentants; il avait soin de communiquer au Comité les lettres de Dagobert et de Turreau, il
1. Notes de Turreau (A. G.) ; Torreilles, Perpignan, II, p. 211-213.
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appelait son attention sur l'état de l'armée des Pyrénées-Orientales, il disait qu' « il était temps d'y porter remède. » ^
Enfin, Dagobcrt comptait dans la Convention deux amis chauds et influents, Clauzel et Voulland, Tun député de PAriège, l'autre, député du Gard, Ton dont il avait protégé le frère, le futur maréchal de France, alors adjudant général à l'armée des Pyrénées Orientales, l'autre dont il avait protégé l'oncle, le vieux commandant de Montlouis, que Cassanyes avait suspecté et voulu suspendre. Clauzel souhaitait à Dagubert de retourner bientôt à Perpignan et de « déconcerter les Espagnols par sa présence. » Voulland lui avait juré une vive et éternelle gratitude : « Mon oncle, avait-il écrit le H septembre au général, était cruellement soupçonné sans avoir jamais rien fait pour mériter de l'être. Vous êtes arrivé au iMont-Libre; il vous a vu, il vous a ouvert loyalement son cœur déchiré, et vous l'avez écouté avec complaisance, jugé bon patriote et brave soldai, digne, malgré les cris de calomnie et de l'intrigue, de servir avec vous la République. Vous avez droit de réclamer ma reconnaissance. » -