Lamer à Dagobert, 23 déc. (A. D
2. Turreau au Comité, 25 oct.; Doppet à Bouchotte, 13 décembre (A. G.); cf. Doppet, Mém., p. 241-245. Le 24 septembre, dan«
Les Espag-nols profilèrent de la situation. Ricardos, renforcé par 6.000 Portug-ais, avait résolu de tenter un vigoureux et suprême effort pour mettre en quartiers d'hiver ses bataillons fatigués et décimés par la maladie. 11 avait le 20 novembre enlevé le poste do Saint Ferréol qui dominait Céret et par là, conquis les Hautes Aspres, affermi sa gauche, assuré ses communications. Dans les premiers jours de décembre, il acheva de frapper l'armée française. Elle était alors bizarrement placée. La division de Collioure qui comptait la moitié des troupes sous les ordres de Delattre ou plutôt de Fabre, tenait le penchant des Albères, Yiilelongue et le petit camp de Mitgdie. La division du centre, conduite par d'Aoust, comprenait S. 700 hommes postés à Banyuls-dels- Aspres, au pla del Rey et à l'ermitage Saint-Luc. La division de droite, confiée à Laterrade, s'était, après l'échec de Saint-Ferréol, repliée derrière le centre, de Tresserre à Llauro. Le 6 décembre, Cassanyes emmenait de Villelongue dix anciens et bons bataillons; il emportait sur la crête des Albères le camp de Mitgdie dont les Espagnols s'étaient saisis dans la matinée; il y laissait cinq bataillons et avec les cinq autres il se dirigeait au milieu des ténèbres sur la position de Montesquieu. Mais, par une étrange coïncidence, Ricardos avait décidé de s'emparer de Villelongue au même jour et à la même heure, à Tanb^ du 7 décembre : il voulait, après avoir dégage sa g-auche en occupant Saint-Ferréol,
la séance de la Convention, Génissieux s'étonnait que le ministre eût nommé général un citoyen t patriote et plein de courage à la vérité, mais qui était, avant cette nomination, commandant d'un régimen-t d'Allobroges, et, dans l'origine, médecin. » (Mon. du 2G sept.).
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dégager sa droite en occupant Villelongue. Pendant que 3.000 Français, commandés par Raymond et Gassanyes, s'avançaient sur Montesquieu, o. 000 Espagnols, commandés par Courten, s'acheminaient vers Villelongue et, au matin, à 6 heures, en sept minutes, ils se rendaient maîtres du camp français où il n'y avait qu'un bataillon de grenadiers et des bataillons de la « masse ». Les républicains restés à Villelongue et ceux qui marchaient vers Montesquieu, consternés par ce brusque assaut, s'enfuirent en perdant deux drapeaux, 34 pièces d'artillerie et i.200 hommes dont 760 prisonniers.
11 fallut transférer le quartier-général à Perpignan, abandonner la ligne de la Tet, regagner le camp de l'Union ou du Mas-Ros. Mais, comme Dagobert et Turreau l'avaient prévu, Partillerie manquait d'attelages. Doppet eut alors une idée heureuse. Il proposa d'assaillir Villelongue le jour même oii la grosse artillerie se retirait à Perpignan. Le 19 décembre, au matin, 2.000 hommes, commandés par d'Aoust, abordaient Villelongue. Ils formaient deux colonnes. La première, conduite par Laterrade, échoua. La seconde avait à sa tête Sauret, Guieu et Banel; elle emporta le camp et dispersa les Portugais qui le gardaient; 19 pièces furent emmenées à Perpignan. Le pauvre Doppet n'assistait pas à ce brillant et dernier succès de l'armée des Pyrénées-Orientales. Les représentants Pavaient envoyé à Elne: de là il devait se rabattre sur Villelongue lorsque d'Aoust Pappellerait ; mais il attendit vainement le signal de marcher ; d'Aoust allégua qu'il n'avait plus de fusées d'avertissement I Dépité, harassé, en proie à la fièvre, Doppet revint à Perpignan pour s'aliter et il faillit mourir du typhus.
D'Aoust disait triomphalement que la reprise de Villelongue effaçait les mauvaises impressions du passé, réparait l'honneur, ranimait les courages. Mais pendant ce temps la division de Gollioure était écrasée. Le 15 décembre, Gourten avait attaqué les troupes de Delattre au col de Banyuls et les avait enfoncées, refoulées sur Port-Vendres. Cinq jours plus tard, le 20 décembre, il les culbutait de nouveau près de Saint-Elme. Les fuyards se jetèrent dans Saint-Elme, dans Port-Yendres, dans Gollioure et ces trois places se rendirent incontinent. Dufi'au livra Saint-Elme ^ Port-Vendres ouvrit ses portes; les volontaires qui devaient la défendre, se dissimulaient lâchement dans les ravins et derrière les rochers. Gollioure, munie de quatre-vingt-huit canons, remplie d'approvisionnements, commandée ji I un vaillant homme du nom de MannevilJe et par d^énergiques municipaux, capitula sous la menace d'un bombardement et parce que la garnison refusait de se bal Ire. « Les soldats, dit un officier, dégoûtés de leurs chefs et des expéditions qu'ils avaient reconnues irrégulières, préféraient tomber au pouvoir dePonnemi que de lui résister! »
C'était la débâcle. Le 21 décembre, à une heure de la nuit, d'Aoust, déjà serré de près et débordé, reculait sur Perpignan. Il n'échappa qu'avec peine à une catastrophe. Ricardos l'attaqua dans sa re-
1. On n'avait jusqu'ici aucun renseignement sur ce Duffau. C'était un ancien gendarme, chassé de son corps sur la demande de tous ses camarades par le général de Fiers au commencement du mois d'août parce qu'il était toujours absent sans motif lorsqu'il fallait marcher sur Tennemi. Il reparut dix semaines plus tard à la tête d'un bataillon de la masse. Celui, disait Dugua, qui a remis Saint-Elme entre les mains de cet homme pervers, ne l'a pu faire que par insouciance ou par perfiiie.
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traite et l'aurait mis en pleine déroule si Pérignon qui menait Parrière- garde, n'avait tenu bon à Saint- Luc. Après avoir perdu oOO hommes et laissé dans les mains de l'Espagnol 200 prisonniers et 23 canons, la division d'Aoust, rejointe par les débris de la division Delattre, s'entassa dans le camp de l'Union, et tous ceux qui la virent alors, témoignent de son découragement accru par la désertion et les maladies, de son dénument, de son indiscipline, do son anarchie. Doppet n'avait- il pas dit que tout le monde voulait commander et que rien ne se faisait parce que chacun proposait ce qu'il fallait faire? Lamcr, que Dagobert plaignait d'être dans ce « dédale », n'écrivait il pas que le fardeau était énorme, insupportable, et ne priait-il pas le ministre de le « tirer de ce théâtre d'intrigue et d'iniquité »? Ne suppliait il pas Dagobert d'appuyer sa requête? ' Les représentants que Dagobert regardait à bon droit comme ses ennemis, avaient donc perdu la partie, et Bouchotte disait nettement au Comité de salut public que les jalousies et les flagorneries dont ils étaient circonvenus, mettaient la mésintelligence parmi les chefs et l'incohérence dans l'armée. Résolument, rageusement, le Comité changea tout, représentant, généraux, état major. 11 fit arrêter les ci-devant qui composaient Pétat-major ; il remplaça Doppet par Dugommier; il rappela Fabre, Gaston, Cassanyes et leur donna pour successeurs Milhaud et Soubrany. Trop éloigné du théâtre de la guerre et absorbé par d'autres soins, le Comité n'envoyait que de vagues instructions à ses
1. Zï. sur ces événements, Fervel, I, p. 212-248; A. Chuquet, Dï^nommier, p. Ii2-147; mém. do C.randvoinet (A. G.); Limer à Dagol ert, 23 déc. (\. D.).
LE GÉNÉRAL DAGOBEKT
commissaires, applaudissant à leurs mesures, approuvant leurs actes, les félicitant de leur zèle révolutionnaire, leur recommandant la prudence et les exhortant néanmoins, comme il disait, à faire entrer rapidement au port le vaisseau de la patrie si longtemps battu des flots. Jl n'intervenait pas dans leur querelle avec Dagobert et Turreau. et il iu>il au mois d'octobre le choix du général d'Aoust. T jT^quilsle priaient de faire nommer Delaltrc général en chef par un décret de la Convention ou^de leui iiAci uii plan de campagne et de leur dicter la conduite qu'ils devaient tenir, il leur répondait qu'ils avaient des pouvoirs illimités, et Gaston s'écriait avec colère : « Vous nous renvoyez à nos pouvoirs illimités, mais cette réponse n'est qu'un grand mot vide de sens! «Le Comité finit 'même — le 4 décembre — par réduire l'armée des Pyrénées- Orientales à 15.000 hommes, garnisons comprises, et par ordonner que tout le reste irait sans retard grossir l'armée devant Toulon. Heureusement Toulon succomba et les rapports de Turreau. les lettres de Dagobert. les désastres qui se succédaient, attirèrent enfin sur l'armée des Pyrénées-Orientales l'att'^ntion du Comité. Aussi bien jugeait-il dangereux d'employer les conventionnels dans leur région et leur propre département. Cassanyes était député des Pyrénées-Orientales; Fabre, de l'Hérault ; Gaston, de l'Ariège. « Ils sont trop près de chez eux écrivait l'agent Hardy, et ils ont beaucoup de personnes à placer. » Le 22 décembre Barère exprimait sur ce point l'opinion du Comité : « Le Comité a pris des mesures dont la nécessité sera aisément reconnue malgré les murmures de quelques représentants du peuple; c'est de ne pas les laisser Irop
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longtemps dans une mission, de les faire voyager, et surtout de les tirer de leur propre pays. » ^
lU. Ainsi, Dagobert était vengé, et au-delà.
Gaston mandait que les ennemis — ces ennemis qu'il croyait chasser du Roussillon par l'arme blanche — n'avaient qu'un pas à faire pour s'emparer de Perpignan où ils passeraient leurs quartiers d'hiver : « C'est apparemment ma dernière lettre, » écrivait -il au Comité, et il jetait ce cri de désespoir : « 0 trahison ! 0 perfidie! ce n'est qu'à vous que nous devons imputer nos malheurs! » -
Fabre, expiant ses fautes par une mort glorieuse, tombait à l'entrée de Port-Vendres dans la batterie de Biarra, sous les baïonnettes espagnoles ^
Quant aux généraux auxquels les représentants
1. Actes du Comité, VI, p. 442; Vil, p. 10 ; VIII, p. 2fi5 et 619; IX, p. 450458; H;irdy à Bouchotte, 11 dôc. (A. G.). C'est ainsi que dans les missions précédentes à l'armée des Pyrénées-Orientales, Rouyer ( t Brunel apparte laient à l'Hérault; bonnet à l'Aude; Es] ert à l'Ariège. Les paroles de Barère firent croire qu'un décret de la Convention défendait à ses membres de remiilir une mission dans leur département, mais, bien qu'il ait été invoqué plusieurs fois, ce décret n'existe j as {La Révol. fv., XXXI, p. 3S5; cf. Actes du Comité, VIII, p. 691 et XVIII, p. 711). On sait que par le décret du 22 décembre 1793 Fabre (dont on ignorait la mort) et Gaston curent ordre d'aller à l'armée des Alpes, et Cassanyes, de rentrer à la Convention ; ils étaient remplacés par Milhaud et Soubrany (cf. sur la mission de cc^s deux derniers notre Dugommier, p. 150-183). Sur le rapport de Robespierre, la Convention décrét.i le 12 janvier 1794 que Fabre, le premier représentant du peuple qui « eût l'honneur de moorir les armes à la main pour la République », recevrait les honneurs du Panthéon ; mais le décret ne fut pas exécuté.