‹ Le général DagobertChapitre 78 sur 121 · Bouchotte à Dagobert, 24 janvier 1794; cf. Hardy à Bou · texte numérisé non relu

Bouchotte à Dagobert, 24 janvier 1794; cf. Hardy à Bou

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Avant de regagner Perpignan, il eut une conférence avec deux députés des Pyrénées-Orientales, Delcasso et Montegut. Ils lui donnèrent des renseignements de toute sorte sur les localités et, plus tarf] Dagobert écrivait à Delcasso pour le prier de « soumettre au Comité la matière de leurs entretiens ». Les deux députés étaient d'avis que la France devait garder la Cerdagne espagnole. Dagobert, pensaient-ils, n'avait fait, en s'emparant de ce pays, que rendre son bien à la République et, si la saine politique avait dicté le traité des Pyrénées, la Cerdagne entière aurait dû appartenir à la France : les limites avaient été, de ce côté, fixées par la nature. Le général s'entretint avec eux d'une xpédition contre la Seu d'Urgel. Faudrait-il, lorsque l'entreprise aurait réussi, se porter à trois inarches de là ^ dans la plaine d'Urgel qui produisait du blé en abondance et qui passait pour le grenier de la Catalogne, puis de la plaine d'Urgel vers Lerida mr la frontière de PAragon? Delcasso et. Montegut objectèrent que les Espagnols auraient épuisé le blé de la plaine d'Urgel; que, si cette plaine était un pays ouvert, le plus ouvert et le plus uni de la Catalogne, un pays où les troupes pouvaient se mouvoir librement, elles auraient ensuite à traverser dos montagnes et des défilés; qu'elles ne subsisteraient qu'avec de très grandes difficultés; que tout en cette région se transportait à dos de mulet.

chotte, 11 déc. (A. G.) et Lamer à Dagobert, 23 déc. (A. D.) t J'aurai, écrit Lamer, le regret de ne pouvoir être avec vous à l'armée d'Italie » et il ajoute : t Pour votre tranquillité, je ne vous souhaite que le bonheur domestique; c'est le plus pur quand on a, comme vous, si bien mérité de la patrie. »

1. Un officier de Louis XV, La Blottiére, disait qu'il faut de la Seu d'Urgel à la plaine d'Urgel deux jours d'un pas réglé.

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Mieux valait, suivant eux, se contenter d'Urgel, Encore la « réunion » d'Urgel et de son territoire ne présentait-elle aucun avantag-e. Dag-obert, disait Delcasso, se bornerait à faire une pointe fructueuse; il entrerait dans la ville et si les Espagnols s'avisaient de se défendre, il ne s'amuserait pas au siège de la citadelle; il lèverait des contributions; il enverrriit h Puy-erda Les bestiaux, les grains et autres denrées; l'opération terminée, il reviendrait en Gerdagne, mais il conserverait le poste essentiel de Montella. « Si nous sommes maîtres de Montella, concluait Delcasso, la partie de la Seu d'Urgel est toujours à notre discrétion ». Dagobert n'oublia pas ces conseils et, lorsqu'il fut sur les lieux, il trouva, a depuis raconté Delcasso, que le plan était juste *.

Une conférence plus importante fut celle que Dagobert pijf avec Carnot et Garrau. Il soumit à ces deux iiommes influents — l'un dirigeait dans le Comité les opérations militaires, l'autre avait eu et allait avoir une mission aux Pyrénées — un plan de campagne ^

Il exposait d'abord ses idées sur la guerre des

1. Delcasso et Montegut, Obset^vations relativement aux opérations du corps d'armée qui agit contre les Espagnols du côté du Mont- Libre dans le département des Pyrénées-Orientales, avril 1794 (A. G.). Delcasso était un homme de quelque valeur; Montegut, cultivateur très peu instruit, était, selon Cassanyes, le plus inepte de tous les députés (Torreilles. Hist. du Clergé, p. 290 et Vidal, II, p. 20 et 402).

2. Garrau de Sainte-Foy, avocat à Libourne, député de la Législative et à la Convention, avait, ainsi que Lamarque, accompagaé Carnot dans sa mission à Bayonne et dans les Pyrénées aux mois d'octobre, de novembre et de décembre 1792, et, à la fin de cette tournée, Carnot, Garrau et Lamarque avaient passé quelques jours dans la maison de M. Garrau père, ancien not lire, à Sainte-Foy-la-Grande. Depuis, Garrau avait été envoyé à l'armée des Pyrénées-Occidentales {Mém. de Camot, I, p. 283- Charavay, Corr. de Carnot, I, p. 320). '

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Pyrénées et il montrait qu'on ne saurait dresser à Paris un plan que les généraux exécuteraient à la lettre. N'y avait-il pas dans ces pays de montagnes des orages violents qui produisaient des éboulements, creusaient des ravins et rendaient impraticable tel ou tel passage indiqué dans le plan ? L'adversaire ne pouvait-il soudainement s'établir en forces dans tel ou tel endroit et s'y retrancher? Ne fallait-il pas laisser au chef d'armée la facilité de déconcerter les ennemis par des marches et contre-marches, par de fausses attaques qui leur feraient dégarnir les points où il voulait frapper?

Dagobert insistait ensuite sur la nécessité de ressaisir le fort Saint-Elme et Gollioure. Le fort Saint- Elme est situé sur la pointe d'une montagne très élevée; mais il suffirait d'y jeter quelques centaines de bombes. Saint-Elme pris, Gollioure serait pris aussi, et Gollioure devait être pris coûte que coûte : la reddition de cette place avait « donné à nos armes une teinte défavorable » et Pennemi recevait des vivres et des munitions plus facilement par Gollioure que par la route de Bellegarde.

Toutefois, avant d'assiéger Saint-Elme et Gollioure, il fallait empêcher les Espagnols de leur porter secours et, par suite, avoir dans les environs d'OrtalFa ou do Brouilla un corps d'armée bien retranché et muni de batteries qui défendrait le passage du Tech. Mais mieux valait encore chasser les Espagnols au-delà des monts. Ils occupaient toujours en deçà du Tech le camp du Boulou couvert par des redoutes. Pourquoi ne pas leur montrer quelques légers détachements qui sembleraient être des lêtes de colonnes, mais qui ne feraient que tenir leur camp en respect pendant que les vraies colon-

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nés d'attaque tourneraient les redoutes pour les assaillir par la gorge? Dagobert indiquait à l'avance le mouvement décisif de Dugommier et, comme il disait, l'un des principaux points sur lesquels se dirigerait l'effort des républicains : c'était Saint-Ferréol 11 faudrait, ajoutait Dagobert, y envoyer une grosse colonne et une artillerie formidable; ces canons bien postés foudroieraient tout ce qui tenterait de déboucher par le pont de Céret ; ils « lanceraient force bombes ou obus sur la ville de Cérel pour fatiguer le quartier-général qui s'y trouve et disperser les rassemblements qu'il aurait dessein d'y faire » ; ils empocheraient les troupes cantonnées aux environs de Fort-les-Bains et d'Arles-sur-Tech de se réunir, et d'ailleurs ces troupes seraient facilement débusquées par un général qui prendrait le chemin qu'avait pris Dagobert à la fin d'octobre, lorsqu'il était venu par Saint-Marsal s'emparer des hauteurs de Céret.

Chassé de tous les postes en deçà des monts, l'Espagnol tiendrait encore Bellegarde et le col du Portell. Chassé de ce col et de Bellegarde, il résisterait dans Rosas et dans Figuières. Mais ferait-on des sièges dispendieux et meurtriers? Irait-on jusqu'à Barcelone? La République avait-elle des vues sur cette place? Sa politique ne différait-elle pas de celle des rois, des tyrans qui comptaient pour rien le sang des hommes et qui ne pensaient qu'à humilier leur ennemi en lui prenant un de ses plus forts boulevards qu'ils étaient sûrs de lui restituer à la Diix ^

S ' lue ne voulait pas conquérir la Cata-

logne pour la garder, si elle n'avait d'autre dessein que de rendre à ses adversaires une partie du mal

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qu'ils lui avaient fait, pourquoi toutes ces attaques qui coûteraient la vie à bien des braves gens? Il y avait un moyen de « pénétrer dans cette province par ailleurs, par un point indéfendu ». Et Dagobert proposait de partir de Montlouis et de la Cerdagne soit pour gagner Urgel par la vallée du Sègre, soit de franchir le col de Jou ou le col de

ïosas.

Mais Urgel avait maintenant du canon et, si l'on dépassait la plaine d'Urgel, — Dagobert se souvenait de son entretien avec Delcasso et Montegut — ou rencontrait des montagnes et des escarpements d'un difficile accès.

Par le col de Jou on arrivait au bourg de Baga fermé par un mur et de là à la petite forteresse de Berga; là encore, des sièges à faire.

Dagobert donnait la préférence au col de Tosas. Ce passage, plus bas que le col de Jou, était, soit par la Moline, soit par le chemin de la Croix de Mayens, soit par le pla des Salines au-dessus de Doria, d'un abord plus facile.

Du col de ïosas on descendait sur Ribas et Ripoll ou, si l'on voulait, par le plateau d'Anella sur Castellar del Nuch, sur la Pobla de Llillet, sur les Llucanas et sur Vich; là, on était en plaine et on trouvait à droite et à gauche Manresa, Cardona, Solsona, Cervera, Balaguer et autres villes riches d'où Pon pouvait tirer de grosses contributions ^

A cet endroit de son mémoire, Dagobert citait un exemple emprunté à l'histoire ancienne et familier à ses contemporains. Dix-huit mois auparavant

1. Cette plaine, disait-on déjà en temps de Louvois, est « rem plie de villages et de bonnes villes ».

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Duinouriez, annonçant aux pères conscrits de l'assemblée législative qu'il envahirait la Belgique pendant que les Prussiens envahiraient la Lorraine, rappelait que le peuple romain envoyait son armée en Afrique tandis qu'Annibal était aux portes de Rome K Dagobert disait de même que les Romains n'avaient arraché Annibal à l'Italie qu'en portant la guerre sur le sol africain et il affirmait que les Espagnols évacueraient le territoire français pour aller couvrir leur propre pays dès qu'ils sauraient l'invasion de la Catalogne. Alors, disait-il, le corps d'armée qui se serait jeté dans la vallée du Haut Ter, avait trois partis à prendre : ou bien il regagnerait la France par les passages de la vallée d'Aran ou par le col de Jaca, ou bien il irait joindre Parmée des Pyrénées-Occidentales.

Il fallait donc, concluait Dagobert, entrer en Catalogne par la Cerdagne. L'armée des Pyrénées- Orientales se contenterait d'observer les ennemis et de les mettre en échec ; elle les inquiéterait sur leur droite; elle ferait mine d'attaquer la place de Colhoure et de vouloir la reprendre à quelque prix que ce fût. Elle pourrait même « profiter du jour qu'ils laisseraient sur leur gauche » pour détacher un corps de 3 à 4.000 hommes chargé de détruire la fameuse fonderie de Saint-Laurent de la Mouga ' et d'opérer des visites domiciliaires » dans certains villages de cette région qui sont plus riches que mainte ville d'Espagne. En passant, Dagobert indi-

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