CHAPITRE XVllI
Conclusion
ijualit.'s de Dagobert. — Bonté et franchise. — Ses amis. — Défauts. — Le caporal. — Le démon des Espagnols. — Ses coups de main. — Ses manœuvres. — Mélange de prudence et de hardiesse. — Secret de ses opérations. — Amour qu'il inspire aux soldats. — Témoignages.
Dagoberl était simple et sobre. « Crois-tu, disait-il à son frère Groucy, que les grands dîners, les repas et le reste n'aient aucune influence sur ta santé? Si en garde que l'on soit contre les excès, il est bien difficile qu'on n'en fasse pas toujours quelque peu; tu t'en es permis de plus d'un genre; ce n'est qu'en l'observant bien scrupuleusement que tu pourras en éloigner les dangereux effets. »
11 était bon, affectueux, familier. Lorsqu'il raconte l'ovation que lui firent les habitants de Perpignan, « tu m'as demandé, écrit-il à sa femme, une bouteille pour les yeux; les religieux qui m'en ont donné, n'existent plus, mais tu peux en faire aussi bien qu'eux ; il n'y a qu'à faire fondre, dans un verre d'eau, gros comme un pois de couperose blanche, voilà tout le mystère », et il ajoutait avec bonhomie : « Mon empressement à me rendre à mon poste a fait que je marchais la nuit. Ce qui m'a valu une fluxion sur la mâchoire. J'avais beaucoup de peine à manger. A mesure que le climat s'est trouvé plus doux, ma fluxion s'est dissipée et maintenant j un 5Uii quitte. »
GONGLUSION
Il était franc et ce fut surtout sa sincérité qui déplut aux représentants. « Il blâme, a dit Turreau les idées qu'il croit nuisibles à k chose publique^ quels que soient ceux qui les ont proposées. »
Mais il s'était fait de véritables amis. De tout temps il fut lié d'une vive tendresse avec ses deux frères Groucy et Boisfontaine. A l'armée de Cerdagne il avait d'étroites relations avec l'adjudant de place Alexandre Bertrand, l'adjudant général Pellenc, le commandant de l'artillerie Saint-Paul Doumic et le général de brigade Bonnet; il leur écrivait sur le ton le plus cordial; il les remerciait des « choses honnêtes qu'ils avaient bien voulu lui dire » et pendant sa disgrâce et à l'époque de sa réintégration ; il les tenait au courant de ses projets; il les embrassait comme de « bons amis » et « avec l'attachement qu'ils lui connaissaient » en les assurant qu'il recevait leurs lettres avec le plus grand plaisir ; il était « peiné » des difficultés qu'ils éprouvaient; il tâchait de les servir de son crédit, il les recommandait au représentant Cassanyes. Tous ceux qui l'ont connu de près, parlent de lui dans les meilleurs termes. Le chef de l'état-major de l'armée des Pyrénées-Orientales, Lamer, son aide-de-camp à l'armée d'Italie, avait voué la plus profonde aliection à celui qu'il nommait son respectable général; il se qualifiait son élève, son ami, son admirateur,' et, lorsqu'il priait Dagobert d'appuyer une demande auprès du ministre : « Je suis bien certain, ajoutaitil, que vous le ferez avec le zèle de la bonne amitié parce que vous savez aimer, servir ceux qui vous aiment, qui vous estiment. » Un autre de ses aides de-cua;p, Airiîste Caffarelli, disait qu'il devait tout à Dagobert, que Dagobert avait pour lui les
LE GÉNÉKAL DAGOBERT
bontés d'un père, que l'exemple de ce grand homme serait constamment la règle de sa conduite » ^
Le seul défaut de Desaix, selon Carnot, c'était de ne point s'occuper assez de la discipline. Tel fut, sinon le seul, du moins le grand défaut de Dagobert, et, par là, il eut le tort grave d'aliéner à la France les cœurs des Espagnols. 11 proposait aux représentants de publier une adresse en langue catalane pour proclamer le principe républicain « mort aux tyrans, paix aux peuples ». Mais ses actes ne répondaient pas à ses paroles, et il fermait volontiers les yeux sur les excès de ses soldats. Doppet témoigne que les troupes de Dagobert obligèrent par leurs cruautés et leurs profanations les paysans de la Cerdagne espagnole à résister ou à fuir : « on s'est mal conduit ici, écrit-il, et les habitants fuient par la seule raison de leur croyance ». Le général de brigade Bonnet ne disait-il pas que, si les Français avaient, après la reddition d'Urgel, à lutter contre les obstacles de la nature et les préjugés de l'aristocratie, ils useraient de la terreur qui « paraissait ici le meilleur moyen pour comprimer les ressorts du despotisme? » -
Dagobert avait, en outre, peu de liant dans le caractère. Son colonel de Royal-Italien, Vintimille- Lascaris,enl787,etleconventionnelBonnet,enl793, se servent tous deux de cette expression. S'il eut raison de combattre ce que les plans des représentants avaient d'aventureux et de risqué, peut-être
1. Dagobert à Groucy, 17 juillet 1787 ; à sa femme, 21 février 1794 (A. D.); à Alexandre Bertrand, 7 novembre 1793 et 12 mars 1794 (A. G.); Lamer à Dagobert, 2^ décembre 1793 et Caffarelli à Madame Dagobert, 31 décembre 1793, 20 avril et 16 mai 1794 (A. D.).