‹ Le général de division comte de Martimprey. Avec sept planches hors texte et cinq cartesChapitre 10 sur 48 · RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DE

Gouvernement du duc d'Âumale. — Lettre de Pélissier. — Martimprey chef d'éta.t-majoT de Gavaig^nac. — Proclamation de la République. — Martimprey quitte T Algérie. — Sa «situation. — Sop arrivée à Paris. — État des esprits. — Commission de défense nationale. — L'armée des Alpes. — Direction du personnel et des opérations militaires. — Journées de juin. — Son mariage. — Changement de* ministère. — Son retour en Afrique.

Dans le rapide voyage qu'il fit avec le duc d'Aumale, Martimprey avait eu Toccasion d'apprécier le jeune prince. L'impression qui lui en resta était si vive qu'elle ne devait plus s'effacer. Il la résuma ainsi : « D'une intelligence supérieure, laborieux, instruit et sage, le duc d'Aumale, quoique bien jeune, se montra, dès son début, un grand administrateur et le digne dépositaire du pouvoir (i) ».

Il avait alors, pour chef d'état-major général, un. ami de Martimprey, le colonel de Crény, qui avait su acquérir la réputation d'un homme de talent et de caractère.

A cette époque, Martimprey était connu de tous les chefs de l'armée d'Afrique; et les relations qu'il avait avec plusieurs d'entre eux devaient avoir un jour une heureuse influence sur son avenir. Ses rapports avec Pélissier étaient des plus intimes, et d'autant plus dignes d'êtro signalés que ce dernier ne prodiguait pas son amitié.

(i) Souvenirs d'un officier d* état-major.

Ces sentiments ne devaient jamais cesser et Ton verra plus tard le caractère si difficile du duc de Malakofî atténuer toujours pour Martimprey ses rudesses et ses duretés. Au début de i848, Pélissier, qui commandait la subdivision de Mostaganem, eut le malheur • de perdre son père qu'il aimait profondément. Martimprey lui adressa l'expression de ses condoléances, auxquelles il répondit par une lettre qui donne déjà une idée du lien qui les unissait.

Mostaganem, 12 janvier i848.

Mon cher Martimprey,

J'ai reçu vos cordiales condoléances et elles ont été pour moi une douce consolation; car, dans la situation où la perle cruelle d'un père m'a placé, on attache un grand prix à voir sa peine partagée par un cœur tel que le vôtre.

Dieu vous conserve longtemps votre excellent père, votre excellente mère et tous les vôtres. Je vous embrasse cordialement.

Le général A. Pélissier.

La reddition d'Abd-cl-Kader, suivant, à quelques mois de distance, la rentrée en France du maréchal Bugeaud, marquait une date importante dans Thistoire de notre conquôte. Cette grande œuvre semblait terminée et cette illlision devait durer quelque temps.

La tranquillité succédait à l'agitation et pour bon nombre d'officiers, le moment de prendre un congé était arrivé. Le commandant de la province d'Oran lui-même, persuadé qu'il pouvait s'absenter sans inconvénient, quitta le pays au mois de janvier i848, pour aller suivre en France la session parlementaire. Il ne devait plus revoir l'Algérie.

Cavaignac le remplaça par intérim. Martimprey était au mieux avec lui. « C'était, dit-il, un chef bienveillant et même affectueux. » Il fut heureux d'être à

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la tète de son état-major. Bien du reste à ce moment ne troublait la paix, et d'importantes tribus, qui avaient •émigré au Maroc avec Abd-el-Kader, revenaient sur leurs territoires, complètement ruinées, réduites à la dernière misère et très diminuées.

Cette époque fut aussi favorable à l'avancement des travaux topographiques. Le lieutenant-colonel en profila pour faire achever par un de ses officiers une carte générale du Maroc à laquelle il travaillait depuis, plusieurs mois, et qu'il envoya plus tard au dépôt de la guerre.

Tandis qu'à Oran on jouissait d'un calme si complet, une nouvelle inattendue arriva d'Espagne, le 5 mars. Une révolution avait éclaté à Paris, le 24 février; le gouvernement du roi Louis-Philippe avait été renversé et la République proclamée.

Aussitôt, Cavaignac envoya son adhésion. Son chef d'état-major, tenant à s'isoler de toute démonstration politique, réunit ses officiers et leur dit que, dans des circonstances aussi extraordinaires, il comptait prendre toujours pour règle de conduite le sentiment du devoir militaire et le dévouement à la patrie. Ses officiers furent tous de son avis. C'était une sage réserve, basée sur le règlement qui doit toujours guider l'âme d'un soldat.

Le général Cavaignac fut le premier à l'approuver. D'ailleurs la République ne se présentait pas à Oran sous une forme séduisante. La lie de la populace était déjà venue au Château-Neuf, résidence du général, hurler des vociférations et l'obliger à se montrer pour recevoir son salut. En rentrant, il serra la main de Martimprey et lui dit, les larmes aux yeux : « Ce n'est pas ainsi que j'entends la République ».

Tandis que ces incidents agitaient la ville, le lieutenant-colonel reçut, le 7 mars, du général de La Moricière, une lettre qui lui causa une vive surprise. Ce

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dernier avait été blessé dans les journées de février, et lui disait qu'en présence des graves événements de Paris, il avait besoin d'avoir près de lui un officier ayant toute sa confiance. Il avait songé à Martimprey et lui demandait de venir le rejoindre.

Celui-ci en parla à son nouveau chef, qui avait également reçu de son prédécesseur à Oran une lettre dont il avait été profondément touché. « Cavaignac» dit plus tard le lieutenant-colonel, était un noble cœur. Il avait été vivement impressionné par les termes de la lettre de La Moricière. Ils effacèrent jusqu'à la dernière trace des préventions qu'on avait jetées précédemment entre ces deux hommes si dignes l'un de l'autre. »

J aurais voulu vous garder, mon cher ami, dit-il à Martimprey; mais j'en fais le sacrifice à Lamoricière; quand on a, cgmme vous, servi et travaillé si longtemps ensemble, c'est un désir bien naturel de vouloir se retrouver, surtout au milieu de ces événements graves où nous voici engagés (i).

Il embrassa son chef d'état-major pour qui il professait depuis plusieurs années autant d'estime que d'amitié et se sépara de lui pour se rendre à Alger.

Il venait d'être nommé général de division et gouverneur général.

Martimprey vendit tout ce qu'il avait, ses effets, ses chevaux, et s'embarqua, le lo, pour Marseille. Le i5, il était à Paris.

Les souvenirs qu'il a laissés de cette première partie de sa vie militaire s'arrêtent à cette date. Ils se terminent par une réflexion qui peint leur auteur et montre l'élévation de ses sentiments.

J'aurais pu sans doute donner bien des détails encore

(i) Souvenir d*ufi officier d^ état-major.

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sur les vingt premières années de la conquête et de l'histoire de l'Algérie; car, dans cette période si remplie de ma vie, j'ai approché bien des hommes, connu bien des faits, pénétré bien des passions.

Mais, à un demi-siècle de distance, les couleurs vraies s'effacent parce que le cadre a changé.

Ne voulant pas que ce récit puisse donner lieu à des jugement erronés, j'ai cru meilleur de ne parler des personnes et des choses qu'avec une extrême réserve (i).

Martimprey rentrait en France après un premier séjour de treize ans en Algérie. Arrivé dans ce pays comme lieutenant d*état-major, il en repartait lieutenant-colonel et officier de la Légion d'honneur, avec quatre citations à l'ordre de l'armée, une blessure grave, un cheval blessé sous lui, et ayant pris part à vingt-trois combats ou actions de guerre. C'était très beaul

Pendant celte glorieuse période, sa personnalité 8*était affirmée. Il était noté comme un officier d'étatmajor de grande valeur, brave soldat, apte à exercer à l'occasion un commandement de troupes. Il avait successivement rempli les fonctions d'officier topographe, de guide de colonnes dans des régions inconnues, de directeur des affaires arabes, de chef d'étatmajor et de commandant de troupes. Partout, on l'avait jugé un officier d'élite. Après avoir rempli des missions difficiles, il était devenu l'officier de choix et l'ami du général de La Moricière, cet homme supérieur qui avait à peu près conquis la province d'Oran et forcé Abd-el-Kader à se rendre.

Ces faits parlaient d'eux-mêmes et, désormais, le lieutenant-colonel était, après Pélissier, l'officier supérieur d'état-major le plus distingué de l'armée d'Afrique. Mais ce dernier, désigné pour des commande-

(i) Souvenirs d*ufi officier d* état-major.

nxents actifs, ne devait plus reprendre des emplois d'état-major, auxquels son caractère, rude et difficile, ne pouvait convenir. Martimprey restait, ainsi, le seul en vue pour les hautes fonctions d'état-major. Cette spécialité, jointe à son éducation, à sa puissance de travail et à sa bienveillance, venait de le faire appeler à Paris par son ancien général d'Oran et devait le désigner, quelques années plus tard, pour être le major général de nos armées.

L'aspect de Paris, quand il y arriva, n'était pas fait pour lui donner une haute idée du nouveau gouvernement. Le désordre régnait partout. La populace, maîtresse de la rue, était prête à s'imposer et à faire la loi; pour l'apaiser, on avait nommé un ouvrier membre du gouvernement, ce qui n'avait pas empêché le palais des Tuileries d'être envahi et pillé. Des éléments de désorganisation avaient même gagné l'armée. On se demandait ce que serait l'avenir et l'on sentait qu'il fallait faire appel aux hommes d'ordre et d'énergie. On ne pouvait les trouver que parmi les chefs de l'armée d'Afrique alors très populaires. C'était cette conviction qui avait décidé La Moricière à demander le concours de Martimprey, qui lui fit naturellement sa première visite. En quelques mots, le général le mit au courant. « On n'aura, lui disait-il, que les militaires d'Afrique pour les besognes qui se préparent. »

Le plus pressé était de lui trouver une position. Une commission de défense nationale venait d'être créée. La plupart de ses membres, les généraux* Pelet, Vaillant, du génie, La Moricière, Bedeau, connaissaient Martimprey. Il fut mis à sa disposition le 23 mars.

Elle s'occupa d'abord de définir ses attributions et le but de ses efforts. Pondant ce temps, l'agitation la plus vive régnait dans la capitale, où le public et les clubs étaient entraînés par des meneurs et des ambi-

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lieux. Déjà, le i6, le lendemain de l'arrivée de Martimprey, une manifestation de gardes nationaux avait eu lieu pour éloigner du gouvernement provisoire certains membres qu'on jugeait trop avancés. Cette démarche provoqua, le 17, un mouvement en sens contraire. Des corporations ouvrières et des clubs révolutionnaires se portèrent sur l'hôtel de ville pour demander le renvoi des troupes et l'ajournement des élections.

Les choses allèrent ainsi jusqu'au milieu d'avril. La commission de défense nationale venait de fixer ses premiers travaux. Le gouvernement provisoire avait été forcé d'organiser une armée des Alpes dont le commandement avait été confié au général Oudinot. On supposait qu'elle pourrait être obligée d'entrer avant peu dans le bassin du Pô.

A ce sujet, la commission, qui avait déjà chargé Martimprey d'établir le cantonnement de cette armée, lui confia une mission spéciale dont son ami, le général Pelet rédigea les termes.

i4 avril i848.

Le colonel Martimprey continuera le travail sur le cantonnement provisoire de l'armée des Alpes. Ce travail devra être copié et donné au général Oudinot ou au colonel Saint- Hippolyte (i). Il le montrera au colonel Charras (2).

Le colonel Martimprey demandera de ma part au colonel Charras les rapports sur les pays étrangers depuis le i5 mars jusqu'au i5 avril, et en fera un résumé sommaire par puissance et par armée. Il demandera aussi des détails sur la composition et sur l'arrivée des troupes venant de l'Algérie, pour compléter le travail de l'armée des Alpes.

Le colonel me remettra le projet de marche par le col de Tende, Coni, etc.

(i) Chef d 'état-major au génériï Oudinot

(2) Nommé depuis peu lieutenant-colonel et secrétaire de la CommisBion.

Le colonel Martimprey demandera la communication du projet de marche fait par M. Denniée pour rentrée dans le Piémont en deux colonnes par le mont Cenis et le mont Genèvre.

Il continuera la marche sur Turin (qui doit être comprise dans Titinéraire), sur Milan et Brescia, par Novare et Chiari, sur Alexandrie et Crémone, par Asti et Plaisance.

' E. Pelet.

Ces projets ne devaient pas, du reste, être mis à exécution. Ce qui occupait les esprits, c'étaient les élections pour la Constituante. Celle-ci se réunit le i4 mai. Cavaignac, élu représentant du peuple, était nommé ministre do la Guerre le 17. A ce moment, il y avait de tels tiraillements dans les différents partis qu'on pressentait une prochaine guerre civile. Cavaignac dut songer à concentrer à Paris les troupes dont il pourrait avoir besoin.

Se souvenant des capacités de Martimprey, il le nomma, le 3 juin, directeur du personnel et des opérations militaires. Il avait ainsi sous la main un homme de devoir, en dehors des partis, dont la loyauté, le zèle et le dévouement lui étaient particulièrement connus. Dans la terrible tragédie qui se préparait, il ne pouvait mieux placer sa confiance.

Martimprey allait être chargé d'une lourde responsabilité; le gouvernement s'était placé dans une situation extraordinaire et à peu près sans Issue.

Après la Révolution de février, il avait promis du travail aux ouvriers de Paris. Pour tenir ses engagements, il avait créé des ateliers nationaux, où plus de 100.000 hommes étaient venus réclamer du pain et des moyens d'existence. Cette charge (fevint bientôt une ruine pour le budget. Un jour, la Chambre refusa les crédits, mesure qui souleva la colère du peuple et

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causa, dans ses rangs, une agitation indicible. Une lutte sanglante devint imminente.

Cavaignac prit ses dispositions pour la soutenir avec succès. Martimprey le secondait et transmettait ses ordres pour la concentration, à Paris, des régiments dont le concours était nécessaire. Au dernier moment, il dut se rendre lui-même dans les garnisons voisines, et former une colonne qu'il ramena dans la capitale.

Le 23 juin, le soulèvement du peuple éclata et des barricades s'élevèrent. La commission executive de l'assemblée voulut forcer Cavaignac à éparpiller ses forces et à diriger sur chaque barricade des détachements chargés de les détruire. C'était le moyen de faire écraser les compagnies ou les bataillons par des masses d'insurgés et d'assurer le triomphe de la révolution. Le ministre s'y refusa. Il fallut se décider à lui confier tous les pouvoirs.

La lutte fut alors conduite avec la plus grande énergie. Après trois journées de combats, l'insurrection fut vaincue. Pendant ce temps, Martimprey, chargé d'envoyer aux troupes les ordres du chef du pouvoir, eut une tâche des plus difficiles et supporta de cruelles heures d'angoisses. Il faut avoir vu Paris à cette funeste époque pour s'en rendre compte. Quand le combat eut cessé, les rues, les places, les grands boulevards, théâtre de cette lutte fratricide, présentèrent pendant quelques heures l'aspect le plus sinistre. Sur les boulevards, les troupes bivouaquaient dans la poussière, au milieu des débris de toute sorte, sur des tas de paille souillés. On aurait dit une ville morte, conquise par une armée victorieuse, dont les soldats, après avoir rompu leurs rangs, erraient à l'aventure, cherchant un abri, le repos et des vivres.

Le lieutenant-colonel dut conserver toute sa vie le souvenir des pénibles journées qu'il vécut à cette époque et du travail accablant qui lui incomba. Peu d'hom-

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mes, il est vrai, pouvaient comme. lui résister pendant plusieurs jours aux fatigues d'un service prolongé. Mais la gravité des événements pendant les sanglantes journées de juin 18A8 donnait à ce service un caractère exceptionnel.

Il l'accomplissait avec d'autant plus de zèle que le ministre de la guerre était son ami. La Moricière, membre de l'Assemblée constituante, avait succédé, le 28 juin, à Cavaignac, devenu chef du pouvoir exécutif.

Ses prévisions sur les officiers d'Afrique s'étaient réalisées. Tous les emplois directeurs du ministère de la guerre étaient confiés à des officiers généraux ou supérieurs de la province d'Oran.

Ce fut pour Martimprey une chance heureuse. Car les services qu'il rendit à cette époque ne pouvaient manquer d'être brillamment récompensés. La Moricière le nomma colonel le 10 juillet, douze jours aprèsson arrivée au ministère. C'était le gage assuré d'un brillant avenir. Martimprey, âgé à peine de quarante ans, n'avait plus qu'à se laisser porter par les événements. Il pouvait aspirer aux grades les plus élevés.

Il conservait encore les fonctions dont il avait été chargé aux heures les plus sombres de la guerre civile. Il y avait tant de vides à combler, de blessures à guérir, de colères à calmer, de services à réorganiser, quesa présence à la tête de sa direction était indispeïisable.

D'autre part, les relations de famille que sa présence à Paris lui avait permis de renouer, devaient l'amener, avant peu, à un événement d'un caractère intime qui allait modifier son existence.

M"' de La Moricière voulait le marier. Il ne demandait pas mieux. Elle le présenta à M"* Louise-Thérèse Mesnard de Chouzy, petite-fille du comte de Champagny, duc de Cadore, ministre des Affaires étrangères

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sous Napoléon P'. Un projet de mariage ne tarda pas à être agréé par les deux familles. . Indépendamment de sa belle réputation militaire, le colonel apportait à sa fiancée un cœur excellent, plein de droiture et de bonté, une modestie et une abnégation qui pouvaient peut-être lui nuire dans le courant de la vie, mais qui le relevaient encore aux yeux de ses amis. Sa demande fut accueillie et, dès le mois de septembre, il sollicita l'autorisation ministérielle, qui lui fut accordée le 2 octobre. Son mariage fut célébré le 19 du même mois.

A ce moment, les circonstances qui l'avaient fait appeler au ministère s'étaient modifiées. Les esprits étaient tournés vers l'élection du Président de la République. Tout le monde faisait de la politique; et ce genre d'occupation était loin de lui convenir.

Il ne tenait pas à la vie de bureau, et aspirait à retourner en Algérie, où M™ de Martimprey était prête à le suivre.

Le 10 décembre, le prince Louis Napoléon, ayant été élu Président de la République, le ministère fut changé et le général Rullière succéda à La Moricière.

Le colonel n'avait pris ses fonctions de directeur que pour être agréable à son ancien commandant de la province d'Oran.

Libre désormais, il s'empressa de demander son renvoi en Afrique, où il rêvait d'avoir un commandement. Le 23, le nouveau ministre signa un décret qui le mettait à la disposition du gouverneur de l'Algérie, pour exercer le commandement d'une subdivision. Mais, connaissant le mérite du colonel qu'il avait vu à l'œuvre dans les premières années de la conquête, il ne voulut pas le laisser partir sans lui donner un de ces témoignages d'estime qui sont toujours si précieux pour un officier. Il lui adressa la lettre suivante.

Paris, le 23 décembre i8il8.

Vous avez rempli vos devoirs avec tant de distinction, que je ne saurais trop, mon cher colonel de Martimprey, vous en exprimer ma satisfaction. C'est un nouveau titre à la haute estime et à l'attachement que je vous ai voué depuis bien des années.

Général Rullière,

Ministre de la Guerre.

Pressé de reprendre sa vie active, le colonel fît ses adieux à sa famille et arriva à Alger avant la fîn de Tannée.

Notre colonie africaine avait alors pour gouverneur le général Charon, du génie, chef bienveillant et capable qui appréciait Martimprey et ne demandait qu'à combler ses désirs.

Pour le moment, il ne pouvait lui confier que la subdivision d'Orléansville. Le commandement lui en fut donné peu de jours après son débarquement.

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