ORDRE GÉNÉRAL
Soldats du corps expéditionnaire de TOuest,
Les Beni-Snassen sont vaincus par nos armes; les Mahia, les Angad et les Beni-Guil, frappés par les colonnes du sud; Oudjda est aujourd'hui à vos pieds, rachetant à prix d'argent les justes châtiments encourus par ce repaire de malfaiteurs.
Son caïd, qui entretenait un tel état de choses et avait pris part à l'attaque perfide de Sidi-Zaher, a été arrêté par mes ordres et dirigé sur Tanger; sa casbah, son maghzen, tout ce qui appartient au gouvernement marocain, avec
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lequel la France est en paix, demeureront d'ailleurs respectés.
La campagne est terminée; demain vous repasserez la frontière.
Un corps d'observation, sou« les ordres du général Deligny, commandant la subdivision de Tlemcen, veillera sur le pays jusqu'à ce que les populations soient rentrées de part et d'autre dans la situation normale que leur assurent vos succès.
Je ne retracerai pas ici dans quelles circonstances ceux-ci ont été obtenus, alors qu'en quelques jours la maladie réduisait vos effectifs d'un cinquième; mais je veux louer hautement la force morale que vous avez opposée à cette rude épreuve.
Je louerai aussi l'ordre dans lequel vous n'avez cessé de marcher et surtout votre excellente discipline, que rien ne prouve mieux que l'absence absolue de toute plainte en conseil de guerre depuis que je me suis mis à votre tête. Enfin, toutes les recommandations que j'ai eues à vous faire, d'épargner les villages et les propriétés des populations domptées, ont été rigoureusement observées.
Je vous remercie sincèrement, soldats, et avec vous je remercie vos officiers et vos généraux de tous ces faits, que je suis heureux de proclamer.
Je ne terminerai pas sans rendre justice aux bons services de notre fidèle maghzen d'Oran, qui, alors que l'insurrection semblait devoir gagner toute la province, a continué à former l'avant-garde de nos troupes, en bravant les malédictions de coreligionnaires fanatiques.
Au revoir, soldats; je retourne à Alger, fier de vous avoir commandés, et je rendrai compte au ministre de la Guerre de vos bons services, en le priant d'en solliciter la récompense auprès de Sa Majesté l'Empereur, dans l'étendue qu'ils, comportent.
Le commandant en chef du corps expéditionnairede lOuestf
Général de Martimprey.
3l8 LE COMTE DE MAHTIMPRBT
Les troupes repassèrent la frontière le ii, et, le lendemain, le général en chef, accompagné par le commandant de la 2* division et par son état-major, arriva à Tlemcen. Il y reçut la soumission des Zakkara, dernière tribu marocaine à châtier, dont le chef vint s'incliner devant lui. Il lui accorda l'aman, fixa sa contribution de guerre et retint des otages en garantie du paiement. Il partit ensuite pour Oran et rentra à Alger sur la frégate qui l'avait amené.
Malgré ses heureux résultats, cette expédition du Maroc ne devait pas avoir pour la carrière du général de Martimprey les conséquences heureuses qu'il était en droit d'espérer.
Le rôle important qu'il avait eu à remplir pendant la campagne d'Italie avait fait des envieux. Sa nomination à la tête du 7* corps d'armée et du gouvernement de l'Algérie en avait grossi le nombre. Il y en avait même dans l'entourage du souverain.
A ce point de vue, la campagne du Maroc offrit à ses ennemis une occasion favorable. Le choléra avait laissé de tous côtés un souvenir pénible. On savait bien qu'il n'y était pour rien, qu'il avait courageusement lutté contre l'épidémie. Mais on n'en disait pas moins que les malheurs, à la guerre, retombent sur le chef responsable, que les officiers d'état-major n'étaient pas faits pour le commandement, etc.
On lui reprocha sa prudence comme un excès, on critiqua la lenteur de ses opérations, malgré leur rapidité; ses ordres généraux, qu'on trouva fréquents, sans tenir compte de la nécessité où il était de*relever sans cesse le moral de ses soldats. On rapprocha l'importance du corps expéditionnaire de la facilité avec laquelle on avait occupé le massif des Beni-Snassen, trouvant que l'effectif des troupes mises en mouvement n'était pas nécessaire pour une opération aussi simple; enfin, que les sacrifices faits pour cette expédition et la mobilisa-
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lion d*un corps d'armée de trois divisions n'étaient pas en rapport avec les» résultats obtenus.
Ce reproche, cependant, ne pouvait être adressé qu'au gouvernement, aux ordres duquel le général en chef s'était conformé. Après les attentats commis sur nos tribus, le moins que nous pouvions faire était d'occuper les territoires ennemis, d'abord pour constater notre succès, ensuite pour éviter le retour de pareils faits. Il fallait donc reculer notre frontière jusqu'à la Moulouya. Mais le gouvernement impérial, redoutant des complications, n'osa pas user de son droit, alors que la moindre prudence lui en faisait un devoir.
Les hommes qui jugeaient de loin nos opérations d'Afrique avec leurs vues étroites et personnelles avaient beau jeu pour s'en prendre injustement au général en chef, qui avait été le premier à souffrir des entraves apportées à son action militaire. Ces arguments devaient être repris plus tard contre le général de Marti mprey. Pour le moment, on fut heureux d'en avoir fini avec l'épidémie, d'avoir châtié nos agresseurs et de voir les troupes rentrées.
En Afrique, l'impression produite par la récente expédition fut bien différente de celle qui fut constatée à Paris. La réputation militaire du commandant en chef en revint très grandie, et les difficultés qu'il avait surmontées, aussi bien que les résultats acquis, lui créèrent parmi les troupes une belle renommée. Son courage et sa ténacité en face du choléra laissèrent dans l'esprit de ses subordonnés un souvenir ineffaçable.
Bientôt il partit pour Paris, où il avait à faire valoir les services de ses officiers et à leur faire obtenir les récompenses qu'ils avaient méritées pendant l'expédition.