‹ Le général de division comte de Martimprey. Avec sept planches hors texte et cinq cartesChapitre 19 sur 48 · COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE L*ALGÉR1E · texte numérisé non relu

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE L*ALGÉR1E

cle intitulé : M. Zouzou. Cette fois, l'attaque, dirigée contre le général commandant la division, dont le nom se prononçait Youzouf, avait un caractère blessant. L'aide de camp du général envoya ses témoins à l'auteur de l'article, qui refusa de se battre, alléguant par écrit qu'il n'y avait rien dans sa prose qui fût de nature à offenser cet officier. A la suite de ce refus, une scène de pugilat eut lieu entre l'ordonnance du capitaine et le journaliste. Le général, qui habitait aux environs, prévenu par la rumeur publique, arriva de suite, prit l'affaire en mains et provoqua le journaliste. Le duel fut convenu pour le jour même, qui était un dimanche, après la parade de midi. Il devait avoir lieu dans la chambre d'une maison mauresque habitée par le directeur du journal.

La parade s'avançait, quand un aide de camp du général en chef vint intimer au général de division l'ordre de se rendre au Palais du gouvernement. Le général répondit qu'il irait dès qu'il serait libre. Mais au lieu d'obéir, après la parade, il se fit conduire dans la maison du directeur du journal. Le duel eut lieu, et le journaliste fut assez sérieusement blessé.

Le général se rendit alors avec son aide de camp auprès du commandant supérieur, qui lui reprocha de ne pas avoir obéi à son ordre. Yusuf lui fit observer qu'il ne pouvait manquer à un rendez-vous d'honneur et que lui, général de Martimprey, aurait agi de même s'il s'était trouvé à sa place. Ce dernier n'insista pas et s'en prit alors à l'aide de camp qui avait provoqué cette affaire. Le capitaine lui répondit avec déférence qu'il croyait avoir fait son devoir et qu'il était prêt à en subir les conséquences. Yusuf déclara qu'il ne pouvait s'empêcher d'approuver son aide de camp.

Le général en chef semblait avoir fait sa réprimande pour la forme. Il termina la séance en disant qu'il était heureux de voir cet incident finir par une blessure

32^ LE GOWTC SE MAHTmPBET

sftDS gravité, donna une poignée de main au général Yusuf et au capitaine, en inritani oe dernier à ne pas reconunencer.

Le soir, il y avait grande réception au Palais du Gouvernement. On fit au général Yusuf une petite ovation; tout le monde semblait content et une franche gaité anima la soirée.

Cette affaire fit beaucoup de bruit, et les partisans du pouvoir civil ne se privèrent pas du plaisir de la colporter avec force commentaires au détriment de leurs adversaires. Le récit en parvint même aux oreilles du souverain.

Le général en chef fit son rapport à ses deux ministres et eut la satisfaction de constater que la suprématie du pouvoir militaire n'en était que plus affirmée.

Le ministre de la Guerre lui témoigna sa satisfaction par la lettre suivante :

Paris, le 17 mars 1860.

Mon cher Général,

Un fait grave vient de se passer à Alger : je n'en ai pas été surpris; je m'attendais même à le voir surgir plus tôt. Quand des autorités chargées de faire exécuter les lois pour châtier les insulteurs publics restent inactives, ou quand elles ne se réveillent que lorsque leur propre personnalité se trouve mise en jeu, alors les honnêtes gens bafoués et calomniés se rendent justice par eux-mêmes; sans doute, cela n'est pas Ictjal; sans doute, cela est triste, mais ce n'est pas surprenant.

En rendant compte à l'Empereur de ce qui venait de se passer à Alger, je n'ai pas pu tenir un autre langage, et je n'ai pas hésité à dire à S. M. que, pour mon compte, je ne pouvais me décider à adresser aucune expression de blâme au général Yusuf pour le parti extrême qu'il avait été forcé de prendre. Les officiers ont pris fait et cause pour leur général grossièrement insulté; je ne vois là rien que de très

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naturel, et je ne pourrais trouver blâmable, comme sentiment, qu'une conduite différente; comme conséquence, je m'en inquiète peu, et je me constituerai leur défenseur chaque fois que l'occasion m'en sera offerte; je ne désire qu'une chose, c'est que la leçon donnée à cette bande de forçats, de repris de justice, etc. (i), ne soit pas perdue et que l'autorité en retire une force et une résolution qui mette un terme à cette situation intolérable pour l'armée....

Maréchal Randon.

Pour le moment, en effet, l'autorité militaire put croire, que ses adversaires avaient désarmé. La paix régnait parmi les indigènes, auxquels la vigueur de notre attitude au Maroc avait donné à réfléchir, et, dans les capitales des trois provinces, notamment à Alger, la tranquillité semblait assurée.

Le commandant supérieur avait obtenu le grade de divisionnaire pour le général Deligny, et l'avait fait nommer commandant de la province d'Oran, à la place du général Walsin-Esterhazy, qui rentrait en France. C'était un ami sûr, dévoué, capable, qui allait administrer les territoires de Touest avec toute la fermeté et l'expérience désirables.

A Constantine, il en était de même. Le général Desvaux, qui avait fait récemment la campagne d'Italie et du Maroc avec le général de Martimprey, lui était tout dévoué.

A Alger, les récents incidents avaient rétabli entre le commandant de la division et le général en chef les bons rapports qu'un instant d'irritation au Maroc avait momentanément interrompus.

Les commandants de provinces rendaient compte directement de toutes les affaires militaires, civiles ou arabes au général en chef, qui exerçait de fait les

(i) L'autorité avait trouvé d'anciens condamnés parmi les rédacteun8 de VEntr'acte.

fonctions de gouverneur général. L'avenir semblait dégagé de toute inquiétude et le commandant supérieur, confiant dans cette situation, travaillait consciencieusement à l'extension des territoires civils, suivant le désir du ministre de l'Algérie et des Colonies.

Toutefois, cette pacification des esprits était plus apparente que réelle. Le calme qui avait succédé à l'agitation, après le duel du général Yusuf, n'était qu'une trêve entre civils et militaires. Elle fut de courte durée.

Dès le mois d'avril, les attaques contre l'autorité militaire recommencèrent. Le général Desvaux et le commandant supérieur s'en plaignirent au ministre de l'Algérie. Ils lui transmirent en même temps leurs observations sur les procédés de l'administration civile vis-à-vis des indigènes au point de vue de la justice musulmane et des bureaux arabes. Il y avait eu, à cet égard, de véritables fautes commises. Leurs lettres n'eurent d'autre résultat que d'éveiller à Paris un vif mécontentement. Sur ces questions, les préfets et d'anciens fonctionnaires algériens étaient d'accord avec le ministre.

En réalité, la lutte contre le pouvoir militaire était soutenue en haut lieu par les personnalités les plus puissantes et favorisée par la mauvaise organisation de l'autorité supérieure. Le ministre de l'Algérie correspondait avec les commandants de provinces et avec les préfets, sans tenir compte du commandant supérieur, qui aurait dû être son intermédiaire officiel. H en résultait parfois des situations très tendues. De leur côté, les généraux placés à la tête des provinces se trouvaient ainsi avoir deux chefs : le ministre et le commandant supérieur. Dans certains cas, ce dernier était avisé par ses subordonnés des instructions qu'il aurait dû recevoir directement. C'était le désordre introduit dans la hiérarchie. Et ce fait acquérait une

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gravité extrême quand il s'agissait de questions militaires d'une certaine importance.

On le vit clairement à la fin du printemps de 1860- Sous l'influence de ces tiraillement», quelques agita* tions se produisirent dans la Kabylie orientale. Le ministre de l'Algérie, prévenu par le préfet de Constantine, envoya ses instructions au général Desvaux, traitant avec lui des dispositions à prendre pour diriger une expédition. Il fit en même temps connaître sa décision au commandant supérieur, qui en avisa télégraphiquement le général commandant à Gonstantine. Il s'agissait d'une véritable expédition à préparer contre les Kabyles des environs de Sétif. La responsabilité du commandant supérieur était engagée, ce qui n'avait pas empêché le ministre de passer outre et de traiter directement cette question avec un de ses subordonnés.

Quoique justement froissé, le général de Martimprey ne se plaignit pas. Il écrivit au ministre qu'il considérait l'expédition contre la Kabylie orientale comme nécessaire, mais que, pour assurer son succès, il lui paraissait indispensable de maintenir dans leurs villages les Kabyles du reste du pays. Il était donc prudent de former dans la province d'Alger une colonne d'observation destinée à empêcher les contingents indigènes de l'ouest de la Kabylie d'aller renforcer ceux de l'est, aux prises avec le général Desvaux.

liC ministre de l'Algérie en causa avec son collègue de la Guerre, puis écrivit au général de Martimprey que, d'accord avec le maréchal Randon, il n'était pas d'avis que lo commandant supérieur se mît à la tête des troupes destinées à seconder le général Desvaux, n y eut cependant une colonne chargée de cette mission et commandée par un général de brigade. Néanmoins, pour aider son subordonné et veiller aux incidents qui pourraient surgir, le général de Martimprey,

abandonnant le projet qu'il avait formé de se rendre aux eaux des Pyrénées, fit, au mois de mai, une tournée en Kabylie et visita le fort Napoléon. L'expédition, du reste, fut rondement menée. Les Kabyles durent payer une forte contribution et, avant les chaleurs, les troupes étaient rentrées dans leurs garnisons. L'Empereur avait déclaré qu'il tenait à ne pas être engagé dans des affaires sérieuses.

Le commandant supérieur adressa une lettre de félicitations et un ordre du jour élogieux au général Desvaux, qui lui répondit le 27 août : «... Je suis profondément touché des preuves de bienveillance que j'ai reçues de vous à toutes époques, et surtout pendant la durée de l'expédition de Kabylie. Votre dernière lettre et votre ordre du jour me sont bien précieux et me récompensent largement der ce que j'ai pu faire. Je vous remercie du fond du cœur. »

Les détails qui précèdent montrent quelles difficultés le général de Martimprey avait à surmonter et combien sa position était précaire entre un ministre de l'Algérie qui rêvait sa suppression, un souverain qui croyait à la rédemption des Arabes et une administration civile qui le combattait secrètement.

Au commencement de juillet, il apprit par les journaux que l'Empereur se proposait de faire un voyage en Algérie au mois de septembre. Quelques jours après, une lettre du ministre confirma cette nouvelle. L'Empereur devait arriver, avec l'Impératrice, vers le milieu du mois. Le ministre de l'Algérie précéderait Leurs Majestés de quelques jours.

Le général de Martimprey exprima à ce dernier son étonnement d'avoir été prévenu par la presse avant de l'être officiellement. Sa lettre resta sans réponse.

A partir de ce moment, il eut à s'occuper spécialement du voyage des souverains. La nouvelle s'était

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déjà répandue de tous côtés et causait une joie universelle.

C'était la lutte entre les pouvoirs civil et militaire qui avait amené ce déplacement. L'Empereur, frappé de l'antagonisme existant entre les représentants de ces pouvoirs, ne pouvant deviner que son cousin, le prince Napoléon, en était l'auteur, disposé d'ailleurs à se poser en libérateur du peuple arabe, voulut se rendre compte par lui-même de l'état des choses.

Le mois d'août fut employé, à Alger, aux préparatifs de la réception qu'on voulait lui faire. Bientôt, on annonça la prochaine arrivée du bey de Tunis, qui tenait à saluer Napoléon IIL

Le général de Martimprey se vit proposer, entre autres projets pour le séjour de l'Empereur à Alger, une grande fête arabe à la Maison-Carrée. Le général Yusuf, commandant la province, en avait eu l'idée. Sa proposition fut examinée et le commandant supérieur, sachant que le général s'entendait à merveille pour ce genre de mise en scène, lui donna son approbation avec les crédits nécessaires.

L'Empereur et l'Impératrice débarquèrent à Alger le 1 7 septembre et furent reçus avec le plus grand enthousiasme. Le commandant supérieur, escorté par les généraux et les autorités civiles, alla les recevoir à leur descente du navire et les conduisit au Palais du Gouvernement, oîi leurs appartements avaient été préparés.

Le fait le plus important du séjour de Napoléon III à Alger fut peu connu du public. Il se passa le surlendemain de son arrivée. Impatient de fixer ses idées sur la situation de la colonie, il avait fait convoquer, par k général de Martimprey, les généraux et les préfets des trois provinces. Il présida leur réunion et invita les uns et les autres à lui faire connaître leur opinion

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sur Textension de pouvoirs réclamée si ardemment par les autorités civiles.

. Cha€un s'exprima librement. Les généraux furent unanimes à affirmer le danger qu'il y aurait, pour la paix publique et la sécurité des colons, à confier la suprématie du pouvoir à des fonctionnaires civils. A leurs yeux, Tindigène était toujours frémissant sous la domination française et une révolte, partielle ou générale, était toujours à craindre.

Les préfets furent d'un avis contraire. Ils affirmèrent, quoique n'ayant à cet égard aucune notion certaine, que la pacification du peuple arabe était définitive. Il n'y avait plus à craindre le moindre soulèvement, parce que les indigènes, convaincus de la puissance de la France, s'étaient inclinés devant elle h tout jamais. Il n'y aurait plus que des troubles sans gravité, dus à des maladresses d'agents plutôt qu'à des agitations du fanatisme musulman. L'heure était venue d'émanciper les indigènes, de leur appliquer les lois et l'administration françaises et d'achever leur civilisation.

L'Empereur ne put s'y tromper. L'opposition entre ces deux groupes était complète. Ce n'était pas seulement un conflit d'idées, mais surtout une animosité implacable de la part de l'administration civile, placée €n face d'un pouvoir militaire résolu à défendre ses droits et à faire son devoir contre le fanatisme toujours redoutable du peuple arabe.

L'Empereur écouta tous les avis, ne se prononça pas et leva la séance.

Le commandant supérieur recommanda aux généraux le calme, la prudence et la modération dans tous leurs rapports avec les préfets.

Il n'en fut pas de même parmi ceux-ci. Avant de se séparer, ils s'entendirent pour combiner un pro-

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gramme de nouvelles luttes contre Tautorité militaire. On aurait peine à croire que des fonctionnaires d'un ordre aussi élevé, chargés de traiter les affaires administratives avec autant de mesure que de bienveillance, aient pu se laisser aller à combiner une action commune contre leurs supérieurs hiérarchiques et surtout contre l'armée. Les faits, cependant, sont là pour Tattester. Ils décidèrent de profiter de la prochaine réunion des conseils généraux pour provoquer des discussions sur les abus commis par l'autorité militaire en territoire indigène et ne fixèrent aucune limite à l'énergie de leurs attaques.

On verra plus loin comment cette campagne fut menée et quelles en furent les conséquences.

Le jour même de cette importante réunion, l'Empereur signa un décret qui élevait le général Yusuf à la dignité de grand-croix. Quant au général en chef, il n'y avait pour lui aucune distinction. Ce fut très remarqué, et l'étonnement s'accrut encore lorsqu'on vit qu'il en était de même au départ du souverain. Ce fait resta inexplicable pour les amis du général de Martimprey, qui en furent affectés. On ne sut à quoi l'attribuer, et les versions les plus variées coururent à ce sujet. Pour les uns, il y avait des influences de cour qui s'étaient montrées hostiles au commandant supérieur. Pour d'autres, c'était l'amitié du général Fleury pour Yusuf, son ancien chef aux spahis, qui avait obtenu pour lui le grand cordon.

Personne ne pouvait se douter que cette faveur était due à l'abnégation même et à l'élévation de sentiments du général de Martimprey. A la fin de l'expédition du Maroc, il avait proposé sans succès le général Yusuf pour la grand-croix de la Légion d'honneur. N'ayant pas réussi et sachant que les propositions de récompenses étaient valables pendant un an, il avait renouvelé la sienne, au moment de la venue de l'Empereur,

par la lettre suivante, adressée au ministre de la Guerre :

Monsieur le Ministre,

Les services du général Yusuf sont inscrits dans Thisloirc de la conquête. Il les a continués sous mes ordres avec un dévouement, un zèle, un esprit de discipline dont je ne saurais assez le louer. Sa conduite au Maroc, au milieu d'une épidémie terrible, a été admirable. L'Empereur en a fait témoigner sa satisfaction au général par M. le Maréchal ministre de la Guerre, et, sans aucun doute, la récompense que je demande aujourd'hui pour le général Yusuf lui eût été accordée alors, si son chef eût été lui-même en mesure de l'obtenir.

Cette considération ne peut pas peser davantage sur le général Yusuf, et je demande avec insistance à M. le Ministre de la Guerre d'appuyer cette proposition, ^ans autre considération qui me soit personnelle....

Alger, le 3 septembre 1860.

Le commandant supérieur des forces de terre et de mer en Algérie,

Général de Martimprey.

Cette lettre, si simple et si belle, en dit beaucoup sur la noblesse de cœur du général en chef. Il est regrettable qu'après l'avoir lue, l'Empereur n*ait pas eu ridée d'accorder la même distinction au commandant supérieur et au général Yusuf. Il fut peut-être arrêté par la pensée du conflit soulevé entre les pouvoirs civils et militaires, ou par l'ancienneté de chacun de ces généraux dans le grade de grand officier.

Quoi qu'il en soit, tout le monde eût compris alors que ces deux chefs militaires eussent été faits grandscroix en même temps.

Le général de Martimprey se montra aussi heureux de transmettre cette haute récompense à son subordonné que s'il l'avait obtenue lui-même.

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Il reçut à Alger, au même moment» le bey de Tunis, et conduisit, au jour convenu, les souverains à la Maison-Carrée pour y jouir du spectacle de la fête arabe. Elle fut des plus réussies.

Aux pieds de la tente impériale, dressée sur un monticule, étaient campés deux grands douars du Sud, avec leurs chameaux, leurs tentes, hommes, femmes et enfants, leurs métiers à tisser, leurs chevaux, leur attirail de guerre et de vie au désert.

A l'arrivée des souverains, une caravane se mit en marche avec ses chameaux, surmontés de palanquins richement ornés et occupés par des femmes, escortée par ses cavaliers et suivie de ses troupeaux. Peu d'ins tants après, elle fut attaquée par un goum ennemi. Dégagée par ses cavaliers, elle disparut à Thorizon.

Puis eurent lieu une chasse au faucon, une poursuite de gazelles par des sloughis et une magnifique fantasia, où les plus brillants cavaliers des trois provinces rivalisèrent de vigueur et d'adresse.

Quand on rentra à Alger, tout le monde était ravi de cette fête, dont le souvenir resta gravé dans la mémoire des assistants.

Le séjour de TEmpereur se termina par une grande revue et une large distribution de récompenses, faite par l'Empereur lui-même, assisté du commandant supérieur, heureux de voir décerner ces faveurs, qu'il avait sollicitées.

Le souverain quitta l'Algérie sans exprimer le fond de sa pensée. Néanmoins, il avait parlé de son désir do réaliser la rédemption des populations indigènes. On savait qu'il rêvait de les civiliser, et cela suffit pour faire croire à divers fonctionnaires qu'il était partisan d'une réforme administrative. L'armée, disait-on, avait fini la conquête; c'était maintenant aux pouvoirs civils à faire l'éducation des Arabes pour les conduire jusqu'à

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rémancipation. Théories creuses, sans aucun sens pratique et nuisibles à la domination française!

Les ennemis de la suprématie militaire les adoptèrent néanmoins et crurent le moment venu d'affirmer leurs idées. Ils étaient prêts à saisir la première occasion. La réunion des conseils généraux, au mois d'octobre, vint la leur offrir.

Le général de Martimprey, qui avait vu naître ces tendances, comprit qu'après le départ de l'Empereur la lutte, un moment apaisée, renaîtrait plus ardente. Il était sur ses gardes et surveillait les moindres manifestations de cet état d'esprit.

Le conseil général d'Alger fût convoqué au commencement d'octobre, sous la présidence du premier président de la Cour d'appel, M. de Vaulx. Ce chef suprême de la magistrature algérienne était un homme calme, expérimenté, conciliant, ayant de bons rapports avec toutes les autorités. Mais, sous l'empire des idées régnantes, croyant peut-être répondre au désir exprimé par l'Empereur, il parla, dans son discours d'ouverture, des agissements de l'autorité militaire et donna une valeur officielle à des lieux communs qui n'étaient que des calomnies inventées par les adversaires de l'armée.

« Uinjustice et Voppression des officiers à l'égard de leurs administrés indigènes servaient à susciter des agitations que les armes devaient ensuite réprimer, n

En d'autres termes, les officiers excitaient des révoltes pour avoir l'occasion de les combattre et d'obtenir de l'avancement. « L* administration de la justice était vicieuse, Vimpôt mal assis, sa perception arbitraire », etc.

Devant ces attaques, le commandant supérieur, n'écoutant que son devoir, adressa au président du

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conseil général une lettre mesurée, mais d'une fermeté digne de son caractère et de sa haute position.

A M, le Premier Président de la Cour impériale d'Alger, Président du Conseil général.

Alger, le 8 octobre 1860.

Monsieur le Président,

Lorsque, jeudi dernier, j'ai eu l'honneur de vous rencontrer dans un salon officiel, il a été question entre nous de votre discours d'ouverture de la session actuelle du conseil général de la province d'Alger.

Comme je le fais encore ici, je vous exprimai avec quels sentiments je saluais votre présidence. Car, sans blesser qui que ce soit, je puis dire hautement que je nie connais personne chez qui les principes, le savoir, l'expérience et la très haute position se réunissent au même degré pour justifier le choix dont vous avez été l'objet. Ce choix consacre en vous une autorité personnelle, à laquelle l'administration et le conseil général sont, j'en suis sûr, heureux de s'en rapporter. Mais, de ce fait irrécusable, découle naturellement cette conclusion que les paroles qui sortent de votre bouche, que les lignes que trace votre main ont une valeur destinée à laisser ici et dans la métropole des impressions profondes.

Combien donc, M. le Président, n'aî-je pas dû faire de réflexions pénibles sur ce que, dans votre discours d'ouverture, dans la circonstance la plus solennelle, vous avez fait entendre au sujet de l'établissanent et de la perception de l'impôt en pays arabe.

Si les actes impériaux qui définissent mes propres attributions me prescrivent de rester en dehors de l'administration des provinces; si, à plus forte raison, je dois me tenir dans la plus complète réserve vis-à-vis des conseils généraux, ces actes impériaux m'imposent aussi la surveillance de la politique générale du pays. C'est à ce titre qu'après les plus mûres réflexions je me crois dans l'obligation de m'élever contre les atteintes que vous venez de porter à la confiance des indigènes vis-à-vis de l'autorité et de l'administra-

tion militaires par les phrases de votre discours relatives aux conséquences des vices que vous supposez exister dans rétablissement de l'impôt arabe et dans sa perception. Je m'en rapporte à la droiture de votre caractère, monsieur le Président. De ce que vous avez exprimé, ne résultera- t-il pas, dans l'esprit de tous, Européens et indigènes, la persuasion fort entraînante que, chez vous, existe ce double sentiment : quHl y a injustice et oppression à Végard des administrés^ <iue de là se produisent ces agitations que les armes doivent réprimer? A part toute autre considération, un semblable rôle serait-il acceptable par l'armée d'Algérie et par ses chefs .*^ Je proteste contre une pareille supposition.

Veuillez me permettre, monsieur le Président, de suivre vos principales assertions.

Après avoir rappelé qu'en France Vadministration vicieuse de la justice, la mauvaise assiette et le défaut de publicité de Vimpôt, puis Varbitraire de la perception avaient eu long* l€mps pour conséquence des luttes sanglantes, vous exprimez votre satisfaction de ce qui a été fait pour la justice en Algérie et vous déclarez qu'il reste beaucoup à désirer en ce 4jui concerne la fixation et la perception de Vimpôt arabe» Vous regrettez Vabsence de règles bien déterminées et suffisamment connues. Vous demandez Vintervention et le contrôle de Vadministration française en matière d'impôt. Enfin, vous énoncez que c'est au défaut de ces garanties que tiennent les prises d'armes qui signalaient les âges précédents.

De cet exposé à la réalité des faits, la distance est im mense, et cela depuis des années.

Objets de toute la sollicitude des gouverneurs assistés de leur conseil, consacrés, dans leur ensemble et leur détail, par des dispositions légales, l'assiette et la perception de l'impôt en pays arabe ont un fonctionnement aussi régulier que les services analogues dans la mère patrie. Il suffît, à cet égard, de dire que les statistiques relatives à la matière imposable sont établies sous un contrôle hiérarchique et multiple, que la fixation des cotes que doivent supporter les divers éléments de cette matière est soumise à la sanction ministérielle, que le service des contributions directes est

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'aLGÉRIE 337

chargé spécialement et exclusivement de l'établissement des rôles de perception et de la perception elle-même; qu'enfin, l'inspection des finances a son libre accès dans l'ensemble et dans le détail de ces opérations.

Si, de cet état de choses, je me reporte aux termes que vous avez cm devoir employer, je crois pouvoir substituer à vos expressions d'absence de règles bien connues celles, plus exactes, d'absence trop générale de la connaissance de ces règles.

Je comprends à merveille, monsieur le Président, comment s'est faite la situation que je déplore. J'entends, en toute circonstance, proclamer le dévouement de l'armée, mais, après cet éloge, viennent des insinuations plus ou moins directes sur l'inaptitude administrative de l'autorité militaire. Cependant, si les attributions administratives de celle-ci ont continué à lui être imposées jusqu'ici dans de larges limites, c'est qu'il y a sans doute pour cela de puissantes raisons d'être, et, dès lors, n'est-il pas dangereux de faire quoi que ce soit susceptible d'ébranler une organisation encore nécessaire, de porter atteinte à la considération de ceux entre les mains de qui elle est constituée, d'affaiblir la confiance de leurs administrés, confiance qui est la première condition de la sécurité publique que réclament tous les intérêts? Après avoir apprécié ces raisons, vous jugerez sans doute, monsieur le Président, dans votre esprit impartial et éclairé, que le seul moyen d'atténuer l'effet que vos paroles n'ont pu manquer de produire, c'est que ma lettre soit lue au conseil général, insérée au procès-verbal de ses séances et publiée avec lui.

J'adresse copie de ce que je vous écris à M. le Ministre de l'Algérie, aujourd'hui à Biskra, et aussi, en raison de l'éloignement de Son Excellence, à M. le Ministre de la Guerre, en priant le dernief de nos gouverneurs généraux de placer au besoin cette pièce sous les yeux de l'Empereur, afin que le discours que vous avez prononcé ne parvienne pas seul à Sa Majesté.

Elle pourrait croire, autrement, que j'ai négligé les devoirs

que ma position m'impose envers l'armée que je commande et envers le pays dont j'ai à garantir la tranquillité.

Recevez, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération.

Le général de division, commandant supérieur des forces de terre et de mer,

Signé : De Martimprey.

A la même date, le préfet d'Alger avait prononcé au conseil général un discours dans lequel il montrait la France algérienne jetant les yeux (( sur le Soudan et étendant ses mains vers Fez et Tunis ». Ce programme de politique conquérante, énoncé publiquement par le représentant du ministre de l'intérieur, avait une gravité particulière. Le commandant supérieur, qui connaissait mieux que personne notre réserve obligée vis-à-vis du Maroc et nos relations amicales avec le bey de Tunis, ne pouvait tolérer ce langage, d'autant plus que, dans la même assemblée, le commandant de la division d'Alger venait de faire entendre les paroles les plus mesurées. Il adressa au préfet la lettre ciaprès :

Monsieur le Préfet du département d*Alger.

Alger, le 8 octobre 1860, Monsieur le Préfet, Après les sages paroles prononcées à la séance d'ouverture du conseil général par M. le général Yusuf, afin de détourner les esprits de s'occuper de ces questions politiques qui portent au loin de profondes impressions et dont l'introduction, en tous cas, est contraire au principe constitutif des conseils généraux, j'ai été étonné de lire dans votre discours le paragraphe ci-après : « C'est là dans l'histoire des nations musulmanes un fait unique et qui seul suffirait, s'il en était besoin, pour consacrer cette prédestination providentielle qui jetait autrefois la France en Egypte, la porte aujourd'hui vers la Chine, Suez et la Syrie, la pousse au Sénégal

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et la fait asseoir ici les yeux sur le Soudan et les deux mains étendues, Vune vers Fez et Vautre vers Tunis, »

Juge, par mes attributions, de ce qui peut intéresser la politique générale de l'Algérie, je regrette de n'avoir pas élé à même de m'opposer en temps utile à cette manifestation solennelle de vos appréciations. Elle est de nature, dans son exagération, à donner lieu à des interprétations qui peuvent ne pas être sans de graves inconvénients. Je la signale à l'attention du ministre de l'Algérie et des Colonies, et, en raison de l'éloignement actuel de Son Excellence, j'en fais part également à M. le maréchal ministre de la guerre, afin que, si le maréchal le juge convenable, l'Empereur soit informé de la désapprobation que je viens de vous formuler.

Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute considération.

Le général de division j commandant supérieur des forces de terre et de mer,

Général de Martimprby.

Les discours prononcés à Alger en plein conseil général, par des fonctionnaires d'un ordre aussi élevé, avaient produit un effet d'autant plus considérable qu'ils avaient été livrés à la presse par les autorités civiles. Il n'en fut pas de même pour les lettres du commandant supérieur. Il en résulta que Tagitation produite dans les esprits ne fît que s'accroître. On savait bien que le général en chef avait adressé de sévères observations aux auteurs de ees discours, mais on ne les connaissait pas; on voyait seulement que la lutte entre les pouvoirs civil et militaire venait d'éclater avec une violence inconnue jusque-là.

On put même croire qu'il y avait à ce sujet un mot d'ordre donné dans toute l'Algérie. Toutefois, dans la province de Constanline, qui venait d'être le théâtre d'insurrections dans la Kabylie orientale et le Hodna, la présence du ministre de l'Algérie dans le sud

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imposa une certaine réserve aux fonctionnaires civils. Dans la province d'Oran, ce fut le contraire. Les attaques contre Tarmée éclatèrent, comme à Alger, en plein conseil général, et forcèrent le commandant supérieur à adresser un rapport détaillé au ministre de l'Algérie, qui était alors à Biskra.

A Son Excellence Monsieur le Ministre de VAlgérie et des Colonies.

Alger, lo octobre 1860.

Monsieur le Ministre,

Au moment où je venaijs de fermer la dépêche par laquelle je vous rendais compte de la nécessité où je m'étais trouvé d'adresser au préfet et au président du conseil général d'Alger des observations que, je Tespère, Votre Excellence trouvera pleinement motivées, au sujet des discours que ces hauts fonctionnaires avaient prononcés à la séance d'ouverture de ce conseil, j'ai reçu par un courrier de terre le numéro de VEcho d'Oran contenant le compte rendu de la séance d'ouverture du conseil général de cette province.

M. le préfet Majorel, se renfermant dans les limites que lui tracent les lois et les décrets constitutifs des conseils généraux, s'est borné à présenter le budget et les documents à l'appui; mais bien différent a été le rôle que s'est attribué le président du conseil et dont je prie instamment Votre Excellence de vouloir bien se faire juge, aussi bien dans l'intérêt de Tordre public, que de telles manifestations tendent à troubler sérieusement, que dans l'intérêt de la considération qu'il est nécessaire d'assurer à tout dépositaire de l'autorité.

Après un exorde consacré au voyage de l'Empereur et à la louange de l'armée, après avoir dit qu'en Algérie toutes les classes s'associent aux vraies gloires de l'armée, M. N... continue ainsi : « L'Empereur a vu, dans une merveilleuse fantasia, se presser à ses pieds les plus fiers des indigènes. En montrant qu'il pouvait sans imprudence les laisser venir l'entourer en armes, il a fermé les bouches qui me-

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'aLGÉRIE 34 I

naçaient nos provinces de scènes pareUles à celles de la SyriCy comme si l'armée, qui a dompté les Arabes lorsqu'ils avaient à leur léte un homme de génie et qui a couvert le pays de ses établissements, avait lieu de redouter aujourd'hui de misérables agitateurs ei des insurrections sans portée, ou comme si des généraux français pouvaient descendre au rôle des pachas de Beyrouth ou de Damas. »

Certes, Monsieur le Ministre, les indigènes ont manifesté un vif enthousiasme à la vue de l'Empereur, mais immédiatement après les insurrections si récentes du Hodna et de la Kabylie orientale, après les déclarations qu'ont faites devant le conseil de guerre de Constantine les adhérents du chérif qui, en si peu de jours, avait réuni 700 à 800 tentes dans le Bou-Taleb, peut-on proclamer que l'ère des insurrections est à jamais close? Et, se berçant de l'espoir chimérique qu'un homme du génie d'Abd-el-Kader ne se présentera plus pour lever contre nous, sur une vaste étendue du pays, l'étendard de la révolte, peut-on oublier déjà quelle importance rapide sont susceptibles de prendre des-hommes qui n'ont que la valeur de Bou-Maza ou de Bou-Baghla, etc., que le président classe sans doute parmi ces misérables agitateurs, capables seulement de provoquer des insurrections sans portée?

Pour nos populations urbaines, des scènes semblables à celles de Djeddah et de Damas ne sont nullement à craindre. Ici, les proportions numériques sont tout autres; mais devant une insurrection générale, quel serait le sort de nos exploitations rurales? On oublie déjà à Oran les dévastations de Gar-Rouban et de Mazis en 1869; on semble n'avoir pas entendu parler de celle de l'oued El-Kébir.

L'armée française domptera, il faut l'espérer, les Arabes aussi souvent qu'il sera nécessaire, eût-elle, dans des complications graves, à lutter contre de fanatiques marabouts ou contre des Tacfarinas ou des Firmus, et nul de ses généraux ne montrera la honteuse faiblesse, pour ne pas dire pis, des pachas de Beyrouth et de Damas, aussi point n'étaitil besoin de leur faire l'injure d'un parallèle, même déguisé, avec ceux-ci.

Plus loin, M. le Président du conseil général s'exprime

342 LE COMTE DE filARTIMPREY

ainsi : « Il appartient aux conseils généraiix de signaler combien tout développement de la colonisation demeurait impossible au milieu des attaques incessantes dirigées contre les institutions civiles, des alarmes jetées dans le public au sujet de la soumission des Arabes et de la sécurité du pays. Sans doute, les colons qui auraient cependant le plus à perdre, puisque, outre leur vie, ils risqueraient la fortune et la vie de leur famille, s'effrayaient médiocrement de ces alarmes, parce quHls en connaissaient les causes et la valeur. Mais quel attrait pouvait offrir aux émigrants, aux capitaux de l'Europe habitués à toutes les garanties d'une organisation civile, une contrée où l'on semblait remettre chaque Jour en question l'existence de ces garanties et jusqu'à la réalité de la conquête? Aussi les émigrants délaissaient-ils l'Algérie, terre française et voisine de la France, pour les rives étrangères et lointaines de l'Amérique, et les capitaux, qui ont construit des chemins de fer sur tous les points du globe, ont-ils failli faire échouer^ par leur abstention, la création de nos chemins de fer. »

De qui partaient ces prétendues attaques contre les institutions civiles? D'où venaient ces prétendues alarmes jetées dans le public? Je n'ai eu pour ma part connaissance ni des unes ni des autres, mais, en les imaginant, M. N... trouve bon, dans l'intérêt de ses virulentes attaques contre l'autorité militaire, d'attribuer implicitement à celle-ci ces causes de perturbation.

D'ailleurs, Monsieur le Ministre, est-ce d'aujourd'hui que les émigrants délaissent l'Algérie, que les capitaux hésitent à s'y engager? Voici d'ailleurs un paragraphe encore plus passionné et dans lequel le président du conseil général s'oublie envers l'administration militaire jusqu'aux plus calomnieux outrages :

« De vives objections ont été élevées contre le passage de masses indigènes sous le régime civil. On a dit que ce régime n'assurait pas leur soumission, com^me si des soulèvements étaient possibles en face de Varmée ou que le concours énergique de cette armée ne fût pas assuré à tous les représentants de Vautorité. On a dit encore que les Arabes le repoussaient; mais, chez les Arabes, ceux qui tiennent ce

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'aLGÉRIE 3^3

langage sont précisément ceux qui ont leurs raisons pour aimer l'état de choses ancien, parce qu'ils ont la main dans tous ses profits comme dans tous ses abus. Pour vous, messieurs, vous vivez depuis trop longtemps au milieu des populations indigènes pour ignorer ce qu*elles préfèrent du Joug de Varbitraire ou de celui de la loi, »

Les chefs indigènes ont la main dans tous les profits du régime militaire.... Quels sont ces profits, dont, encore implicitement, M. N... attribue la part principale aux agents de ce régime?... Qui devrait supporter Todieux de cet état de choses, s'il pouvait exister, si ce n'est l'administration et le commandement militaires?

Je m'arrête. Monsieur le Ministre, sans vouloir relever la qualification de joug de Varbitraire, par laquelle M. N... (parlant encore du régime militaire) clôt ce paragraphe, ni celle d*éléments rétrogrades, que renferme, à l'adresse des agents de ce régime, la suite du discours. Votre Excellence appréciera ce que peuvent mettre d'amertume dans des cœurs loyaux et dévoués de semblables attaques, et Elle comprendra que, comme chef de l'armée d'Algérie, je vienne les lui déférer.

D'ailleurs aussi, je crois que mes devoirs envers le ministre de la Guerre, chef suprême de l'armée après l'Empereur, m'imposent l'obligation de l'informer de ce nouvel et grave incident, et je lui adresse, avec le discours entier de M. N..., copie de la présente lettre.

Veuillez agréer, etc....

commandant supérieur des forces de terre et de mer

en Algérie,

De Martimpret.

La situation était des plus tendues, et jamais un gouverneur ne s'était trouvé ainsi en lutte ouverte avec les fonctionnaires civils placés sous ses ordres, soutenus à Paris par un membre du gouvernement. Cette fois, l'antagonisme était si grave qu'il fallait le tran-

344 l^E COMTE DE MARTIMPREY

cher dans un sens ou dans l'autre. Une solution radicale s'imposait. Le général de Martimprey avait le devoir de défendre Tarmée; il le fît avec une loyauté et une énergie que tous les esprits impartiaux approuvèrent.

Il lui fallait d'abord répondre au général Deligny, qui lui avait rendu compte des incidents survenus au conseil général d'Oran. Sa lettre est une page d'histoire; elle renseignait le commandant de la province voisine sur l'origine du conflit et sur l'attitude que le général en chef comptait prendre.

A Monsieur le général de division Deligny, commandant la division dVran.

Alger, i3 octobre 1860.

Mon cher Général»

Je vous remercie de votre lettre du 8 octobre; ses détails, en ce qui se rapporte à votre attitude dans le conseil général, m'ont été très précieux. Ici, le général Yusuf n'a pas été moins sage au milieu de toutes les causes d'excitation possibles. Je vous ai fait connaître de quelle manière j'étais intervenu. Je crois que le conseil général d'Alger n'a pas été bien inspiré, dans la circonstance, par son directeur. Ces démissions données par la plupart de ses membres, sous prétexte que leur indépendance a été atteinte, ne prouvent rien contre ce que j'ai dû écrire. Enfin, la session sera poussée jusqu'au bout dans l'intérêt des affaires de la province, mais la décision prise, et qui ne pouvait guère être rétractée, est bien prochaine et arrêtée. Le discours de M. N... dépasse tout 'ce que j'aurais cru possible en ce genre. Vous savez également que je l'ai déféré à l'examen des deux ministres de la Guerre et de l'Algérie.

Enfin, ce matin, j'ai adressé au maréchal (Randon) mes observations sur les menées dont les deux courriers précédents lui avaient signalé les tendances, je devrais dire les offenses. Voici dans quels termes je me suis expliqué :

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'ALGÉRIE 345

(i Voire Excellence- a 8u sans doute ce qui s'est manifesté aux yeux de l'Empereur lorsque Sa Majesté, dans la matinée du 19 septembre, a mis en présence les généraux et les préfets des trois provinces, les premiers plaidant avec ardeur pour s'opposer à des extensions civiles sans limites, qui leur paraissaient pleines de périls, ceux-ci insistant dans leur confiance dans une soumission des indigènes, qu'ils considèrent comme acquise à tout jamais sans trouble grave possible, pour que le droit commun et les institutions de la métropole s'étendissent de plus en plus sur le pays arabe. De cette discussion, remplie d'écarts, résultait la démonstration de l'antagonisme, tout prêt à dégénérer en conflits, qui existe entre les administrateurs des territoires civils et ceux des territoires militaires.

(( Quand je congédiai les généraux, qui rejoignaient leurs commandements, je leur dis que l'Empereur avait vu et nécessairement compris l'état des choses, que je leur recommandais et leur prescrivais la modération la plus absolue dans tous leurs rapports, dans tous leurs actes vis-à-vis de MM. les Préfets.

« J'ai de sérieuses raisons de supposer que les dispositions concertées entre ces hauts fonctionnaires n'ont pas eu ce caractère pacifique et que le plan arrêté à Alger, avant leur séparation, fut de porter la plus violente atteinte que Ton pourrait à la considération des administrateurs militaires, en transportant la discussion des conseils généraux sur le terrain de l'établissement et de la perception de l'impôt en pays arabe. 11 paraissait facile d'y montrer d'odieux abus et même d'y placer les raisons de ces insurrections, que notre désir d'avoir à brûler de la poudre pour les récompenses qu'on y doit gagner nous fait, dans ce système, nous ménager habilement. Les faits n'ont pas tardé à justifier ces appréciations. Préparée par le jeu d'une artillerie dont nous ne disposons pas, la presse, que dirigent les préfets, l'attaque a commencé sur toute la ligne avec l'ouverture de la session des conseils généraux. A Alger, à Oran, vous avez vu, Monsieur le Maréchal, combien l'effort a été direct. Le préfet d'Alger y a eu sa part d'action et d'influence, au lieu de prémunir le si digne et si respectable président de Vaulx

confre son inexpérience administrative. Le préfet d'Oran a été silencieux, et c'était trop pour qui sait le mandat d'un préfet vis-à-vis d'un conseil général. A Gonetantine, le conseil, présidé par un conseiller d'Etat, homme d'expérience, n'a pas vu ses travaux débuter par de semblables actes; mais le même jour, le journal de la localité permettait au préfet de Gonstantine de faire savoir qu'il n'avait pas oublié le mot d'ordre.

« Je crois avoir fait mon devoir au milieu de ces tendances anarchiques. Vous savez, Monsieur le Maréchal, ce que j'ai écrit : je l'écrirais encore. Le conseil général d'Alger se retire parce qu'il y a vu une attaque à son indépendance. J'ai su hier officiellement qu'il continuait toutefois ses travaux en maintenant sa décision, à laquelle plusieurs membres font exception.

(( J'ai été on ne peut pas plus satisfait de l'attitude et du calme des généraux Yusuf et Deligny dans ces circonstances. Le général Desvaux accompagnait S. E. le ministre de l'Algérie et des Golonies. L'esprit de l'armée est très calme, parce qu'elle sait que je ne néglige pas le soin de sa consi^ dération. Dans mes allées et venues d'Alger à Mustafa, je n'ai jamais trouvé la population civile plus empressée dans ses salutations. Veuillez agréer, etc. »

J'ai l'espoir que toute cette correspondance ira sous les yeux de l'Empereur. Les faits suffisent pour nécessiter enfin une solution. Je préfère mon rappel en France à la conservation d'une fonction bâtarde qui couronne un édifice aussi défectueux. Je désirerais rester avec des attributions conve* nables. Dans de pareils conflits, d'ordinaire on envoie ceux qui les ont endossés faire ailleurs des réflexions, et ces changements de personnes sont considérés comme nécessaires pour calmer d'abord, et, quand on s'y décide, pour modifier l'état précédent. Le cœur ne m'en bat pas plus vite pour cela, ni moins vite. J'attendrai fort tranquillement la solution du problème, heureux d'avoir trouvé moyen de le poser très nettement. Je vous tiendrai au courant.

Votre bien dévoué,

Général de Martimprey.

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'aLGÉRIE 347

Si l'autorité civile avait cru un instant pouvoir intimider le chef suprême de Tarmée d'Algérie, elle savait maintenant à quoi s'en tenir. La bataille était engagée et le général de Martimprey, fort de sa conscience et de son droit, était décidé à aller jusqu'au bout. La lutte, du reste, devait être âpre et difficile, et, pour commencer, le conseil général d'Alger avait donné sa démission. Le préfet n'en avait rien dit au comman* dant supérieur, mais il avait prévenu le ministre de l'Algérie, en lui adressant un compte rendu défavorable à l'autorité militaire.

De pareils procédés ne pouvaient qu'aggraver encore la situation.

Le ministre de l'Algérie et des Colonies, saisi de la question par le commandant supérieur et par le préfet, suspendit son voyage et revint en toute hâte à Mustapha, le i5 octobre, excité par la façon dont le préfet lui avait raconté l'incident du conseil général et irrité contre le général de Martimprey. Au lieu de le voir de suite pour se mieux renseigner, il l'évita jusqu'au 17. Pendant ce temps, sous l'influence du préfet, le président du conseil général n'avait tenu aucun compte de la demande par laquelle le commandant supérieur réclamait l'insertion de sa lettre dans le procès-verbal des séances. Par suite, le public n'en eut pas connaissance et fit peser sur l'autorité militaire les conséquences de l'émotion qui s'était produite au sein du conseil général. L'armée semblait rester ainsi sous le poids des attaques dont elle était l'objet de la part du premier magistrat de l'Algérie; son chef n'avait pas paru la défendre et sa considération en recevait une grave atteinte.

Le général de Martimprey porta de nouveau ce» faits, le 17, à la connaissance de M. de Chasseloup- Laubat, en réclamant pour le lendemain la publica-

tion, dans VAkbar, de sa lettre au président du conseil général.

La réponse du ministre était significative. Elle comprenait deux lettres : Tune, datée du i6, déclarait qu'il voulait s'abstenir dans une affaire déjà déférée à l'Empereur par le ministre de la Guerre. L'autre, datée du 17, refusait de donner suite à la demande d'insertion dans VAkbar de la lettre adressée au président du conseil général; elle aurait pu, disait-il, « provoquer de l'émotion dans la presse de la métropole ».

Le général de Martimprey était fixé : le ministre de l'Algérie prenait parti contre lui et contre l'armée d'Afrique. Néanmoins, il ne %e tint pas pour battu. Il lui accusa réception de ses deux lettres et le prévint qu'il en adressait copie au ministre de la Guerre. Il lui fit observer que, s'il avait demandé la publication de sa lettre dans YAkbar, c'était d'abord en raison de l'émotion produite par les commentaires de la presse, ensuite parce que le discours du président du conseil général avait été reproduit dans VAkbar et dans plusieurs journaux de France. Il lui annonçait, en même temps, qu'il avait demandé au ministre de la Guerre de vouloir bien soumettre à la haute appréciation de l'Empereur tous les incidents qui venaient de se produire. II ajoutait : « Comme chef de l'armée d'Algérie, je crois avoir eu tout droit, dans Je fond et dans la forme, de solliciter la répression auprès des deux ministres dont je relève. »

C'était très net. Le ministre ne crut pas pouvoir reculer plus longtemps une entrevue nécessaire. Il pria le commandant supérieur de venir le trouver. Ce fut pour le général de Martimprey un vif sujet d'étonnement de voir alors le ministre « lui tendre la main avec une amitié et une grâce qui faisaient contraste avec la façon d'être embarrassée qu'il gardait depuis son retour ». M. de Chasseloup-Laubat parla pendant

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'aLGÉRIE S^Qj

une demi-heure, sans être une seule fois interrompu, et s'efforça d'amener le général à terminer le différend à l'amiable. C'était lui demander de s'incliner devant les attaques dont l'armée était l'objet. Le général lui répondit qu'il entendait que le conflit eût sa solution chez l'Empereur, que le bateau du lendemain emporterait son aide de camp, muni du dossier de sa correspondance. Us se quittèrent ensuite, en échangeant un simple salut.

Le ministre, tenant à garder des apparences de courtoisie, fît, le soir, une visite à M™ de Martimprey et s'embarqua le lendemain, i8 octobre, sur le Chrisiophe-Colomb , pour rentrer en France et s'occuper de cette grave affaire. Le commandant supérieur se rendit à bord pour le saluer. Le même jour, le chef d'escadron d'état-major Mircher, premier aide de camp du général, partait par le paquebot des Messageries, chargé d'instructions spéciales et d'une lettre confidentielle pour le maréchal Bandon. Dans cette lettre, après avoir exposé les derniers incidents, le général' de Martimprey disait au ministre de la Guerre :

Je viens donc de nouveau. Monsieur Je Maréchal, m'adresser à vous pour obtenir une juste et nécessaire réparation des accusations et des insinuations calomnieuses dont l'admfnistration militaire et, avec elle, Tarmée d'Afrique viennent d'être Tobjet.

Je n'ai nul besoin d'insister davantage auprès de Votre Excellence pour lui faire apprécier le haut prix que j'attache à l'intact maintien de l'honneur et de la considération de l'armée dont l'Empereur m'a confié le commandement,, etc....

Le général en chef fit connaître les détails qui précèdent aux généraux de division commandant les provinces, afin que tout le monde dan« l'armée fût ren-

seigné sur Ténergie avec laquelle ses intérêts étaient défendus.

Pendant ce temps, le préfet d'Alger faisait continuer la campagne de presse déjà commencée et répandre le bruit que Tincident avait été provoqué par le commandant supérieur. Toutefois, les journaux se gardaient bien de publier sa lettre au premier président.

Dans ce malheureux conflit, c'était encore le ministre de l'Algérie et des Colonies qui avait la position la plus fausse. Il n'osait pas se séparer de ceux qui l'avaient compromis en insultant l'armée, et, sachant, d'ailleurs, qu'il y avait des engagements embarrassants, il se décida à faire cause commune avec eux.

Quant à l'état d'esprit du général de Martimprey, il était défini par une phrase qui terminait sa lettre du 21 octobre au général Deligny : c( Ce que je sens de la conduite que j'ai tenue me rend calme, et ce calme règne autour de moi. Espérons dans l'Empereur. »

Tandis que cette situation extraordinaire agitait les Algériens, le maréchal Randon mettait sous les yeux du souverain la correspondance du commandant supérieur et en prévenait ce dernier.

Quoique éloigné, disait-il, des lieux où se sont passés let débats entre les représentants de l'autorité militaire et civile, je suis trop identifié aux causes qui les ont produits, j*ai conservé trop de souvenirs qui me rattachent au passé de l'Algérie, pour que je puisse rester indifférent aux choses qui s'accomplissent, aux tendances qui se manifestent pour s'avancer dans une voie que mes convictions me font trouver dangereuse A mon point de vue, je n'ai pas d'observations critiques à vous adresser Mon jugement, dans

cette circonstance, est guidé par le sentiment de tout le bien que l'armée a fait en Algérie, du dévouement que ses chefs ont montré pour le service des intérêts de la colonie, de leur zèle constant, de leur attachement profond pour tout ce qui devait amener la prospérité d'un pays conquis par

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE l'aLGÉRIE 35 1

leur bravoure, objet de leurs plus vives affections. Si vous vous êtes trompé en croyant que des atteintes étaient portées dans ces discours d'apparat aux services rendus par vofl prédécesseurs pour établir en tous lieux et en toutes choses Tordre et le progrès dans la colonie, si vous vous êtes trompé en croyant qu'en marchant sur leurs traces vous compromettiez les grands intérêts remis entre vos mains, je dois l'avouer, je partage votre erreur et je ne puis pas reconnaître dans ces aspirations systématiquement produites autre chose qu'une nouvelle atteinte à l'autorité militaire dont vous êtes le premier dépositaire.... Ce qui reste, c'est la protestation que vous avez faite au nom de l'armée, quand vous avez cru que l'on méconnaissait ses titres à la reconnaissance de la colonie et c'est à cela seul que je veux faire allusion dans cette lettre, en vous répétant que, comme ancien gouverneur général, je comprends les sentiments qui vous ont guidé.

Je vous renouvelle, mon cher général, etc..

C'était l'approbation la plus complète, et le commandant supérieur avait le droit d'être content. Il éprouva' un certain plaisir à communiquer la réponse du ministre à ses divisionnaires :

Cette lettre, écrivait-il au général Deligny, m'a causé une vive satisfaction. L'Empereur jugera. Il a les données complètes; et la presse au besoin lui ferait connaître de quel côté est l'honneur et la droiture, de quel côté est l'indignité et l'astuce.

Le général de Martimprey conservait, dans cette lutte si ardente, un calme parfait, certain d'avoir fait 'son devoir et heureux de se voir approuvé à la fois par son chef hiérarchique et par ses inférieurs.

Pendant ce temps, à Paris, la question agitait le gouvernement, la presse et même les journaux étrangers. Elle avait été traitée en conseil des ministres. Là,

le maréchal Randon avait défendu Martimprey, tandis que M. de Chasseloup-Laubal l'avait attaqué. L'Empereur, selon son habitude, n'avait rien dit, et son silence était diversement interprété. Tandis que le ministre de la Guerre comptait sur une solution favorable, celui de l'Algérie avait une opinion opposée et laissait ses chefs de services poursuivre dans les journaux une campagne acharnée, faite de racontars et d'insinuations perfides. Certaines correspondances faisaient connaître cette situation étrange, qu'on aurait peine à croire, si les faits n'étaient là pour l'attester.

Le 25 octobre, le commandant Mircher, arrivé à Paris depuis quatre jours et rapidement mis au courant des choses, en transmettait le résumé à son général :

Paris, mardi aS octobre 1860.

Mon Général,

Arrivé à Marseille samedi, j'étais dimanche soir à Paris et lundi matin chez le maréchal. Mais S. E. partait pour Saint-Cloud où l'Empereur a réuni les maréchaux pour examiner avec eux un projet de grande réserve de l'armée.

Toutefois comme le maréchal m'avait autorisé à revenir, je l'ai revu le même jour à 5 heures du soir, au moment de son retour de Saint-Cloud et il m'a gardé une grande heure dans son cabinet.

Dans l'intervalle, j'avais appris de son aide de camp que, dès le début de toutes ces aiïaires, il avait hautement déclaré qu'il vous soutiendrait. Sa lettre du 18 qu'on ma donnée à lire et qu'il vous a écrite de première inspiration est un témoignage de ses bonnes intentions. Il m'a assuré de plus qu'il avait prudemment défendu vos actes devant S. M. et que, d'ailleurs, cette cause étant aussi bien sienne que vôtre, vous pourriez compter sur un appui dévoué.

Il m'a dit que nul plus que lui ne connaissait les vices du système nouveau, que nul ne s'en était ouvert plus catégoriquement devant l'Empereur à qui il a dit du reste que

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE L'aLGÉRIE 353

-sa visite était (( comme une goutte d'eau qui fait déborder le vase »..

Le maréchal m'a dit : engagez le général a se tranquili- «er. Tout le monde proclame que les affaires vont mal en Algérie; que c'est le résultat fatal du système introduit il y a deux ans; mais on s'arrête et on s'occupe fort peu des détails de ce qui vient de se produire.

Le maréchal avait vu dans la journée le ministre de l'Algérie; mais rien de ce que celui-ci lui avait dit ne pouvait modifler les impressions du maréchal. Le ministre vous croit de mauvaise humeur parce que nulle faveur n'est venue vous trouver; le maréchal, qui vous connaît mieux, lui a dit qu'il se trompait fort. Il avait fait du reste des observations à l'Empereur sur la nomination du général Yusuf sans qu'elle accompagnât la vôtre, l'Empereur n'a rien répondu et du reste n'a fait aucune observation critique sur ce qu'il a vu de l'armée et de ce qui se rapporte à votre action.

Le maréchal m'a dit de rester quelques jours et de revenir voir ses aides de camp (Ribourt est absent) et, somme toute, je crois qu'il est aussi bien disposé à vous soutenir que vous pouviez l'espérer de lui. Je vous le répète, il a pris l'affaire en mains comme sienne et vous fera assurer

toute satisfaction dans la limite de son influence. Mais

il reste la question des intentions de l'Empereur.

Vous avez dû être prévenu de vous tenir prêt à venir

le i5 novembre

Au revoir, Mon Général, agréez, je vous prie, l'expression de mon profond dévouement.

H. MiRGHER.

Le commandant supérieur avait reçu en même temps, du général Delîgny, une lettre qui ne lui fut pas moins agréable et qui était aussi, pour lui, un encouragement.

J'ai bon espoir, écrivait le général, que l'Empereur fera bon accueil à votre dossier et que la contrariété qu'il éprouvera peut-être de se voir réduit à la nécessité de prendre des résolutions auxquelles il n'était pas suffisamment préparé,

354 ^^ COMTE DE .MARTIMPRKY

ne fera qu'aggraver la situation du ministre dont l'impuissance sera d'autant plus manifestée et aussi celle des fonctionnaires malhabiles qui, par leurs provocations imprudentés, ont rendu impossible le fonctionnement des pouvoirs

Quant à vous, Mon Général, en dehors de la satisfaction personnelle qui vous est assurée par la droiture de vos intentions et l'élévation de vos sentiments, la publication qui, soit aujourd'hui, soit demain, sera donnée à vos lettres, vous ménage un rang très élevé dans l'estime et la considération de l'armée. Dans une situation morale semblable, l'avenir peut être envisagé avec sérénité et le présent ne saurait avoir rien de bien pénible

D*autre part, le maréchal Randon avait fait prévenir le général de Martimprey de ne pas s'émouyoir du langage que le ministre de l'Algérie pourrait lui tenir, de conserver son calme, d'éviter tout ce qui pourrait envenimer la question et compromettre sa situation, qui était bonne.

11 ne fut donc pas surpris quand il reçut du comte de Chasseloup-Laubat la lettre suivante :

Paris, le 25 octobre i86o.

Général,

J'ai placé sous les yeux de l'Empereur les discours prononcés à l'ouverture de la session du Conseil général de la province d'Alger, ainsi que les lettres que vous avez écrites à M. le Président et à M. le Préfet.

Rien dans le discours de M. le Président de Vaulx n'a paru de nature à porter atteinte à la considération des autorités militaires. Les antécédents du premier président ne sauraient laisser de doutes sur ses intentions, et les paroles qu'il a prononcées ne sauraient non plus se prêter à une interprétation contraire à sa pensée.

L'Empereur a donc daigné m'exprîmer son désir de voir M. le Président de Vaulx et ses collègues conserver leurs

COMMANDEMEIST SUPERIEUR DE l'aLGÉRIE 355

fonctions de membres du Conseil général. Devant l'expression de ce désir, que je me suis empressé de faire connaître à M. le Président, je ne doute nullement de sa détermination.

Quant au discours de M. le Préfet, à supposer qu'en la forme les expressions dont il s'est servi pour représenter la France étendant sa civilisation sur rAfrique laissent à désirer, il est évident, cependant, qu'elles ne peuvent être prises que dans un sens paciGque.

Au surplus, Général, je dois, à l'occasion des lettres que vous avez écrites à M. le Président de Vaulx et à M. le Préfet, vous faire observer, qu'il n'entre nullement dans les attributions du commandant supérieur des forces de terre et de mer en Algérie de correspondre directement avec les Conseils généraux, et par conséquent de réclamer l'insertion à leurs procès-verbaux de son opinion personnelle sur les faits qui peuvent se passer dans ces assemblées; que le commandant supérieur n'a pas non plus à donner sa désapprobation directe et officielle aux préfets pour des paroles prononcées par eux dans l'exercice de leurs fonctions; enfin que, s'il croit avoir à appeler l'attention du Gouvernement sur des délibérations des Conseils généraux ou sur des actes des agents de l'administration, c'est au ministre de l'Algérie qu'il doit s'adresser.

Je vous prie donc de vouloir bien, à l'avenir, vous abstenir des démarches semblables à celles dont vous m'avez entretenu par votre lettre du 8 de ce mois.

Comte DE Chasseloup-Laubat.

Tandis que cette lettre était écrite à Paris, le 25 octobre, le Courrier d'Algérie, journal de la préfecture, en informait le public dès le 26 et insinuait, entre autres faits sciemment dénaturés, l'intention du commandant supérieur de donner sa démission. L'article était ainsi conçu :

« Le différend qui s'était élevé entre l'autorité civile et l'autorité militaire en Algérie paraît avoir été tranché jusqu'à

présent à l'avantage de la première. On sait qu'à la suite d'observations adressées par le général de Martimprey aux conseils généraux d'Algérie (qui s'étaient élevés plus oa moins directement contre la suprématie du pouvoir militaire), le conseil général d'Alger avait donné sa démission. Le commandant des forces de l'Algérie, qui s'attribue la direction politique de toute la colonie, avait mandé et énergiquement blâmé le préfet, M. N..., de ne l'avoir pas informé de la démission du conseil. M. N..., vivement blessé, en aurait référé à M. de Chasseloup-Laubat, qui aurait abrégé son voyage pour venir saisir l'Empereur de la question. De son côté, le général de Martimprey, ne pouvant quitter la colonie, avait dépêché son premier aide de camp, le commandant Mircher, au maréchal Randon, lequel au^ rait refusé de se mêler de cette affaire. Bref, s'il faut en croire les derniers bruits, le ministre .de l'Algérie aurait été autorisé à manifester, au nom de l'Empereur, au général de Martimprey, une improbation de son abus d'autorité.

La lettre de M. de Chasseloup-Laubat, ministre de l'Algérie, exprimant, au nom de l'Empereur, au général de Martimprey, les observations improbatives de sa conduite, a été très positivement écrite et à dû arriver à Alger. On attend vers la fin de la semaine, à Paris, la réponse, du commandant des forces militaires de l'Algérie. On paraît craindre que le général ne se démette de ses fonctions. »

Il n'y avait pas à s'y tromper : la lettre du ministre n'était, avec sa raideur et son emphase, qu'une tentative d'intimidation, et l'article perfide qui la précédait en Algérie montrait nettement quelle était son origine. Le public ne pouvait voir le fond des choses, mais il en était autrement du général de Martimprey.

Le retour du commandant Mircher l'avait renseigné sur les détails les plus secrets de la situation. Il savait qu'à Paris on trouvait que les affaires d'Algérie allaient au plus mal, mais qu'on n'osait pas revenir sur les dispositions prises deux ans auparavant par une personnalité comme celle du prince Napoléon. On recon-

COMMANDEMENT SUPERIEUR DE l'aLGÉRIE 357

naissait cependant qu'un changement était indispensable. Une lettre du général de Grény lui avait transmis •à ce sujet des informations particulières.

Saint-Quentin, le i4 novembre 1860.

Mon cher Martimprey,

J'ai reçu hier votre lettre du 8 et je veux compléter mes précédents renseignements, puisque, dites- vous, ils vous ont ^lé utiles. Borel, avec qui j'avais rendez-vous à Eu, ces jour a derniers, avait vu la veille, à Amiens, le maréchal Ganrobert qui vient assez souvent visiter des amis dans cette ville. Le maréchal lui parla de votre remplacement comme plu^ que probable. Je ne me souviens plus du terme dont je me suis servi dans ma lettre du i*'. Je vais donc me rectifier ou me répéter. On ne dit pas que vous ayez encouru Vimprobation de l'Empereur (vous me dites « quant à Timprobation de l'Empereur, je n'y crois pas »). Sur le fond dt Vaffaire, on dit qu'il a trouvé inopportune votre lettre na Président de Vaux et regrette de se voir contraint par voire éclat, de faire de suite un changement qu'il voulait amener avec le moins de bruit possible. On croit toujours que le maréchal Randon ira reprendre son ancien gouvernement, peut-être avec un titre plus élevé, afin de mieux constater l'importance du changement de système. On lui donne pour successeur, soit le maréchal Vaillant, soit le maréchal Rp^ gnaud dé Saint-Jean-d'Angély, ce dernier, dit-on charitablement, pour avoir l'occasion de lui ôter la Garde et dS^ transférer le maréchal de Ma<c-Mahon. Enfin, M. de Chassie loup-Laubat quitterait le ministère de l'Algérie et des Colonies; mais l'embarras serait de le dédommager. M. Magne lui céderait volontiers les Finances si M. Barthe voulait lAcher la Cour des Comptes. Mais ce dernier, bien emmitouflé dans son hermine, et qui fait le mort depuis tant d'années dans cette douce fourrure, prétend la garder jusqu'au terme légal de 70 ans. Il n'en a que 65. Chacun, san^ doute, aura trouvé sa case au 3 décembre, et vous arriveresi: pour le dénouement. Celui qui me conviendrait serait que

VOUS restassiez où vous êtes avec de nouveaux pouvoirs? A vous dire vrai, je ne l'espère guère.

L'invitation adressée au président et aux membres du conseil général d'Alger de conserver leurs fonctions paraît indiquer que vous avez gagné la cause pour un autre. Je n'avais accordé aucune attention au bruit de votre démission....

Adieu, tout à vous.

Général de Grény.

En fait, l'Empereur avait dans les mains tous les éléments du problème; il en cherchait la solution et aussi la forme à adopter pour son application. Jusqu'à présent, sa pensée était de confier la direction suprême de TAlgérie à un pouvoir fortement constitué, et, dans cet ordre d'idées, il songeait à un de ses maréchaux, tout en gardant une impression fâcheuse de l'éclat causé par la lettre du général de Martimprey au président de Vaulx.

En attendant, le ministre de la Guerre avait invité le commandant supérieur à venir à Paris, vers le i5 novembre, et Tavait prévenu « que la situation était connue et jugée, que des incidents ne pouvaient avoir, après cela, qu'une importance tout au moins insignifiante, pour ne pas dire nulle et inaperçue », qu'il était donc désormais inutile d'entretenir « une lutte sans utilité pour l'Algérie ». Il avait été, en outre, <( prémuni contre les dispositions d'esprit que viendrait exciter en lui une dépêche du ministre de l'Algérie ayant trait à ce qui s'était passé et qu'il allait recevoir ».

Ce fut donc avec un calme parfait qu'il en fît la lecture. Son parti était pris d'avance. Deux jours après, le 3o, il répondit à M. de Chasseloup-Laubat :

Monsieur le Ministre, J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre dépêche

COMMANDEMENT SUPéRIEUR DE l'aLGÉRIE 359

du 25 octobre, par laquelle vous me faites connaître les intentions de TEmpereur en ce qui se rapporte à mes lettres à M. le Président du conseil général d'Alger et à M. le Préfet d'Alger. Je me soumets avec respect aux intentions de Sa Majesté et je me conformerai à l'avenir aux instructions que Votre Excellence en fait découler.

Veuillez agréer, etc.

Le commandant supérieur transmit copie de cette lettre au général Deligny, et, pour lui bien expliquer le fond de sa pensée, il ajouta :

Je suis porté à croire que celte réponse n'est pas du tout celle qu'on a voulu provoquer; mais, dans tous mes rapports avec M. le Ministre de l'Algérie et, dans ces derniers temps plus évidemment, j'ai trouvé trop de difficulté k mettre la discussion sur son terrain véritable pour qu'en tous cas j'aie pu voir autre chose que des inconvénients ici à vouloir insister. J'ai protesté; ma protestation a été recueillie par deux ministres de l'Empereur. J'ai reçu de tou? deux, dans des termes diamétralement opposés, l'approba* tion et, naturellement, l'improbation la plus complète de part et d'autre. C'est l'image de ce qui se passe. Je veux me persuader qu'avec un peu de patience nous arriverons à de^i conditions nouvelles de direction. Tâchons de rester calmes jusque-là. Je n'entrerai pas dans la terre de Chanaan, mais je tiens on ne peut plus, et vous me seconderez en cela, ^ ce que personne ne se passionne dans ces misérable.^ épreuves. Ce sera la plus grande satisfaction pour moi de pouvoir remettre une armée disciplinée jusqu'à la résignation, malgré les plus iniques attaques.

Il aurait été difficile d'apporter plus de calme et de résolution dans un conflit aussi grave. Cette disposition d'esprit, due à un profond sentiment du devoir» était une des caractéristiques du général de Martimprey.

En adressant sa réponse au ministre de TAlgérie, il ETait dû, en outre, lui faire connaître certains faits qui étaient la conséquence de sa politique administrative. Les indigènes du territoire civil de Bône émigraient dans le territoire militaire, et leur exode avait pris des proportions telles que, dans ce dernier territoire, les terrains de labour allaient bientôt manquer. Le commandant supérieur insistait pour l'envoi d'ordres, dont il faisait ressortir l'urgence.

Cependant, les attaques de l'autorité civile ne cessaient pas, et, au même moment, un article paru dans V Indépendance belge dénaturait encore les faits à son profit.

Le général de Martimprey dédaigna d'y répondre, persuadé qu'une décision souveraine ne tarderait pas à mettre un terme à ces manœuvres. Il venait, du reste, d'être avisé que sa présence à Paris ne serait plus nécessaire que le 3 décembre. Il devait s'embarquer le 27 novembre.

A cette date, tout était terminé. Un décret impérial du 24 novembre avait supprimé le ministère de TAlgérie et rétabli le gouvernement général. Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff, était investi de ces hautes fonctions. Cette désignation du chef militaire le plus connu pour son énergie était significative et marquait d'une façon éclatante le triomphe du général de Martimprey.

Son succès fut accentué par les félicitations qu'il reçut à cette occasion, alors que lui-même n'avait encore aucune place dans la nouvelle combinaison.

Le colonel d'état-major Renson, chef d'état-major de la division d'Oran, un de ses anciens amis d'Afrique et de Crimée, lui écrivit un des premiers une lettre qui était pour lui une récompense.

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR DE L'aLGÉRIE 36 1

Oran, le i décembre 1860.

Mon Général,

Le triomphe vous est dû, et vous partez enveloppé dans les plis du drapeau que vous ayez si énergiquement et si noblement défendu. Des esprits vulgaires pourront s'étonner que TOUS ayez fait à la défense d'une noble cause le sacri- -fice d'jtvantages positifs considérables, mais ceux qui vous connaissent bien, ceux qui se plaisent à croire qu'il existe encore de notre temps des hommes de caractère, vous reconnaîtront et vous applaudiront du rôle que vous ont inspiré votre amour de la vérité et votre dévouement désintéressé au bien public. Ce rôle, si rare en tout temps, doit entourer votre nom d'une grandeur morale plus éclatante •encore. Vos amis savent que vous n'en recherchez pas d'autre, mais permettez-leur d'espérer, mon Général, que l'avenir saura vous tenir compte d'un désintéressement si noble, d'une vertu si ferme.

Rien n'est exagéré, mon Général, dans ce que je vous -dis là, et je ne me suis autorisé à vous l'écrire que parce que •c'est l'expression de la pensée que j'ai entendu répéter autour de moi par tous ceux dont l'opinion vaut quelque •chose.

£. Renson.

Le général Desvaux écrivit de son côté au général <le Martimprey, le 4 décembre :

Mon Général,

... La reconstitution du gouvernement général nous mon- Irait que vos idées avaient triomphé, etc.

Après ce qui s'était passé en présence de Sa Majesté, après l'ignoble croisade excitée dans la presse par le ministère de l'Algérie, la nomination du maréchal Pélissier a paru renfermer une signification particulière. Appeler à la tête de l'Algérie, après les réformes civiles et impuissantes du prince Napoléon et de M. de Ghasseloup-Laubat, M. le maréchal Pélissier, qui occupe les plus hautes fonctions de

302 LE COXfTE DE MARTIMPREY

TEtat, qui est connu par Ténergie de sa volonté, n'est-ce pas proclamer que la route suivie depuis deux ans est pleine de périls, ainsi que vous Taviez signalé, et qu'il faut se hâter d'en sortir. Tous les amis de l'Algérie, tous les officiers qui ont pu connaître exactement ce qui s'est passé sous votre commandement, admirent les sentiments qui ont guidé votre conduite et vous gardent reconnaissance de l'immense service rendu à la colonie par votre appréciation exacte de la situation, par votre fermeté et votre abnégation. Votre caractère était déjà en haute estime dans l'armée; cette dernière épreuve vous élève encore. J'attends avec impatience la nouvelle que l'Empereur vous a donné un témoignage éclatant de la manière dont il apprécie votre mérite et votre désintéressement.

... Quant à vous, mon Général, comptez sur mon dévouement absolu. De près, de loin, je suis à vous de tout cœur. Conservez-moi l'affection dont vous avez bien voulu me donner tant de preuves. Quel que soit l'avenir qui vous est destiné, il ne sera jamais, à mon désir, ni assez glorieux, ni assez élevé.

Veuillez agréer, etc.

Le général Deligny, aussi empressé et aussi heureux que son collègue de Constantine, le félicitait à la même date et lui écrivait :

Voilà donc la victoire gagnée I

... Vous disparaissez pour un moment dans votre triomphe, résultat de deux années de lutte, d'abnégation, de sacrifices de toute sorte.

... De fait, l'Empereur nous a donné une grande satisfaction, etc.

Enfin, le général Yusuf lui adressait, dans son style oriental, même avant ses collègues, les félicitations les plus sincères.

Alger, le 3o novembre 1860.

C'en est fait, mon Général, vous êtes remplacé; mais

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