COMMANDEMENT SUPERIEUR DE L 'ALGERIE
j'espère que vous ne l'êtes pas pour toujours et je suis convaincu que vous remplacerez celui qui vous remplace aujourd'hui.
Félicitez-vous, mon Général, car vous avez remporté une véritable victoire et obtenu une gloire politique; c'est la plus belle des gloires et la plus difficile.
Le gouvernement militaire est rétabli en Algérie plus fortement que jamais. C'est à votre énergie, à votre noble caractère et à votre abnégation que nous le devons. Pour mon compte, quinze mois que j'ai passés sous vos ordres, je puis l'écrire partout en lettres d'or, «ont les quinze mois les plus heureux de ma carrière militaire.
Oui, mon Général, vous représentez pour moi le modèle de la dignité dans le commandement, et heureux ceux qui se sont trouvés et qui se retrouvent encore sous votre autoritél Et, croyez-moi, mon Général, ce n'est pas. ma tête qui parle, mais le fond de mon cœur.
Général Yusuf.
En résumé, le commandement en chef du général de Martîmprey venait de prendre fin à la suite d'un .grand succès, après une durée de quatorze mois, el c'était lui-même qui, dans Tintérêt de Tarmée, sacrifiait sa position à son devoir, donnant ainsi l'exemple d'une abnégation qu'on ne fit pas assez ressortir.
Deux événements d'une réelle importance avaient marqué cette période : la guerre du Maroc et la lutte de l'autorité civile contre l'autorité militaire. Dans l'une comme dans l'autre, le général avait réussi et montré des qualités de premier ordre. Ses chefs, comme ses inférieurs, avaient approuvé ses résolutions et, néanmoins, par une fatalité singulière, ces deux événements devaient contribuer à arrêter dans son essor sa belle carrière.
Au Maroc, les ravages du choléra restaient attachés au souvenir de son expédition, et, en pareil cas, il est rare que le cjief responsable, quoiqu'il n'y ait été pour
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rien, ne porte pas, dans une certaine mesure, le poids du malheur. On dit de lui qu'il n'est pas heureux, et, sur les esprits faibles ou fatalistes, cette observation a souvent une influence irréductible.
Dans sa lutte contre le pouvoir civil, le général de Martimprey restait, même après le succès, l'adversaire détesté. Le nombre de ses ennemis s'était accru, et leur puissance, appuyée sur des personnalités comme celle du prince Napoléon et du comte de Chasseloup- Laubat, ne pouvait s'affaiblir. Ils étaient près du souverain, qui n'aimait ni les embarras politiques, ni les caractères trop énergiques. Il y avait là, pour le général, une résistance cachée, difficile à saisir, et une hostilité latente, qui finit par lui nuire.