‹ Le général de division comte de Martimprey. Avec sept planches hors texte et cinq cartesChapitre 26 sur 48 · DE METZ · texte numérisé non relu

DE METZ

Situation particulière du général. — Lettre du noiaréchal Forey. — Impoitanoe de la place de Metz. — Réunion de l'association ecientifique. — Dî«oour« du général. — EvénementA d*Allemagne, — Guerre entre la Prusse et T Autriche. — Exposition de 1867. — Congestion cérébrale. — Mise en disponibilité.

Quelque belle qu'elle fût, la nouvelle position du général de Martimprey était au-dessous de son mérite. Depuis douze ans qu'il était général, il n'avait pas cessé d'être sur la brèche et de rendre des services éminentfi. Après avoir organisé, soutenu et en partie dirigé nos armées de Grimée et d'Italie, vaincu et soumis les Marocains de la frontière, lutté trois fois avec un courage remarquable contre des épidémies de choléra qui épouvantaient ses troupes, résisté avec une fermeté inébranlable aux empiétements des autorités civiles, exercé en Algérie le pouvoir suprême dans les conditions les plus difficiles, réprimé une insurrection redoutable, ramené les Flitta dans le devoir, préparé une réorganisation de la colonie et acquis des titres incontestés à la gouverner en chef, il était forcé de la quitter et de céder la place à un autre, malgré l'approbation de l'Empereur et de son ministre. Pour toute récompense, il était éloigné de ce pays, auquel il avait tant sacrifié, et gratifié, comme dédommagement, d'un fauteuil au Sénat.

Dans cette situation étrange, la fatalité dominait les volontés du souverain et du ministre de la Guerre.

Pour mettre le comble à cet état de choses et comme pour montrer à quel point certaines fonctions, même dans Tordre le plus élevé, peuvent devenir ingrates, le général de Martimprey était épuisé par l'effort physique et moral qu'il déployait depuis plusieurs mois; sa santé, si robuste, était ébranlée, et c'était à ce moment pénible qu'il lui fallait quitter la plume blanche et descendre du commandement d'un corps d'armée à celui d'une simple division.

L'Empereur et son ministre ont dû comprendre alors que le sentiment d'équité le plus élémentaire aurait dû faire donner au général, avec le Sénat, le pouvoir suprême en Algérie. L'Armée s'y attendait et, malgré la satisfaction causée par l'arrivée d'un chef illustre comme le maréchal de Mac-Mahon, elle eût trouvé la nomination de Martimprey plus légitime encore.

Ce fait parut si extraordinaire que les officiers de l'armée d'Afrique y virent une disgrâce qu'ils ne comprenaient pas. En réalité, le principe qu'une organisation nouvelle exigeait des hommes nouveaux, principe très contestable, ne pouvait suffire à justifier la mesure dont il était l'objet. Il est permis de croire que d'autres causes avaient influé sur sa position.

Le prince Napoléon et ses amis ne lui pardonnaient pas son énergie contre leurs empiétements et la ruine momentanée de leurs ambitions. L'Empereur aimait le calme et la paix. Sa bonté naturelle allait parfois jusqu'à la faiblesse, surtout quand il s'agissait des membres de sa famille et notamment de son cousin. Le général de Martimprey avait obtenu la suppression du ministère de l'Algérie et des Colonies, le renvoi de fonctionnaires d'ordre élevé et l'avènement d'un pouvoir militaire plus puissant qu'autrefois. Il était devenu un ennemi, et, pour lui, l'influence de ses adversaires était d'autant plus à redouter qu'ils avaient

toujours leurs places marquées auprès du souverain, au Sénat, au Corps législatif, dans les préfectures, etc. Gomment ne pas admettre que leurs rancunes furent assez fortes pour Técarter du gouvernement général de l'Algérie et le désigner pour le commandement de Metz, avant même que le ministre de la Guerre eût donné son avis?

Le général fut le premier à se rendre compte de cette situation, à en connaître les causes et à se résigner. Il quitta l'Algérie sans se plaindre et prêt à agir contre une de ces infortunes qui atteignent les hommes de valeur plus souvent que les autres. Après tout, le commandement de Metz était le plus important de France au point de vue militaire, et, comme l'avait écrit le maréchal Randon, il pouvait être aussi un poste d'attente. Le général restait la personnalité militaire la plus en vue pour être placée à la tête d'un corps d'armée; il n'avait encore que 56 ans; il avait commandé en chef devant l'ennemi un corps d'armée composé de toutes armes; il avait devant lui une période d'activité de quatorze années. L'avenir lui appartenait et il n'avait qu'à patienter; un jour viendrait oîi, par la force des choses, justice lui serait rendue et le passé réparé.

Il avait l'âme trop élevée et une trop grande expérience des choses militaires pour les voir autrement.

Toutefois, il avait besoin d'un long repos. En arrivant à Paris, à la fin de septembre i864, il vit le ministre, puis l'Empereur, et lui demanda l'autorisation de se faire mettre en disponibilité. Napoléon III répondit par un refus. 11 dut se résigner et se rendre à Metz.

Il prit de suite son commandement et s'occupa de son installation. Ge ne fut que le mois suivant, au commencement d'octobre, qu'il se décida à demander une permission pour se rendre à Meaux, séjour de ses

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vieux parents, et rautorisation d'aller à Paris pendant son absence. Le maréchal Forey, qui commandait à Nancy le 3* corps d'armée, dont Metz dépendait, s'empressa de lui répondre :

Lille, le 5 octobre i864.

Mon cher Général,

J'ai reçu à Lille, où je suis venu présider à mon déménagement, votre lettre du a. J'ai adressé immédiatement au ministre une demande de permission de 3o jours, qui vou5 sont nécessaires pour régler vos affaires. J'espère que le ministre se montrera plus gracieux pour vous, en cette circonstance, qu'il ne l'a été pour moi à mon retour du Mexique dans une occasion semblable.

Je suis heureux de vous avoir sous mes ordres, mais j'espérais mieux pour vous, et en vous donnant le commandement du 2* corps, il me semble qu'on eût fait une chose juste.

Mon installation à Nancy demandera bien encore une quinzaine de jours, quoique je la presse autant que possible.

Je ne connais pas Metz, j'aurai donc, quand j'irai, un double plaisir à voir cette ville importante et vous-même.

Recevez l'assurance de mes sentiments affectueux.

Maréchal Forey.

Pendant les trois années de son séjour à Metz, le général de Martimprey eut à remplir des fonctions régulières, dont le service courant était l'unique aliment. Mais les préoccupations naissantes d'un conflit avec la Prusse donnaient, à toutes les questions, une importance exceptionnelle. L'effectif des troupes qu'il commandait était considérable et les grands établissements militaires qui se trouvaient dans son commandement apportaient à sa correspondance et à ses décisions un intérêt de premier ordre.

La ville de Metz elle-même, grande place forte sur la frontière de l'Est, offrait à un chef militaire actif,

COMMANDEMENT DE LA DIVISION DE METZ ^3 ï

instruit et expérimenté un attrait particulier. Illustrée par les souvenirs les plus glorieux, elle était, en face des Allemands, le boulevard de notre défense nationale. Ses forts détachés, qui devaient en faire un puissant camp retranché, n'étaient pas terminés; leur achèvement devait être, pour le commandant de la division, une préoccupation constante et le but permanent de ses efforts. Dans ce centre militaire, le patriotisme des populations était aussi un encourage^ ment. Le général y fut admirablement reçu et n'était pas encore installé que les Messins, avec leur passion pour l'armée, avaient trouvé le moyen de lui témoigner leur estime. Ils étaient fiers de posséder un chef militaire grand-croix de la Légion d'honneur, sénateur, comptant à son actif d'aussi beaux services.

En 1866, une occasion se présenta de lui en donner une nouvelle preuve. L'Association scientifique de France, présidée par le célèbre astronome Leverrier, devait se réunir à Metz, au mois d'avril, et y tenir ses assises. Les habitants, d'accord avec les membres de l'Association, demandèrent au général de Martimprey d'en faire partie et d'ouvrir la session comme la notabilité la plus éminente du pays. Il le fit dans les termes suivants :

Metz, le 18 avril 1866.

Messieurs,

C'est pour moi un grand honneur d'être appelé à ouvrir cette session générale de l'Association scientifique de France, et je veux d'abord remercier l'édilité messine de sa gracieuse hospitalité, qui nous permet de recevoir dignement notre illustre président, M. Leverrier.

Je sa>Iue avec reconnaissance sa présence parmi nous et celle de nos collègues venus de loin pour prendre part à nos travaux, objet de tant de sympathies, à cette époque où, d'ailleurs, tous les efforts de l'esprit humain, tous les élans généreux Reçoivent de si haut l'encouragement et l'exemple.

Aucune ville, Messieurs, n'était mieux faite que celle-d pour vous réunir. Fière de ses remparts, qu'elle saurait faire respecter dans son dévouement patriotique à l'empire, riche de traditions, forte de ses croyances, elle renferme dans son sein tout ce qu'une société peut offrir de noble dans ses principes, de sérieux dans ses progrès.

Ici, les associations bienfaisantes savent venir en aide à toutes les souffrances; l'instruction, à tous les degrés, s'offre largement à la jeunesse; la littérature est en honneur; les arts fleurissent sous des maîtres éminents; enfin, l'industrie s'accroît dans un mouvement rapide.

Laissez^moi, Messieurs, signaler aussi à vos regards, avec un légitime orgueil, les vastes établissements de ce grand boulevard militaire, ces arsenaux magnifiques, cette Ecole de l'artilderie et du génie, appelée à recruter les deux corps savants dont l'instruction polytechnique se traduit dans toute sa puissance par des applications multiples.

Pour s'élever au delà, il faut, Messieurs, tendre vers ce« régions transcendantes, où pénètrent de rares esprits, princes de la science, «'immortalisant avec elle par de mcrveil'leuses découvertes, spectacle grandiose qui porte à remercier la Providence de la part qu'elle a dévolue à l'intelligence humaine I

Que notre président, Messieurs, accepte dans ces expressions un homimage auquel mes sentiments me disent que vous voudrez applaudir.

Général de Martimprey.

G'e^ de Metz que le général put suivre avec un intérêt qu'on devine le grand drame historique développé en Allemagne par l'ambition prussienne, la défaite de l'Autriche, la brutale conquête du Hanovre et l'absorption des royaumes allemands par les HohenzoUern. Il put alors pressentir la lutte formidable que l'avenir réservait à notre patrie, sans soupçonner cependant les perfidies et les mensonges qui devaient être employés pour nous contraindre à une guerre fatale.

COMMAiNDEMENT DE LA DIVISION DE METZ ^33

Les événements survenus chez nos voisins de TEst furent, pendant l'année 1866, la grande préoccupation des commandants militaires de la frontière.

L'année suivante, les esprits furent distraits des idées guerrières par l'ouverture de la grande exposition destinée à exhiber aux yeux des nations les magnifiques progrès de la science et de l'industrie. Partout alors on était à la joie, et à Metz, comme ailleurs, on s'apprêtait à visiter Paris, quand un malheur terrible vint subitement frapper le général.

Quoique remis en apparence des fatigues de i864, il avait usé ses forces dans ses longues et pénibles campagnes. En 1866, au retour d'un voyage qu'il avait fait aux eaux thermales de Schinznach (Argovie), il fut frappé d'une congestion cérébrale qui lui ôta momentanément l'usage de la parole. Il se remit de cette première attaque et paraissait être en pleine santé, quand, six mois plus tard, au mois d'avril 1867, il fut frappé de nouveau. Cette fois, le mal était plus grave; ses jours furent eii danger. On réussit cependant à le sauver, mais il resta paralysé du côté gauche. Il conserva néanmoins toute sa tête et sa liberté d'esprit. Il comprit alors que sa vie active était terminée et qu'il fallait abandonner tout espoir d'avenir. Au point de vue de l'avancement et des fonctions à exercer, sa carrière était finie. C'était un coup cruel pour lui et les Siens. Mais sa résignation égalait son couitige; il pouvait être encore utile à ses enfants; il sut réagir contre le découragement et s'occupa d'abord de remettre sur pied sa constitution si profondément ébranlée. Dans les premiers jours de mai, il demanda sa mise en disponibilité, qui fut prononcée à la date du 8.

A partir de ce moment, il régla son existence de façon à trouver le calme et le repos nécessaires à son rétablissement. Entouré des soins affectueux de M™' de Martimprey et de ses trois fils, dont l'aîné, arrivé bien-

tôt à rftge d'homme, donnait déjà les plus belles espérances, il finit par reprendre son équilibre, mais avec des forces ébranlées qui l'obligeaient à une extrême prudence. Il s'installa d'abord avec sa famille aux environs de Metz, où ses fils poursuivaient leurs études. Au mois de janvier 1869, il fut assez bien pour pouvoir assister plusieurs fois aux séances du Sénat.

Sa vie se poursuivait ainsi dans le calme d'une retraite anticipée, quand, au commencement de 1870^ \ine vacance se présenta pour lui.

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