‹ Le général de La Horie, 1766-1812Chapitre 6 sur 10 · TU · texte numérisé non relu

TU

succès sur le même théâtre, a montré Texécution de choses telles que l'imagination même en peut être effrayée ; mais aussi il ne suffisait pas pour cela de savoir compter des hommes, il fallait savoir les connaître, et savoir les juger.

» Au reste, tu imagines bien qu'en m*attri buant une grande influence sur les campagnes du général Moreau, on n'avait sûrement pas en vue de faire mon éloge ; mais il n*y avait guère d'autre moyen de pouvoir calomnier mon caractère, avec quelque vraisemblance, des passions qui me furent toujours étrangères ; à quoi il faut convenir que l'on est pleinement parvenu.

» Il est vrai de dire aussi que Ton n'a été que trop bien secondé par le concours des circonstances politiques et mon insouciance sur toutes les clameurs dont j'étais l'objet. J'avoue même que je dois m'accuser du parti

que je pris, à mon retour de l'armée, de me renfermer dans une retraite absolue • Je ne sentis pas assez que je laissais un champ libre aux interprétations et à la calomnie ; mais dans mon premier voyage de Tan VIII à Paris, je m'étais expliqué avec tant de fran chise avec Sa Majesté, sur mon caractère et mon goût pour la vie privée, et j'en avais si positivement renouvelé l'assurance à la fin de la guerre, que je m'endormis dans une pleine sécurité, m'en reposant sur mes actions et regardant toujours comme un gage de mon repos, ces entretiens de l'an VIII dont le souvenir ne sortait pas d^ ma mémoire.

» Ma conduite depuis ma proscription doit bien montrer combien alors j'avais été sincère et vrai dans tout ce que j'avais dit de moi ; mais je conviens qu'avant cette époque^ il était bien difficile que l'Empereur ne prit pas quelque impression de tant de clameurs

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auxquelles je n'opposais que le silence, et dont, avant ses campagnes d'Allemagne, il ne pouvait guère démêler les motifs secrets.

Je crois même en reconnaître Teffet dans Tordre de ma retraite avec 2.500 francs, donné au moment même de la guerre contre TAngleterre, et par le même arrêté qui confirmait comme généraux de division les généraux Walter et Bonnet qui avaient été proposés pour ce grade avec moi, après la bataille de Hohenlinden. Dès lors, je me renfermai plus que jamais dans la vie privée la plus retirée, passant presque tout mon temps à la campagne de Saint-Just (1), et concentré à Paris, dans le centre de quelques connais sances de ma jeunesse, et d'un petit nombre d'anciens officiers de l'armée du Rhin que tu connais tous. Je voyais même assez rarement le général Moreau, non que j'eusse

(1) Près Vernon.

cessé d'être avec lui dans les mêmes rapports d'estime et' d'amitié, mais parce que son goût pour la chasse et sa vie dans le monde né pouvaient guère s'arranger avec mes habitudes qui ne m'ont jamais permis de me trouver bien qu'avec une petite société et une vie intime.

)) On peut juger par cette seule comparaison, de la différence de vie du général Moreau et de la mienne, et si j'exerçais sur lui depuis mon retour de l'armée, l'influence que l'on m'a attribuée ; car il est assez d'observation, dans tous les temps, que les intrigants prennent les goûts des personnes qu'ils veulent séduire, comme les hommes de caractère donnent les leurs à ceux qu'ils dominent.

» Mais, à te dire vrai, je crois que là dessus, comme sur ma conduite, le gouvernement était alors bien trompé dans les rap-

ports dont j'étais Tobjet, ainsi que j*avais déjà pu en juger dès l'an X. Car, tandis que j'étais à Saint-Just depuis longtemps, à la connaissance de toute la ville de Vernon, et des villages qui l'environnent, on affirmait dans un rapport au général Junot que je me trouvais à Paris et que j'avais assisté à un prétendu conciliabule de généraux dont le général Delmas entre autres avait dû faire partie. Sur quoi il est à remarquer qu'il était connu de toute l'armée que Delmas et les autres assistants supposés ne pouvaient me souffrir. Il est malheureusement très probable que cette erreur dans les rapports sur ma conduite n'aura pas été la dernière. Quoi qu'il en soit, la découverte du complot de Georges vint à la traverse et la nouvelle parvenue au gouvernement d'une entrevue du général Moreau avec Pichegru, dans le temps même de cette découverte, rendit le premiei

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suspect, et les soupçons s'étendirent jusqu'à moi, par suite de ma liaison avec lui.

» Tout cela était naturel dans le premier moment, et je n'en ai jamais accusé que l'enchaînement des circonstances. Mais je ne puis trop te le répéter, mon cher Savary, j'ai été aussi étranger que toi à l'entretien du général Moreau avec Pichegru, et à tous conseils d'une relation quelconque avec lui ou avec qui que ce soit de suspect au gouvernement. Et si le général Moreau ne l'a pas déclaré, dans la supposition où on lui en aurait fait la demandé, ou s'il n'était pas prêt à le faire, il serait à mes yeux l'homme le plus imposteur de la terre. Mais je lui rends trop de justice pour le supposer capable d'une telle calomnie.

» Il est impossible aussi que l'instruction de l'affaire du 25 pluviôse n'ait pas établi jusqu'à l'évidence que j'y étais complètement

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étranger, ainsi qu'à- tout rapport quelconque avec qui que ce soit des accusés. D'unautre côté, il est, je crois, hors de doute, d'après l'exposé de ma vie depuis la Révolution, dans toutes les circonstances, jusqu'au 25 pluviôse, que les idées que Ton s'était faites sur mon compte sont inconci- Kables avec mon caractère tel qu'il est établi, par les faits.

» Peut-il donc encore rester le moindre nuage sur mon innocence, et peut-on douter que l'on ne se soit trompé dans le jugement qu'on a porté sur moi.

» Mais s'il pouvait d'ailleurs manquer quelque chose à cette conviction, quel poids ma conduite depuis le 25 pluviôse ne doit-elle pas y ajouter? Car enfin, frappé de proscription depuis plus de six années, privé de mes biens par leur séquestre, entraîné d'un autre côté dans la ruine de la personne chargée

de mes affaires, réduit par ces circonstances aux plus fâcheuses extrémités, et repoussé en même temps dans toutes mes réclamations, pouvait-on attendre l'heure de la justice avec plus de résignation ? Et ne m'est-il pas permis d'affirmer sans crainte d'être dé* menti, ni en France, ni par l'étranger, que l'homme qui eut été le mieux traité par le gouvernement n'aurait pas tenu une conduite qui montre plus de respect pour lui et d'attachement pour son pays, que ne l'a prouvé la mienne dans des temps si pénibles.

» En voilà bien long, mon cher Savary, et trop peut-être pour ta patience et pour ton temps. Mais songe que la justice de l'Empereur pour moi est toute entière dans la connaissance qu'il peut avoir de la vérité sur mon compte, et que depuis plus de six ans je cherche en vain à la faire parvenir jus-

qu'à lui, en même temps que je craindrais d'abuser de ses moments par tous ces détails. Pouvais-je, dès lors, mettre la moindre réserve avec toi, par lequel seul, aujourd'hui. Sa Majesté peut connaître la vérité sur tout ce qui me touche.

)) Aussi tout est désormais dans tes mains, car tu peux juger maintenant, et mettre Sa Majesté à même de juger combien Terreur des uns et la calomnie des autres m'ont horriblement défiguré. Après tant d années que j'en porte si cruellement la peine, serai-je donc encore abusé par l'espoir qu'après de si longs tourments, il me sera laissé au moins de laisser reposer ma tète dans ma patrie.

Mais j'oublie qu'il n'est que trop temps d'en finir. Je t'embrasse.

» V. Fanneau-Lahorie. »

Cette longue lettre est précieuse à un double point de vue. D'abord parce qu'elle donne sur la belle carrière militaire du gé- Béral, quelques renseignements, malheureusement bien incomplets : ensuite, et surtout, parce qu'elle met en pleine lumière, son noble caractère.

Il est impossible, en lisant ce mémoire, de ne pas être frappé de son accent de sincérité. On sent que ce soldat dit la vérité ; que la seule chose qu'il ait au cœur, c'est le besoin de se disculper d'accusations injustes.

En même temps il fait preuve, naturellement, sans effort, d'une véritable grandeur d'âme. Il n'est pas aigri par l'infortune injustifiée : tout en restant fidèle à ses amitiés, et à l'homme pour l'affection duquel il a tant souffert, il explique sans amertume la cause de la méprise dont il est victime ; il disculpe ses accusateurs ; il leur pardonne.

Et même, lorsqu'il parle de lui, lorsqu'il raconte sa vie, — en s'excusant d'ailleurs d'être obligé de le faire, — lorsqu'il se rend justice à lui-même, il n'est pas fatigant, loin de là ; il apparaît clairement qu'il ne doit pas exagérer, et que ce qu'il écrit sur son compte, tous ceux qui l'ont connu le pensaient.

On est tenté de s'écrier : « Ce soldat est un brave homme et une grande victime ».

Les diplomates et les élèves de M. de Talleyrand trouveront en revanche que cette lettre si belle au fond manque parfois d'adresse. Un courtisan rompu aux finesses de la carrière, n'aurait pas rappelé à celui dont il attendait de si grands offices, certains points : il eut été moins brutal, se serait moins étendu sur ses propres qualités et aurait mis plus en relief celles du « cher ami » auquel il écrivait.

Mais de la Horie Ta dit lui-même. Elevé au milieu des camps, il a toujours iguoré les finesses des Cours, Tacite et Polybe lui ont appris à aimer les héros de Tantiquité :

il ne lui ont pas enseigné les phrases alambiquées et mielleuses avec lesquelles on gagne le cœur des courtisans.

Et Savary n'est pas autre chose. L'ancien compagnon d'armes n'existe plus. Il a fait place au valet de cour, disposé à toutes les bassesses pour mériter chaque matin, le sourire de l'Empereur. La fin de l'aventure l'a bien prouvé.

En attendant, quand il reçut la lettre du proscrit, le Grand chef de la police dut trouver singulièrement naïf cet homme venant de lui-même lui procurer l'occasion de faire sa cour au Mattre ; peut-être lut-il jusqu'au bout la lettre — espérant sans

doute y trouver une adresse que par un der-

nier reste de prudence — ou par oubli — le général n'avait pas indiquée. Ed tout cas, il la rangea soigneusement en même temps qu'une requête à Sa Majesté jointe à la lettre de la Horie au ministre, et que voici : « A Sa Majesté l'Empereur,

» Sire :

» Frappé de graves mesures de rigueur sur des soupçons qu'une aEFaire grave et un long encbainement de circonstances avaient pu faire naître sur mon caractère et mes sentiments, je me suis résigné, après d'infructueuses réclamations, à attendre que le temps me permit d'opposer un jour auprès de Votre Majesté, le témoignage d'une longue épreuve de ma conduite, aux préventions qui avaient pu s'élever contre moi.

» Aujourd'hui, plus de six années se sont écoulées depuis que le feu et l'eau me sont interdits dans ma patrie, et le séquestre or-

donné sur mes biens est venu encore aggraver cette position.

» Plein de cette conscience que l'instruction du magistrat sur ma conduite avant le 25 pluviôse, a dû détruire tout soupçon d'inculpation contre moi, et que depuis ma conduite n'a pu donner lieu à aucun reproche, oserai-je exposer avec quelque confiance, ces longues épreuves à la justice de Votre Majesté, pour obtenir un terme aux mesures de rigueur dont je suis frappé depuis tant d'années, et dont je suis persuadé que j'aurais été exempt, si, dans les circonstances qui les ont motivées, mon caractère et ma conduite avaient été réellement connus de Votre Majesté.

)) V. Panneau Lahorie. »

Le style de cette requête est lourd ; mais la demande était juste.

Die la Horie ne reçut de réponse ni à sa lettre, ni à sa requête .

Comme il avait été toujours fidèle à ses amis, et comme il avait eu cette bonne fortune de trouver également autour de lui des amitiés dévouées, il ne se découragea pas pour ce premier insuccès. Un mois après, il écrivit encore à Savary :

Juillet 1810.

» Je suppose, mon cher Savary, que tu as reçu une pétition que je t'ai adressée pour être remise à Sa Majesté, avec une lettre pour toi, contenant assez de détails sur ma conduite pour mettre à même de me juger sur mes actions.

» J ai cru devoir t'adresser particulièrement cet exposé, écrit avec tout l'abandon de la confiance, dans l'idée que tu étais plus

à même que moi d*en peser Tutilité. Mais je crains aujourd'hui que tu n'aies hésité d'en faire part à Sa Majesté. Je sens trop, d'un autre côté que le seul moyen d'éclairer sa justice est de me faire connaître tel que je suis, ce qui ne se peut qu'en mettant ma vie sous ses yeux. Ainsi, mon cher Savary, je te demande comme un service de saisir le premier moment pour lui soumettre cet exposé, comme j'imagine que tu le peux facilement, et même avec plus d'avantage que s'il lui était nominativement adressé.

Si cependant tu trouvais des inconvénients à cela, que je ne puis juger, je te prierais de me prévenir officiellement ou autrement de faire passer un mémoire pour être soumis à Sa Majesté. Je te l'adresserais de suite, bien persuadé qu'il serait mis sous ses yeux, ce que je n'ai encore pu obtenir pour aucune de mes demandes jusqu'à ce jour ; mais je

suis persuadé que ce que je t'ai adressé est préférable à tous égards.

» Je te renouvelle d'ailleurs icirassurance que je suis prêt à répondre, sur ma tète, de l'exactitude de cet exposé, de me justifier de toutes accusations quelconques qui pourraient exister contre moi, s'il y en a, ainsi que je l'ai toujours offert.

» Je serai à cet effet à ta disposition, dès que tu m'auras fait connaître les dispositions de Sa Majesté.

» Si tu me trouves un peu pressant, mon cher Savary, songe un moment à ma position depuis tant d'années; tu me connais d'ailleurs assez pour ne pas douter que je serais très fâché d'exposer ni toi, ni qui que ce soit, à éprouver aucun désagrément pour moi. Ce motif m'a même empêché, depuis ma proscription, d'accepter les offres de mes amis et de tenter aucune démarche par l'in-

termédiaire des alentours de Sa Majesté, et de toi, tant que cela sortait de vos fonctions. Mais aujourd'hui que, comme ministre, tu te trouves appelé naturellement à prendre les ordres de Sa Majesté sur ma pétition, il me semble en me mettant à ta place, que je puis m'abandonner avec quelque confiance d'obtenir une décision sur mon sort, avec une réponse de toi.

» Adieu, mon cher Savary, je t'embrasse* Je crois t'avoir prié dans ma première lettre de me faire parvenir ta réponse sous le couvert de mon neveu Charles, chez M. Autheaume, notaire, rue de la Verrerie, Paris.

» V. F. Lahorie. »

De La Horie était en droit d'espérer au moins une réponse : rien ne vint, et les lettres du général ne sont pas faites pour don-

ner une haute idée du caractère de Savary.

Malgré ce silence, le proscrit avait fondé trop d'espoirs sur l'arrivée de son ami au Ministère de la Police, pour se laisser aller au découragement.

Il écrivit encore au mois de décembre 1810.

(( A ton avènement au ministère, je t'ai adressé, mon cher Savary, une pétition pour être soumise à Sa Majesté, relativement aux mesures d'autorité ordonnées et maintenues depuis près de sept années sur ma personne et sur mes biens, même sur ceux dont la jouissance, avant cette époque, était laissée à ma mère.

» A cette pétition officielle je joignis un exposé particulier détaillé de ma vie et de ma conduite depuis 1793 jusqu'alors, en t'indiquant tous les moyens de vérification qui pourraient te servir à mettre Sa Majesté

à même de se prononcer sur toutes les préventions et inculpations que Terreur des uns et la calomnie des autres, jointes à Tenchai' nement des circonstances difficiles, avaient concouru à élever contre moi .

» En te répondant sur ma tête de l'exactitude de cet exposé, je te prévenais en même temps que j'étais à ta disposition pour l'exécution des ordres de Sa Majesté.

)) Je ne puis douter que depuis ce temps, tu aies ordonné les recherches nécessaires pour vérifier, non seulement Texposé que je t'ai adressé, mais encore toutes les préventions d'inculpation dont on a pu me charger ; d'un autre côté, la conscience de mon innocence ne me permet pas la moindre incertitude sur le résultat de ces recherches,

)) Cependant, mon cher Savary, rien n'est encore changé pour moi, ni pour ma liberté, ni pour mes biens. Je te laisse à imaginer

tiO LE GÉNÉRAL DE Lk HORIE

qaelle doit être ma situation depuis près de sept années que dure cet état de choses, et combien il m'est surtout pénible de voir peser un séquestre sur ma pauvre mère qui n*avaît déjà que trop à souffrir de la proscription d*un de ses enfants.

» Je suis, au reste, bien loin de chercher la cause de ces délais dans aucun manque d'intérêt de ta part, et je ne t'attribue que l'idée où tu as pu être naturellement, que ma réclamation, par son effet même, exigeait une circonstance favorable pour être soumise avec succès à une décision de Sa Majesté.

» Mais, pour te rassurer à cet égard, je dois t'instruire qu'à l'occasion d'une pétition présentée il y a dix mois, au nom de ma mère, relativement au séquestre. Sa Majesté a manifesté elle-même que je devais me présenter. Cette pétition lui fut remise par M. Defer-.

mont, comme président du corps électoral

de mon département, et était accompagnée d'une lettre de toute la députation, relative ment à ma proscription. Sa Majesté, en répondant qu'elle se ferait faire là-dessus un prochain rapport, ajouta, avec l'accent de la bienveillance :

» Mais où est Lahorie, et que ne se présentè-il ?

» Pourquoi ne se présente-t-il pas ? »

» Ma première pensée, comme elle Ta été de tout temps, était de me présenter directement à Sa Majesté; mais je fus obligé de céder aux instances de tous mes amis qui pensaient qu'une demande directe et isolée, serait regardée comme un acte d'indépen dance répréhensîble. D'un autre côté, je savais du reste que je n'avais rien à attendre de ton prédécesseur, dont l'éternel refrain à toutes mes demandes depuis Messidor an XII avait toujours été que je devais aller aux

États-Unis : comme si le premier devoir d*uii homme prévenu d'inculpation et innocent n'était pas dé rester soumis aux lois et à Tauri té de son pays.

)) Ainsi, il me fallait en rester là, et j'étais à chercher de nouveaux moyens d'arriver jusqu'à Sa Majesté, quand ton avènement au ministère est venu me rendre l'espérance de lui faire enfin parvenir mes réclamations et éclairer sa justice sur mon compte.

)) Voilà bien des détails, mon cher Savary, mais je les ai cru nécessaires pour que tu puisses juger des dispositions de Sa Majesté. Combien je désirerais que Sa Majesté connaisse le fond de l'exposé de ma vie que je t'ai adressé; il serait sûrement le gage de ma sécurité à venir, et je puis bien t'assurer qu'aucune des personnes qui m'ont connu n'en pourra contester la vérité. Dans tous les cas, tu me connais assez pour être per*

suadé qu'en l'annonçant que je me mettrai à ta disposition, je n'ai pas entendu mé confier à demi à ta loyauté et à la justice de Sa Majesté. Dans ces sentiments, je t'envoie cijbinte une demande oflBcî elle pour la prier de soumettre à une décision la pétition que je t'ai adressée il y a six mois, et je me rendrai le samedi 29 du courant, à ton hôtel, à une heure précise après midi, pour me remettre à ta disposition. S'il ne se pouvait pas que je parvienne à cette heure jusqu'à toi, ce qui serait pour moi une grande contrariété, je te prie de me faire connaître, par un de tes aides de camp, au chez ton por tiér, à quelle heure je pourrai être admis.

» Dans mes lettres précédentes, je tè donnais Tadresse de mon neveu à Paris : mais il m'a été enlevé par une mort prématurée, ce qui me laisse sans aucun moyen de communication intermédiaire avec toi. Je t'em-

114 LE GiNÉRAL DE LA HORIE

brasse, mon cher Savary, en me recomman* dant à ton souvenir.

» V, Fanneaû Lâhorie. »

A cette lettre était jointe la pétition suivante :

« A Son Excellence, le Ministre de la Police.

» Décembre 18iO.

» Monseigneur :

» Permettez que je rappelle à Votre Excellence, la pétition que j'ai eu liionneur de lui adresser il y a six mois, pour être soumise à Sa Majesté, relativement au mandat d'arrêt décerné contre moi depuis près de sept ans et au séquestre mis sur mes biens.

» Quoique sans réponse de Votre Excel-

lence sur cette pétition, ne pouvant douter cependant qu'elle vous soit parvenue avec l'exposé détaillé de ma conduite qui y était joint, je vous supplie, Monseigneur, avec dé nouvelles instances, d avoir la bonté de la mettre sous les yeux de Sa Majesté»

)) Et comme l'objet de ma réclamation me fait un devoir de me remettre à votre dispo* sition, ainsi que je vous l'ai offert, pour être aux ordres de Sa Majesté, j'ai l'honneur de vous prévenir que je me rendrai le samedi, 29 du courant, à une heure précise de l'après-midi, à l'hôtel de Votre Excellence, pour l'exécution des ordres de Sa Majesté.

» Leur longue attente, malgré tant de démarches vainement renouvelées depuis près de sept ans, m'est d'autant plus pénible, que ma confiance entière dans la justice et la bienveillance de Sa Majesté, m'a toujours donné toute espérance de sécurité sur sa dé-

cision^ dès que les preuves de moa innocence seraient mises sous ses yeux; ce que je crois avoir mis Votre Excellence pleinement à même de faire, par Texposé que j'ai eu rhonneur de lui adresser, et dont je suis toujours prêt à garantir Texactitude sur ma tète, en même temps que tous les moyens de vérification sont entre vos mains.

n Je suis avec respect...

» V. Panneau Lahorie. »

Telles sont les lettres écrites et envoyées par de La Horie, à Tinsu de M°^® Hugo, chez laquelle il était alors réfugié, au Ministre de la Justice. Reprenons maintenant le récit émouvant de son arrestation et des incidents qui la précédèrent.

Quand le général Bellavesnes vint raconter à ses amis ses conversations avec *** (remplaçons ces trois étoiles par le nom du per-

sonnage et appelons le SaVàry), de La Horie n'était-il pas fondé à croire que le général lui apportait la réponse attendue depuis si longtemps? Ne devait-il pas lui sembler que le ministre, son ami, avait trouvé un moyen discret et sûr de correspondre avec lui, et que c'était une manière de lui faire connaître les intentions de TEmpereur à son égard ?

Il n'y avait pour lui qu'une seule façon d'interpréter les faits. Le Ministre lui faisait dire : « — Votre pétition a été lue et comprise : la liberté va vous être rendue. »

Et quand le 29 décembre, il vit Savary ; quand celui ci, nouveau Judas, lui serra affectueusement la main, et lui « assura que le passé était oublié, qu'il pouvait se montrer partout )), comment le malheureux proscrit aurait-il pu concevoir le moindre soupçon ?

N'avait-il pas fourni toutes les explications

voulues et n'avait-on pas pris six mois pour vérifier ses dires, et acquérir la preuve de son innocence?

. Quant à la conduite de Savary, elle est abominable. Il a mérité ce jour-là, la réprobation et le mépris de tous les honnêtes gens.

^ GÉNÉRAL DE LA HORIfi 119

Après son arrestation» de La Horie fut conduit à Vincennes. Le vieux donjon était alors converti en prison d'Etat ; le prisonnier resta six mois sans écrire; il attendait des juges qu'on ne lui donnait pas.

Mais Tespoir est une plante vivace qui s'obstine à fleurir dans notre âme lors même qu'on la devrait croire morte à tout jamais.

Au bout de ces six mois de détention, l'énergie de de La Horie se réveilla. Nous allons mettre sous les yeux du lecteur les nouvelles lettres adressées par lui au chef de la Police impériale.

Dans ces pièces^ jusqu'à présent inédites, Iç général continue à crier son innocence :

HÛ iX GÉNÉRAL DÉ LA HORIR

il demande des juges, il implore la justice.

Et toujours, il demeure maître de sa plume ; il ne laisse pas trop voir les trop justes ressentiments qu'il devait éprouver»

La première lettre est encore adressée à Savary,

« Du donjon de Vincen/nes, le 22 août i8H.

)) Â Son Excellence, le duc de Rovigo.

» Monseigneur,

» D'après votre assurance que je serais compris dans le travail à soumettre à Sa Majesté sur les prisonniers d'Etaty j'attendais une décision sur mon sort, avec d'autant plus d'espoir et de sécurité, que Votre Excellence n'a montré aucun doute sur ma culpabilité, et que je me suis remis volontairement dans vos mains, sur la volonté manifestée

LE OÉNÉSAL DE LA HORIE 121

par Sa. Majesté elle-même, que je me présente avec confiance à sa justice ; ce qui me promettait que ma conduite serait éclairée et jugée comme je le demande depuis tant d'années.

1) Trompé dans cette attente, sans pouvoir l'attribuer à ce que. je n'ai pas été interrogé, puisqu'il a été statué sur le sort d'autres détenus dans le même cas, il ne me reste qu'à T0U9 prier de soumettre ma justification à Sa Majesté. Je croirais de trop de rappeler ici mesdemandes d'être jugé mèmepar une commission militaire, s'il restait le moindre nuage sur ma conduite ; cet espoir ne peut plus m'abuser apcès huit mois de détention, sans être interrogé (1), mais dois- je craindre

|1| On De Mit vrtlmeut qui rendre reiponsable d'un aussi odienx déni de JnsUce. Il est difflcUe de croire qoe SaTary aglMatt sans ordre. Ce gérait vraiment Irop cruel : d'un anlre cAté, comment expliquer cet acharnement de l'Empereur tout puissant eootre un ennemi vaincu, se rendant â merci . Ce serait une tache si mons-

122 IX GÉNËftAL DE LA HORIB

d'être aussi malheureux en vous rappelant mes réclamations pour la levée du séquestre de mes biens, continué depuis ma détention, et dont ma mère, et ceux qui ont eu des rapports d'intérêt avec moi, souffrent depuis si longtemps.

» Puisqu'il ne paraît pas être dans les intentions de Sa Majesté que je sois jugé, elle ne peut sans doute vouloir que je reste privé de biens aussi légitimes que les miens. Quels que soient ses sentiments à mon égard. Votre Excellence sait assez ce que me coûte la confiance avec laquelle je me suis remis entre ses mains, pour qu'il me soit permis d'espérer qu'elle soumettra ma pétition à une décision de Sa Majesté.

» Mon innocence ne saurait être équivoque

trneusB lallssant aa mémoire qu'on est porlâ ft croire t un nicëa de zèle de courUsane. Cependant qae penser aa voyant les faits, et eo Usant ces pièces f

aujourd'hui, et devrait ce mè semble être encore recommandée par tant d'années de proscription et de malheurs, et par le délabrement de ma santé, causé et entretenu par une détention qui laissent sans motif ma justification et la connaissance acquise de mes principes et de mon caractère par l'épreuve de plus de sept années d^une conduite sans reproches. Après avoir payé si cher des préventions nées des circonstances, et après de si longues tourmentes, pourrait-il donc m'ètre encore interdit d'espérer enfin la levée du séquestre sur mes biens, et qu'en me rendant à la liberté, il me sera laissé au moins de pouvoir reposer ma tète avec sécurité dans ma patrie?

» V. Panneau Lahorie. »

Sôus la politesse de cette lettre et sous ses termes mesurés^ on sent de La Horie sen-

sible au dernier coup dont il a été frappé»

A distancé, nous pouvons aujourd'hui nous demander si la responsabilité morale de cette arrestation et de ce déni de justice est imputable à l'Empereur ou à son ministre.

Mais de La Horie paratt avoir à ce sujet une opinion bien arrêtée. Après avoir espéré un moment, et cru que l'Empereur tout puissant avait oublié les querelles, les animosités du Premier Consul, il ne se fait plus d'illusions. On sent par la façon dont il s'exprime, qu'il a perdu toute confiance dans la générosité et dans la justice du souverain.

Au surplus, il n'avait pas tort. Ce séquestre dont il demandait la mainlevée fut maintenu ; il durait encore quelques mois plus tard lorsque sa mère mourut sans avoir eu la satisfaction d'embrasser son fils.

Avant de raconter quand, et comment le séquestre dont se plaignait le général fut

levé, nous allons donner une lettre toute privée, écrite par de La Horie, à une personne, amie de sa famille, peu de jours avant le décès de sa mère.

« Du Donjon de Vincennes^ le 43 août.

» A Madame Juluot, rue Chariot, à Paris.

» Les nouvelles que vous avez la bonté de me donner de ma pauvre mère, né me laissent. Madame, qu^un bien faible espoir de la conserver. Il faut finir ; c'est une loi commune, mais indépendamment de ma tendresse bien sincère pour ma mère, je ne puis vous exprimer tout ce que je souffre de Tinquiétude de la perdre dans ma position . Je lui ai écrit pour la tranquilliser sur ce qui me touche. Je désire bien qu'on l'entre tienne dans cette idée et qu'elle n'ait au moins que sa maladie à supporter.

» C'est à ceux auxquels il est donné d'en-

tourer son lit de douleur, à endormir ses inquiétudes par toutes fôs illusions propres à les charmer. Condamné à ne pouvoir remplir ce devoir, je sais plus qu'un autre. Madame, tout le prix des marques d'intérêt que vous paraissez disposée à donner à ma mère, en vous rendant auprès d'elle, et j'en suis profondément pénétré.

» J'étais déjà plein de votre obligeance pour moi ; mais vous ne pouviez rien y ajouter qui me touche davantage, et c'est bien sincèrement que je vous prie de recevoir l'expression de ma reconnaissance, et de mon respectueux attachement.

» V. F. Lahorie. »

» P.-S. — J'apprends avec grand plaisir la promotion de des Loges (le beau frère du général, d'après sa dernière lettre à Sa vary, donnée plus loin) : c'est une justice

bien tardive, mais enfin c'en est une. Je suppose que vous avez eu la bonté d'en faire part à ma pauvre mère, à laquelle cela causera une grande joie. Pour moi, j'en jouis doublement par mon amitié pour des Loges, et par la peine que j'éprouvais de croire que ma position nuisait à son avancement. )>

Il n'est pas surprenant d'ailleurs, que la demande du prisonnier soit restée sans effet. Si le duc de Rovigo agissait en vertu d'ordres donnés par l'Empereur, il était trop plat courtisan pour risquer de perdre la faveur du Mattre en intercédant pour un malheureux sans influence, pour un vaincu. Si au contraire il avait, de son propre mouvement et de son autorité privée, pris ou fait prendre les mesures contre lesquelles le prisonnier protestait, il ne devait pas être bien pressé d'accuser lui-même, et de porter à la con-

naissance de Napoléon l'odieux abus de pouvoir commis par lui. De toute façon, de La Horie pouvait être sûr de ne rien obtenir par cette voie.

Le séquestre mis sur les biens du général fut levé seulement le 24 juillet 1814. Nous le savons par la lettre suivante retrouvée aux Archives nationales.

« DE LA HORIE, chef d'escadron au régiment du Roi, hussards, à M. D'ANDRÉ, directeur général de la police.

» Monsieur le Directeur :

)) Je vous prie de vouloir biçn faire mettre à ma disposition les papiers qui pourraient être restés dans vos bureaux concernant mon malheureux frère, l6 général Lahorie, ^t qui avaient été saisis lors de la catastrophe

d'octobre 1812, Les papiers me sont nécessaires pour y puiser des renseignements relatifs à nos affaires d'intérêt et de famille. Par ordonnance du Roi du 24 Juilkt dernier, il a été accordé mainlevée du séquestre apposé sur les biens de mon frère.

)) Je suis avec un profond respect, Monsieur le Directeur général, votre très humble et très obéissant serviteur,

)) DE La flORIE.

» RueQuincampoix, n^ 69. »

Qu'on nous permette ici une légère digression .

Après avoir donné cette lettre du commandant de la Horie, nous allons reproduire la réponse qui lui fut faite. Nous indiquerons ainsi la provenance et la parfaite authenticité des pièces inédites citées au cours de cette étude.

Expédié le iO décembre 1814.

DIRECTION GÉNÉRALE de la Police au Roi

Secrétariat général

i" bureau, n* 14,507

« Le Secrétaire général a Thonneur de prévenir M. de La Horie que les papiers concernant M. son frère, qu'il réclame par sa lettre du 14 de ce mois, lui seront remis au 1®' Bureau du Secrétariat général de la Direction, rue des Saints-Pères, n® 13, lorsqu'il jugera convenable de s'y présenter. »

(Sans signature).

» A M. DE LA HORIEf chef d'escadron au régiment du Roi, hussards,

)) Rue Quinquampoix , n^ 69. »

Plus bas est écrit :

» Je reconnais avoir retiré de la Direction générale de Police^ les papiers saisis lors de

l'arrestation démon frère, le général Lahorie,

consistant en quatre-vingt-neuf pièces.

» Paris, le 22 décembre 1814.

» Le chef d^escadron au régiment du Roi, hussards,

» Signé : La Horie. »

Après cette courte digression, revenons au malheureux prisonnier.

Ayant reconnu qu'en suivant la voie employée par lui jusque là il n'arrivait à rien, il en essaya une autre. Il s'adressa aux Conseillers d'Etat chargés de l'inspection des prisons, et leur écrivit la lettre suivante :

« Donjon de Vincennes, novembre 1811.

)) Messieurs les Conseillers d'État chargés de l'inspection des prisons en 1811.

» Le général de La Horie, en prison depuis le mois de janvier 1811, sans avoir été

interrogé, ni à son arrestation, ni pendant cinq mois de détention au secret, ni depuis, malgré ses réclamations de l'être, demande :

» D*ètre admis à se justifier s'il est présumé coupable ; ou, s'il n*existe plus de soupçons d'inculpation contre lui, qu'il soit mis en liberté, avec la levée du séquestre existant sur ses biens depuis plus de sept ans. Il fournira sur sa conduite les cautions qui pourraient être désirées. Il fait observer que sur une pétition de sa mère, Sa Majesté ayant manifesté le désir qu'il se présente à la justice pour éclaircir les soupçons dont il a été l'objet, il s'est rendu de lui-même chez le Ministre de la police, et s'est ainsi mis. à sa disposition, offrant de se justifier de la manière qui lui serait prescrite de toutes les inculpations qui auraient pu exister contre lui.

)) Il joint ici un exposé de sa conduite

LE GÉNÉRAL DÇ LA HORIEÏ 133

dont il garantit la véracité sur sa tète, et qui mettra pleinement à même de le juger, et de reconnaître Terreur où Ton a été entraîné sur son compte, par suite des circonstances, où il s'est trouvé autrefois,

)) Le général de brigade, )) V. Fanneau Lahorie. »

Malgré sa longueur, nous n'hésitons pas à reproduire ce mémoire: il complète et coordonne celui adressé à Savary, et dont le Ministre n'avait pas fait usage.

(( Donjon de Vincennes,

» Le général de la Horie demande sa mise en liberté et la levée du séquestre sur ses biens, — d'être admis à se justifier des inculpations contre lui, s'il en existe : — observant qu'il s'est remis de lui-même à la dis-

position du Ministre de la police, d'après la volonté de l'Empereur qu'il sç présente, à sa justice.

» Exposé justificatif au Conseil privé,

novembre 1811 .

)) Sur des soupçons nés de ma situation près du général Moreau dans ses dernières campagnes, signalé par lé Grand Juge comme l'instigateur et le conseil de ce général, dans l'affaire qui a donné lieu à sa mise en jugement en 1804, ce magistrat a été pleinement à même de se convaincre, par les détails de l'instruction de cette affaire, que je n'avais participé ni en actions, ni en conseils à la conspiration qui en faisait Tobjet*

» Après sept années de proscription, et plusieurs démarches pour que ma conduite fut élucidée. Sa Majesté, sur une pétition

LE GÉI^RAL DE LA HORIÈ 13$

de ma mère, ayant fait connattre que jo pouvais me présenter à sa justice, je mé suis empressé de me remettre à sa disposi* tion dans les mains du Ministre de la police, et de fournir à ce dernier un exposé détaillé de toute ma conduite, en lui offrant en même temps verbalement, toutes les explications que Ton pouvait désirer, pour mettre Sa Majesté à portée de me juger, non seulement sur les soupçons dont on m'avait Trappe, mais encore sur Tensemble de ma vie.

» Détenu dans une prison d'Etat par suite de cette démarche volontaire, sans avoir été interrogé, ni à mon arrestation, ni pendant cinq mois de détention au secret, ni depuis, et le Ministre n'ayant d'un autre côté élevé aucun doute sur ma justification, je ne puis qu'en renouveler ici l'exposé, en protestant de nouveau de mon innocence.

» Je ne connais pas assez Tinstruction du

procès dans lequel j'ai été impliqué pour pouvoir Tanalyser relativement à moi : mais ma conscience me dit qu'il ne peut s'y trouver ni faits, ni témoignages qui m'imputent d'avoir participé en rien à la conspiration dont il s'agit. Au reste, si, contre toute vérité, il s'en trouvait de cette espèce, je ne ce.iiajide pour en confondre la calomnie qu'à être entendu et confronté avec ces témoins ou dénonciateurs, quels qu'ils soient, et dans ce nombre je comprends sans hésiter les prévenus et condamnés auxquels il a été fait grâce.

» Quant aux relations de Pichegru avec le général Moreau qui, par les circonstances, sont devenues une charge contre ce dernier, je n'ai sûrement pas à me justifier d'y avoir pris aucune part, ni en conseils, ni en action ; car mon opinion sur Pichegru et sur le rôle qu'il jouait depuis huit ans était bien

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