‹ Le général de La Horie, 1766-1812Chapitre 7 sur 10 · LE GÉNÉRAL J>E LA HORI · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL J>E LA HORI

connue. On ne pouvait pas ignorer davantage que l'aversion de ce général pour moi était extrême depuis longtemps, et qu'elle était réciproque, fondée de son côté sur la franchise avec laquelle je m*étais expliqué de tout temps sur son compte, et, du mien, sur des sujets de plainte personnels. Etranger au général Pichegru par toutes ces considérations, je Tétais encore plus complètement au reste des conspirateurs, qui, tous, m'étaient inconnus, comme je Tétais pour eux. Aussi, j'ose affirmer que tous les témoignages, interrogatoires et dépositions, auront établi avec la dernière évidence que, ni dans le temps delà conspiration, ni dans d'autres, je n'avais jamais eu de relations ni directes ni indirectes avec qui que ce soit d'entre eux. Il parait, d'après les mesures dont j'ai été frappé, qu'avant' cette conviction de mon innocence qui ne pouvait résul-

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ter que de rinstruction du procès, on m'avait supposé chargé d'un rôle actif. Des préventions, suites de mes rapports avec le général Moreau à l'armée, ont pu donner lieu à ces soupçons, quand le général s'est trouvé inculpé : outre qu'on ne peut pas savoir de quelles calomnies ne sont pas capables des gens qui n ont plus rien à perdre.

» Mais avant de croire à une imputation qu'aucun fait n'établit, il est de la stricte équité d'en examiner d'abord la possibilité ; car il y aurait plus que de l'injustice à rendre un particulier responsable de tous les ouïdire dont il pourrait être l'objet. Or, comment concilier la vie que je menais depuis mon retour de l'armée avec le rôle qu'on me prêtait ? En effet, ce rôle supposait un séjour habituel à Paris, une grande activité et des relations de toute espèce, tant à la Cour

et dans Tarmée qu'avec une partie des cons* pirateurs.

)> Cependant on a pu s'assurer par toutes les recherches sur ma conduite, que depuis deux ans, je n avais cessé de passer presque tout mon temps à ma campagne, à vingtcinq lieues de Paris, menant la vie la plus retirée, et ne conservant de rapports d'aucune espèce, ni à Paris, ni à Tarmée, ni à la Cour.

» Il est même assez remarquable qu'habituellement éloigné de vingt cinq à trente lieues du général Moreau, je le voyais fort rarement, quoique liés d'amitié, et depuis mon retour d'Allemagne, je n'avais jamais passé trois jours chez lui .

» C'est donc dans cette solitude, c'est au milieu de travaux et d'arrangements d'une vie de campagne, et dans l'abandon de la plus profonde sécurité, que les soupçons sont venus me chercher cependant .

iiO LE GÉNÉRAL DE LA HORIE

)) Est-ce là la conduite d'un agent de conspiration, et serait-il possible que j'eusse pris part à des projets de cette espèce qui supposent tant de relations, sans qu'il en soit resté de traces. Je défie pourtant que la calomnie la plus éhontée en puisse montrer aucune, ni alléguer contre moi une imputation quelconque dont je ne démontre immédiatement l'imposture.

» Une circonstance que je dois faire observer, c'est qu'ayant appris avec tout Paris l'arrestation du général Moreau dans la matinée du 25 pluviôse an XII (14 février 1804), je n'en suis pas moins resté chez moi toute la journée, ma porte ouverte à tout le monde, comme on peut s'en assurer encore. Et Ton ne parvint à m'en sortir vers le soir, qu'en me faisant envisager comme probable la formation d'une commission militaire pour le jugement de ceux qui étaient et seraient

arrêtés, et en me montraHt qu'il était h craindre, daprès l'arrestation du général Moreau, que cette mesure né s'étendit jusqu'à moi, à cause de ma position près de lui dans ses dernières campagnes.

» La proclamation du Grand J-uge ne justifia en effet que trop ces conjectures, et je ne .pus y mécçnnaître les prévention3 ^t les passions particulières qui me poursuivaient.

Cependant, dès que j'appris que le tribunal spécial était saisi de l'affaire^ je sollicitai avec instance près des conseils du général Moreau, pour qu'on obtienne ma mise en jugement sur l'imputation publique du Grand Juge } mais cela se trouva impossible, et depuis j ai renouvelé aussi vainement la même demande,

» On doit bien se persuader qu'avec mes idées sur le gouvernement établi, si j'avais eu de l'ambition^ ce n'eut pas été dans desrè-

ves de conspirations impossibles que j'aurais mis mes espérances depuis rétablissement de la Monarchie consulaire, mais bien à tirer parti sous ce gouvernement, de la position où je me trouvais. Ce qui n'exigeait de moi que de me laisser aller aux événements, puisque voyant dès le commencement le cours nécessaire des choses, mon rôle ne pouvait être ni difficile, ni équivoque.

)) Mais je me suis abstenu d'en jouer aucun, parce que cela n'a jamais été dans mon caractère. Je ne regarde pas comme un rôle, la confiance qu'on vous témoigne dans les fonctions de votre état. D'ailleurs, celle que le général Moreau m'avait montrée dans ses dernières campagnes, me coûtait assez ch«r par toutes les haines particulières et les préventions auxquelles j'étais en butte, pour m'attacher invariablement à me tenir en position de n'avoir plus désormais à répon-

dre que de mes actiona. Aussi ma conduite^ depuis la paix d'Allemagne, fut toujours coirtorme à ces idées. On ne le crut pas alors, il est vrai (et j'en porte bien crqellement la peine depuis bien des années), mais Sa Majesté n'ea eut pu douter, si mon caractère et mes actions n'eussent été dénaturées par les rapports de l'erreur et de la calomnie. Il en est résulté que, lorsque je renonçai à tout ce que peut promettre l'ambition, autant par goût que pour assurer mon repos (car dans mon illusion je le croyais là), on a, au contraire, attribué ma conduite à d'arrières-pensées qui étaient on ne peut plus loin de moi.

)) L'état des choses, et les circonstances où je m'étais trouvé, ont pu, dans le temps, aider à cette erreur sur mon compte ; mais ma vie, depuis huit ans,- doit, ce me semble, avoir détruit tout-es ces préventions, et ne

peut plus, aujourd'hui, laisser le moindre doute sur mon caractère et mes principes.

Car, quelle autre épreuve peut-on désirer que celle d'une conduite sans reproche depuis tant d'années, au milieu d'événements si divers, et dans la position la plus pénible, par suite de la proscription et de la mesure dont mes biens sont frappés depuis sept ans.

» Cependant, quel que doive être le poids de toutes ces considérations, je suis loin de demander qu'elles servent à me juger, et je répète que je me reconnaîtrai coupable si, à la simple confrontation, je ne démontre pas la calomnie de tous témoignages et dénonciations qui me chargeraient d'une participation quelconque, directe ou indirecte, à la conspiration dans laquelle les préventions du moment m'ont d'abord impliqué.

» Il faut convenir que je suis un exemple

des erreurs de l'opinion dans ses jugements sur les hommes.

» Avec un caractère indépendant jusqu'à dédaigner toute dissimulation, on m'a supposé la souplesse et la finesse d'un intrigant. On m'a fait, en même temps, la réputation d'un ambitieux, quoique peu de personnes aient plus d'indifférence que moi, pour toute espèce d'ambition, et que, porté à la vie privée par tous mes goûts, j'y sois surtout entraîné par cette paresse de loisir qui rejette toute chaîne.

» Serait-ce donc que les âmes fortes, opprimant toujours un peu les autres, même sans y songer, lamour-propre qui en souffre ne saurait le pardonner ? Car autrement, quel homme eut, dans tous les temps, une conduite plus éloignée que la mienne de tout ce qui caractérise l'esprit d'intrigue et d'ambition ?

» J'étais appelé, dans la Révolution, aux grandes charges publiques. Je ne pouvais même m'en sauver en restant dans mon département. Qu'ai-je fait ? Me renfermant dans mon devoir de défendre mon pays contre les attaques de l'étranger, j'ai abandonné librement une vie douce pour aller rejoindre, à l'armée, le général de Beauharnais, que j'avais connu à Paris lors de l'Assemblée Constituante. Là, borné à un grade subalterne, je n'en suis pas sorti jusqu'à une constitution dans l'État, quoique je visse tout le monde grandir autour de moi, et que de toutes manières, j'eusse bien des moyens d'avancement autour de moi.

» Quand je fus élevé du grade de lieutenant, où je servais depuis la guerre, à celui de chef de bataillon, à l'occasion du passage du Rhin, je ne m'y attendais nullement, et j'appris que je le devais au souvenir du

général Glarke, aujourd'hui ministre de la guerre, dont j'avais été connu à Tarmée, et qui, alors, se trouvait employé comme chef du bureau topographique.

» Entraîné depuis, à Paris, par le général Desaix, quand il fut nommé au commandement en second de Tarmée d'Angleterre, il m'offrit (et le duc de Rovigo, alors son aide de camp, peut Tattester), en témoignage de confiance et en assurance d'avancement, tout ce qui eut pu flatter l'ambition, et ne négligea rien pour me retenir près de lui .

Cependant, on me vit laisser là, dès que je le pus convenablement, toutes les jouissances du présent et les espérances de l'avenir pour aller jouir de moi-même à Nancy, entre le loisir et l'amitié.

» Je me refusai, dans le même temps, aux instances que me fit, pour rester près de lui, le ministre de la guerre, avec lequel

j'avais autrefois servi près du général de Beauharnais et, quand les circonstances survenues peu après, lui firent de nouveau dé- !

sirer ce rapprochement, je ne m'y rendis que sur un ordre positif et avec l'assurance d'être renvoyé à l'armée, à l'ouverture de la cam- \

pagne ; ce qui eut lieu.

» Est ce donc là la marche d'un intrigant et d'un ambitieux?

» Enfin, il est bien connu que le général j

Moreau m'a rapproché de lui, à la fin de la ^

campagne d'Italie, d'une manière aussi involontaire de ma part. Jusqu'alors j'en étais toujours resté fort éloigné. Il avait même conservé à mon égard, au commencement de la campagne, une partie des préventions qu'il avait rapportées du Rhin, sur les insinuations d'autrui. De mon côté, renfermé dans mes fonctions, je vivais dans cet isolement, quand une circonstance imprévue lui

fit jeter les yeux sur moi pour une mission, qui, par son importance et la célérité qu'elle exigeait, ne lui laissait que peu de choix.

» Il s'agissait de le précéder à Tarmée du Danube dont il venait de recevoir le commandement, et d'aller préparer en Suisse les dispositions qui devaient le mettre à même de livrer bataille en arrivant à cette armée, conformément aux ordres du Directoire, dont le but était de dégager le Bas- Rhin, menacé par Tarchiduc Charles.

» La bataille de Zurich et la mort du général Joubert qui retint le général Moreau en Italie, rendirent, il est vrai, cette mission sans objet ; mais, par les développements militaires auxquels elle avait donné lieu avec ce général, elle devint l'origine de la confiance qu'il me témoigna dans ses dernières campagnes, confiance qu'au reste je crois

avoir justifiée pour le service du Gouvernement, comme pour celui qui m*en avait honoré. Toutefois, ces détails montrent assez combien j'avais été loin de la rechercher ; dès lors, je ne devrais pas avoir à en répondre. Cependant, malgré tout ce qu'il m'en coûte déjà d'être ici réduit à tant parler de moi, j'en prendrai rengagement sans hésiter, tant en ce qui concerne les mesures d'ordre et d'administration, que relativement aux opérations militaires auxquelles on m'a supposé quelque part : — quoique la campagne du général Moreau ne m'appartienne pas, et que rien ne soit plus loin de ma pensée, que de songer à lui en enlever le mérite. S'il s'agissait, d'ailleurs, de le justifier par un autre exemple du reproche qu'on lui a fait de son estime pour moi, me serait il permis de rappeler ici que, dans le même temps, j'en ai reçu de Sa Majesté

elle-même, une marque non équivoque, quand, à mon départ de Paris, à la rupture du premier armistice en 1800, sur la demande que je lui faisais d'instructions pour l'armée, il se borna à me répondre : « Vous voyez ce qu'il faut : partez : je n'ai rien de plus à vous dire. »

)) Sans songer, dans ma situation actuelle, à revenir sur ces temps-là, au moins me serat-il permis d'affirmer que Sa Majesté, en me témoignant cette confiance, montrait bien me connaître tout entier ; car, avec cet abandon , on sera toujours sûr de mon dévouement

» C'est cette conduite du général Moreau avec moi qui m'y avait attaché et m'a rendu alors plus soigneux de sa gloire et de son nom, que de ce qui m'était personnel. Mais, comme cette élévation d'âme n'est pas ordinaire, que m'est-il arrivé ? C'est que, pour expliquer ma conduite, on a cru devoir y

faire entrer rambition, et dans Topinion, je suis devenu un ambitieux. Accusation éternelle de l'envie contre les hommes qu'elle ne peut accuser de rien. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que, de l'armée où cette supposition était au moins colorée par ma position près du général Moreau, elle m'a suivi dans ma retraite où je ne le voyais presque plus et alors que nous vivions habituel lement à une grande distance l'un de l'autre, menant en même temps des genres '^de vie très différents, moi dans la re traite la plus profonde, et lui au milieu du monde où l'entraînaient ses goûts.

» Cet éloignement habituel et ces genres de vie si contraires auraient bien dû montrer combien peu je songeais au rôle qu'on m'a prêté ; car le simple bon sens dit assez qu'on ne renonce pas à toutes relations, quand on roule dans sa tète des projets d'intrigues et

qu'on ne s'éloigne pas de ceux qu'on veut dominer.

» Que ceux qui, entraînés par les circonstances, m'ont supposé dans le temps, toutes ces idées de crédit, d'influence et de tracasserie, ne se doutaient guère combien, à mon retour de l'armée, je me trouvais heureux d'être rendu à moi-même et de me sentir enfin libre de cette responsabilité de délicatesse qu'une grande confiance impose à une âme élevée, et dont elle sent bien autrement le poids que de toute la responsabilité des lois.

» Cependant, je ne restais pas moins lié d'amitié avec le général Moreau, mais de ce lien qui unit deux hommes privés, rapprochés, tant par une estime réciproque que par d'anciens souvenirs de guerre, et surtout par cette habitude de causeries sur le passé, qui a tant de charmes entre militaires.

» On opposera peut-être à tout cela qu'il n'est pourtant guère probable que tant de généraux de l'armée du Rhin m'aient, dans le temps, accusé, sans cause, d'un esprit d'empire et d'ambition : mais qu'on se rappelle aujourd'hui quels étaient les accusateurs, et dès lors toutes ces imputations s expliqueront d'elles-mêmes, par ce qui s'était passé pendant la campagne de 1800, et par les mécontentements, suites des mesures de répression que l'insubordination et le brigandage avaient nécessitées ; car ces mesures aigrirent à la fois ceux qui quittèrent l'armée et une partie de ceux qui restèrent, par cela seul qu'elles les continrent dans le devoir.

» Quelques généraux qui, par caprice ou par dépit de n'avoir pas exercé l'influence sur laquelle ils avaient compté, se retirèrent de l'armée, avec ceux dont le départ était involontaire, associèrent leur humeur au

ressentiment des autres, et leur nombre se grossit encore à la fin de la guerre, de quelques-uns dont Tamour propre avait été froissé par leur position, et d'autres dont on avait été forcé de déranger les opérations financières dans le pays.

» Tous arrivèrent à Paris le cœur plein de ressentiment ; mais, avant tout, il fallait arriver à se justifier d'une retraite au milieu de la guerre; et, pour y parvenir, ils ne trouvèrent d'autre ressource que de se plaindre et d'accuser. Mais qui ? Ce ne pouvait être le général Derolle qui les plaignait le premier, et se plaignait lui-même pour d'autres motifs. Il eût été aussi impolitique d'accuser le général Moreau dont Tesprit de justice et le caractère de modération étaient connus. Il ne restait donc que moi pour porter le poids de tous ces mécontentements, comme placé près du général en chef et jouissant de

son estime. D'ailleurs, je m'étais toujours expliqué avec une grande franchise sur les fâcheux effets que l'esprit d'insubordination et de brigandage avaient eus dans l'armée, et l'on m'avait entendu déplorer tout haut la nécessité où l'on s'était trouvé de punir des subalternes, pour des exactions dont ils n'avaient été que les instruments.

» C'en était trop, sans doute : aussi, en croyant excuser le général Moreau, on trouva tout simple de présenter les mesures de répression qui avaient eu lieu, comme mon ouvrage, et comme autant d'actes d'oppression dictés de ma part par l'esprit d'intrigue et d'ambition. On donna à croire en même temps que j'opprimais le général Moreau au point qu'il était devenu impossible de servir utilement sous ses ordres, et l'on ne craignit pas' de prophétiser que je finirais par perdre l'armée par mon influence et mes

conseils téméraires. Mais comme il arriva que, contre toutes ces prédictions, l'armée n'en remplit que mieux les desseins du Gouvernement, dès qu'elle fut débarrassée de ces hommes censés nécessaires, alors on se retrancha sur ce que j'étais un homme dangereux, avide de crédit et d'influence, etc., etc.

» Représenté sous ces couleurs par la haine et lamour-propre aigri, et dédaignant de mon côté de répondre à ces imputations, comment Sa Majesté n'eût-elle pas accordé quetqtie poids à ces rapports faits par des hommes qui lui montraient de l'attachement et qui, arrivant à Paris, avec une sorte de considération, mettaient en même temps le plus grand soin à cacher le motif secret de ces insinuations qui tiraient encore de la consistance de l'état des choses. Aussi, je crois bien que dès lors. Sa Majesté se repro-

cha l'estime qu'elle m'avait montrée dans mon voyage à Paris, en 1800, lors du premier armistice.

)) Le premier fait que je recueillis de ces impressions fut d'être excepté de la confirmation des avancements pour la campagne, par le refus du grade de général de division que j'ai appris avoir été demandé pour moi à Toccasion de la bataille de Hohenlinden.

» A mon retour d'Allemagne, je trouvai toutes ces préventions établies. Il eût fallu, pour les détruire, prendre le parti de tenir tête à l'orage et de rester à la Cour. Mais mon caractère et mon penchant pour la retraite l'em'portaient. J'avais la conscience d'à voir bien servi et justifié, dans la campagne, la confiance de Sa Majesté ; je m'arrêtai à cette idée, et voyant la défiance s'attacher à moi, je fis comme les sauvages qui fuient les

lieux OÙ on les tracasse, et je me retirai à ma campagne, laissant le champ libre à mes ennemis. L'ordre de ma retraite, contenu dans le même arrêté qui confirmait les autres avancements proposés avec le mien, acheva de me rendre à la vie privée, en me montrant en même temps l'effet des préventions qui pesaient contre moi.

» En me tenant ainsi dans Téloignement, j'eus tort sans doute ; et je dois m'accuser d'avoir ainsi laissé sans contrepoids, tout ce qui pouvait se débiter contre moi. Mais je m'en reposais, pour ma sécurité, sur la conscience de mes actions, et je m'endormais dans le souvenir d'entretiens que j'avais eus antérieurement avec Sa Majesté, dans lesquels je croyais lui avoir montré à nu mon caractère et les principes qui m'attachaient à une vie retirée.

» Quoi qu'il en soit, on crut alors (à ce

qui af paru depuis) que rambition détrompée, ou une ambition en espérance avaient pu entrer pour quelque chose dans ma détermination au repos : de là les soupçons dont je me suis trouvé l'objet; mais en vérité, on ne pouvait être dans une plus grande erreur, car je n'aspirais qu'à être oublié et à vivre pour moi. Les circonstances jointes à la position où je m'étais trouvé, ont pu entraîner alors à me supposer d'autres idées ; mais je ne saurais croire que ces préventions puissent encore subsister, aujourd'hui, que mon caractère et mes principes ont subi une épreuve de huit années, sans que ma conduite se soit un moment démentie, malgré tout ce que ma position a eu de pénible.

» On a pu voir, d'ailleurs, par cet exposé de ma vie, que, jamais personne, par ses goûts et ses habitudes, n'eut moins besoin

que moi d'être un homme public et n'eut plus d'éloignement pour les intrigues. On peut, en outre, repasser avec la sévérité la plus scrupuleuse, ma conduite dans tous les temps ; elle prouvera avec la dernière évidence que j*ai constamment préféré la vie privée à toute autre situation, et que j'y suis toujours rentré avec empressement.

» Si j'avais été ainsi connu, je ne serais pas réduit, après huit années de proscrip tion, suivies de la ruine de ma fortune, à solliciter aujourd'hui, du fond d'une prison d'Etat, qu'il me soit laissé au moins de reposer ma tète dans ma patrie .

» Le général de brigadCy )) V. Fanneau-Lahorie. »

Ainsi, malgré toutes les vicissitudes traversées, de La Horie croyait encore qu'il lui suffisait d'avoir fait son devoir, d'avoir forcé les autres à accomplir le leur, et de le dire, pour pouvoir obtenir justice. Ce général prisonnier d'Etat était demeuré extraordinairement naïf : on le lui fit bien sentir.

Avec notre amour tout moderne des détails et des points sur les t, nous eussions aimé voir le général nommer les officiers généraux obligés de quitter l'armée du Rhin à cause de leurs exactions et de leurs « opérations financières ». Nous accuserions volontiers sa défense d'être vague, de ne pas assez préciser les faits. Nous aurions tort.

Les événements auxquels de La Horie fait allusion dans ce mémoire, étaient relativement récents. A cette époque, le journal n'apportait pas, matin et soir, au citoyen français, le récit d'un scandale nouveau : on

ignorait le système d'informations à outrance, mais plus au moins vraies, aujourd'hui en honneur dans la presse du monde entier : on mettait plus de temps pour apprendre les faits, mais ceux-ci se gravaient mieux dans la mémoire.

Les magistrats et les Conseillers d'Etat auxquels sadressait de La Horie n'avaient donc pas grand effort de mémoire à faire pour savoir à qui s'adressaient les accusasations portées par lui ; ils pouvaient aisément lire entre les lignes.

A un autre point de vue, il eut été profondément maladroit de citer des noms. Beaucoup des généraux en question vivaient encore ; ils occupaient peut-être des positions à la Cour et dans les conseils de l'Empire.

Les citer, rappeler leurs fautes et leurs exac lions eût été de la plus mauvaise politique, et une maladresse insigne.

De La Horie devait donc, malgré son amour de la vérité, rester discret ; tout en le regrettant, nous ne saurions, ni Ten blâmer, ni en être étonnés.

Il paraît d'ailleurs que cette note sincère fit une certaine impression sur Tesprit des magistrats auxquels elle était adressée. Ils au raient volontiers cherché à élucider la question ; mais Savary ne Tentendait pas ainsi.

Ce policier dans la parole duquel de La Horie avait eu confiance et auquel il devait, quelques mois plus tard, sauver la vie, comme nous le verrons plus loin, mit tout en œuvre pour détruire l'impression favorable produite sur les Conseillers d'Etat par la demande du prisonnier.

Celui-ci en fut avisé et ne dut pas être surpris. Il avait assez souffert pour ne plus avoir sa confiance des premiers temps : il écrivit alors au Ministre de lapolice la lettresui vante:

i( 26 novembre 1811.

» Monseigneur,

» La note que viennent de me lire les Conseillers d*Etat comme leur ayant été remise par votre ministère sur mon compte, m'impose le devoir d'une explication particulière avec Votre Excellence. D'après cette note, le seul grief contre moi, c'est que je me suis refusé à Toffre qui m'a été faite en 1805, de me rendre aux Etats-Unis. Mais d'abord cette offre ne m'a jamais été faite comme l'expression d'une volonté positive de Sa Majesté, ni même comme étant dans ses intentions ; ensuite ne devait-on pas penser qu'innocent et inculpé publiquement, je devais à moimême et aux lois de mon pays, de me remettre avant tout à leur disposition pour rendre de ma conduite le compte qui pouvait m'en être demandé.

)) Votre Excellence a été depuis, à même de reconnaître avec quel abandon je me suis remis entre ses mains, dès que j'ai cru obéir aux ordres de Sa Majesté, et vous avez vu mon empressement à me soumettre à cette espèce de justification qui m'était prescrite.

)) Quand, dans notre entretien, vous m'avez laissé prévoir que probablement il serait dans les intentions de Sa Majesté que je me rende aux Etats-Unis, je vous ai exposé avec franchise ce que cette destination avait de pénible pour moi, non seulement sous le rapport de ma santé et de ma fortune, mais encore parce qu'ayant été tourmenté dans d'autres temps pour avoir servi près du général Moreau, qui était établi aux Etats-Unis, je devais désirer par-dessus tout de pouvoir me placer désormais de manière à n'avoir plus à répondre que de mes actions, et à me tenir dans une position telle qu'elle écarte

jusqu'à là possibilité de renouveler contre moi des reproches quelconques de cette espèce. J'ajoutai que si une volonté absolue ordonnait que je quitte momentanément la France pour des motifs qu'il n'était pas en moi de juger, je demanderais qu'il me soit au moins permis de passer ce temps en Italie et dans les Etats d'Europe amis ou alliés de la France.

» J'avouerai à Votre Excellence que je ne m'attendais pas à voir convertir en grief un refus aussi fondé que le mien.

» V. Fanneau-Lahorie. w

Il est certain qu'au point de vue logique, les arguments invoqués par de La Horie pour qu'on ne l'envoyât pas aux Etats-Unis, étaient excellents. Mais les politiciens n'ont jamais été dirigés par Tamour de la logique ; et

tout ce que pouvait dire le prisonnier était inutile. Il était jugé d'avance.

Nous pouvons remarquer la date de cette lettre, elle est du 26 novembre 1811 : depuis près d'un an le général était en prison ; on aurait eu largement le temps, si ce que Savary disait était vrai, de lui signifier son ordre d'exil et de l'embarquer. Mais à quoi bon cette constatation : elle ne nous apprend rien sur les sentiments de l'Empereur et de Savary à l'égard du général.

De La Horie semble au surplus ne pas s'être fait beaucoup d'illusions sur le résultat de ses dernières démarches. Sa lettre respire un profond découragement. On comprend en la lisant que, d'avance, il se rend compte de l'inutilité de ses efforts. Aussi dût-il être plus peiné que surpris lorsque, près de six mois plus tard, on lui fit connaître officiellement la condamnation attendue. L'ancien

chef de TEtat^Major de larmée du Rhin était condammé au bannissement à perpétuité; et devait vivre désormais aux Etats-Unis.

Le jour même il écrivit au duc de Rovigo.

« Donjon de Vincennes, 22 mai 1812.

» Monseigneur,

» D'après l'avis que m'a fait donner Votre Excellence de la décision qui ordonne mon départ pour les Etats-Unis, je dois croire que toute réclamation de ma part serait inutile : aussi je m'abstiens de toute réflexion. J'ai été jeté dans une prison d'Etat pendant un an et demi, sans avoir même été interrogé, quoique ce soit sur la manifestation de la volonté de Sa Majesté que je m'étais présenté à sa justice, quoique je me sois offert à toute espèce de jugement, et que j'aie en même temps fourni de ma conduite, une justifica-

lion non contestable ni même contestée.

» Après tout cela que pourrait-il me rester à ajouter aujourd'hui.

» Je dois cependant vous assurer que ce qui me touche le plus dans Tordre que je reçois, n'est ni la perte d'un rang auquel je n'ai jamais attaché de prix, ni celle d'une fortune dont on doit savoir se passer. Mais, après avoir servi comme je Tai fait, après une vie qui certainement n'a jamais donné prise aux lois, ni aux reproches contre moi^ et après huit années de tourmentes de toute espèce, sans que durant tout ce temps il ait pu s'élever la moindre plainte contre ma conduite, il me peine profondément qu'il n'ait pu m'ètre laissé au moins de reposer ma tète dans ma patrie et d'y vivre dans l'obscurité que- j'ai toujours recherchée.

» Je ne puis en même temps dissimuler à Votre Excellence la surprise de voir le se^

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questre maintenu sur mes biens, comme si l'on pouvait douter du besoin que je dois avoir du peu de moyens qui me restent pour vivre sur la terre étrangère où Ton me jette.

)) Quoiqu'il en soit, si cette décision est irrévocable, je vous prie qu'au moins je sois autorisé à toucher sur le prix de ma campagne de Saint-Just, vendue au frère du maréchal Suchet, les fonds que Votre Excellence elle-même jugerait nécessaires dans la situation où me place la décision du Gouvernement.

» V. Fanneau-Lahorie. »

Cette dernière demande du général était aussi fondée et juste que les précédentes ; elle ne fut pas mieux accueillie. On lui refusa de le laisser emporter quelques bribes de son opulence passée ; peut-être aurait-on

voulu le voir mourir de faim en débarquant aux Etats-Unis.

Cependant, au bout de tant d'années passées en prison ou dans Texil^ les affaires du malheureux étaient dans un état déplorable.

Il avait absolument besoin de n'être plus au secret, de converser avec les siens, de prendre certaines dispositions de caractère absolument privé. Il demanda à être transféré du donjon de Vincennes à la prison de La Force.

Et malheureusement pour lui, sa demande fut cette fois exhaussée, après des démarches assez longues.

Il écrivit donc à M. Desmarest (1) les deux lettres suivantes. La première est datée

(1) M. Desmarest était chef de la première division de la police ; c'était un camarade, un ami d'enfance du général avec lequel il avait fait ses classes à Louis-le Grand. 11 a laissé un récit intéressant de la deuxième conspiration Malet.

Du donjon de Vincennes, 19 juin 1812.

« A Monsieur Desmarest.

» Monsieur,

» D'après ce que M. le commandant m'a rapporté de votre conversation avec lui, à l'occasion de mes demandes, il paraît que ma réclamation pour la levée du séquestre sur mes biens, ou du moins pour toucher quelques fonds sur mes biens est restée sans réponse, et que le Ministre, à mon grand étonnement, se refuse à mon transfèrement dans une maison de santé, jusqu'à mon départ, pour mettre ordre à mes affaires.

» M. le commandant m'a prévenu en même temps de la suppression de toute permission ici, ce qui me rend un transfèrement quelconque absolument nécessaire, pour être à même de régler un peu mes affaires, dans le

cas d'effectuer mon départ, parce que je ne puis me procurer ce qu'il me faut.

)) Je suis privé de toutes relations. Dans cet état de choses, puisque le seul moyen qui me soit laissé est un changement de prison, il faut bien que la nécessité fasse taire la répugnance, et je vous prie, Monsieur, de donner ordre que Ton me transfère à la Force, ou dans telle autre prison où je puisse être en relations avec les personnes que l'état de mes affaires et ma position m'obligent à voir, pour être à même d'exécuter la décision du Gouvernement qui me jette à dix-huit cents lieues de mon pays, après huit ans de proscription et de séquestre sur mes biens.

» Dans votre entretien avec M. le commandant à ce sujet, vous avez vous-même, Monsienr, assez pressenti ma répugnance pour l'espèce de transfèrement que je suis forcé

de VOUS demanàer, pour que je puisse être persuadé que cette nouvelle détention cessera aussitôt que j'aurai pu me mettre à même de partir pour un port de mer. C'est dans cette double supposition que je vous en adresse la demande.

» V. Fanneau-Lahorie. »

La seconde est du 26 juin 1812.

« Monsieur Desmarest,

» Sur ce que vous m'avez fait dire, Monsieur, par M. le commandant, que ma demande de transfèrement dans une maison de santé jusqu'à mon départ était refusée, mais que je n'avais qu'à vous demander mon transfèrement à La Force, je m'y suis déterminé, pressé par la nécessité de mes affaires, et l'impossibilité de rien régler d'ici. Vous avez paru trop sentir vous même qu'un

transfèrement quelconque de cette prison m'était indispensable dans ma position pour être à même d'exécuter la décision qui m'a été signifiée, pour que j'insiste davantage sur les motifs de ma demande. Je me borne donc à vous prier de nouveau de la soumettre au Ministre, pour qu'il y soit immédiatement statué.

» Je dois supposer d'ailleurs que dans ces instances mêmes, j'entre dans les vues du Gouvernement; car, d'un côté, il est bien évident que ma situation ici me jette, parla suppression de toute commu^iication, dans l'impossibilité de me mettre à même de partir ; et, de l'autre, je dois croire que les obstacles à l'exécution de l'injuste décision qui me concerne ne viendront pas, du moins, de l'autorité même qui m'impose la loi de m'y soumettre.

» Fatigué de cette correspondance comme

VOUS devez Têtre vous-même, je ne puis m'empôcher, Monsieur, de finir cette lettre par la réflexion que cette écrivasserie eut pu être évitée par un entretien de deux minutes, qui, en m'apprenant enfin à quoi je dois m'en tenir sur mes biens comme sur le mode de mon départ, m'aurait misa même de me régler en conséquence.

» V . Fanneau Lahorie. »

Le général ne connaissait pas « l'Administration » : autrement il ne se fut pas étonné de ses lenteurs. Il finit cependant par obtenir ce qu'il demandait et fut transféré à La Force.

Ce simple fait prouve combien la fatalité fut mêlée à l'existence de cet homme. Ses réclamations ne furent écoutées qu'une seule fois ; et ce jour-là, ce fut pour son malheur.

Si de La Horie était resté à Vincennes,

il aurait été embarqué pour les Etats-Unis, et deux ans après, à la chute de l'Empire, revenu en France, il aurait certainement repris dans l'armée la place glorieuse à laquelle ses victoires et ses services lui donnaient droit.

Au lieu de cela, transféré à La Force, il y fut surpris par la deuxième conspiration du général Malet. Et comme de La Horie, conspirateur malgré lui, était le plus malchanceux des hommes, après avoir été emprisonné et banni pour avoir conspiré, sans le savoir, avec le général Moreau, il fut fusillé pour avoir aidé — à son insu et dans les circonstances que nous allons raconter — le général Malet.

Le seul auteur de cette conspiration célèbre, qui dura six heures, faillit renverser l'Empire de Napoléon, et coûta la vie d'un nombre beaucoup trop considérable de braves gens, était un général de brigade arrêté, lui aussi, depuis plusieurs années.

Il s'appelait Claude-François de Malet et était né le 28 juin 1754 à Dôle, dans le Jura. Comme de La Horie, il appartenait à une famille de noblesse. Entré fort jeune dans la première compagnie des Mousquetaires, il y resta jusqu'au licenciement de la maison du Roi. De retour dans sa ville natale, avec le brevet de capitaine de cavalerie, son dévoue ment aux principes de la Révolution le fit

choisir par ses concitoyeDS pour der le premier bataillon de voIob voyé à la frontière. Son avance rapide : adjudant-général en mai était général de brigade le 14 août

C'était au demeurant un vaillant eut, sous les ordres de Champioi division à commander, et se disti dant la campagne des Alpes. II ei un commandement & exercer dans I de la France.

En 1805,ilétaità Paris, où il resta peu de temps; il fut envoyé en Iti sous les ordres de Masséna, qui l( sieurs fois dans ses rapports, et gouverneur de Pavie.

Lorsque survint le coup d'Etat i ment au trdne de Napoléon, Malet i tenait à la fameuse secte des Phi lui écrivit une lettre empreinte di

républicanisme, et fut un des rares officiers généraux qui refusèrent de s'incliner devant l'astre impérial. Naturellement disgracié, il fut rappelé de Tarmée, et resta sans emploi.

Doué d'un esprit énergique et actif, il se créa rapidement des relations parmi les adversaires du régime impérial. Il fut accusé d'avoir conspiré contre l'Empereur, et quoique l'on n'eut pas réussi à rassembler des preuves convaincantes de sa culpabilité, il fut jeté en prison, et y resta plusieurs années.

Enfermé à Vincennes, au moment où de La

Horie s'y trouvait lui-même interné, il fut

ensuite, par mesure gracieuse, transféré à

La Force. Il avait quitté cette prison quand

de La Horie y fut transféré, et avait obtenu

— seconde faveur qui fut refusée à de La

Horie — d'être enfermé dans une maison de

santé.

t^S! LE GÉNÉRAL DE LA HORIÊ

n existait à cette époque un certain nombre de ces maisons, moitié prison, moitié bôpital, dans lesquelles on enfermait les prisonniers d'un certain rang, sous la surveillance et la responsabilité d'un directeur agréé par l'Etat . Ce directeur était personnellement responsable de ses prisonniers, et ies tenait par suite assez sévèrement; mais Texistence de ses pensionnaires n'en était pas moins infiniment plus agréable que celle des prisonniers d'Etat ordinaires.

La maison de santé du faubourg Saint- Antoine où était enfermé Malet, était dirigée par un certain docteur DubuissojQ. Malet se rencontra chez lui avec un certain abbé Lafon, interné également comme conspirateur, grand partisan des Princes, et agent des Comités royalistes du Midi.

Ce furent ces deux hommes, qui; à eux seuls, imaginèrent le plan de la conspira*

tion dans laquelle se trouva impliqué de La Horie .

Leur projet était simple*

On était au moment de la campagne de Russie. La France était inquiète: pour la première fois Napoléon était vaincu, son étoile avait paru s'éteindre sous les neiges de la Russie. Les nouvelles étaient rares ; elles mettaient un temps infini à parvenir.

Les deux conspirateurs décidèrent de proclamer la mort de l'Empereur. Cette mort devait être un coup terrible pour le monde administratif et pour la France entière. Ils supposaient ensuite que le Sénat se rassemblant, abolissant la régence, et s'emparant du pouvoir.

Partant de ce point, Malet et Lafon rédigèrent une proclamation adressée par le Sénat au peuple français, pour proclamer la République. Malet était nommé gouverneur

de Paris, commandant de toutes les troupes delà première division militaire, et d'autres décrets pourvoyaient au remplacement de tous les hauts fonctionnaires .

Avec ce plan ainsi conçu, il fallait quelques heures pour s'emparer de Paris, quelques jours pour conquérir la France. Or, il faut bien le dire, cette aventure pouvait réussir. La France était fatiguée de Napoléon : le coup d'Etat accompli aurait été approuvé par la grande majorité des citoyens. Napoléon ne serait peut être plus rentré en France.

Et il s'en fallut de peu que le succès ne vint couronner cette audacieuse entreprise.

Les deux conjurés avaient imaginé et rédigé des pièces empreintes d'une réelle apparence d'authenticité et de vraisemblance.

Ils avaient composé tout d'abord un Sénatus^ consulte que voici.

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