‹ Le général de Sonis d'après ses papiers et sa correspondanceChapitre 11 sur 62 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ce fut en octobre 1865 que le lieutenant-colonel de Sonis rentra dans cette ville de Laghouat qu'il avait dû quitter en 1861. Les événements s'étaient tristement chargés de lui donner raison. C'était précisément audessus et autour de ce poste avancé, sur le territoire du cercle, qu'avait éclaté plus prompte, plus ardente, plus opiniâtre l'insurrection de ces Arabes desquels il avait fait cette c raide et prompte justice > qui lui avait valu presque une destitution. Toute la région avait pris feu dans l'été et l'automne de 1864, infestée par des bandes sanguinaires de coupeurs de route, qui mirent à sac toute la ligne des caravansérails de Boghar à Djelfa. Dans la nuit du 13 au 14 août, le caravansérail d'Aîn-el-Oussera avait été le théâtre de scènes sauvages, dans lesquelles avaient péri cruellement tous les résidents français. Depuis deux ans l'insurrection demeurait à peu près mal tresse du pays. Laghouat, à demi bloquée par une ceinture flottante de cavaliers toujours prêts à l'envelopper, était à peine préservée

par les troupes du général Yusuf, qui y tenait son quartier général, et faisait de là des courses qu'il dédiait reprendre chaque jour.

Sonis était envoyé à Laghouat pour rendre coûte que coûte la sécurité au pays. La plus importante dos tribus insoumises, celle des Ouled-Sidi-Cheikh, en possession du désert depuis plusieurs siècles, avait alors à sa tète un jeune homme de vingt ans, Si-Hamed-ben- Hamza, dont la fougue était dirigée par un véritable homme de guerre, son oncle Si-Lalla, que sa hardiesse, son habileté, sa connaissance des lieux rendaient redoutable à nos armes. Autour de cette tribu et de son chef principal se groupaient toutes celles que l'inextinguible fanatisme de l'Islam leur avait données pour alliées. Ces tribus, poussant devant elles quelques maigres troupeaux, errent toute l'année à travers d'immenses plaines stériles, courant de la Tunisie au Maroc à la recherche des pâturages les moins brûlés, des puits les moins taris, sans autre abri que leurs pauvres tentes, sans autre patrie que le désert. Manquant de vivres, manquant d'eau, surveillés ou traqués sans cesse par nos colonnes, ces malheureux préfèrent quand même leur vie nomade à notre civilisation, et leur dure hberté à la paternelle domination de la France. L'ancienne indépendance nationale leur reste au cœur comme un souvenir et un espoir ; et si parfois la voix d'un marabout entreprenant se fait entendre au nom d'Allah et de son prophète, ils courent en armes contre nous, ravagent, pillent, massacrent; puis ils s'enfuient jusqu'à ce qu'ils soient hors de l'atteinte de nos escadrons, et bientôt disparaissent dans leurs solitudes inconnues.

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