COMBAT DE METLILI
Les Oaled-Sidi-Cheikh, rejetés sur le Maroc à la suite de rinsurrection de 1864, avaient passé une année à réparer leurs pertes, en préparant la revanche. A l'automne de 1865 ils reparurent dans le sud de la prorince d'Oran, provoquèrent la défection de plusieurs tribus, entraînèrent entre autres celle des Hamyan, et firent craindre un nouveau soulèvement général du Sahara. On avait vu un des chefs des dissidents arriver jusqu'à A!n-Madhi, au sud de la province d'Alger, et là fomenter la révolte, sur la promesse de délivrer cette fois toutes les tribus des cercles de Laghouat et de Boghar.
Cétait pour M. de Sonis un avertissement. Il prépara l'ofiTensive. Apprenant que dans la province d'Oran on avait mis en mouvement de nombreuses colonnes, le lieutenant -colonel sollicita l'autorisation d'appuyer leur action soit en portant ses troupes vers le ksar d'Aïn-Madhi, pour delà couvrir le Djebel -Amour, soit en marchant vers l'est dans la direction de Tadjerouna, dans le cas où le mouvement gagnerait la région du Mzab, où la tribu des Chambâas était déjà travaillée par les émissaires ennemis.
L'ordre arriva d'agir. Le commandant avait déjà pris ses dispositions en rassemblant autour de Laghouat près de deux mille chameaux, destinés à transporter les bagages, les vivres, les barriques d'eau et même au besoin l'infanterie, en cas de poursuite de l'ennemi. Ce rassemblement de chameaux, tenus toujours sous la main du commandant du cercle, fut une des plus utiles organisations de M. de Sonis durant son administration.
La colonne qu'il commandait avait son campement un peu en dehors de l'oasis, à un kilomètre ou quinze
cents mètres de Laghouat, du côté du désert. C'était un ainas de huttes de formes diverses, fantastiques, toutes construites en terre, ce qui les faisait comparer, par une célèbre voyageuse hollandaise, à un village de castors. Un officier le décrit ainsi :
a Ne pouvant songer, faute de bois, à se construire
des baraques, nos troupiers ont pétri du sable avec Teau du ruisseau , fabriqué des briques qu'ils ont fait cuire au soleil, à la mode du pays, et en un clin d'œil une multitude de gourbis, de formes variées et pittoresques, se sont élevés. Chacun dans ses maçonneries suivait sa fantaisie : celui-ci bâtissait un chalet, celui-là un panthéon, l'autre se creusait un terrier, l'autre se dressait une tour; on vit surgir de petits alcazars, des minarets, des casemates, des huttes sauvages. L'art gothique fraternisa avec l'architecture sarrasine; il naquit des ordres nouveaux. On a tiré parti de tout, on a fabriqué des portes et des fenêtres avec des caisses de biscuit, des ferrures avec des cercles de tonneaux ; on a fait des vérandas avec des roseaux, des contrevents avec des joncs et des alfas. Cela a duré, s'est accru, s'est embelli et agrandi. Chaque corps de troupe a son emplacement, ses rues, ses petits monuments habités par les officiers. Le camp est très sain, d'une remarquable propreté ; il y règne une grande animation, et presque une fraîcheur relative dans les appartements, autour desquels les gazelles apprivoisées par le soldat jouent avec lui et bondissent comme des balles élastiques sur leurs fines jambes d'acier ^ d La colonne mobile qui devait prendre part à l'expé-
1 Gliarleit Lagahoe, Une promenade dans le iyahara, p. 110.