‹ Le général de Sonis d'après ses papiers et sa correspondanceChapitre 22 sur 62 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le général quitta Limoges le !•*• février 4883. Il venait à Paris pour s'y préparer à mourir ; c'est la consommation de son existence dans la souffrance et dans l'espérance du ciel ; c'est aussi la consommation de sa sainteté dans l'amour de Dieu par-dessus toutes choses.

Il prit son domicile à Passy- Paris , près du bois de Boulogne , dans un quartier tranquille , à portée d'une chapelle privée qui lui était ouverte pour ses dévotions. U avait attaché aussi un grand prix à se placer dans le voisinage des pères carmes ^ avec lesquels le tiers ordre lui avait forgé des liens qui se resserraient davantage chaque jour.

Les nouvelles fonctions qu'on lui avait données étaient une retraite déguisée et honorable. Il l'appelait lui-même une véritable sinécure : c Ma commission mixte des travaux publics se réunit une fois tous les mois, écrivait-il, et je n'ai guère que la peine d'opiner du bonnet, à la suite d'une séance qui ne dure au ma*

ximum qu'une heure et demie. Je profite de ces loisirs pour me consacrer entièrement à l'éducation de François, dont je me suis fait tout à fait le précepteur. » Cette commission mixte se composait, entre autres, de conseillers d'Ëtat, d'inspecteurs généraux des ponts et chaussées , d'amiraux et de généraux , dont il n'avait qu'à se louer, mais avec lesquels il ne gardait que des relations de politesse et de service; elle exerçait son contrôle sur les travaux qui s'exécutaient sur les zones frontières, c Cest une situation honorable, expliquait-il , mais où l'on place les personnages dont on se défie. J'y ai succédé au général Ducrot. »

Il 7 avait à peine quelques semaines qu'il était là, lorsqu'au milieu de mars il fut pris de vives souflbrances qui le mirent à deux doigts de la mort. Des douleurs néphrétiques d'une extrême violence le tinrent six semaines sur la croix, c La main adorable du divin Maître, écrivait-il à dom Sarlat, a Jugé bon de me clouer sur mon lit de douleur dans la soirée du dimanche des Rameaux. J'ai eu quatre médecins autour de moi. J'ai pensé mourir, et j'ai même fait mes adieux à ma famille pendant une certaine nuit que je croyais ma dernière en ce pauvre monde. » Dans cette nuit, appelant M"** de Sonis auprès de lui , il lui fit ses suprêmes recommandations, la confiant à Dieu, et la remerciant avec une effusion tranquille des longues années de bonheur qu'elle lui avait procurées. Après quoi il demanda les derniers sacrements, que le médecin, le matin venu, conseilla d'ajourner: « Du moins, écrit-il, on m'a apporté Notre-Seigneur, qui a bien voulu me conserver pour ma chère famille. J'ai , depuis lors , obtenu la grâce insigne de recevoir le divin Consolateur tous les

dimanches. Les bons pères carmes expulsés qui sont dans notre voisinage me visitent souvent et me font grand bien. »

M. de Sonis vit dans cette crise périlleuse un nouvel avertissement de se préparer à son éternité , où nous voyons sa pensée habiter et se complaire inséparablement. Lorsque ses enfants mariés lui parlent de voyages et arrangent entre eux leurs itinéraires de famille, il leur répond que, c pour lui, il n'a plus à faire que le grand voyage du ciel. Celui-là, dit-il, il ne faut pas le manquer. » De même à dom Sarlat , qui le pressait de se rendre à la solennité de sa première messe pour le 28 mai 1883 : c Je vous ai été uni dans la sainte communion ; maintenant que vous avez reçu la plénitude des dons célestes, vous pouvez marcher désormais d'un pas ferme et tranquille vers la bienheureuse éternité, i £t à sa fille , quelques jours après : c Chère Marie , je vous mets tous ensemble dans le sacré Cœur, où il fout être réunis pour la bienheureuse éternité. >

Il s'accoutumait à la séparation des siens, en vue d'une séparation plus longue qu'il sentait prochaine. Sa fille Marie ayant été , dans l'intérêt de sa santé , envoyée par ses supérieures au Sacré-Cœur de Kientzheim, en Alsace , son père lui communiqua sa peine de cet éloignement, mais pour ajouter tout de suite : c Notre- Seigneur a voulu que la maladie me privât longtemps d'aller vous visiter, et voilà qu'au moment où il semble me rendre mes forces, il vous sépare de nous. Adorons sa sainte volonté, et sachons dire tous ensemble : FiatI >

La communion le consolait dans l'attente du ciel, dont elle lui donnait l'avant-goût et le gage. Il écrivait au mois de mai : < J'ai repris ma jambe de bois , et j'ai

pu assister à la sainte messe le jour de TAscensioD. Je ne voulais pas abuser plus longtemps de la faveur que Notre -Seigneur me fiaisait de venir me visiter chez moi. i> Un de œs jours de communion , il en fait ainsi mention joyeuse dans une lettre : c Félicitez-moi : ce matin j'ai communié I Je suis donc en possession de l'adorable Maître, dont je suis le très indigne, mais très amoureux serviteur. > Il avouait à dom Sarlat que, s'il eût pu se rendre à sa première messe y il se serait abstenu des autres fêtes et réunions de cette solennité, pour ne se montrer et apparaître qu'à la Table sainte : c Vous ne m'eussiez vu, mon cher père, qu'au moment où j'aurais regu Notre-Seigneur de vos mains de prêtre. Je me serais arrangé pour qu'il en fût ainsi : secretum meum mihi, >

Dieu voulait -il que le sol s'effondrât de toutes parts sous les pieds de son serviteur, afin que celui-ci ne trouvât plus son espoir et son refuge que dans le ciel? L'ayant séparé de l'armée par l'infirmité, il le frappa plus cruellement encore dans sa religion politique. Au mois de juillet 1883, les journaux annoncèrent que la santé de M^' le comte de Chambord donnait de vives inquiétudes. Elles n'affectèrent personne plus douloureusement que le général de Sonis. Ce qu'il aimait dans le comte de Chambord c'était sans doute l'homme d'honneur, et dans cet homme la grandeur d'âme, la droiture chevaleresque, l'élévation de cœur du plus Français des Français. Ce qu'il honorait en lui, c'était sans doute le fils de nos rois , l'image vivante de la France glorieuse et prospère, le dernier représentant de l'autorité suprême, appuyée sur quinze siècles de droit public, de grandeur nationale et de bienfaits. Mais de

plus il vénérait en lui, par-dessus tout le reste , le fils aîné de TÉglise, uni d'esprit et de cœur au centre de la vérité, seul capable, par la fermeté de ses principes comme par l'intégrité de sa vie , de rasseoir sur sa base la monarchie chrétienne. Il l'aimait en Français, il l'aimait en ami , il l'aimait en chrétien , il l'aimait en soldat. Oserai-je dire que ces deux hommes se ressemblaient entre eux? Même foi, mômes vues, mêmes vertus , même défaut aussi : le noble défaut d'être des Ames plus hautes que leur temps, et de croire qu'ils avaient affaire à un siècle capable de les comprendre et de les suivre.

Ce n'est pas cependant que Sonis se fit illusion sur l'avènement d'un règne dont la France n'était pas digne. De ce côté, avouait -il, il avait moins d'espérance que de foi et de charité. Mais il se confiait dans la prière, dans le repentir, dans la miséricorde, dans le mirade môme. Tant que cet astre brillait encore dans le fond brumeux de l'horizon , il pouvait croire qu'il monterait et éclairerait notre ciel. En attendant il combattait, patientait, souffrait dans cette vue lointaine, servant le pays qu'il aimait, et se soumettant exactement à un pouvoir qui, du moins, — il est juste de le reconnaître, — sut lui conserver des égards avec une situation telle quelle jusqu'à ses derniers jours.

Le 11 juillet, on lisait dans les lettres de Sonis : c Vous savez nos alarmes pour la santé du roi. La France catholique est à genoux pour demander au sacré Cœur, par Marie, la conservation de ce bien-aimé prince, dont la santé est bien compromise. On est convenu d'offrir à Notre- Seigneur un jeûne général le 14, veille de la Saint-Henri. En outre, le 16, à neuf heures du matin ,

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il y aura une messe de communion générale pour les tertiaires de Notre-Dame du Mont-Carmel, au Sacré-Cœur de Montmartre. Nous ne manquerons pas à ce pieux rendez -vous des enfants de sainte Thérèse. »

En ce même jour, le général avait la joie de voir M"'* de Sonis s'enrôler comme lui dans le tiers ordre du Carmel : c Nous voilà donc de la même famille spirituelle, ce qui est une grande grâce de Dieu et m'a causé une vive joie. Nous disons tous les jours ensemble notre ofHce de la sainte Vierge, et nous sommes très unis dans cet acte de religion , comme dans les \iutres. >

Une amélioration notable, mais non décisive dans la santé du royal malade parut à M. de Sonis « une grâce insigne obtenue par des prières ferventes presque générales >.

Mais, hélas! le peuple français ne se convertissait pas. Au commencement d'août, l'affreux tremblement de terre qui renversa Ischia n'avait été pour Paris et les grandes villes de province qu'une belle occasion de danser au profit de ces malheureux, remarquait M. de Sonis : c Tant ce peuple est rebelle aux enseignements de Dieu I II a aussi peu le sens chrétien que le sens commun, i»

La main de Dieu, un moment suspendue, s'abattit donc sur la France. Le fils de saint Louis mourut le 24 août 1883, veille de la fête du saint roi. M. de Sonis le pleura amèrement, il le pleura longtemps. Parmi tant de lettres éplorées, entendons celle-ci, qu'il adresse à M. l'abbé Faucon, le même prêtre qui, en 1871, l'avait accompagné dans sa visite à Anvers :

c Cest hier soir que la fatale nouvelle nous est parvenue, et je n'ai pas besoin de vous dire quel coup elle m'a porté; je me sens frappé au cœur. Sans avoir grande foi dans un meilleur avenir, connaissant bien les hommes de mon temps, les sachant incapables de mesurer l'esprit et le cœur de U^ le comte de Chambord, sachant aussi tout ce qu'il y avait de volonté dans le prince, vous savez combien peu je comptais sur un avènement qui, de la part de mes amis, était devenu à peu pr(^ un acte de foi. Mais, sans bien m'en rendre compte, et sachant combien la Providence aime à se servir des instruments les plus faibles, je n'avais pas perdu absolument tout espoir de me rendre utile à un moment donné. Voilà que tout est fini I A cela ajoutez le prestige de ce prince plus grand que nature , de cette parole , écho d'un si grand cœur, de ce regard si profond dont vous avez subi, comme moi, le charme, et vous aurez la mesure de mon chagrin. Il est monté au ciel la veille de la Saint-Louis , et il y a reçu la récompense de la foi I »

Jusqu'à la fin de sa vie nous entendrons M. de Sonis gémir de « cette perte irréparable », comme lui-même l'appelle. Mais en même temps du fond de ce deuil jaillissait à ses yeux une double clarté : l'une sur le sort de la France , l'autre sur son propre devoir. Il disait du pays : « Maintenant que mon bien -aimé prince a regagné cette patrie d'en haut d'où son âme nous avait été envoyée, et qui nous était tenue comme en réserve pour un repentir qui n'est pas venu , je crains que la mesure soit comble et que nous n'ayons plus affaire qu'à la seule justice. » Il disait, parlant de lui-même : c J'ai été tellement affligé par la mort de mon bien-

aimé roi , que j'ai passé plusieurs mois dans une douleur morne, ne pensant à rien de ce que'Dieu pouvait réserver à la France, me bornant à servir Dieu le mieux possible , me soumettant à tout ce qui pouvait être son bon plaisir. » Être tout à Dieu, ne vivre que pour ce Roi suprême, c'est encore ce qu'il exprime au R. P. Ginhac : c Dieu nous a retiré notre prince, qui paraissait si providentiellement désigné pour instaurare omnia in Christot II veut prouver aux bommes qu'il n'a besoin de personne. Aujourd'hui tout est à terre; il ne reste plus rien que Lui, son Église et son Vicaire. Il n'y a donc plus que Lui à servir. C'est la pensée dont je me nourris sans cesse et dont je cberche à pénétrer r&me et le cœur de mes enfants. »

n en pénétrait alors particulièrement, dans de vraies lettres de direction, Tatnée de ses filles. La jeune religieuse lui ayant confié ses tristesses intérieures, c'est lui, son père, qui l'encourage, la soulève, la dirige dans les voies de la paix, c Ma obère Marie, j'aime à me dire que Notre-Seigneur n'éprouve que ceux qu'il aime, et qui l'aiment, afin de les faire passer par le creuset de la souffrance, de les associer à sa passion, et ensuite à la gloire réservée à ses saints, qui tous ont été ainsi purifiés avant d'entrer dans la bienheureuse éternité. Chère enfant, luttez avec courage contre le démon de la tristesse. Opposez- lui une douce soumission à la volonté de Dieu , et servez Dieu dans la joie, lui demandant un doux acquiescement à sa loi, une grande simplicité de cœur. Allons, chère enfant, ne nous décourageons pas, mais marchons vaillamment dans la voie que Notre-Seigneur nous a tracée. Que toute chute, — qui n'en fait pas dans

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le chemin de la perfection? — nous soit une occasion de nous relever plus dévoués et plus saints. » On citerait une dizaine de lettres intimes sur cet objet.

Dans d'autres il lui apprend 4 supporter la maladie, et il le îaiiy comme toujours, dans la langue des saints. C'est dans l'état de maladie qu'elle peut mieux s'approcher du divin modèle crucifié. Notre- Seigneur s'est représenté sous la figure d'un agneau doux et soumis; aussi aime-t-il de prédilection les âmes soumises à ce que Dieu veut. Cet humble état est le point de départ vers ces sommets qu'habitent les Thérèse de Jésus, les Marie-Madeleine de Pazzi, avec leurs célestes devises : c Ou soufiErir ou mourir I Toujours souffrir, jamais mourir I » Puis vient une exhortation ardente à prier pour tous, pour l'Église, pour le monde, pour la France, pour sa famille, pour les tièdes, pour les vivants, pour les morts, pour les aïeux d'autrefois dont nous sonmies la chair et le sang. Sonis s'excuse auprès de sa fille c de la tenir ainsi suspendue, pendant plusieurs pages, entre ciel et terre ». C'était bien cela.

La fille, de son côté, décrivait à son père c les vertes prairies de l'Alsace, les sapinières des Vosges, et le del étoile des nuits de ce pays ». Et comme elle lui rappelait, à cette occasion, les belles nuits d'Afrique durant lesquelles autrefois son père lui faisait contempler et passer en revue l'armée du firmament: c Je suis bien heureux, chère enfant, lui répond celui-ci, que vous ayez retenu les leçons que je vous ai données lorsque vous étiez si jeune, et que votre âme se soit naturellement laissée soulever de cette terre si pesante, vers ces astres lumineux qui inspiraient au prophète royal cet admirable cantique d'action de grâces : CoM

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enarrant gloriam Dei. De ce cantique aussi je puis dire : beauté ancienne et toujours nouvelle t et lorsque je le retrouve tous les jours dans l'office, il transporte mon Âme d'un enthousiasme sans cesse renaissant. Mais si nous ne pouvons, comme vous, regarder ces merveilles du dehors, du moins nous tournons au dedans l'œil de notre âme, dont l'hôte divin excite bien plus encore notre admiration. >

n ne cessait pas d'avoir la souffrance pour compagne fidèle. Tantôt c'est une inflammation de son pied gelé à Loigny, tantôt ce sont des élancements intolérables dans tous ses muscles , tantôt les suites d'une chute sur le parquet de sa chambre, qui font de ses jours et de ses nuits un incessant martyre. Il écrivait un matin, 23 octobre, après une crise qui l'avait réduit à une impuissance complète: c Je deviens alors comme une véritable bûche que Notre-Seigneur veut bien laisser brûler sur l'autel du sacrifice. Il me restait quelques charbons cette nuit, mais j'espère qu'à cette heure ma bûche est tout à fait consumée. »

C'étaient les préludes du départ funèbre et le premier coup de clairon qui en sonnait le signal. M. de Sonis le sentait. Au commencement de janvier 1884, il écrit à dom Sarlat : c J'ai le cœur triste. Il y a sur le monde un voile de deuil , et comme une désespérance universelle. Depuis la mort démon bien-aimé Roi, il semble qu'il n'y ait plus rien à attendre. Les années passent sur ma tète, et je sens venir la mort. Ce ne serait rien si je ne devais laisser derrière moi tant d'enfants dont le sort m'inquiète. Mais courage, homme de peu de foi I b

Cette inquiétude paternelle sur l'avenir de ses en-

fants est le fer qu'il porte dans la plaie de son cœar, où chacune de ses lettres le tourne et le retourne. Mais, comme le dira son Oraison funèbre , ses leçons et ses exemples n'étaient-ils pas pour eux un patrimoine plus précieux que toutes les richesses? Et son nom, qu'ils ont l'honneur de porter, n'est-il pas devenu par lui un des plus beaux et des plus grands noms de la France de nos jours?

Peu après il s'en ouvre ainsi avec sa fille : c Priez pour moi, qui me fais vieux, et qui penche vers la tombe. Priez pour que je m'en aille de ce monde, tranquille sur le sort de tous mes enfants, grand sujet de préoccupations et d'inquiétude. > La lettre suivante dit encore : c Nous arrivons, chère Marie, au terme de la vie, étonnés de l'avoir parcourue si vite, nous croyant toujours jeunes , et ne pouvant nous faire à l'idée de plier bagage pour l'éternité. Il me semble cependant que si je n'avais la charge de si graves intérêts, que si, après moi, l'avenir des miens n'était si gros d'inquiétudes, je déménagerais bien volontiers. Mais il faut que tout se passe comme il plaira à Dieu, et prier le bon Maître de tout arranger selon son bon plaisir, qui ne peut être que de nous réunir tous dans son ciel et dans son divin Cœur. » Puis tout s'achève dans ce cri de joie et d'espérance, daté du Samedi saint: c Je vien& de la messe, où a retenti le joyeux Alléluia. Il semble que chaque année nous assistions à la victoire de notre divin Jésus sorti triomphant du tombeau ; et pour ma part, je redis toujours avec la même foi, et toujours avec la même joie, ces paroles de l'Apôtre : 0 mort, où est ta victoire? Elles consolent, en effet, de ces souffrances de l'Hommo-Dieu , dont la méditation, pendant

quarante jours, a été notre pain quotidien. Aussi qu'il fait bon laisser se dilater son cœur, et lever les yeux au ciel, oti il fera si doux de se reposer enfin I d

En attendant d'aller triompher avec Jésus-Christ, M. de Sonis s'était enseveli avec lui. Rien ne montre mieux les profondeurs d'abnégation et de dévouement de ce cœur immolé que cette belle prière retrouvée dans ses papiers, écrite de sa main, et qui nous paraît devoir se rapporter à ce temps-là. Voici en quels termes humiliés et magnanimes elle exprime l'absolue abdication de soi-même entre les mains de Celui à qui seul appartient l'être :

€ Mon Dieu, me voici devant vous, pauvre, petit, dénué de tout. Je ne suis rien, je n'ai rien, je ne puis rien; je suis là à vos pieds, plongé dans mon néant. Je voudrais avoir quelque chose à vous ofiErir, mais je ne suis que misère. Vous, vous êtes mon tout, vous êtes ma richesse 1

c Mon Dieu, je vous remercie d'avoir voulu que je ne fusse rien devant vous. J'aime mon humiliation, mon néant. Je vous remercie d'avoir éloigné de mon esprit quelques satisfactions d'amour-propre , quelques consolations du cœur. Je vous remercie des déceptions, des inquiétudes, des humiliations. Je reconnais que j'en avais besoin , et que ces biens auraient pu me retenir loin de vous.

c 0 mon Dieu , soyez béni quand vous m'éprouvez. J'aime à être brisé, consumé, détruit par vous. Anéantissez-moi de plus en plus. Que je sois à l'édifice non comme la pieiTe travaillée et polie par la main de l'ouvrier, mais comme le grain de sable obscur, dérobé k la poussière du chemin.

c Mon DieU| je vous remercie de m'avoir laissé entre^

Toir la douceur de vos consolations ; je tous remercie de m'en avoir privé. Tout ce que vous faites est juste et bon. Je vous bénis dans mon indigence; je ne regrette rien, sinon de ne vous avoir pas assez aimé.

€ Je ne désire rien, sinon que votre volonté soit fidte. Vous êtes mon maître, et je suis votre propriété. Tournez et retournez-moi; détruisez et travaillez-moi. Je veux être réduit à rien pour l'amour de vous. 0 Jésus, que votre main est bonne, môme au plus fort de l'épreuve 1 Que je sois crucifié , mais crucifié par vous! ib

Dans ce complet détachement de la terre et de luimême, ne tenant plus à rien qu'à Dieu et à sa fisuaoille, M. de Sonis voulut du moins laisser à ceux qu'il aimait quelques souvenirs écrits qui fussent et un témoignage de son affection et une suprême direction pour leur conduite dans la vie. Ce devaient être des notes rapides sur les principaux événements de son existence; luimême raconte c qu'il s'était décidé à en commencer la rédaction le 25 août 1883, anniversaire de sa naissance. Mais frappé, dit- il, dans ses affections les plus chères par la mort de son bien-aimé Roi, il dut attendre quelques jours. > C'est du 31 août que sont datées les premières pages, écrites au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Nous les avons rapportées au commencement de cette histoire, qui leur a emprunté le tableau de l'enfance et de l'adolescence de ce prédestiné, jusqu'à son entrée à Saint- Cyr. La souffrance d'une part, l'humilité de l'autre conspirèrent à l'empêcher de poursuivre au delà.

Aussi bien s'apercevait -il qu'on le regardait écrire; déjà quelques amis , qui savaient l'existence de ce mé-

morial et en pressentaient Tintérét, lui demandaient la faveur d'en obtenir la confidence, c Je ne puis me défendre de sourire, répondait M. de Sonis à dom Sarlat, en pensant au désir que vous m'exprimez de prendre connaissance de ce travail. Certes, j'aurais bien mauvaise grâce à refuser de vous le communiquer; mais combien vous serez désillusionné, et combien stupéfait, à en juger par ce qu'a déjà produit ma plume, aussi boiteuse que le personnage qui la tient. Le seul mérite de cet écrit sera dans sa sincérité ; et, pour cela, il faut que je puisse écrire sans apprêts, comme un homme qui s'attend à ne pas être lu par d'autres que par ses enfants. Je vous demande donc la permission de ne rien changer à mon programme. » Puis il cessa d'écrire, soit de gré, soit de force. S'il eût continué à le faire, sur le ton des pages si élevées et si vivantes que nous avons citées, nous n'aurions pas eu à écrire cette histoire. Elle eût été faite par avance.

M. de Sonis vivait ainsi dans le passé, pour se consoler du présent, qui était de moins en moins digne des regards du juste : l'Église était en proie , les honnêtes gens en deuil, les méchants sur le pavois, et M. de Sonis tirait cette plainte brûlante d'un cœur qui n'avait plus pour refuge que l'autel et le ciel. Il écrit au même religieux de Solesmes : « On croit toujours que nous sommes au bout des vilenies et des infamies de ces gens-là, 'mais chaque jour nous révèle une turpitude nouvelle dont on les eût crus incapables. Il faudra boire le calice jusqu'à la lie; et, avant d'arriver au fond de la coupe. Dieu sait tout ce qu'il nous faudra avaler I Mais 9ur8um cordât Ils ne nous priveront pas des joies de la prière, du calme de la conscience, du bonheur de

contempler un ciel pur, séjour des bienheureux, des anges et de l'adorable Trinité I

c Grâce à Dieu, plus ils nous maltraiteront, plus nous irons chercher ce qu'il faut pour porter avec joie nos peines, et nous trouverons toujours dans la sainte Eucharistie le remède à tous les maux, fussent- ils plus grands que ceux que nous subissons et ceux qu'ils nous réservent.

c Ah I si ces hommes savaient Tefficacité de la prière, et s'ils pouvaient se douter que nous prions pour eux I »

La politique , même celle des bons , ne lui montrait pas d'issue à la présente crise de notre société. Il écrivait, en parlant du prince qu'il pleurait toujours : c H n'est pas d'homme de bonne foi qui, à l'heure actuelle, ne sente qu'il manque quelqu'un dans le monde. ^ M. de Sonis s'était franchement et droitement rallié à M. le comte de Paris comme à l'héritier du trône, c Seulement, disait- il, je fais des vœux pour que la main du pilote qui doit tenir le gouvernail soit de force à briser les lames et à conduire la barque à travers les récife I > Mais il demandait en môme temps aux catholiques de placer au-dessus de tout intérêt politique et dynastique l'intérêt suprême de la religion. Il trouvait bon qu'ils en eussent rédigé la Déclaration , et il appelait l'union de toutes les forces des croyants sur le terrain solide et nettement défini des droits de la conscience , de la famille et de l'Église, c II était donc nécessaire, écrivaitil encore, que M. le comte de Paris sût qu'en le reconnaissant comme légitime héritier de M. le comte de Chambord, les catholiques avaient le droit de lui dedemander un gouvernement chrétien, d

Ce gouvernement chrétien n'était présentement, hélas I

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qu'un souvenir d'histoire, et M. de Sonis se complaisait dans le splendide tableau que déployait alors devant lui le livre de Hontalembert sur les Moines d'Occident : c J'ai lu ce qu'il a écrit sur saint Benoit, Cassiodore et saint Grégoire le Grand. Ces pages sont réellement belles, écrivait-il à Solesmes, et des meilleures qui soient sorties de sa plume. Je me repose l'esprit et le cœur en lisant l'histoire de ces âges où la foi avait assez d'autorité pour courber devant elle les fronts les plus durs. Sans doute il y avait aussi de grandes misères, mais quelles compensations! > C'est encore à ce temps de foi que le reportait la lecture de Y Année liturgique de dom Guéranger : c Qu'il faisait donc bon, répète le solitaire, qu'il faisait bon vivre dans ce moyen âge, où tout se rapportait aux mystères du christianisme, et inspirait tous les actes de la vie I C'était alors chose naturelle de vivre de la vie de l'Église, en suivant les offices de sa liturgie et en se délectant de leur beauté sacrée. Hélas ! que les temps sont changés, et qu'il fait triste de vivre aujourd'hui ! > Mais finalement il en revenait à la lecture de l'Évangile, il remontait de l'histoire des hommes, même des meilleurs hommes, à l'histoire de Dieu, et il déclare dans ce môme temps qu'il fjELisait ses plus chères délices de la Vie de Jésus- Christ j par Ludolphe le Chartreux.

U ne sortait presque plus, c C'est bientôt l'heure de plier sa tente pour le grand voyage, > disait-il. Il put cependant se rendre, en juin, au pèlerinage de sa paroisse au Sacré-Cœur de Montmartre, c Après la messe, ra* conte -t- il, tout le monde est allé en procession à la crypte et dans la basilique, dont les murs ont déjà plusieurs mètres de haut. Je suis resté seul dans la cha-

pelle, et j'ai pu entendre une messe de plus. » Il s'employait aussi y lorsqu'il pouvait sortir, à quelques œuvres de charité qui attiraient son cœur : c En 80^ tant des Oiseaux, écrivait-il encore, ma femme et moi nous avons couru toute la journée pour placer deux pauvres jeunes filles très malheureuses, et nous ne sommes rentrés à la maison que très tard. »

Se dévouer ainsi faisait son bonheur. Une religieuse nous écrit : « Comme je le remerciais des démarches, fatigues , lettres et conseils qu'il avait prodigués pour sauver un pauvre égaré que je lui avais recommandé, il me répondit avec un air d'étonnement : c Mais, ma c mère, quand vous me demandez un service, qui donc c est l'obligé, sinon moi? » J'ai tant de fois donné au général l'occasion d'être mon obligé de cette sorte, que je n'en puis raconter tous les faits. »

La réputation d'autrui était sacrée à ses yeux; c'est la pierre de touche du vrai chrétien. € Gomme il avait été dans la nécessité de me faire connaître de graves torts commis envers lui, rapporte le même témoignage, lui dont cette indigne conduite devait soulever la fière nature, ne paraissait cependant préoccupé que d'une chose : défendre ceux qui l'avaient fait soufifrir, et ne laisser subsister dans mon esprit aucune impression pénible au sujet de ces gens. Il me quitta en me disant : € Quant à nous , ce que nous avons à faire , c'est de ne < pas nous donner des torts à leur égard, en blessant € la charité. Si donc, ma mère, j'ai dit quelque chose c de trop , je vous en demande pardon. »

Toute publicité qui le mettait en évidence, fftt-ce même pour des riens , lui était une blessure amère. Le journal la Croix ayant raconté qu'un jour, à sept

heures du soir, en plein Paris, la voiture du général avait été assaillie par des malfaiteurs , et ayant relevé cette nouvelle de quelques mots de louange pour le grand soldat, M. de Sonis vint trouver la personne qu'il soupçonnait justement d*avoir fait connaître l'accident : € C'est la première fois que je le vis en colère, c rapporte celle-ci : — Eh quoi I me dit-il, pouvais-je < attendre cela de vous? Je ne suis pas un homme t dont on parle. Priez bien ces messieurs de ne jamais t prononcer mon nom. »

Cependant la chaîne de fer de la souffrance se resserrait chaque jour, enlaçant tous ses membres. Au 25 octobre 1884, il accuse un redoublement de douleurs névralgiques dans sa pauvre jambe et partout : c Que la sainte volonté de Dieu se fasse donc partout et toujours, écrit-il à sa fille, dans la joie comme dans la peine, dans la santé comme dans la maladie I Vous savez que c'est là le fondement de toute vie chrétienne. Quel sujet de méditation I... J'allais continuer; mais je m'abstiens, pour que vous ne me fassiez pas meilleur que je ne suis. ^

Un peu plus tard il lui rappelle l'anniversaire de Loigny : c Pensez à votre père, pendant cette nuit, ma fille, si vous vous réveillez. Il pensera certainement à vous devant Dieu, n II était toujours fidèle à cette veille sacrée.

L'année 1885 lui apparut, à son lever, comme l'aube de cette éternité vers laquelle il soupirait : c Cela nous pousse vers la tombe, écrivait -il à son ami le colonel de Réals. Ce ne serait pas un grand mal s'il n'y avait que le mal de quitter ce pauvre monde, bien peu digne de regrets. Mais il y a aussi le chagrin de quitter tout

ce cher monde, auquel nous sommes utile et même nécessaire, et c'est ce qui rend la séparation bien pénible. 9

Parmi ce monde cher à son cœur, il mentionnait spécialement son jeune fils Jean, qui lui revenait de l'école de Saint-Cyr avec un mal au genou d'une gravité croissante. C'était une nouvelle croix que Notre -Seigneur envoyait au général pour étrennes. c Jean est toujours dans le même état, lisait-on alors dans ses lettres. Que la volonté de Dieu soit faite I II faut espérer que notre part dans l'autre monde sera meilleure. » Le pauvre père pouvait-il prévoir que ce bien-aimé fils aurait un jour avec lui ce douloureux trait de ressemblance d'être amputé de ce membre, à l'âge de vingt-cinq ans, et de se voir condamné, dans la fleur de l'espérance et de la distinction, à une infirmité portée avec un courage digne de son nom et de sa foi ?

Mais, s'il ne connut pas cette suprême souffrance, H. de Sonis put ressentir toutes celles de la patrie et de l'Église dans ces dernières années. Il y voyait un châtiment, et il disait dans ses lettres : c £a considérant les choses au point de vue de la foi , on comprend que nous subissions cet état de choses en punition des forfaits commis par les Français pendant la Révolution. » L'ouvrage de M. Taine, qu'il lisait oU ce moment, lui en mettait le spectacle authentique ^ous les yeux.

Aux spectacles de l'iniquité répondaient des scènes d'impiété où la démence se partageait les rôles avec le sacrilège. De son habitation , — il s'était transféré de la rue Eugène -Delacroix au n<> 2 de la rue de Sontay, .presque au coin de la place d'Eylau, — il assista, au

mois de juin 1885, à ce qu'il appelle la mascarade des obsèques de Victor Hugo. « Nous sommes tout près de l'Arc de triomphe, écrivait- il à Solesmes, et nous étions sur le parcours qu'a suivi son cadavre pour aller de la maison mortuaire à TArc de triomphe, où il est resté exposé un jour et une nuit. Vous pouvez croire que mes fenêtres sont restées fermées, et que notre journée s'est passée en prière, demandant pardon à Dieu du scandale qui se produisait si près de notre demeure. C'a été une véritable foire, digne, du reste, du pauvre fou et des autres fous qui prétendaient l'honorer, et qui n'ont pas craint de chasser Dieu de son temple pour y placer leur idole. >

Ce n'était pas du parlement , même de la droite monarchique du parlement, qu'il attendait le remède à nos maux toujours croissants : € Depuis que notre pauvre roi n'est plus là, écrivait -il à la fin de 1885, il semble que ses serviteurs aient perdu la tête et soient complètement dévoyés. :» Du moins, de ce côté, un homme avait conquis son admiration et son applaudissement par sa ferme parole, nourrie de raison , de doctrine, et animée du vrai patriotisme chrétien ; c'était Mff'l'évêque d'Angers. Il ne résista pas, comme lui-même nous l'apprend, à lui exprimer cette admiration.

Le pape était au-dessus de tout : c Quelle admirable figure que celle de Léon XIII I ajoutait-il. Et comme elle grandit chaque jour au milieu de toutes nos bassesses! :d Ailleurs, il tremble à la pensée que la France pourrait devenir la proie des hommes du Nord, et il demande à Dieu d'épargner cette douleur à ses dernières années.

Il n'avait plus d'espérance que dans la Reine du ciel.

ot cette espérance redoubla lorsqu*en ordonnant à l'univers catholique la récitation du Rosaire, c le saintpère, comme il écrivait, avait remis toutes choses dans les mains de la très sainte Vierge. Personne ne m'ôtera de ridée que les élections du 4 octobre sont un miracle de sa puissance. ^

Puis il comptait sur tant de bonnes œuvres qu'il voyait fleurir autour de lui. Celle des Petites-Sœurs de l'Assomption , établies dans les quartiers ouvriers de la capitale pour aller soigner gratuitement les pauvres ménages à domicile, enthousiasmait sa charité, c II avait accepté d'entrer comme décurion dans l'association de la Fraternité du Salut, nous raconte une sœur oblate de cet Institut. Dans cette œuvre, les ouvriers se réunissent chaque mois , s'engagent devant Dieu à ne pas aller au cabaret, à assister à la messe du dimanche, et à donner chaque semaine leur paye entière à leurs femmes. Ils promettent aussi de faire la prière en corniimi: ions les jours. Des hommes du monde se joignent aux pères Assomptionistes pour les réunir et leur parler. Le général assistait régulièrement à ces réunions, y entendait la messe, y communiait; mais sa modestie lui faisait refuser d'y porter la parole. A grand'peine on lui faisait accepter la place d'honneur, qui était due à son rang. Il disait, dans une lettre où il avait dévoilé ces mystères de la charité: c Voilà quelques-unes des raisons qui me feraient espérer la résurrection de la France, i

Il y travaillait pour sa part en ramenant à Dieu des amis égarés. Au milieu de décembre, une lettre à sa fille racontait ses démarches auprès de deux officiers généraux de sa connaissance, mortellement malades,

PARIS — LÉTERMTÉ 377

et qui avaient fini par se rendre au divin Vainqueur. C'était à grand'peine qu'il avait pu se tratner jusqu'à la demeure de l'un d'eux, où il avait été d'abord assez mal reçu à la porte, c Mais cela c'est pain bénit, disait M. de Sonis. Quelques jours après j'appris par une lettre de M. le curé qu'un de ses vicaires était allé voir lo général, l'avait confessé, lui avait administré l'extrémeonction et ensuite la sainte communion, ajoutant que depuis qu'il avait reçu Notre-Soigneur il était en prières continuelles. Cet effet des sacrements me parut tellement merveilleux , que nous fîmes la promesse d'une neuvaine de communions pour remercier Dieu des grâces insignes accordées à ce général, mon collègue à Limoges. Quelle joie de voir ressusciter une âme que Ton croyait à peu près mortel Que Dieu est bon I >

Pour comprendre de quelles souffrances l'infirme payait ces démarches, il faut savoir qu'à cette date il y avait un mois et demi qu'il était sans mouvement, c Un malin, à son lever, comme il le raconte, ayant essayé de mettre sa jambe de bois, il avait perdu l'équilibre, à cause de sa grande faiblesse, et était tombé à terre. Relevé par son domestique, il avait voulu sortir pour aller à la messe avec sa petite Germaine ; mais il avait dû y renoncer et regagner son lit, puis garder la chambre, parmi d'atroces souffrances que calmaient à peine de fréquentes piqûres de morphine. :» Mais sa grande souffrance est celle qu'exhalent ces dernières lignes : « Pendant ce long temps j'ai été privé de la sainte messe, et, par suite, de la sainte communion. Quel bonheur lorsque j'ai pu reprendre le chemin de l'église et de la sainte Table Ib

11 y revient éloquemment, dans cette fin d'une lettre *

à M'A» de Sèze : c Par suite de ma maladie , j'ai étô séparé de ma fidèle compagne^ de ma jambe de bois, sans laquelle je ne puis rien et suis condamné à l'immobilité la plus absolue. C'est vous dire que, pendant longtemps, j*ai été privé de la sainte communion et même de la sainte messe. Il semblait que je n'étais plus chrétien. Grâces à Dieu I me voilà sur pied , et je puis boire à longs traits aux sources de la vie éternelle, ce qui me donne la force de porter le poids du jour. >

Le commencement de Tannée 188G ne lui apporta ni santé ni espoir : c II en sera de cette année ce que Dieu voudra, disait la même lettre du 14 janvier. L'essentiel est d'être résigné à sa sainte volonté. Mais je suis bien triste 1 J'ai soixante ans passés, je vois ^'enir la mort et je vais laisser derrière moi toute une famille sans fortune. Tout cela est noir et plein d'anxiétés de toutes sortes, que je promène dans ma tête pendant (le longues nuits sans sommeil. Je m'efforce de penser que Dieu est un bon père, et que les secrets de sa miséricorde sont insondables; qu'après tout une seule chose importe, c'est qu'il soit aimé, glorifié, servi. Mais, plus le temps passe, moins il en est ainsi ; chaque jour nous enfonce davantage dans l'impiété et semble asseoir le règne des ennemis de son nom. Et comment ne pas s'attrister?»

C'est la grande tristesse des saints, c'est le martyre du cœur, plus cruel que celui du corps. Sonis en souffrait, en mourait chaque jour. Chaque jour il s'offrait comme victime et rédempteur au sacré Cœur de Jésus, selon sa belle prière : c 0 Jésus ! que votre main est bonne, même au plus fort de l'épreuve! Que je sois crucifié, mais crucifié par vous I » En vain, par exemple,

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le pressait -on d'apporter quelque adoucissement à ses jeûns et abstinences: < Si je puis les supporter , répondait-il à son directeur, pouvez -vous me les défendre?)» Ce n'était pas assez, et des instruments de pénitence lui faisaient porter dans sa chair meurtrie les stigmates de Celui qui a fut blessé pour nos iniquités et broyé pour nos crimes, d

Un vénérable prêtre lazariste nous écrit : <c Les visites que je lui faisais à Passy ou rue de Sontay étaient pour moi un vrai pèlerinage. J'allais chez le général de Sonis comme je vais à Montmartre. A chacune de ses visites, je retrouvais le saint général avec toute l'activité de son intelligence, toute la générosité de son noble cœur, mais dans un corps mutilé, mis au rebut comme un instrument inutile, et inconsable de voir aux mains d'une bande de sectaires ce pays naguère défendu par lui jusqu'à refTusion de son sang. Il y avait là, pour ce grand cœur une souffrance morale bien plus vive que celles qu'il avait endurées au champ de bataille de Loigny. Et cependant, malgré cette souffrance, je le trouvais toujours bon, toujours patient, très heureux d'une retraite que la Providence lui avait ménagée pour se sanctifier et se préparer à l'éternité. »

Les officiers généraux qui approchaient de lui sortaient de là fiers de lui. Ainsi le général Schmitz disait en le quittant : a J'ai vu le général de Sonis: c'est l'honneur, n

Cependant il devait vider jusqu'à la lie la coupe des humiliations. Si pénible que lui fût l'inaction à laquelle le condamnait l'infirmité, au moins était-ce encore Votium cum dignitcUe que rêvaient, chez les anciens, les sages et les héros. La place de M. de Sonis à la

commission mixte des travaux publics était un dernier hommage rendu au fidèle serviteur de la patrie. Au mois de mars 1886, le nouveau ministre de la guerre remania cette commission, d'où naturellement le général fut exclu. « Le ministre avait bien Tintcntion de me révoquer purement et simplement , écrivait alors M. de Sonis à ses amis. Heureusement il s'est trouvé là un brave homme, le directeur de la correspondance générale, M. Jeanson, qui a paré le coup. Il a eu le courage de dire au ministre que ma révocation ferait le plus déplorable effet dans l'armée, et sur cette observation le ministre s'est décidé à me nommer membre adjoint du comité de cavalerie, me laissant ainsi une solde , comme on jette un morceau de pain à un pauvre pour s'en débarrasser. C'est bien, en effet, une façon de me congédier ; car le mot adjoint signifie que l'on se réserve de m'appeler quand on aura besoin de moi. Enfin Fiat I ]»

On n'aurait eu cependant que bien peu de temps à attendre pour s'épargner cette cruauté envers un homme qui avait déjà un pied dans la tombe. Depuis plus d'un an, M. de Sonis portait les signes d'une fin prochaine. Ceux qui l'entouraient le voyaient changer et s'affaiblir chaque jour; toute sa personne se sentait vaincue par la souffrance, sauf l'intelligence et le cœur, qui refusaient de se rendre.

A partir de cette année 1886, ses lettres deviennent plus rares, et il doit le plus souvent emprunter pour écrire la main de sa femme ou de ses filles; le silence suprême commence à se faire autour de lui. Toutefois .1 ne cesse de suivre d'un regard passionné la triste vicissitude des événements politiques. Tout ce qui tient

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à l'armée conscn'e la puissance de Témouvoir ou de tristesse ou de joie. C'est ainsi qu'il prévoit ^ qu'il annonce d'avance l'aventure prochaine du général Boulanger, avec son dénouement. C'est ainsi qu'il salue de son inconsolable admiration l'héroïsme de la vie et la grandeur de la mort de l'amiral Courbet.

Le 4 juin lui donna une des dernières heureuses journées de sa vie : c Bonne nouvelle 1 écrit-il h M. l'abbé Faucon, j'ai appris hier qu'Henri est capitaine. J'ai eu tous mes enfants autour de moi ; il ne nous manquait que ma chère religieuse, toujours à Kientzheim. > Il énumère ensuite tous les membres présents à cette réunion générale de sa famille; elle ne devait plusse reformer qu'autour de son cercueil.

Quelques jours après, le 15 juin, dans ce mois du sacré Cœur, qu'il célébrait chaque année avec tant de piété, le général fut pris d'une crise qui faillit l'emporter. C'était comme un premier avertissement d'en haut. M. de Sonis n'en sortit que pour tomber .dans une tristesse irrémédiable. En même temps sa faiblesse allait toujours croissant : c II ne paraissait plus garder de forces que pour nous aimer et surtout pour aimer Dieu, i> raconte sa digne compagne.

Les médecins estimèrent que le climat du midi et le bienfait des eaux pourraient lui être salutaires. Sur son désir on l'emmena à Amélie- les -Bains, dont il avait gardé un reconnaissant souvenir. Il s'en trouva assez bien, et l'on conçut l'espérance de le conserver du moins pendant quelque temps encore. Cet espoir ne tint pas longtemps.

L'année 1887 fut une longue souffrance pour lui, une longue angoisse pour les siens. La dernière lettre que

nous ayons de sa main est du 16 juillet. Elle est adressée à une pieuse parente qui , après plusieurs pèlerinages aux lieux saints , venait d'entrer au Carmel de Jérusalem , où elle avait pris Thabit sous le nom de Marie de rEucharistie. Le général la félicitait de sa résolution; il se félicitait lui-même d'être en union particulière avec elle, en sa qpaalité de tertiaire. Il venait, disait-il , de célébrer la fête de Notre-Dame du Carmel dans la chapelle des carmes, où il avait offert la sainte communion à son intention. On voit aussi qu*il se proposait alors de reprendre la route d'Amélie-les- Bains, pour y passer l'hiver. Mais Dieu lui réservait alors un plus grand voyage et la guérison éternelle.

c Dans la semaine du 8 au 15 août, écrivait M"'* de Sonis à sa fille, un peu de fièvre se manifesta; mais le danger ne paraissait pas imminent. Le dimanche, mon cher mari se leva comme à l'ordinaire; il se confessa, et on lui apporta la sainte communion , comme on le faisait quelquefois lorsque ses souffrances l'empêchaient de se rendre à l'église. La nuit fut assez calme; mon inquiétude était bien grande, mais j'eâpérais encore. Ce n'est que le lundi matin, vers six heures, que l'étouffement survint: tout espoir était perdu. On lui administra l'extrême-onction, qu'il reçut avec toute sa connaissance; puis la terrible agonie a commencé. Il a bien souffert, et nous tous avec lui. J'ai voulu tenir sa chère main dans la mienne durant cette horrible lutte, malgré le brisement de mon cœur. A deux heures tout était uni. > — « Mon bien -aimé Gaston exhalait son dernier soupir sur les pieds du crucifix qu'on posait sur ses lèvres. Son cœur avait cessé de battre. »

C'était un religieux carme* le R. P. Albert, qui

l'avait assisté dans ce dernier combat , dont il sortait vainqueur. On était au jour même de l'Assomption de Marie. Le général partait sous les bienheureux auspices de celle dont il disait, dans la nuit de Loigny, aux blessés qui lui demandaient de leur apprendre à mourir : « Marie est placée sur le seuil de l'éternité pour inspirer la confiance à ceux qui doivent le franchir. »

Aussitôt après sa mort , il se produisit sur les traits de cet ami de Dieu un phénomène qui se remarque rarement au même degré. Son visage prit l'expression d'une surhumaine beauté. C'était plus que la paix et la sérénité du sommeil du juste^ c'était vraiment un commencement de transfiguration bienheureuse; c'était plus que la majesté de la mort, c'était un reflet de l'immortalité. Ceux qui l'ont vu alors se sentaient là plus près du ciel que de la terre; ils n'en perdront pas le souvenir.

Cinq jours après, M™« de Sonis adressait ce récit à sa chère religieuse, en commençant par ce cri de douleur et d'espoir : « Ma bien chère Marie, il est parti notre bien-aimé, notre saint! La sainte Vierge, qu'il a tant aimé, est venue le chercher pour le conduire au ciel, en ce jour de son Assomption glorieuse. Dieu a soutenu mon courage dans cette épreuve si redoutée. Il m'a donné la force de l'assister durant une cruelle agonie de huit heures, et de le voir expirer sans en mourir. Nos deux vies étaient si liées l'une à l'autre, nous avons été si unis toute notre existence, que le déchirement de la séparation est immense. Mais, comme je vous l'ai dit, chère enfant. Dieu est bon pour moi. Il me montre ce cher ami heureux dans la gloire, en possession de la récompense qu'il a si bien méritée. Tout mon désir

584 LE GËiNÉRAL DE SONIS

est d'aimer Dieu davantage, afin d'obtenir d*aller bientôt rejoindre mon bien-aimé au ciel. Là il n'y aura plus de séparation. J'espère que nous arriverons tous dans cette patrie céleste, où nous serons entourés de tous ceux que Dieu nous a donnés. »

Les obsèques du général dans l'église de Saint- Honoré d'Eylau eurent le caractère de sa vie : dignes, simples y recueillies, profondément chrétiennes. Le général avait dit un jour à son fils Henri : c Je veux être enterré comme un pauvre; pas de cérémonial, pasd'épitaphe, pas de tombe. Une simple pierre, et comme inscription : miles ciiristl »

Blessé dans ses sentiments les plus sacrés par le décret qui interdisait aux troupes l'entrée de l'église, M. de Sonis avait exprimé sa volonté qu'on ne lui rendit pas les honneurs militaires; on refusa donc l'escorte qui devait accompagner sa dépouille mortelle. Cependant un grand nombre d'officiers de cavalerie en tenue, dont plusieurs officiers généraux, étaient venus spontanément lui rendre leurs devoirs; mais on y remarquait surtout des prêtres, des religieux, des religieuses de toutes les congrégations, et les principaux représentants des œuvres catholiques. Le collège de Juilly avait fait déposer une couronne sur le cercueil de celui qui restera une de ses plus pures gloires.

Le ministre de la guerre s'était fait représenter par le général Lhotte, président du comité de cavalerie. Après la messe et l'absoute, le corps ayant été transporté hors de l'église, le convoi s'arrêta sur le seuil, et le général Lhotte, avec une émotion que trahissaient les traits de son mâle visage, prononça ces paroles

textuelles qui l'honorent autant lui-même que le soldat chrétien qu'il venait honorer :

t Appelé par le ministre de la guerre à l'honneur de le représenter à cette douloureuse cérémonie, je viens dire mon dernier adieu à l'ami dont nous accompagnons la dépouille mortelle.

« La vie du général de Sonis est trop connue pour qu'il soit besoin de la retracer ici. Il fut le modèle de toutes les vertus militaires autant que des vertus privées. Le mot devoir, inscrit à la première page du livre de sa vie, s'y retrouve partout, jusqu'au dernier feuillet de ce livre fermé aujourd'hui; et, comme on l'a dit de Bayard, ce modèle des preux, on peut dire de Sonis qu'il fut sans peur et sans reproche.

c Adieu , général de Sonis 1 adieu , glorieux soldat I Ta vie restera parmi nous comme un grand modèle dont nous nous efTorcerons de nous rapprocher, mais sans espoir d'y atteindre jamais, tant étaient grandes tes vertus I

< Adieu, encore une fois, ou plutôt, dans ma foi chrétienne, je te dis : Au revoir! >

Le général de Charette avait envoyé l'avant-veille ce télégramme à ses zouaves :

« Mes chers camarades, le général de Sonis est mort; il a reçu la récompense de son long martyre.

c II m'écrivait quelques jours avant Patay : c Tout < doit être commun entre nous, joies, douleurs, sacric fices. i>

c A lui revient l'honneur d'avoir déployé la bannière du sacré Cœur sur ce même champ de bataille où, quatre siècles auparavant, flottait la bannière de Jeanne d'Arc.

c C'est au milieu de nous qu'il est tombé y soldat de la France, soldat de Dieu.

c Toute sa vie peut se résumer en deux mois : honneur et sacrifice 1 »

La dépouille mortelle du général ne fut pas laissée à Paris. Elle était due à Loigny, où il avait touché le ciel de si près, et qui, depuis la journée du 2 décembre 1870, était devenue la patrie de ses plus grands souvenirs. € J'ai eu le grand bonheur, nous écrit M. de Charette, de lui céder la moitié du caveau que je m'étais réservé à Loigny. Mais, sans fausse modestie, non sum dignus d'aller reposer auprès de ce saint, à moins qu'il ne m'emporte au ciel , comme il m'a entraîné sur le champ de bataille. »

C'était là d'ailleurs, dans la crypte de l'église, que reposaient déjà les restes de ses glorieux frères d'armes tombés à côté de lui et sous son commandement. Cette église, récemment reconstruite moyennant les dons de la France catholique, était dédiée au sacré Cœur, qui y avait une belle représentation. Le 22 septembre 1887, fête de saint Maurice et de ses compagnons, soldats et martyrs de la légion thébaine, elle recevait le corps du grand et pieux général. Sur le cercueil étaient posés son uniforme, son épée, ses décorations, et le drapeau des zouaves teint de leur sang à Loigny. L'église tendue de deuil portait sur chacun de ses piliers un faisceau de drapeaux , au centre duquel ressortait l'écusson de Sonis avec le nom et la date des journées de Solférino, du Maroc, de Metlili, d'Aïn-Madhi, de Brou et de Loigny. Près du catafalque, huit des enfants du héros, deux filles et six fils, dont quatre en uniforme, priaient et pleuraient. Le général de Charette était là, entouré

d*uD grand nombre de ses zouaves. L'armée y avait aussi ses représentants dans le généi*al Barry, qui commandait une division le 2 déœmbre^ et le général Ailan, commandant la 4* brigade de cavalerie et la subdivision de Chartres. Le même curé de Loigny^ qui avait été durant trois mois le bon Samaritain du héros recueilli et amputé sous son toit, M. l'abbé Theuré, était encore là, organisant tout et présidant à cette fête funèbre. L'assistance se pressait dans la nef et .les tribunes. Elle était venue de toutes parts pour rendre hommage à tant de vertus, à tant de gloire.

Elle était venue aussi pour y entendre une grande parole s'exprimant sur un grand sujet. L'éloge funèbre fut prononcé par Mf' Tévêque d'Angers, qui avait devant lui le plus beau champ qui pût s'ouvrir à l'éloquence humaine. Il le parcourut en vainqueur, entraînant, ravissant la foule sur ses traces. Toute la France a lu ce discours, on le lira longtemps. Un vœu, un espoir le termine: c Désormais, dit l'orateur, quand on voudra chercher les leçons les plus sublimes du patriotisme, on viendra se recueillir à Loigny, auprès de cette tombe, mémorial insigne de la bravoure française et de la piété chrétienne. Ce sera le pèlerinage du dévouement et de la vertu militaires. Je ne sais si, à la prière de la foi. Dieu daignera faire germer le miracle dans ces lieux à jamais bénis ; je ne sais si l'Église, toujours désireuse de glorifier l'élite de ses fils, ne voudra pas quelquejour faire resplendir d'un plus vif éclat une vie où les vertus chrétiennes se sont élevées jusqu'à l'héroïsme. Mais ce que l'admiration publique me permet dès maintenant d'affirmer sans crainte, c'est que la mémoire du général de Sonis traversera les généra-

tions, entourée du respect et de la vénération de tous, car il a été grand devant Dieu et devant les hommes. »

Puisse le présage de l'illustre évêque s'accomplir tout entier! Puisse la présente histoire justifier et encourager cet espoir! Puisse l'armée française avoir quelque jour à célébrer la fôte d'un saint sorti do ses rangs, et, après l'avoir eu pour modèle sur la terre, le saluer et l'invoquer comme patron dans le ciel 1

Ce jour -là la parole qu'il voulait qu'on inscri\1t sur sa tombe, et qu'on y lit aujourd'hui*, y rayonnera d'un éclat immortel. Mais elle y sera tout entière; et l'Église, complétant le texte évangélique, y gravera ces trois mots par lesquels le soldat du Christ, vainqueur et glorieux, sera mis à l'ordre du jour de l'éternité :

BONUS MILES CIIRISTI.

( n Tlm. n, 1.)

^ Telle est cette épitaphe inscrite sur son tombeaa dans la crypte de Loigny :

Die XXII Sept. 1887 — in ipem vitm — ftic deposUus e$t ^ et requiescit — MILES CHRISTI.

Gaston de Sonis — général de division — né le S7 août 1825 — décédé le 15 août 18:^7 — Priez pour lui.

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