‹ Le General Dourakine;Chapitre 22 sur 41 · LE GOUVERNEUR TROUVÉ · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR TROUVÉ

Quelques jours se passèrent sans nouveaux événements. Mme Papofski contenait les élans de sa colère quand elle était en présence de son oncle, qu'elle continuait à flatter sans succès ; elle évitait sa sœur; ses enfants fuyaient leurs cousins, qui faisaient bande à part avec Jacques et Paul. Mme Papofski ne négligeait aucun moyen pour se faire bien venir de Dérigny ; elle sut par lui que le général avait déchiré sa liste de commandes.

MADAME PAPOFSKI

Vous l'avez fait voir à mon oncle?

DÉRIGNY

Gomme c'était mon devoir de le faire, madame. Je ne puis me permettre aucune dépense qui ne soit autorisée par mon maître.

MADAME PAPOI'SKI.

Mais il ne l'aurait pas s* ; mon oncle dépense

sans savoir pourquoi ni comment. Vous auriez pu

compter des chevaux morts ou une voiture cassée.

DÉRIGNY

Ce serait me vendre indigne de la confiance que le général veut bien me témoigner, madame; veuillez croire que je suis incapable d'une pareille supercherie.

MADAME PAPOFSKI

Je le crois et je le vois, brave, honnête monsieur Dérigny. Ce que j'ai fait et ce que j'ai dit était pour savoir si vous étiez réellement digne de l'attachement de mon oncle. Je ne m'étonne pas de l'empire que vous avez sur lui, et je me recommande à votre amitié , moi et mes pauvres enfants, mon cher monsieur Dérigny. Si vous saviez quelle estime, quelle amitié j'ai pour vous! Je suis si seule dans le monde ! Je suis si inquiète de l'avenir de mes enfants! Nous sommes si pauvres!

Dérigny ne répondit pas; un sourire ironique se faisait voir malgré lui ; il salua et se retira.

Mme Papofski le regarda s'éloigner avec colère.

« Coquin ! dit-elle à mi-voix en le menaçant du doigt. Tu fais l'homme honnête parce que tu vois que je ne suis pas en faveur! Tu fais la cour à ma sœur, parce que tu vois la sotte tendresse de mon oncle pour cette femme hypocrite et pour sa mijaurée de Natasha qui cherche à capter mon oncle

pour avoir ses millions.... On veut me chasser 1 je ne m'en irai pas; je les surveillerai ; j'inventerai quelque conspiration ; je les dénoncerai à la police comme conspirateurs, révolutionnaires polonais.... catholiques.... Je trouverai bien quelque chose de louche dans leurs allures. Je les ferai tous arrêter, emprisonner, knouter.... Mais il me faut du temps.... un an, peut-être.... Oui, encore un an, et tout sera changé ici! Encore un an, et je serai la maîtresse de Gromiline! et je les mènerai tous au bâton et au fouet ! »

Mme Papofski s'était animée; elle ne s'était pas aperçue que, dans son exaltation, elle avait parlé tout haut. Sa porte, à laquelle elle tournait le dos, était restée ouverte; Jacques s'y était arrêté un instant, croyant que son père était encore chez Mme Papofski, et que c'était à lui qu'elle parlait.

Lorsqu'elle se tut, Jacques surpris et effrayé de ce qu'il venait d'entendre, avança vers la porte, jeta un coup d'œil dans la chambre, et vit que Mme Papofski était seule. Sa frayeur redoubla; il se retira sans bruit, et, le cœur palpitant, il alla trouver son père et sa mère.

JACQUES

Papa, maman, il faut vite dire au pauvre général que Mme Papofski lui prendra tout, le fera enfermer, knouter, et nous aussi. Il faut nous sauver avec le général et retourner avec tante Elfv.

DÉRIGNY

Tu perds la tête, mon Jacquot! Qu'est-ce qui te donne des craintes si peu fondées ? Gomment Mme Papofski, avec toute sa méchanceté, peutelle faire du mal au général? et même à nous, qui sommes sous sa protection à lui?

JACQUES

J'en suis sûr, papa, j'en suis sûr; voici ce que j'ai entendu : ° On veut me chasser d'ici, je ne m'en irai pas. »

Et Jacques continua jusqu'au bout à redire à son père et à sa mère les paroles menaçantes de Mme Papofski.

Dérigny et sa femme n'eurent plus envie de rire des terreurs de Jacques, qu'ils partagèrent. Mais Dérigny, toujours attentif à éviter à sa femme et à ses enfants toute peine, toute inquiétude, dissimula sa préoccupation et les rassura pleinement.

« Soyez bien tranquilles, leur dit-il : je préviendrai le général, et, avec l'aide de Dieu, nous déjouerons ses plans, et nous sauverons ce bon général en nous sauvant nous-mêmes. Ne parle à personne de ce que tu as entendu, mon enfant; si Mme Papofski savait qu'elle a parlé tout haut et que tu étais là, elle hâterait sa vengeance, et nous n'aurions plus le temps de la défense.

JACQUES

Je n'en dirai pas un mot , papa ; mais où est Paul ?

DÉRIGNY

ïl joue dehors depuis le déjeuner.

JACQUES

Je vais aller le rejoindre, papa. Quand il est seul, j'ai toujours peur qu'il ne soit pris par ces. méchants petits Papofski. Devant le général, ils nous témoignent de l'amitié, mais quand ils nous trouvent seuls, il n'y a sorte de méchancetés qu'ils ne cherchent à nous faire. »

Jacques alla dans la cour; Paul n'y était plus. Il continua ses recherches avec quelque inquiétude, et aperçut enfin son frère au bord d'un petit bois, immobile et parlant à quelqu'un que Jacques ne voyait pas. Il courut à lui, l'appela; Paul se retourna et lui fit signe d'approcher. Jacques, en allant le rejoindre, l'entendit dire : « N'ayez pas peur, c'est Jacques; il est bien bon, il ne dira rien. »

JACQUES

A qui parles-tu, Paul?

PAUL

A un pauvre homme si pâle, si faible, qu'il ne peut plus marcher.

Jacques jeta un coup d'œil dans le bois, et vit en effet, à travers les branches, un homme demi« couché et qui semblait près d'expirer.

JACQUES

Qui êtes-vous, mon pauvre homme? Pourquoi restez-vous là? Par où êtes-vous entré?

l'étranger.

Par les bois, où je me suis perdu. Je meurs de faim et de froid ; je n'ai rien pris depuis avant- Mer soir.

JACQUES

Pauvre malheureux ! Je vais vite aller chercher quelque chose à manger et prévenir papa.

l'étranger.

INon, non; ne dites pas que je suis ici. Ne dites rien. Je suis perdu si vous me dénoncez.

JACQUES

Papa ne vous dénoncera pas. N'ayez pas peur. Attendez-nous. Viens vite, Paul, apportons à manger à ce pauvre homme.

Avant que l'étranger eût eu le temps de renouveler sa prière, les deux frères étaient disparus en courant. Le malheureux se laissa tomber; il fit un geste de désespoir.

« Perdu ! perdu ! dit-il. On va venir, et je n'ai plus de forces pour me relever. Mon Dieu ! mon Dieu! ayez pitié de moi! Après m'avoir sauvé de tant de dangers, ne me laissez pas retomber dans !es mains de mes cruels bourreaux. Mon Dieu, ma bonne sainte Vierge, protégez-moi ! »

11 serra contre son cœur une petite croix de bois la porta à ses lèvres, pria et attendit.

Quelques minutes à peine s'étaient écoulées, quïl entendit marcher, parler, et qu'il vit les deux

II serra contre son cœur une petite croix de bois. (Page 162

enfants, accompagnés d'un homme qui avançait à grands pas ; les enfants couraient.

Dérigny, car c'était lui, approcha, et, avant de parler, il versa un verre de vin qu'il fit avaler à l'infortuné mourant de besoin, ensuite, il lui fit boire une tasse de bouillon encore chaud dans lequel il lit tremper une tranche de pain. L'inconnu mangeait avec avidité ; ses regards exprimaient la reconnaissance et la joie.

«Assez, mon pauvre homme, dit Dérigny en lui refusant le reste du pain que les enfants avaient apporté. Trop manger vous ferait mal après un si long jeûne. Dans une heure, vous mangerez encore. Essayez de vous lever et de venir au château.

— Le château de qui? Chez qui êtes-vous? dit l'étranger d'une voix faible.

Chez M. le général comte Dourakine, l'étranger.

Dourakine! Dourakine! Gomment? lui? Dourakine? Est-il encore le brave, l'excellent homme que j'ai connu?

DÉRIGNY

Toujours le meilleur des hommes ! Un peu vif parfois, mais bon à se faire aimer de tout le monde. l'étranger.

Prévenez-le.... Allez lui dire.... Mais non; je vais essayer de marcher. Je me sens mieux. »

L'étranger voulut se lever ; il retomba aussitôt. «Je ne peux pas, dit-il avec découragement.

DÉRIGNY

Voulez-vous qu'on le prévienne? 11 est chez lui. l'étranger.

Je crois que oui; ce sera mieux. Dites-lui de venir, pour l'amour de Dieu et de Romane.

Dérigny trop discret pour interroger l'étranger sur sa position bizarre, salua et s'éloigna, emmenant les enfants. Il les envoya raconter à leur mère ce qui venait d'arriver, en leur défendant d'en parler à tout autre, et alla faire son rapport au général.

Que diantre voulez-vous que j'y fasse? S'il est perdu dans mes bois, tant pis pour lui; qu'il se retrouve.

Mais, mon général, il est demi-mort de froid et ud fatigue.

Eh bienl qu'on lui donne des habits, qu'on le chauffe, qu'on le nourrisse. Tenez, voilai prenez; il ne manque pas de manteaux, de fourrures. Qu'on le couche, s'il le faut. Je ne vais pas laisser mourir de faim, de froid et de fatigue, et à ma porte encore, un homme qui demande la charité. Qui est-il? Est-ce un paysan, un marchand?

DÉRIGNY

Je ne sais pas, mon général; seulement j'ai oublié de vous dire qu'il avait dit :

« Dites-lui de venir pour l'amour de Dieu et de Romane. »

le général, sautant de dessus son fauteuil.

Romane ! Romane ! Pas possible ! Il a dit Romane? Êtes-vous bien sûr?

DÉRIGNY

Bien sûr, mon général.

Mon pauvre Romane! Je ne comprends pas.... Mourant de faim et de fatigue? Lui, prince, riche à millions et que je croyais mort!

Le général courut plutôt qu'il ne marcha vers la porte, dit àDérigny de le guider, et marcha de toute la vitesse de ses grosses jambes vers le bois où gisait Romane.

Dès qu'il l'aperçut, il alla à lui, le souleva, l'embrassa, le soutint dans ses bras, et le regarda avec une profonde pitié mélangée de surprise.

« Mon pauvre ami ! Quel changement ! Quelle maigreur! Qu'est-il arrivé? »

Romane ne répondit pas, et désigna du regard Dérigny, dont il ignorait la discrétion et la fidélité. Le général comprit et dit tout haut :

« Parlez sans crainte, mon pauvre garçon. Dérigny a toute ma confiance ; il est discret comme

la tombe, et il nous viendra en aide s'il le faut, car il est de bon conseil.

l'étranger.

Eh bien! mon cher et respectable ami, j'arrive de Sibérie, où je travaillais comme forçat, et d'où je me suis échappé presque miraculeusement. »

Le général fut sur le point, dans sa surprise, de laisser retomber Romane et de tomber lui-même.

«Toi, en Sibérie! Toi, forçat! C'est impossible? Viens te reposer chez moi; tu retrouveras tes idées égarées par la fatigue et la faim.

ROMANE

Si on me voit entrer chez vous, la curiosité de vos gens sera excitée, mon respectable ami; je serai dénoncé, arrêté et ramené dans cet enfer. »

Le général vit bien au ton calme au regard triste et intelligent de Romane, qu'il était dans son bon sens. Il réfléchit un instant et se tourna vers Dérigny.

« Comment faire, mon ami? »

Dérigny avait tout compris; son plan fut vite conçu.

« Mon général, voici ce qu'on pourrait faire. Je vais laisser mon manteau à monsieur, pour le préserver du froid, et je vais lui apporter quelque chose de chaud à prendre et des chaussures dont il a grand besoin. Et vous , mon général , vous vous en retournerez chez vous comme revenant

de la promenade. Vous donnerez des ordres pour qu'on m'attelle un cheval à la petite voiture, vous voudrez bien ajouter que je vais à Smolensk chercher un gouverneur que vous faites venir pour vos neveux. Je partirai; au lieu d'aller à la ville je ferai quelques lieues sur la route pour fatiguer le cheval, afin que les gens d'écurie ne se doutent de rien. Je reviendrai par le chemin qui borde le bois, et je prendrai monsieur pour le ramener au château. »

Les yeux du général brillèrent : il serra la main de Dérigny.

« De l'esprit comme un ange ! Tu vois, mon pauvre Romane, que nous avons bien fait de le mettre dans la confidence. Prends le manteau de Dérigny, je lui donnerai un des miens.

ROMANE

Mais, mon cher comte, mes vêtements grossiers, usés et déchirés me donnent l'aspect de ce que je suis, un échappé de Sibérie.

Dérigny te donnera de quoi te vêtir , mon imi; ne t'inquiète de rien: il pourvoira à tout. »

Dérigny se dépouilla de son manteau et en revêtit Romane, qui lui exprima sa reconnaissance en termes énergiques, mais mesurés. Le général s'éloigna pour aller aux écuries commander la

voiture qui devait lui ramener son malheureux ami ; Dérigny l'accompagna. Ils convinrent que Romane, qui parlait parfaitement l'anglais, et qui, in qualité de Polonais, avait du type blond écossais, passerait pour un gouverneur anglais que le général faisait venir pour ses neveux. Dérigny fut chargé de le prévenir de son origine et de son nom, master Jackson, Dérigny alla demander à la cuisine quelque chose de chaud avant de partir pour aller à la ville chercher le gouverneur anglais. On s'empressa de lui servir une assiette de soupe aux choux, bouillante, avec un bon morceau de viande; Dérigny l'emporta, compléta le repas avec une bouteille de vin, sortit par une porte de derrière, et courut rejoindre Romane, qu'il laissa manger avec délices ce repas improvisé. Avant de monter en voiture, il alla prendre les derniers ordres du général, reçut de lui un superbe manteau, et partit pour sa mission charitable, après en avoir prévenu sa femme, qui avait déjà été informée par Jacques de l'événement.

Le général revint chez sa nièce et s'établit chez elle.

Tu vas avoir quelqu'un pour t'aider à instruire tes garçons, ma chère enfant.

MADAME DABROVINE

Mais non, mon oncle; Nataslaa et moi nous leur

donnons leurs leçons; nous n'avons besoin de personne.

LE GÉNÉRAL, SOUriant.

Vous leur donnez des leçons de latin, de grec?

MADAME DABROV1NE, hésitant.

Non, mon oncle, nous ne savons que le russe et le français.

Il faut pourtant que les garçons sachent le latin et le grec.

natasha, riant.

Mais vous, mon oncle, vous ne savez pas le latin ni le grec?

C'est pourquoi je suis et serai un âne.

NATASHA

Oh! mon oncle! c'est mal ce que vous dites. Est-ce que l'empereur aurait nommé un âne, général ? est-ce qu'il vous aurait donné une armée à commander?

le général, souriant.

Tu ne sais ce que tu dis ; un âne à deux pieds peut devenir général et rester âne. Et je dis que le gouverneur va arriver, et qu'il faut un gouverneur à tes frères.

MADAME DABROV1NE.

Mais, mon oncle, mon bon oncle; je n'ai.... je ne peux pas.... Un gouverneur se paye trèscher.... et.... je ne sais pas....

Tu ne sais pas où tu prendras l'argent pour le payer? C'est ça? n'est-il pas vrai? Dans ma poche, parbleu ! Que veux-tu que je fasse de mon argent? Tiens, Natasha, prends ce portefeuille; donne-le à ta mère; et quand il sera vide, tu me le rapporteras, que je le remplisse.

MADAME DABROVINE

Non, mon oncle; vous êtes trop bon; je ne veux pas abuser de votre générosité. Natasha, n'écoute pas ton oncle, ne prends pas son portefeuille

Ah ! vous prêchez la désobéissance à votre fille! Vous me traitez comme un vieil avare, comme un étranger ! Vous prétendez avoir de l'amitié pour moi, et vous me chagrinez, vous m'humiliez ; vous cherchez à me mettre en colère! Vous voulez me faire comprendre que je suis un égoïste, un homme sans cœur, qui ne s'embarrasse de personne , qui n'aime personne Pauvre, moi! Toujours seul, toujours repoussé! Personne ne veut rien de moi. »

Le général se rassit et appuya tristement sa tête dans ses mains.

Natasha regarda sa mère d'un air de reproche, s'approcha de son oncle, se mit à genoux près de lui, lui prit les mains, les baisa à plusieurs re~

prises. Le général sentit une larme couler sur ses mains, il releva Natasha, la serra dans ses bras, et, sans parler, lui tendit son portefeuille; Natasha le prit, et, les yeux encore humides, elle le porta à sa mère.

« Prenez , maman ; à quoi sert de cacher à mon oncle que nous sommes pauvres? Pourquoi refuser plus longtemps d'accepter ses bienfaits? Pourquoi blesser son cœur en refusant ce qu'il nous offre avec une tendresse si vraie , si paternelle? On peut tout accepter d'un père , et n'est-il pas pour nous un bon et tendre père? »

Mme Dabrovine prit le portefeuille des mains de sa fille, alla près de son oncle, l'embrassa tendrement :

« Merci , mon père , dit-elle avec attendrissement ; merci du fond du cœur. Natasha a raison ; j'avais tort. J'accepterai désormais tout ce que vous voudrez m' offrir. Je suis votre fille par la tendresse que je vous porte, et j'avoue, sans rougir, que, sans vous, je ne puis en effet élever convenablement mes enfants.

Qui sont à l'avenir les miens, comme toi, tu es ma fille bien-aimée ! »

Le général les prit toutes deux dans ses bras, les embrassa en les regardant avec tendresse.

« Ma chère petite Natasha, ta bonne action ne

sera pas perdue. Repose-toi sur moi du soin de ton avenir. Natalie, tu trouveras dans ce portefeuille dix mille roubles. Ne te gêne pas pour acheter et donner ; je renouvellerai tes dix mille roubles quand ils seront épuisés. Je ne demande qu'une seule chose, c'est que tu m'appelles ton père quand nous serons seuls.

MADAME DABROVINE

Je m'abandonne entièrement à vous, mon père ; je ferai comme vous le désirez. »

Le général resta chez sa nièce jusqu'au moment où Dérigny frappa à la porte.

« Mon général, dit-il en entrant, j'ai amené le gouverneur, M. Jackson, que vous m'avez commandé d'aller chercher; il est dans votre cabinet, qui attend vos ordres. »

Le général sourit de la surprise de Mme Da~ brovine et de Natasha, et sortit avec Déri-

NATASHA

Quel bon et excellent père Dieu nous a donné, maman ! Comme il fait le bien avec grâce et amabilité?

MADAME DABROVINE

Que Dieu le bénisse et lui rende le bonheuî qu'il nous donne, mon enfant! L'éducation de tes frères m'inquiétait beaucoup. Me voici tranquille sur leur avenir.... et sur le tien, Natasha.

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M. Jackson attendait les ordres du général. (Page 178.)

NATASHA

Oh! maman, le mien est bien simple ! C'est de rester toujours avec vous et avec mon bon oncle.

La mère sourit et ne répondit pas. Les garçons arrivèrent avec leurs devoirs terminés; Mme Dabrovine et sa fille s'occupèrent à les corriger jusqu'au dîner.

Quand l'heure du dîner arriva, Mme Dabrovine et Mme Papofski entrèrent au salon, suivies de leurs enfants ; le général y était avec M. Jackson qu'il présenta à ses nièces.

le général , à Mme Dabrovine.

Ma nièce Natalie, j'ai engagé M. Jackson pour cinq ans, pour terminer l'éducation de mes petits enfants que voici, monsieur, ajouta-t-il en lui présentant Alexandre et Michel. Consens-tu, Natalie, à lui confier tes fils? Je réponds de lui comme de moi-même.

— Tout ce que vous ferez, mon oncle, sera toujours bien fait, » répondit Mme Dabrovine avec un sourire gracieux.

Et, prenant ses fils par la main, elle les remit à M. Jackson, qui salua la mère et embrassa ses élèves.

Mme Papofski examinait d'un air hautain le nouveau venu auquel elle ne put trouver à redire, malgré l'humeur que lui donnait cette nouvelle preuve d'amitié de son oncle pour Mme Da-

brovine. Lui trouvant l'air et des manières distinguées, elle résolut de le détacher du parti Dabrovine et l'attirer dans le sien , pour donner meilleur air à sa maison et se débarrasser de ses enfants. Elle attendait un mot de son oncle p@ur les remettre tous, filles et garçons, aux mains de M. Jacksoa. Voyant que l'oncle ne disait plus rien, elle avança elle-même vers M. Jackson et lui présenta Mitineka, Sonushka, Yégor, Pavloùcha, Nicolaï, en disant :

« Voilà aussi les miens que je vous confie, monsieur, les autres sont encore trop jeunes; vous les aurez plus tard. Je suis reconnaissante à mon oncle d'avoir pensé à l'éducation de ses petits-enfants, comme il dit. Merci, mon bon oncle.

— Il n'y a pas de quoi nous remercier, Maria Pétrovna, répondit le général revenu dé sa surprise; je n'ai pas du tout pensé aux vôtres que vous élevez si bien , et qui ont leur père pour ichever votre œuvre; je n'ai engagé M. Jackson que pour les deux fils de votre sœur, et il en aura bien assez , sans y ajouter cinq diables qui le feront enrager du matin au soir.

madame papofski, à M. Jackson.

J'espère, monsieur, que vous ferez pour moi, par complaisance, ce que mon oncle ne vous a pas imposé.

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