‹ Le General Dourakine;Chapitre 24 sur 41 · MONSIEUR JACKSON · texte numérisé non relu

MONSIEUR JACKSON

Je vous remercie de votre offre obligeante, ma-

demoiselle, j'en profiterai demain et les jours suivants; aujourd'hui je me sens tellement fatigué de mon long voyage, que je demande la permission d'être simple spectateur de vos jeux. »

Quand les enfants se retirèrent, le général accompagna Mme Dabrovine dans son salon ; M. Jackson demanda la permission de prendre le repos dont il avait tant besoin , et Mme Papofski rentra dans son appartement.

Quand chacun fut installé à sa place accoutumée, et que Natasha eut tout rangé autour de sa mère et de son oncle, elle dit au général :

* Savez-vous, mon oncle, que le pauvre M. Jackson a été bien malheureux.

— Comment le sais-tu ? Est-ce qu'il te l'a dit ? répondit le général avec quelque frayeur d'une indiscrétion de Romane.

NATASHA

Oh! non, mon oncle! il ne m'a rien dit; mais je le sais et j'en suis sûre , parce que je l'ai vu à son air triste, pensif, souffrant. Et il y a longtemps qu'il souffre! Voyez comme il est pâle! comme il est maigre ! Pauvre homme ! il me fait peine.

C'est parce qu'il a eu le mal de mer en venant d'Angleterre, mon enfant. Et puis , vois-tu, il a

quitté sa famille, ses amis ; il faut bien lui donner le temps de s'accoutumer à nous tous.

NATASHA

Alors, mon oncle, je ferai tout ce que je pourrai pour qu'il soit heureux chez nous. Vous verrez comme je serai aimable pour lui! Pauvre homme ! Tout seul ! c'est bien triste!

— Bon petit cœur! » dit le général en souriant.

On causa quelque temps encore. Natasha appela Dérigny pour accompagner son oncle, et chacun se retira.

Quand le général fut seul avec Dérigny, il lui raconta que, quelques années auparavant, dans une campagne en Circassie, il avait eu pour aide de camp un jeune Polonais, le prince Pajarski, un des plus grands noms de la Pologne, et possédant une fortune immense ; il s'y était beaucoup attaché ; il lui avait rendu et en avait reçu de grands services.

« Je l'aimais comme mon fils, et il avait pour moi une affection toute filiale. »

Romane était retourné en congé en Pologne, et le général n'en avait pas entendu parler depuis. On lui avait seulement appris qu'il avait disparu un beau jour sans qu'on ait pu savoir ce qu'il était devenu.

« Il m'a dit avant dîner qu'on l'avait accusé de

complots contre la Russie pour rétablir le royaume de Pologne; qu'il avait été enlevé, mené en Sibérie, et qu'après y avoir souffert horriblement, il était parvenu à s'échapper, et qu'après mille dangers, il avait eu le bonheur d'être trouvé par vos enfants, mon brave Dérigny.

DERIGNY.

Mon générai, avant de vous demander ce que vous ferez du prince Pajarski, qui ne peut pas rester éternellement gouverneur de vos petitsneveux, quelque charmante et aimable que soit toute cette famille, je crois devoir vous faire part d'une découverte qu'a faite mon petit Jacques, et dont il a compris l'importance. »

Dérigny raconta au général ce qui s'était passé entre lui et Mme Papofski, et les menaces que Jacques lui avait entendu proférer.

Le général devint pourpre; ses yeux prirent l'aspect flamboyant qui leur était particulier dans ses grandes colères. Il fut quelque temps sans parler et dans une grande agitation.

« La misérable ! s'écria-t-il enfin. La scélérate!... C'est qu'elle pourrait réussir! Une dénonciation est toujours bien accueillie dans ce pays, surtout quand il y a de la Pologne et du catholique sous jeu. Et nous voilà avec notre pauvre Romane ! Si elle découvre quelque chose, nous sommes tous perdus 1 Que faire? Dérigny, mon ami, venez-moi

en aide. Que feriez-vous pour sauver mes pauvres enfants Dabrovine, et vous et les vôtres, des serres de ce vautour?

DÉRIGNY

Contre des maux pareils, mon général, je ne connais qu'un moyen, la fuite.

Et comment fuir, dix personnes ensemble? Et comment vivre, sans argent, en pays étranger?

DÉRIGNY

Pourquoi, mon général, ne prépareriez-vous pas les voies en vendant quelque chose de votre immense fortune?

Tiens, c'est une idée!... Bonne idée, ma foi!... Je puis vendre ma maison de Pétersbourg, celle de Moscou, puis mes terres en Crimée, celles de Kief, celles d'Orel ; il y en a pour six à sept millions pour le moins.... Je vais écrire dès demain. J'enverrai tout cela à Londres, et pas en France, pour ne pas donner de soupçons.... Mais Gromiline! elle l'aura, la scélérate! Diable! comment faire pour empêcher cela!... Et puis, comment partir tous sans qu'elle le sache?

DÉRIGNY

11 faut qu'elle le sache, mon général.

Vous êtes fou, mon cher. Si elle le sait, elle nous fera tous coffrer.

Non, mon général; il faut au contraire l'intéresser à notre départ à *ous. Vous parlerez d'aller dans un climat plus doux et aux eaux d'Allemagne pour la santé de Mme Dabrovine, qui devra être dans le secret, et vous demanderiez à Mme Papofski de régir et de surveiller vos affaires à Gromiline pendant votre absence de quelques mois.

Mais elle aurait Gromiline, et c'est ce que je ne veux pas I

DÉRIGNY

Elle n'aurait rien du tout, mon général, parce que vous n'exécuterez ce projet que lorsque vous aurez vendu Gromiline et que vous serez convenu du jour de la prise de possession du nouveau propriétaire, qui arrivera quelques jours après votre départ.

— Bien, très-bien, s'écria le général en se frottant les mains, les yeux brillants de joie. Bonne vengeance ! J'irai mourir en France, comme j'en avais le désir; je vous ramène chez vous, mon cher ami, j'assure la fortune de ma fille, et je vous laisse tous heureux et contents.

dérigny, riant.

Et le pauvre prince que vous oubliez, mon général?

Gomment je l'oublie? puisque je le marie! Mais pas encore, pas encore; dans un an ou deux.... Vous ne comprenez pas, mais je m'entends. »

Dérigny ne put retenir un sourire; le général rit aussi de bon cœur; il recommanda à Dérigny de venir l'éveiller de bonne heure le lendemain; il voulait avoir le temps d'écrire toutes ses lettres pour la vente de ses terres et maisons.

Ce côté du château vivait donc heureux et tranquille.

RL'SB DU GEISÉilAL.

Les jours suivants se passèrent sans événements remarquables. Mme Dabrovine témoignait une grande estime et une grande confiance à M. Jackson, qui réunissait toutes les qualités qu'on cherche sans les trouver chez un précepteur. Indépendamment d'une instruction très-étendue, il avait un talent remarquable pour la musique; il dessinait et peignait bien et avec facilité; il savait l'anglais, l'allemand et le français; quant au polonais, il s'en cachait soigneusement Mme Dabrovine et le général étaient enchantes; Natasha était dans l'admiration et la témoignait en toute occasion. M. Jackson était fort content de ses élèves, parmi lesquels s'était imposée Natasha pour la musique, le dessin et les langues étrangères. Les

leçons se donnaient dans le joli salon, à la demande du général, qui s'en amusait et s'y intéressait beaucoup. Jacques avait été invité, à sa grande joie, à prendre part à l'éducation soignée que recevaient les jeunes Dabrovine; le général avait raconté tous les détails de la vie de Jacques et de Paul, et on Ves aimait beaucoup dans la famille Dabrovine. Ce côté du château vivait donc heureux et tranquille; l'hiver s'avançait; le général vendait à l'insu de la Papofski ses terres et ses maisons, et faisait de bons placements en Angleterre; un jour, enfin, il reçut d'un général, aide de camp de l'empereur, une proposition pour Gromiline ; il en offrait cinq millions payés comptant. Le général Dourakine accepta, à condition qu'il n'en dirait mot à personne, même après l'achat, jusqu'au 1er juin, et qu'il viendrait lui-même ce jour-là prendre possession du château et en chasser la famille Papofski qui y était installée. Les conditions furent acceptées ; la vente fut terminée, 1 argent payé et envoyé à Londres ;Mme Papofski ne savait rien de toutes ces ventes; les Dérigny, Mme Dabrovine et Romane étaient seuls dans la confidence.

Le général, sollicité par Romane, avait révélé à Mme Dabrovine le vrai nom et la position du prince Pajarski; elle avait donné les mains avec joie au complot arrangé par son oncle et Dérigny pour

quitter la Russie; elle se plaignait de sa santé devant sa sœur, regrettait de ne pouvoir aller aux eaux. A la fin de l'hiver, le général lui proposa un jour devant Mme Papofski de la mener aux eaux en Allemagne ; elle fit quelques objections sur le dérangement, l'ennui que donnerait à son oncle un voyage avec tant de monde.

Tu peux ajouter à tous les tiens la famille Dérigny que j'emmènerai.

MADAME PAPOFSKI

Gomment, mon oncle, vous vous embarrasserez de tous ces gens-là?

Oui, Maria Pétrovna; comme je compte vous laisser à Gromiline pour faire mes affaires en mon absence, j'aime mieux vous débarrasser d'une famille que vous n'aimez pas; d'ailleurs, ils veulent retourner en France, où ils ont des parents et du bien.

Les yeux de Mme Papofski brillèrent et s'ouvrirent démesurément; elle ne pouvait croire à tan! de bonheur.

MADAME PAPOFSKI

Vous me laisseriez.... ici.... chez vous.... ei maîtresse de tout diriger?

ToutI Vous ferez ce que vous voudrez; vous dé

penserez ce que vous voudrez tout le temps que vous y resterez.

MADAME PAPOFSKI

Et combien de temps durera votre absence, mon bon oncle?

Un an, mon excellente nièce; quinze mois, peutêtre.

Mme Papofski ne pouvait plus contenir sa joie Elle se jeta dans les bras du général, qui la repoussa sous prétexte qu'elle dérangeait sa superbe coiffure.

MADAME PAPOFSKI

Mon pauvre oncle! Un an! C'est affreux!

Deux ans, peut-être !

MADAME PAPOFSKI

Deux ans! Vraiment? Deux ans! Je ne puis croire à an.... un....

le général, avec ironie.

A un bonheur pareil !

MADAME PAPOFSKI

Ah! mon oncle! vous êtes méchant!

Bonheur énorme! rester un an....

madame papofski, vivement.

Vous disiez deux ans?

Deux ans, si vous voulez ; maîtresse souveraine

de Gromiline, avec la chance que je meure, que je crève! Vous n'appelez pas ça un bonheur? madame papofski , faisant des mines.

Mon oncle! vous êtes trop méchant! Vrai! je vous aime tant! Vous savez?

Oui, oui, je sais; et croyez que je vous aime comme vous m'aimez.

Mme Papofski se mordit les lèvres; elle devinait l'ironie et elle aurait voulu se fâcher, mais le moment eût été mal choisi : Gromiline pouvait lui échapper. Elle faisait son plan dans sa tête; aussitôt après le départ de son oncle, elle le dénoncerait comme recevant chez lui des gens suspects. Depuis six mois que Romane était là, elle avait observé bien des choses qui lui semblaient étranges; l'amitié familière de son oncle pour lui, la politesse et les déférences de sa sœur, les manières nobles et aisées du gouverneur; sa conversation, qui indiquait l'habitude du grand monde; de fréquentes et longues conversations à voix basse avec son oncle, des tressaillements, des rougeurs et des pâleurs subites au moindre mouvement extraordinaire au dehors, le service empressé de Dérigny près du nouveau venu, tous ces détails étaient pour elle des indices d'un mystère qu'on lui cachait. La famille française était évidemment envoyée par des révolutionnaires

pour former un complot. Le prétendu Anglais, qui oubliait parfois son origine, et qui perdait son accent pour parler le français le plus pur et le plus élégant, devait être un second émissaire : elle avait pris des informations secrètes sur l'arrivée de M. Jackson à Smolensk; personne, dans la ville, n'avait vu ni reçu cet étranger. Il y avait donc un mystère là dedans. Sa sœur et Natasha étaient sans doute dans le secret -, tous alors étaient du complot, et leur éloignement rendrait la dénonciation plus facile.

Pendant qu'elle roulait son plan dans sa tête et qu'elle s'absorbait dans ses pensées, son regard fixe et méchant, son sourire de triomphe, son silence prolongé attirèrent l'attention du général, de Mme Dabrovine et de Romane, ils se regardèrent sans parler; le général fit à Romane et â Mme Dabrovine un signe qui recommanaait la prudence. Mme Dabrovine reprit son ouvrage-, Romane se leva pour aller rejoindre les enfants, qui, disait-il, pouvaient avoir besoin de sa surveillance. Le général se leva également et annonça qu'il allait travailler.

« Je mets mes affaires en ordre, Maria Pétrovna, pour vous rendre facile la gestion de mes biens; de plus, il sera bon que je vous mette au courant des revenus et des valeurs des terres et maisons. Dérigny m'aide à faire mes chiffres, qui me cassent

la tête ; je suis fort content de l'aperçu en gros de ma fortune, et je crois que vous ne serez pas fâchée d'en connaître le total. »

Mme Papofski rougit et n'osa pas répondre, de crainte de trahir sa joie.

« Vous n'êtes pas curieuse, Maria Pétrovna, reprit le général après un silence. Vous saurez que si vous venez à hériter de moi, vous aurez douze à treize millions.

MADAME PAPOFSKI

Ah! mon oncle, je ne compte pas hériter de vous, vous savez.

Qui sait? C'est parce que je vous tourmente quelquefois, que vous craignez d'être déshéritée? Qui sait ce qui peut arriver? »

Le regard étincelant de Mme Papofski, la rougeur qui colora son visage d'une teinte violacée, indiquèrent au général la joie de son âme; elle pourrait donc avoir Gromiline et le reste des biens de son oncle, sans commettre de crime et sans courir la chance d'une dénonciation calomnieuse. Sa sœur Dabrovine et l'odieuse Natasha verraient leurs espérances déçues! A partir de ce moment, elle résolut de changer de tactique, et d'attendre avec patience et douceur le départ de l'oncle et de ses favoris.

Elle crut comprendre que son oncle mettait de

la méchanceté et de la fourberie dans sa conduite

envers Mme Dabrovine et ses enfants; qu'il jouait J'affection pour mieux les désappointer, et qu'au fond il préférait à la douceur feinte et aux tendresses hypocrites de sa sœur, son caractère à elle, sa manière d'agir et sa dureté, qui, croyait-elle , trouvaient un écho dans le cœur et l'esprit de son oncle,

Pendant qu'elle cherchait à comprimer le bonîeur qui remplissait son âme, le général avait pris le bras de Mme Dabrovine et avait quitté le salon, riant sous cape et se frottant les mains.

Quand il fut dans le salon de Mme Dabrovine et qu'il eut soigneusement fermé la porte, il se laissa aller à une explosion de gaieté qui fut partagée par sa nièce. Ils riaient tous deux à l'envi l'un de l'autre quand Romane entra : il s'arrêta stupéfait.

« Ferme la porte, ferme la porte, » lui cria le général au milieu de ses rires.

Romane ferma la porte.

ROMANE

Pardon de mon indiscrétion, mon cher comte; mais de quoi et de qui riez-vous ainsi?

De qui? de Maria Pétrovna. De quoi? de ses espérances et de sa joie.

ROMANE

Pardonnez, mon cher comte, si je ne partage

Ah! mon oncle, je ne compte pas hériter de vous. (Page 201]

pas votre gaieté; mais j'avoue que je n'éprouve que de la terreur devant les regards méchants et triomphants que jetait sur vous, sur Mme Dabrovine et sur moi, cette nièce avide et désappointée dans ses espérances.

Fini, fini, mon cher! Elle aura Gromiline, mes terres, mes maisons, mes millions, tout enfin. La surprise de Romane augmenta.

ROMANE

Mais.... vous avez tout vendu.... Comment pouvez-vous lui donner ce que vous n'avez plus?

Et voilà le beau de l'affaire ! et voilà pourquoi nous rions, Natalie et moi. J'ai eu de l'esprit comme un ange. Raconte-lui cela, ma fille ; je ris trop, je ne peux pas.

Mme Dabrovine raconta à Romane ce qui s'était passé entre le général et Mme Papofski. Romane rit à son tour de la crédulité de la dame et de la présence d'esprit du général.

ROMANE

Mon cher et respectable ami, j'espère et je crois que vous nous avez tous sauvés d'un plan infernal de dénonciation qui aurait réussi, je n'en doute pas.

Et moi aussi, mon ami, j'en suis certain, à la

façon dont on traque tout ce qui est Polonais et catholique; et, sous ces deux rapports, nous sommes tous véreux; n'est-ce pas, ma fille? ajouta le général en déposant un baiser sur le front de Mme Dabrovine.

MADAME DABROVINE

Oh 1 oui, mon père 1 les souffrances de la malheureuse Pologne me navrent; et le malheur a ouvert mon cœur aux consolations chrétiennes d'un bon et saint prêtre catholique qui vivait dans mon voisinage, et qui m'a appris à souffrir avec résignation et à espérer.

Romane écoutait Mme Dabrovine avec respect, admiration et bonheur.

«Et vos enfants ! dit-il après quelque hésitation.

MADAME DABROVINE

Tous comme moi, mon cher monsieur, et tous désirant ardemment pouvoir pratiquer leur religion, seule proscrite et maudite en Russie, parce qu'elle est seule vraie. »

Romane lui baisa respectueusement la main.

ROMANE

Mon cher comte, il serait bon de hâter le départ. Avez-vous fixé un terme ?

J'ai demandé au général Négrinski, qui a acheté Gromiline, d'attendre au 1er juin pour prendre possession.

ROMANE

Encore six semaines ! C'est trop, mon ami ; ne pourriez-vous lui écrire de venir prendre possession en personne le 15 mai?

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Dix minutes après, Romane remettait *a lettre à Dérigny.

Très-bien ! Je vais écrire de suite, ta donneras ma lettre à Dérigny, qui la portera lui-même à Smolensk, à la poste.

Le général se mit à table; dix minutes après, Romane remettait la lettre à Dérigny en lui expli-

quant son importance, et pourquoi le départ était avancé. Dérigny ne perdit pas de temps.

Mme Dabrovine convint avec son oncle qu'elle se plaindrait vivement de souffrances nouvelles: que le général proposerait de hâter le départ pour aller attendre la saison des eaux dans un climat plus doux, et qu'on le fixerait au 1er juin devant Mme Papofski, mais en réalité au 15 mai, dans quinze jours.

« Négrinski arrivera le 15; nous serons déjà loin, en chemin de fer et en pays étranger; elle aura dix jours de gloire et de triomphe!

MADAME DABROVINE

Mais, mon père, ne craignez-vous pas que, pendant ces dix jours, elle n'exerce des cruautés contre vos gens et contre les pauvres paysans?

Non, ma fille, parce que je ferai, avant de partir, un acte par lequel je donnerai la liberté à tous mes dvarovoï1 et par lequel je déclarerai que si elle fait fouetter ou tourmenter un seul individu, elle perdra tous ses droits et devra quitter mes terres dans les vingt-quatre heures.

MADAME DABROVINE

Je reconnais là votre bonté et votre prévoyance, mon père. »

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