‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 21 sur 97 · DE 1784 A MARENGO I · texte numérisé non relu

DE 1784 A MARENGO I

la leçon n'a point été perdue et Napoléon, bien qu'il ait voulu la nier, n'a eu garde de l'oublier (1).

Do son côté, le colonel Bonnal, professeur à l'école supérieure de guerre, écrit :

Lorsque Bonaparte débouchait en Italie par le grand Saint-Bernard, il savait que l'armée autrichienne, très nombreuse (plus de cent mille hommes), était partagée en plusieurs fractions éloignées les unes des autres, sans compter un grand nombre de délacbements sur les Alpes et dans les garnisons.

Avec une petite armée bien articulée et très mobile, le but de Bonaparte eût dû être de battre séparément les fractions de l'armée ennemie, de les empêcher de se réunir, et d'obtenir la ruine de l'ensemble par la somme des destructions partielles.

Le Premier Consul agit à l'inverse. Il évite, tourne le noyau du rassemblement général fixé par Mêlas à Turin et va prendre position à la Stradella, après avoir employé quinze jours à reconstituer la république cisalpine.

Il laisse ainsi aux Autrichiens le temps de se réunir à Alexandrie en forces supérieures aux siennes et, contre toute vraisemblance, il obtint le succès, grâce h la haute valeur de ses lieutenants, et à l'extraordinaire énergie de ses soldats.

La situation au lendemain de Marengo, était si peu brillante, que le Premier Consul accorda au général Mêlas tout ce qu'il voulut, à la condition qu'il s'en allât. L'armée autrichienne retourna donc dans le Milanais avec armes et bagages, tambours battant, drapeaux déployés (2).

À ce nom de Marengo, si glorieux pour les armes françaises, se rattache le souvenir de deux généraux injustement sacrifiés : Duvignau et Monnier. Nous nous y arrêterons un instant, mû par le même sentiment de vérité et de justice qui nous a porté à écrire l'histoire de la campagne d'Andalousie, et aussi parce que le sort de ces deux officiers, du plus grand mérite, explique la machination ourdie après Baylen contre le général Dupont et l'odieux traitement qu'il eut à subir.

Duvigxau, né à Mézières le 19 septembre 1770, était fils d'un maréchal de camp, directeur de l'école royale du génie établie dans cette ville. Aide de camp du maréchal de Rocbambeau le Ier octobre 1791, il fut nommé colonel sur le champ de bataille de "\almy, par le général Kellermann, après une blessure grave, le 20 septembre 1792. Il devint colonel du 18" régiment d'infanterie le 8 mars 1793, passa à l'armée du Nord comme adjudant général le 10 mai suivant, et fut nommé chef d'état-major de l'armée sous Mayence, le 10 frimaire an III. Pichegru le nomma général de brigade sur le champ de bataille, devant Mayence, où il fut blessé, le 20 frimaire an 111 : il avait vingt-quatre ans. — Après avoir servi avec distinction à l'armée d'Allemagne, puis à l'armée des Pyrénées-Orientales, et exercé le commandement de la 10" division militaire, il fut affecté à l'armée de réserve le 7 germinal an VIII.

Dans la nuit qui précéda la bataille de Marengo, commandant une brigade de cavalerie attachée au corps du général \ictor, et chargé par ce général de placer des avant-postes,

(1) L'art de Napoléon, par le commandant Rousset. (La Bévue de Paris, 1897.)

(2) Conférences de Stratégie et Tactique générale, par le colonel Bonnal. (École supérieure rlc guerre, 181)7.)

le général Duvignau fit une chute grave en sautant un fossé ; son cheval se renversa sur lui, et lui meurtrit grièvement le côté droit de la poitrine et la cuisse gauche, déjà atrophiée à la suite d'une blessure faite par un éclat d'obus. Il était alors plus de minuit. Crachant le sang, et dans l'impossibilité absolue de monter à cheval, le général Duvignau prévint ses chefs, et le général Victor l'autorisa à se faire donner les soins que réclamait son état. Arrivé à Castelnovo, il fit écrire, le i5 juin, au général Dupont, la lettre suivante :

Je te préviens, mon cher général, qu'hier, après la bataille (i), en allant placer mes postes, je fis une chute affreuse dans un fossé. Cette chute me donna de suite un crachement de sang et une douleur au côté extrêmement forte, au point que je ne puis bouger. Avec la permission du général Victor, et après avoir prévenu le lieutenant général Murât, je me suis retiré pour me faire panser et soigner. Je suis dans un état cruel de souffrance, et ne trouvant ici qu'un premier secours qui m'a été administré par un chirurgien autrichien, je pars pour Pavie où je resterai le moins possible. Le crachement de sang, cjui ne discontinue pas, fait craindre quelque rupture interne. Je te prie d'en rendre compte au Général en chef.

Salut et amitié sincère.

Signé : Duvignau.

P. -S. — Je te prie de m'envoyer la copie de la lettre que tu m'avais écrite de la part du général en chef pour m'autoriser à me faire soigner, ou une nouvelle autorisation. Tu dois rendre justice à la raison qui me prive du plaisir de t'écrirc moi-même.

Dans son Rapport du 27 prairial (16 juin), daté de Garofoli et adressé à Berthier, Murât écrivit : « ...au centre, le général Duvignau, de sa personne, n'imitant point ses camarades, et sous prétexte de maladie, avait abandonné sa brigade, qui s'est, du reste, parfaitement bien battue. » — Ainsi, le général Murât, poussé, dit-on, par un sentiment d'inimitié, accusait de lâcheté un général français, qui avait gagné ses grades sur les champs de bataille !

Le Bulletin de l'Armée de réserve et le rapport du général Dupont ne firent pas mention de l'absence du général Duvignau, qui s'était mis en règle avec ses chefs. Mais dans le Rapport du 2 5 prairial, attribué à Berthier et rédigé en entier par Bourrienne sous la dictée du Premier Consul, il est dit : « ...Le général Victor envoie des ordres à la brigade de cavalerie du général Duvignau, mais ce général avait quitté sans autorisation le commandement de sa brigade, ce qui retarde l'exécution des mouvements. » — Enfin, le iS juin, le général Bonaparte, ne voulant accepter aucune explication, fait savoir à toute l'armée, par un Ordre du jour, que « le général Duvignau, qui ne s'est pas trouvé à sa brigade de cavalerie à la bataille du 20, n'est plus employé à l'armée de réserve. » Après avoir ainsi flétri publiquement cet officier général, sans l'avoir entendu, le Premier Consul le fait mettre en réforme le 9 août suivant (21 thermidor).

Atteint aussi injustement et aussi cruellement dans son honneur et dans sa carrière, le général Duvignau fit entendre les plus énergiques protestations et établit les preuves irré-

(1) Il y a là une erreur évidente, tenant sans doute à ce que l'état du général ne lui permit pas d'écrire lui-même la lettre, à moins que, par ce mot bataille, il n'ait voulu désigner le combat livré le i3 juin pour s'emparer du village de Marengo. C'est dans la nuit du l3 au i!\ juin qu'il fit la chute de cheval dont il s'agit.

DE I~8'| \ HARENGO

cusables de son innocence. Le il\ messidor, le Dr Gueyrard, médecin de l'hôpital militaire d'Aix, lui avait donné un certificat constatant qu'il faisait usage de ces eaux thermales depuis le 20 messidor, « pour cause d'atrophie à la cuisse gauche, existante depuis six ans à la suite d'un éclat d'obus ; de contusions à cette même cuisse et au flanc gauche où il existe encore de l'empâtement et même un dépôt, par suite d'une chute de cheval qu'il a faite dans la nuit du i!\ au 20 prairial; ce qui l'a mis dans un état très fâcheux jusqu'à ce jour, comme je l'ai reconnu par les certificats dont il est porteur et par l'inspection du malade ». — Le général Duvignau produisit également des certificats du chirurgien Hedeloffer, chirurgien de irc classe de l'armée, qui lui avait donné ses soins à Ivrée pour des crachements de sang, et à Milan pour sa chute. Il fournit une attestation détaillée du capitaine Denizot, son adjoint, qui avait été témoin de sa chute, et le certificat suivant du général Victor :

Paris, le 4 thermidor an vin (a3 juillet 1800).

Le général Victor atteste que le général Duvignau, commandant la brigade de cavalerie attachée au corps qu'il avait à ses ordres, le 24 prairial dernier, fut blessé en faisant la visite des avant-postes, pendant la nuit du 24 au 25 dudit mois et que, sur le rapport qu il lui en a fait le 25 au matin, jour de la bataille de Marcngo, il lui a permis de se retirer pour se faire soigner, attendu qu'il se trouvait hors d'état de continuer son service.

Signé : Victor.

Cette attestation du général Victor, en prouvant la parfaite irréprochabililé du général Duvignau, eût dû trancher la question en faveur de l'officier injustement accusé, et valoir tout au moins une réprimande au général Murât. Il n'en fut rien. Le général Duvignau et sa mère eurent beau se débattre, adresser d'éloquents appels au ministre de la guerre, invoquer la justice et montrer leur détresse profonde, Napoléon ne voulut jamais revenir sur la sentence qu'il avait prononcée ab irato, sans rien connaître de l'affaire. Un Rapport ayant été adressé aux Consuls pour démontrer l'innocence du général Duvignau, Berlhier écrivit en marge : « Le Premier Consul a persisté dans sa décision de le porter sur le tableau de réforme. » Le général fut donc réformé, le 21 thermidor an VIII, n'ayant pas encore trente ans ; il était absolument sans ressources et obligé de subvenir aux besoins de sa mère. Un décret impérial du 25 mai 181 1 l'admit à la retraite avec un traitement annuel de mille francs.

Ses états de service, existant aux Archives de la guerre, portent la mention suivante :

« Resté sans activité, injustement, sous le règne de Bonaparte, jusqu'au 1 "janvier i8i4, où il fut employé par le duc de Valmy au commandement d'un corps d'armée dans les Vosges, à celui d'un autre sous les ordres du prince de la Moskowa, puis par ordre du prince de W agram, major général, au commandement d'un corps pris clans la garnison de Verdun. — Il se joignit à l'armée de la Moselle, commandée par M. le comte Durutte, le 29 mars 181 4. Il commanda la 3e brigade de ce corps jusqu'au 23 mai i8i4. »

Par Ordonnance royale du 12 juin 181/i, rendue sur la proposition du général Dupont, le général Duvignau fut remis en activité.

Napoléon avait si peu de doutes sur l'innocence du général Duvignau, qu'à son retour de l'île d'Elbe il l'accueillit affectueusement, comme en fait foi la lettre suivante :

120 LE GÉNÉRAL DUPOST

Le Ministre de l'Intérieur au Ministre de La guerre,

22 mai i8i5.

Monsieur le Maréchal ,

Dans une audience accordée par l'Empereur à M. le Maréchal de camp Duvignau, Sa Majesté a bien voulu lui témoigner de la satisfaction de ses services. L'Empereur lui a promis de

l'employer cl de lui accorder la décoration de la Lésion d'honneur. Je recommande vivement à V. E. cet estimable officier.

Agréez

Signé : Cabnot.

Monnier (Jean-Charles), né le 22 mars 1708, à Cavaillon (Vaucluse), était sous-lieutenant au 70 Régiment d'infanterie, le Ier juillet 1792. Devenu adjoint aux adjudants généraux de l'armée d'Italie le 3 lévrier 170,3, puis adjudant général chef de bataillon le 16 frimaire an III, il avait été nommé général de brigade le /j prairial an V, et général de division le i5 ventôse an VIII. — Au siège de Naples, le 2 pluviôse an Vil, il avait reçu une blessure terrible : un coup de feu l'avait traversé de l'épaule droite à la mâchoire gauche. Sa belle défense d'Ancône, en 1799, où, avec une faible garnison de 2 000 hommes, mancpjant de tout, il résista, pendant deux mois et demi, à tout un corps d'armée, avait illustré son nom. Pour reconnaître l'éclat de ses services, le Premier Consul lui avait accordé une armure d'honneur, et Carnot l'en avait averti par la lettre suivante :

Paris, y8 germinal an vin.

Le Ministre de la guerre au Général de division Monnier, Le Premier Consul vous a accordé. Citoyen Général, une armure de la manufacture de Versailles, en récompense des services éclatants que vous avez rendus à la République.

Signé : Cvunot.

A Marengo, le général Monnier commandait la division cpie le Premier Consul amena de Torre Garofoli, sur le champ de bataille, au moment où le corps de Victor était déjà en retraite, et où la division Watrin, constituant le corps de Lannes, commençait à être elle-même entraînée dans le mouvement général de recul. Les trois demi-brigades de la division Monnier étaient commandées par les deux généraux de brigade Carra-Saint-Cyr et Schilt ; nous avons indiqué leur rôle, dans Faction sur Castel-Ceriolo. Le général Monnier ne cessa pas d'être à son poste, et tous les rapports mentionnent que ses troupes se comportèrent avec la plus grande bravoure, chassant de Castel-Ceriolo les bataillons autrichiens qui défendaient ce village. Mais elles durent bientôt l'abandonner pour se conformer au mouvement de retraite du centre et de la gauche parallèlement à la route de Tortone, et elle se retira en bon ordre sur San Giuliano-Novo et la Ghilina.

Après la bataille de Marengo, la division Monnier lit partie de l'aile droite de l'armée d'Italie, et elle combattit glorieusement à Pozzolo, le 25 décembre 1800. sous les ordres du généra] Dupont.

Par arrêté du 26 fructidor an X (11 septembre 1802), le général Monnier fut rayé du tableau de l'état-major général de l'armée, et admis au traitement de réforme. Ayant déplu

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au Premier Consul, il fut brisé sans la moindre pitié et chassé Je celle armée où il s'était illustré par les plus glorieux faits d'armes. Les causes de sa disgrâce n'ont jamais été nettement déterminées, et un Rapport du 3o avril 181/i, au ministre de la guerre, dit que: « 11 n'existe au bureau des Elats-majors, ni à celui de la police militaire, aucun renseignement qui fasse connaître les causes de celle persécution et qui éclaire sur les motifs de la réforme de M. le général Pionnier. » L'opinion la plus répandue est que le général se serait exprimé trop librement sur les visées ambitieuses du Premier Consul.

Napoléon ne se borna pas à bannir le général Monnier de l'armée cl à l'exiler à Avignon, sons la surveillance de la police ; il décida aussi, — lait à peine croyable, — qu'il serait banni de l'histoire et que son nom serait remplacé, dans la Relation de la bataille de Marengo, par celui de Carra-Sainl-Cyr. On voit, en effet, que cette Relation fait uniquement mention, pour l'attaque de Castel-Ceriolo, de la division Carra Saint-Cyr, alors que ce général commandait simplement une brigade, sous les ordres de son divisionnaire, le général Monnier. Ce commandement de brigade, en rapport avec son grade, le général Carra-Sainl-Cvr l'exerçait encore à Pozzolo, sous le même chef. El jusque dans ses Mémoires, l'Empereur, supprimant le général Monnier, ne veut plus connaître, à Marengo, que le général de division Carra-Sainl-Cyr !

Ainsi frappé et persécuté, le général Monnier n'accepta pas son destin avec cette sérénité d'âme que montra plus lard le général Dupont. Il voua à l'Empereur une haine profonde, et aussitôt après son abdication, il n'hésita pas à adresser la lettre suivante au maréchal Macdonald, défenseur de la cause de Marie-Louise et du Roi de Rome devant l'empereur Alexandre :

Avignon, dép1 de Vaucltise, i5 avril i 8 1 4 -

A S. Ex. MP le MH| Macdonald, Duc de Tarente.

'S ous le savez, le tyran Buonaparte m'a réformé, exilé de Paris, bientôt après dans mes terres cl mis en retraite avec une modique pension de i 5oo francs.

J'ai supporté l'exil et la persécution pendant douze ans, et il n'y a pas buit jours qu'un agent de sa police se disposait ici à faire plusieurs arrestations. J'étais sur la liste des proscrits.

L'heureux établissement d'un gouvernement provisoire me rend à la liberté et me permet de demander justice. Je ne saurais mieux m'adresser qu'à vous qui m'avez honoré de tant de marques d'amitié (i), pour faire entendre mes justes plaintes et vous assurer de mon respect, de ma soumission et de mon dévouement pour le service du nouveau gouvernement.

Je désire donc rentrer dans l'exercice de mon grade, et servir la patrie délivrée de la tyrannie la plus odieuse.

C'est un acle d'équité que je réclame et je suis persuadé d'avance que vous vous ferez un plaisir de le solliciter.

Agréez, je vous prie. Monseigneur, l'assurance de mon respectueux dévouement.

Le Général de Division,

Signé : Monnier.

(i) Le maréchal Macdonald avait eu le général Monnier sous ses ordres, en 1799, alors qu'il était commandant en chef de l'armée de Naples. Il l'estimait grandement et il a écrit de lui, dans ses Mémoires : « Le général Monnier, qui commandait l'arrondissement d'Ancône, et le seul qui ait fait son devoir, m'avait demandé des instructions ; je n'eus besoin que de lui répondre : « Vous savez ce que l'honneur commande et ce que prescrivent les lois; je m'en repose sur vous. »

122 ir, GÉNÉRAL m PONT

En même temps, le général Monnier écrivait, le 16 avril, au général Dupont, lui rappelant qu'il avait combattu sous ses ordres en Italie, et demandant à servir dans son grade. Il faisait remarquer que, par son arrêté du 8 germinal an VIII, le Premier Consul lui ayant décerné une armure complète, cette distinction le classait, d'après l'esprit de la loi, grand officier de la Légion d'honneur, et que cependant il n'avait jamais reçu la décoration, « effet de la haine du tyran ».

Le maréchal Macdonald était la droiture même. Sachant fort bien que le général Monnier avait été victime d'une iniquité, il se fit son défenseur, et écrivit en ces termes à son ami Dupont :

Paris, le 2/4 avril 1 8 1 4 -

Mon cher général, le Général de Division Monnier, que des circonstances particulières ont réduit depuis 12 ans dans l'inaction, demande sa réintégration. Il suffit sans doute de le rappeler à votre souvenir, pour assurer le succès de sa demande et de cette justice tardive.

Mille amitiés.

Signé: Mal Macdonald.

Par Ordonnance Royale du 12 juin 181/i, rendue sur la proposition du général Dupont, le général Monnier fut remis en activité. Il fut créé comte le 3o décembre i8i4, sur la proposition du maréchal Soult, et fait grand-officier de la Légion d'honneur, par le duc d'Angoulême, le 3 avril 181 5. Il devint Pair de France et mourut le 3o janvier 18 16. — Le 6 mars 181 5, dès qu'il avait connu le débarquement de l'Empereur au golfe Juan, il s'était empressé d'écrire au maréchal Soult une lettre qui montre jusqu'à quel point l'injustice peut créer des sentiments implacables dans les âmes les meilleures.

A S. Ex. Mgr le Duc de Dalmatie, Ministre de la Guerre. Monseigneur, Je viens vous prier de me faire marcher contre le rebelle Bonaparte, qui a débarqué au golfe Jouan, et s'est porté sur Digne et Gap.

En servant mon Roi je servirai aussi le juste ressentiment des peines que l'aventurier m'a fait éprouver.

Agréez, Monseigneur, l'hommage de mon dévouement respectueux.

Le Lieutenant Général,

Signé : Comte de Monnier.

Avignon, Dép' de Vaucluse, 6 mars 1 8 1 5.

La lettre du maréchal Macdonald, citée plus haut, prouve combien ont erré les historiens qui, en reproduisant les véhémentes paroles adressées, dit Bourrienne, par le duc de Tarente aux généraux Beurnonville et Dupont, dans la nuit du 5 avril 181 4, à l'hôtel de la rue Saint-Florentin, ont donné à entendre que les deux généraux avaient été définitivement tarés par cette virulente apostrophe. La vérité est que Macdonald estimait et chérissait le général Dupont, qu'il partagea son dévouement à la cause des Bourbons, et que son amitié lui resta fidèle jusqu'à la mort, ce qui ne se fût certes jamais produit, si le maréchal, d'une franchise plutôt brutale, eût seulement soupçonné chez le général Dupont un manque à la droiture et à l'honneur.

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