ORDRE DU JOUR
Soldats, vous allez entrer en Toscane et prendre possession de ce territoire. Vous marchez pour dissoudre les légions toscanes et désarmer les brigands. Leurs incursions ont trop longtemps outragé l'armée et porté le ravage sur le territoire cisalpin. Il faut qu'ils se soumettent ou qu'ils soient exterminés.
Soldats ! souvenez-vous que la discipline militaire fait la gloire et la force des armées, et que le devoir de vos chefs est de la maintenir avec autant de vigilance que de sévérité.
Vous avez le stérile Apennin à franchir et quelques privations peut-être à éprouver. Vous en trouverez le prix dans les riches plaines de l'antique Etrurie.
Ne voulant pas morceler ses brigades, le général Dupont composa le corps expéditionnaire de Toscane de la brigade Carra-Saint-Cyr (division Monnier), de la brigade Malher (division Watrin), d'une brigade cisalpine (division Pino) forte de 2 000 hommes, et du 2e régiment de chasseurs à cheval, avec un escadron du 4e ; la force totale de ce corps se montait à 7 000 hommes, auxquels il fallait ajouter les 3 000 hommes du général Clément et la 2/ie légère. — La brigade Musnier fut laissée à Bologne, avec le général Watrin, et la brigade Calvin, de la division Monnier, occupa Imola, ces deux brigades étant à portée de se réunir promptement et de s'opposer à tout ce que l'ennemi pourrait tenter du côté de Ferrare.
La division Pino, formant l'avant-garde, força les défilés des Apennins et culbuta les insurgés à Barberino, en même temps que deux colonnes marchaient, l'une de Vergoto sur Pisloïa, et l'autre, de Forli sur Fiorenzola. En rendant compte de ces mouvements au général en chef, le 22 vendémiaire, le général Dupont marquait que ses troupes avaient fait, ce jour-là, près de 3o milles, et qu'il leur en restait encore 20 à faire le lendemain, pour se rendre à Florence. « Je m'attache particulièrement à faire régner l'ordre le plus sévère parmi les troupes, dit le général Dupont, et à prévenir les dilapidations (1). »
(1) Sept soldats de la 58° demi-brigade s'étant rendus coupables de pillage à main armée, le général Dupont prescrivit, de Florence le 23 vendémiaire, de réunir, pour les juger, une Commission militaire composée du général de brigade Malher, du chef de brigade Valhubert, commandant la 28e demi-brigade, du chef de bataillon Michel de la /)0C demi-brigade, du capitaine Montjosé, de la 28e demi-brigade, rapporteur,
POZZOLO i3i
Les mouvements des colonnes fran'çaises furent si rapides, qu'en quelques jours l'armée toscane, forte d'environ 26000 hommes, se trouva dissoute; il ne restait qu'à en poursuivre les débris réfugiés dans les gorges des montagnes, et à châtier les brigands d'Arezzo. Les Autrichiens n'avaient pas cru devoir faire cause commune avec les Toscans. Entré le 23 vendémiaire à Florence, le général Dupont écrivait au général Brune : « Le général Sommariva m'a prévenu de son départ de Florence. Il se retire sur Ancône. Une partie de ses troupes a pris la route de Livourne. Le général Monnier se portera demain sur Arezzo, avec la brigade Saint-Cyr. Le général Pino marchera sur Prato et Pistoïa, et le général Malher sur Livourne. J'ignore si le général Clément est entré clans celte place. J'espère que par ces dispositions le désarmement sera promptement effectué dans toute la Toscane. La Régence a établi à son départ un Gouvernement provisoire. Le général Sommariva a vidé les caisses. Je vous rendrai compte demain de ce qui concerne la partie administrative et l'organisation politique. »
Le Gouvernement provisoire institué par la Régence était composé de partisans déclarés de l'Autriche. Le général Dupont refusa d'accepter leur démission, avant d'avoir pris les ordres du général en chef, tout en reconnaissant qu'il serait préférable de confier les différentes branches de l'administration à des hommes animés de sentiments moins hostiles à l'égard des Français. « Je me propose, écrivait-il, le 26 vendémiaire, d'établir une contribution extraordinaire pour subvenir aux besoins des troupes. Le service par réquisitions ne peut se faire ici sans de grandes difficultés. Je désirerais savoir à quel taux vous désireriez que j'élève ces contributions. Les Autrichiens eu ont imposé plusieurs et ils étaient au moment de les renouveler. Le général Clément m'apprend qu'il est entré à Livourne sans éprouver de résistance... »
En faisant sa retraite, le général Sommariva avait excité les paysans d'Arezzo à se défendre. Cette place fut emportée d'assaut le 27 vendémiaire au matin, par les 29e et 58e demi-brigades, à la tête desquelles marchaient les généraux Monnier et Carra-Saint- Cyr, donnant l'exemple de la plus grande intrépidité. La garnison fut passée au fil de l'épée, à l'exception de 200 insurgés qui occupaient la citadelle et qui se rendirent à discrétion. Sept drapeaux et dix canons furent les trophées de la victoire.
Le général Clément était entré à Livourne, où il avait fait preuve de tact et de prudence ; il était ensuite retourné à Lucques dont il avait repris le commandement. Le général Dupont se rendit à Livourne pour reconnaître les ressources que cette ville pouvait offrir et les appliquer au service de l'armée ; il donna le commandement de la place au chef de bataillon De Conchy.
Dès son arrivée à Livourne, le général Dupont fit paraître la proclamation suivante :