‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 29 sur 97 · MILITAIRES · texte numérisé non relu

MILITAIRES

Paris, i4 brumaire an ix (4 nov. 1800). Le Ministre de la Guerre, Au Lieut1 Général Dupont, commandant l'aile droite de l'armée d'Italie,

Lorsque, sur le refus du désarmement des paysans insurgés en Toscane, le Gouvernement fut déterminé à faire occuper ce duché pour dissiper et punir ces hordes indisciplinées, qui se déclaraient en guerre avec nous et désolaient leur propre pays, il a, sans porter la moindre atteinle aux conditions de l'armistice, rempli un devoir que lui imposaient sa gloire ainsi que la sûreté de l'armée de la République et de ses alliés. Cette opération exigeait autant d'activité que de prudence, autant de talents militaires que de sagesse ; elle vous a été confiée, citoyen général, et elle a complètement réussi. Recevez-en mes félicitations comme un garant de la satisfaction qu'en éprouve le Gouvernement. Je vois avec plaisir que le calme règne à Florence, et que, grâce à vos soins, le bon ordre est partout maintenu. Je ne saurais qu'applaudir aux égards que vous avez eus pour les détachements autrichiens que M. Sommariva avait laissés derrière lui, ainsi qu'au succès que vous avez obtenu d'éclairer les Toscans sur les loyales intentions du Gouvernement. Continuez à rassurer ce peuple conformément aux intentions des Consuls transmises au Général en chef, et que par leur discipline et leur conduite, nos soldats, à votre exemple, lui apprennent à aimer la France, comme ils ont appris à la respecter. J'espère avec vous que les suites heureuses de cette expédition, que vous avez habilement dirigée, doubleront la satisfaction qu'a dû vous donner son sueccès.

Je vous salue,

Signé : Lacuée.

Cette lettre donne le caractère exact de la conduite que tint le général Dupont en Toscane : elle peut servir de réponse aux accusations de pillage lancées contre lui par deux généraux, qui, mus par une basse jalousie, ne craignirent pas de se faire l'écho d'infâmes calomnies. Adressées au Premier Consul, en secret et sans preuves, elles revêtent le plus méprisable caractère ; nous les mentionnons, malgré la répugnance qu'inspirent forcément les actes de ce genre, parce qu'elles ont été reprises par des contemporains peu scrupuleux, et aussi pour cette raison qu'existant aux Archives de la guerre, elles pourraient influencer des écrivains insuffisamment renseignés. Elles n'arrivèrent point à entamer l'estime et le respect dont le général Dupont était universellement entouré, et qui ne firent que grandir jusqu'à Friedland, en se doublant d'une admiration inspirée par les plus beaux faits d'armes (1).

(1) L'une de ces odieuses accusations est du général Brune; nous y reviendrons en parlant du triste rôle joué par ce général lors de la bataille de Pozzolo, et en indiquant les sentiments qu'il avait inspirés à son armée. — ■ La seconde dénonciation est l'œuvre d'un général qui n'assistait pas à l'expédition de Toscane et dont ses contemporains ont pu dire qu'il était arrivé surtout par la délation ; dans sa lettre au Premier Consul, non seulement il accuse, sans l'ombre d'une preuve, le général Dupont d'avoir volé un million en Toscane, mais il lui reproche de refuser l'obéissance au général en chef, ce qui est d'une fausseté insigne. On ne saurait trop répéter que ces délations n'excitèrent que l'indignation et le mépris.

pozzor.o |35

Bataille de Pozzolo. — En prévision de la reprise des hostilités, fixée au i3 brumaire. (3 novembre), l'armée d'Italie avait dessiné un mouvement en avant, vers l'Est. La gauche, sous le lieutenant général Môncey, devait prendre position à Brescia, pendant que le centre, commandé par le lieutenant général Suchet, se porterait sur l'Oglio et la Chiesa, ayant son quartier général à Crémone et laissant une réserve sur la rive droite du Pô afin de se lier avec la division Watrin. Cette division détacha la 22° de ligne, avec le général Musnier, à Modène, pour y remplacer les troupes du centre. De son côté, le général Dupont devait se diriger rapidement de Bologne sur le Pô ; mais l'armistice ayant été prolongé pour une durée indéterminée, sous la seule condition de se prévenir dix jours avant la reprise des hostilités, un mouvement rétrograde fut ordonné à toutes les troupes, qui reprirent leurs cantonnements.

A la date du 21 brumaire (n novembre), le général Brune prévient le général Dupont, à Bologne, qu'il va dénoncer l'armistice, et il lui prescrit de ne laisser aucun corps en Toscane, en dehors de la division Miollis. Un post-scriptum de la main de Brune est ainsi conçu : « Ne perdez pas un seul instant pour marcher, car l'ennemi est plus en mesure que nous. Vous sentez la nécessité de faire évacuer des vivres sur la rive gauche du Pô. Procurez-vous le plus de biscuit que vous pourrez et des souliers. Je compte sur votre amour pour la gloire et votre amitié pour moi. » — Le lendemain, nouvelle lettre du général en chef, recommandant au général Dupont de se hâter ; sa lieutenance devra avoir traversé le Pô, le 3o du mois (20 novembre). — Le général Oudinot, chef d'étatmajor général de l'armée, transmet au général Dupont l'ordre d'établir sur-le-champ son quartier- général à Beggio. Le centre aura le sien à Crémone, l'aile gauche à Brescia, et la réserve à Milan, jusqu'à nouvel ordre.

En mettant le général Dupont au courant des mouvements qu'il vient d'ordonner à ses troupes, le i3 novembre, le général Suchet écrit : « Si cette fois enfin, nous commençons les hostilités, comme tout l'annonce, j'espère, mon cher général, qu'en nous communiquant et appuyant mutuellement nos opérations, nous marcherons de concert à d'heureux résultats. Je vous prie de compter de ma part sur tout l'empressement que je pourrai y mettre. — Salut et attachement. — Signé : Suchet. »

Conformément aux ordres du général Brune, il ne resta en Toscane que 2 000 Français et 1 5oo Cisalpins de la division Pino ; la /jo6 quitta Livourne, avec le général Calvin, et se mit en route pour rejoindre à marches forcées la division Watrin, en évitant l'ennemi. Le 19 novembre, le général Pino écrivait au général Dupont : « Comme la Toscane dépend de vous, je me fais un devoir de vous répéter, qu'avec le peu de force qu'on y laisse et le gouvernement qui existe, la tranquillité n'est pas bien assurée. » Le général Pino ajoutait qu'il ne pourrait pas être rendu à Beggio avant le 5 ou le 6 frimaire: sa mission était de couvrir Bologne et d'assurer les commuxucations avec Florence.

Le 28 brumaire (19 novembre), le général Oudinot informe le général Dupont que le quartier général sera à Brescia le 3o. « Vous y serez infailliblement appelé, et c'est là qu'en vous témoignant ma gratitude, je pourrai vous parler de ce qui concerne et touche la situation de la Toscane. Je vous embrasse de tout cœur » (1). Le 18 novembre, le géné-

(1) A la date du 23 brumaire (i\ novembre), le général Oudinot écrivait, de Milan, au général Dupont :

rai de division Chasseloup-Laubat attacha à l'aile droite deux compagnies de sapeurs, la 3e et la [\e, sous le commandement du chef de bataillon Morio.

L'aile droite franchit le Pô le 3o brumaire (20 novembre), au ponl de Sacca, qui est

à quatre milles de Casahnaggiore. La division Mon nier prit position sur l'Oglio, sa droite au Pô et sa gauche à Bozzolo par où elle se reliait au corps du général Suchet. La division Watrin s'établit en seconde ligne à Casahnaggiore, la droite à Dossolo et la gauche â Caslel Ponzone. — Le général Dupont laissa sur la rive droite du Pô 1 000 hommes seulement, dont 5oo à Guastalla et 5oo à hauteur et à cinq heures de distance de celte ville vers Reggiolo ; en cas d'attaque par des forces supérieures, ces détachements devaient se replier sur l'armée.

Ce fut à ce moment que le général en chef ordonna la formation d'un corps d'avantgarde, d'une force de 12000 hommes, dont les éléments fuient pris aux différentes lieutenances de l'armée. Le centre et l'aile droite durent fournir chacun 1 200 hommes, qu'on dirigea à marches forcées sur Brescia. Le général Delmas reçut le commandement de cette avant-garde ; elle formait quatre brigades d'infanterie et une brigade de cavalerie.

Au moment de la reprise des hostilités, les corps de l'armée d'Italie sont ainsi répartis :

L'avant-garde, à Lonalo, regardant Peschiera, et poussant ses avant-postes jusqu'à Exenta.

L'aile gauche a son quartier général à Brescia. La division Rochambeau est dans la Valteline et le Yal Canonica. La division Boudet s'étend de Monte-Ghiaro à Rocca d'Anfo ; sa cavalerie et sa réserve à Risuto, ses avant-postes à Salo.

Le centre a son quartier général à Calvisano. La division Gazan se développe de Monte-Chiaro à Aquafredda. La division Loison va d'Aquafredda à Azola.

L'aile droite a son quartier général à Azola. La division Watrin s'étend d 'Azola (inclusivement) jusqu'à Aqua-Negra. La division Monnier va d'Aqua-Negra jusqu'à l'embouchure de l'Oglio dans le Pô. Ses avant-postes sont placés depuis Torre d'Oglio jusqu'à Piubega, en passant par Rodondisco ; sa réserve et ses chasseurs à Fiesso. L'aile droite détache, sur la rive droite du Pô, un corps volant aux ordres du général Pelitot pour observer Ferrare et Ancône et entretenir les communications avec la Toscane.

La réserve de l'armée est à Brescia et aux environs.

La cavalerie de ligne, entre Bagnolo et Manerbio. Les dragons, entre Brescia et Calvisano.

L'artillerie à Brescia, et le grand parc à Cassano.

« Vous imaginerez aisément, mon cher général, que les circonstances actuelles ne me permettront pas de vous embrasser de sitôt en Toscane. Je me suis, à la vérité, soumis à ce sacrifice avec beaucoup de peine, car j'entrevoyais un résultat agréable de l'exécution de ce voyage, mais puisque le devoir en ordonne autrement. en soldat docile je me range sans murmures. J'attendrai donc avec patience l'instant où, en me dédommageant de cette contrariété, je pourrai vous entretenir sur différentes eboses — Je vous embrasse. — Signé : Oudi.not. » — Ces lettres du général Oudinot sont entièrement de sa main ; écrites après l'expédition de Toscane, elles sont une marque frappante de l'estime et de l'affection dont le général Dupont était entouré à l'armée d'Italie.

POZZOLO I07

La suspension d'armes expirant le 2 frimaire (22 novembre), le général Brune transporta son quartier général de Milan à Brescia.

Le général Malher(l), qui commandait une brigade de la division Watrin, n'ayant pas été conservé dans son commandement par le général Brune, sa brigade resta sans chef titulaire jusqu'au 21 décembre, époque où elle l'ut placée sous les ordres du général Petitot.

Au a frimaire (23 novembre 1S00), l'aile droite de l'armée d'Italie avait la composition suivante :

Sur la ligne

;' , . t 2^° légère, à Bozzolo, Marcaria 2 100 \

Lalvm.. • , ,- o

\ I 29e de ligne, en route i oon I

Division Monnier. ' Saint -Cyr. 58e de ligne, à Canctto, A.qua Negra. . . . 2200 S 6 4gs

2 escadrons de hussards 192 I

Artillerie à pied, 6 pièces 200 ]

... ( 6e légère, en route 1 200 \ ! ll °92

Musnier. . < . ° .. , . .

( 22e de ligne, a Azola I 200 j

{ 28° de ligne, à Forbolo 1 200 f

Division YNatrin.. < » . „ , ,. , . , . ,- „ > 5 ioo

j '10e de ligne, a Azola 1 000 l

2 escadrons du 11e hussards 200 y

Artillerie à pied 200 J

Sur la rive droite du Pô

Pino ( iie 1/2 brigade cisalpine, à Bologne j

(italien). . / Ier régiment de hussards cisalpins, à Bologne.. . . )

( 4e 1/2 brigade provisoire à Fort-Urbain, Guastalla et \

Petitot. . < Modène [ 1 000

( Ier escadron du 2e chasseurs, idem )

En Toscane

( 3L' 1/2 brigade de ligne, à Livourne

Clément. . < y-'' 1/2 brigade de ligne, à Florence

( 1 escadron du 19'' dragons, à Florence

/ Infanterie légère cisalpine, à Livourne } >' "HP

m . , . \ 2e 1/2 brigade cisalpine, à Arezzo

1 nvulsi. . . .

i Bataillon d'officiers. — Bataillon de Romains, à Sienne et à

\ Pistoïa

Total général 17 487

Les avant-postes autrichiens étaient alors très rapprochés de ceux de l'armée française. Pourtant, il ne se passa rien de remarquable avant le i4 frimaire.

Le 6 frimaire (27 novembre), le général Oudinot donne au ministre de la guerre la situation de l'armée depuis le 2 du mois, jour de la cessation de l'armistice, ainsi qu'il suit :

(1) Avant de quitter l'armée pour se rendre à Paris, le général Malher, officier fort distingué, qui était très dévoue au général Dupont, crut devoir le mettre en garde contre les agissements déloyaux d'un de ses collègues. « Sovez assuré, écrit-il, qu'en tel lieu et dans telle circonstance que je me trouve, je ferai tout mon possible pour mériter et conserver votre eslime... .le doi> vous prévenir que celui qui est placé à votre gauche n'est pas de vos amis. Tout ce que vous a\ez fait dans l'Etrurie est, par lui, critiqué, dénigré... Dans tous les ca^. tenez-vous pour averti. » Le général Malher était un brave et loyal soldat; ses prévisions se trouvèrent justifiées par les dénonciations dont nous avons parlé précédemment.

I 38 I.r. GÉNÉRAL DT PONT

L'avant-garde (i2o55 hommes) occupe la ligne de Lonato et ses hauteurs jusqu'à Desenzano, observant Peschiera et Borghctto.

L'aile droite (18726 hommes) a passé le Pô et a pris position entre l'Oglio et la Chiesa, à cheval sur cette rivière, la droite appuyée à Canetto, la gauche à Azola. Ce corps d'année a laissé en Toscane 3 590 hommes, sous le commandement du général Al iollis, occupant la ligne de Florence à Livourne et conservant un poste à Arezzo. Il a aussi laissé sur la rive droite du Pô, 1 000 Français occupant Guastalla et les hauteurs jusqu'à Reggiolo, 1 000 Cisalpins et un régiment de cavalerie pour éclairer le Pô et conserver la communication de Bologne.

Le centre (1 3 883 hommes) est sur la Chiesa, sa droite à hauteur d1 Azola, sa gauche à Novati.

L'aile gauche (16 58 1 hommes) se lie avec le centre par Montechiaro où commence sa droite, et appuie sa gauche à Calcinalo et Ponte-Marco. Elle se lie avec l'armée des Grisons en Yaltelinc et occupe aussi Salo.

Les divisions de réserve (11 000 hommes environ), commandées par le lieutenant général Michaud, sont en seconde ligne à Brescia.

La division de dragons (1 q36 chevaux) et celle de grosse cavalerie (1 876 chevaux) sont cantonnées en avant de l'Oglio, derrière les divisions de, réserve.

L'artillerie de réserve est à Chiari, et le grand parc de l'armée à Cassano. Depuis le 3, les deux armées sont en présence ; il ne s'est passé rien d'important. L'ennemi a peu de forces sur la rive droite du Mincio. M. de Bellegarde est à Aillafranca.

A la date du 8 frimaire (29 novembre) le général Petitot annonce au général Dupont son arrivée à Rcggio. — Le général Miollis demande à conserver le 2e régiment de chasseurs. — Le lendemain, le général Oudinot invite le général Dupont à désigner un régiment de cavalerie et 2 pièces d'artillerie légère de son corps d'armée, pour être attachés au corps des flanqueurs commandé par le général Petitot, sur la rive droite du Pô.

Au 10 frimaire an IX (1" décembre 1800), l'armée d'Italie a la composition suivante :

Brune, général en chef.

Oudinot, général de division, chef de l'état- major général. Franceschi, général de brigade, sous-chef de l'état-major général. Marmont, général de division commandant l'artillerie. Chasseloup, général de division commandant le génie.

■ , , , 1 compie de sapeurs — i comp"' d'artie légère — [\ compies d'artic à pied —

1 1. . „i t\ i 1 10e hussards — 281' légère — 20e légère — 78u de ligne — 62e de ligne —

Le lient, g'1 I.Jplmns. .... °. , ,• , ., ,

, , I 52r de ligne — 2'' de ligne — irL' de ligne — 20e légère — ici1' légère —

commandant. / ■, , ,

ire légère — 9e dragons — Ie'' dragons.

1 compie d'art'1' italicpie — 2 compies d'art'c à pied —

1 rég' de hussards cisalpins — 1 baton de grenadiers

Div°" Rochainbeau. .< cisalpins — 1 bat°" d'éclaireurs — 1 baton de grena-

Aile gauche. \ ( diers réunis — G71' de ligne — lre de ligne — 12e

Le lieut. g'1 Moncey, ' \ légère.

commandant. | / 2 cornpies d'artie à pied — 2 comp'cs de sapeurs — 102e

tv „ -d 1 . ) de ligne — 101e de ligne — 01e de ligne — 60e de

l)ivnn Boudet. . . .< ,. ,, , n 1 1

ligne — ire légère — i(j hommes gendarmerie —

12'' hussards — gi: chasseurs — 21e chasseurs.

POZZOT.f)

Centre.

Le licut. gal Suchet,

commandant.

Aile droite.

Le lieut. g;i1 Dupont,

commandant.

Réserve.

Le lieut. gal Michaud, commandant.

Brigade

du quartier général.

Le g'1 de brigade Serras,

commandant.

Cavalerie.

Le gal de div°n Davout,

commandant.

Divon Gazan. .

Divon Loison. .

Djyon Watrin..

Divon Monnier. .

Div"n Pino. . .

Div°" Miollis. . .

Divon Dombrowski.

Div01> Gardanne. .

2 compies de sapeurs — 2 comp''* d'art'1' légère — iô1" chasseurs — ae de ligne — carabiniers de la 70 1/2 brigade — i3'-' cliasseurs — 16 hommes gendarmerie

— 8'' légère — 99e de ligne — y(>" de ligne — 72'' de ligne — 18'' légère — du 3'' chasseurs.

Sapeurs — art"' légère — rre légère Piémont — 1061' de ligne — /|3° de ligne — 3o° de ligne — i3° légère

— du 3e chasseurs.

Art11' légère — 1 comp'1' d'arlie à pied — 4° chasseurs — 4o° de ligne — 28e de ligne — 221' de ligne — 6e légère — du 11e hussards.

1 compie d'art'0 à pied — 58e' de ligne — 29e de ligne — 2 4° légère — du 1 i° hussards.

1 comp'1' d'art'0 cisalpine — 2'' hussards cisalpins — f\e de ligne provisoire — 2'' cisalpine — i'° cisalpine — balon d'off1"8 cisalpins — détach' 49° cisalpine — détach' chasseurs cisalpins — i1'1' bat°" d'inf1'' légère cisalp.

1 comp'0 d'art'1' lucquoise — art'0 légère — du 19° dragons — 97e de ligne — 3e de ligne — 2° chasseurs.

Art'1' à pied — 7'' baton polonais — 3° baton polonais — 2e bat0" polonais — Hr baton polonais.

Art'e à pied — art'"' légère — 70° de ligne — 5(j° de

ligne — Ier bat"™ de grenadiers 3^'' de ligne — iV' chasseurs.

i4e de ligne — ■

107° de ligne — gardes, hussards, 168 hommes — Guides du Mont-Blanc, 68 hommes — art10 légère, 72 hommes — gardes à pied, 101 hommes — gardes, dragons, 1 84 hommes • — 2e de ligne provisoire.

2J° de cavalerie — 22e de cavalerie — 21e de cavalerie — i5° de cavalerie — i4e de cavalerie — 2e de cavalerie — iro de cavalerie — 2e comp'0 d'art'0 légère — 12° dragons — 8° dragons — 70 dragons — G° dragons.

Divisions sédentaires.

Division du Piémont, le général Soult, commandant.

Division de la Ligurie, le général de brigade Dulauloy, commandant.

Division de la Cisalpine, le général de division Lapoype, commandant.

L'armée autrichienne occupait fortement le cours du Mincio, depuis le lac de Garde jusqu'au Pu ; elle avait fortifié Borghetto et Goïto, ainsi que Valeggio et Salionze. On la supposait forte de 70 à 80 mille hommes, dont 7 à 8 mille occupaient les hauteurs en avant du Mincio. Le général de Bellegarde, qui avait succédé au feld-maréchal Mêlas dans le commandement en chef de l'armée impériale, avait fixé son quartier général à Villafranca. — Le i4 frimaire (1 décembre), l'ennemi tenta de s'emparer du pont de Marcaria, sur l'Oglio, afin de déborder notre droite et de couper sa communication avec Casalmaggiore et avec le corps de flanqueurs resté sur la rive droite du Pô. Il échoua dans sa tentative. La brigade Calvin, de la division Monnier, se comporta fort vaillamment, notamment la 24° légère, commandée par le chef de bataillon Frey. Le 11e hussards montra la plus grande bravoure. Les Autrichiens perdirent ^oo tués ou blessés et 36o prisonniers. Nous eûmes 33 tués ou blessés. L'ennemi rentra dans Mantoue.

l/|0 LE GÉNÉRAL DUPONT

Les détachements de l'aile droite laissés sur la rive droite du Pô avaient formé un corps de llanqueurs sous le commandement du général Petitot. Ce général reçut, le 12 décembre, Tordre de se rendre à la division Walrin, où il fut mis à la tète de la 2e brigade. Le général Jablonowski le remplaça, sur la rive droite du Pô, dans le commandement du corps de flanqueurs, qu'on renforça des deux bataillons de la 29e demi-brigade appartenant à la brigade Calvin, qui repassèrent immédiatement le Pô. Ces troupes continuèrent à (aire partie de la division Monnier ; elles étaient chargées de protéger l'arrivée des blés de la Toscane, cl leur présence empêchait l'ennemi de se dégarnir sur la rive droite du Pô.

Par suite du départ de la 29e demi-brigade, la 58° de ligne de la brigade Carra-Saint- Cyr, passa à la brigade Calvin, et le général Watrin dut appuyer à droite, sur la gauche de la division Monnier, de même que le général Suchet appuya sur le général Watrin.

Au 16 décembre (26 frimaire), la situation de l'aile droite, sur la ligne, c'est-à-dire non compris les troupes en Toscane et sur la rive droite du Pô, était la suivante :

ia 4° légère, à Marcaria 2 018 h.

58e de ligne, à Saint-Martin et à Aqua J

Negra n53 U ^38

r, 0 . , ,-, l if régiment de lmssardsfa escadrons"). 106 1

Larra-samt-Lyr. . ! ,°. .,.,,. ,v . , J •'

(ier régiment d artillerie a pied. ... -1

Ar . i (5U légère, à Azola 1 200 ) q 833

ivliisnier. ...

I 22e de ligne, à Azola 1 200

1 n ... . ( 28e' de liane, à Forbolo 1 200

Division Watrin.. . l'elitot ! , » , r ) a oqo

j I /|0° de ligne, a Azola 1 000

■r, , (2 escadrons du 11e hussards. . . . 2iq 1 ftéserve. ... .,,.,., ,.

\ ( Artillerie a pied 70

En y comprenant les troupes sur la rive droite du Pô, l'effectif de l'aile droite se montait à 12 953 hommes.

Voulant débusquer les Autrichiens de toutes les positions qu'ils occupaient sur la rive droite du Mincio, le général Brune donna l'ordre au général Suchet d'enlever le poste de Volta, dans la journée du 3o frimaire. Le général Dupont fut avisé de cette disposition ainsi que des mouvements que ses troupes auraient à exécuter, par la lettre suivante :

Au Quartier Général à Montechiaro, le 29 frimaire an ix (19 décembre 1800), à 11 heures 1/2 du soir.

Le Général Oudinot au Lieutenant Général Dupont Le général en chef me charge de vous prévenir, général, qu'il fait attaquer, demain 3o frimaire, par toutes les troupes aux ordres du général Suchet, le poste de la Volta (1).

Son intention est que vous fassiez en même temps de fortes démonstrations sur Goïto, et qu'en laissant votre quartier général à Gazzoldo, vous fassiez filer de suite l'artillerie et les bagages inutiles sur Montechiaro.

Pendant que vous opérerez sur ce point avec la division Watrin et votre réserve, le général Monnier sans rien hasarder de sérieux, tracassera l'ennemi et pourra mettre ensemble, s'il le

(1) Le nom de cet endroit est Volta, et non pas La Volta.

POZZOLO I '| i

juge convenable, les troupes de Marcaria avec les autres qu'il a sur la gauche du Pô, pour agir sur Castcllucchio.

Sa retraite (à prévoir) de Castcllucchio, se ferait sur Azola et Montechiaro. Je vous prie, général, de donner les ordres nécessaires pour l'exécution de ces mesures, et n'accuser, pour ma règle, la réception de cette lettre (i).

J'ai l'honneur de vous saluer.

Signé : Oudinot.

Avant de mettre ses dnisions en marche, le général Suchet écrivit au général Dupont pour lui dire cpie le poste de Volta, dont il était chargé de s'emparer, élant très bien fortifié, il le priait de faire observer tout ce qui pourrait sortir de Goïto.

Le général Dupont accomplit parfaitement la diversion dont il était chargé. La division Monnier emporta Castcllucchio, où elle s'établit, après avoir forcé l'ennemi à se replier jusqu'à Curtatane. La division Watrin, ayant en tête la 6e légère, culbuta les Autrichiens et les poursuivit jusque sous les murs de Goïto, malgé un feu très vif d'artillerie ; elle prit position en avant de Santa-Maria, à petite distance en dehors de la portée du canon de la place ; le général Dupont dirigeait les attaques de celte division.

Au centre, le général Suchet s'empara de Volta, sans éprouver de grande résistance. Il en informa le général Dupont par celte lettre :

Au Quartier Général à la Voila, le Ier nivôse, midi.

Suchet, Lieutenant Général du Gal en chef, Commandant le Centre, au Lieutenant Général Dupont Commandant la droite, J'ai attaqué hier la Volta, mon cher général ; l'ennemi qui y était retranché, a d'abord opposé quelque résistance, et nous a canonnés pendant quelque temps ; mais il n'a pas tardé à se retirer, dès qu'il a vu tournées les hauteurs de gauche, et notre infanterie charger dans la plaine. Nous sommes entrés ici, nous avons poursuivi jusque sur la route de Borghctlo, à très peu de distance du Mincio. Aujourd'huy mes reconnaissances vont jusqu'à cette rivière. Nous avons fait environ 120 prisonniers, et pris quelques équipages. Ma gauche appuyé au général Boudet ; le général Loison, à ma droite, observe la route de Goïto, il a ordre de se lier avec votre division de gauche (2).

Salut et attachement,

Signé : Suchet.

Dans ce mouvement général de l'armée, la gauche s'empara de Ponti et de Monzambano. — Tout se prépara pour le passage de vive force du Mincio.

Du lac de Garde jusqu'aux inondations qui entourent la place de Mantouc, le Mincio coule dans la direction générale du Nord au Sud, sur une distance d'environ huit lieues, en décrivant de grands circuits ; au delà de Mantouc, il court au Sud-Est, pendant quatre

(1) ArWiiVcs Dupont.

lieues, jusqu'au Pô. Son lit csl peu large, ne dépassant guère quarante mètres, mais il est profond et encaissé, et les deux rives se dominent alternativement; pendant l'hiver, le Mincio n'esl guéable nulle pari.

L'armée autrichienne occupait, sur la rive gauche, une position très forte, appuyée, d'un côté, à la place de Peschiera et au lac de Garde, sur lequel se trouvait une nombreuse flotlille, et, d'autre pari, à la grande forteresse de Mantoue. Les points de Salionze et de Valeggio dominent la rive droite; le général Bellegarde avait fait élever quatre redoutes sur les hauteurs de Salionze cl fait occuper fortement Valeggio, qui commande au loin toute la plaine; il avait de même fortifié, sur la rive droite, le village de Borghetto, qui servait comme de tèle de pont à Valeggio, et fait mettre en état l'enceinte de la petite ville de Goïlo. Le gros des forces autrichiennes était en face de Monzambano, protégé par de nombreuses redoutes et couvrant la route de Vérone; un fort détachement occupait le village de Pozzolo.

La ligne du Mincio, hérissée d'artillerie, était un obstacle difficile à franchir, son peu d'étendue permettant à l'armée qui le défendait, de se porter rapidement partout où l'adversaire voudrait en tenter le passage. Le Premier Consul s'en était préoccupé dès le début de la campagne. « Lorsque Berlhier et moi nous allâmes prendre congé de lui, au moment de quitter Paris pour nous rendre à l'armée de réserve, écrit le général Dupont, il prit une carte d'Italie et, parcourant le théâtre de sa première gloire, il fit quelques observations sur les circonstances probables de la campagne que nous allions commencer. Ses regards se portant alors sur le Mincio, il dit : « Quand vous serez là, vous aurez fort à faire ; je ne connais pas de manière de passer ce petit fleuve bien défendu. » — Ces mots s'étaient gravés dans mon esprit, et, le moment d'éprouver la force de cette ligne de défense étant arrivé, ils devaient me frapper davantage (i). »

Brune résolut d'effectuer le passage du Mincio sur deux points à la fois, à Monzambano et entre le moulin de Voila et le village de Pozzolo. C'était une faute, car entre ces deux attaques, distantes d'environ deux lieues, l'ennemi occupait les hauteurs de Valeggio et la tête de pont de Borghetto, ce qui rendait incertaine la jonction des troupes après les deux passages, sans compter que les Autrichiens pouvaient eux-mêmes déboucher par Borghetto et prendre à revers l'une de ces attaques. Il eût donc été préférable de passer sur un seul point, afin de conserver ses troupes réunies, et de se borner, d'autre part, à une simple démonstration, pour diviser l'attention de l'ennemi. Brune pensa différemment ; il voulut que son aile droite franchît le Mincio de vive force au moulin de Volta, pendant qu'il passerait lui-même la rivière à Monzambano, avec le reste de l'armée. Ce second passage rapprochait de Vérone, mais il avait l'inconvénient de trouver l'ennemi fortement établi sur la corde de l'arc décrit par la rivière, la droite appuyée aux redoutes de Salionze, et la gauche aux hauteurs de Valeggio, bien retranchées. Au moulin de Voila, une attaque rencontrait l'ennemi placé dans de moins bonnes conditions, et si elle réussissait, elle tournait et faisait tomber, par une marche rapide sur l'Adige, les défenses de Valeggio et de Salionze, dont la prise de vive force devait coûter de gros sacrifices.

(i) Mémoires inédits du yénérul Dupont.

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POZZOLO I /j 3

Par suite de la disposition des lieux, l'artillerie placée sur la rive droite, à Monzambano ou au moulin de Yolta, dominant: l'autre rive et la battant à une grande distance, l'opération même du passage d'une rivière d'aussi peu de largeur ne présentait pas de trop grandes difficultés, mais une fois le pont franchi, on débouchait, à Monzambano surtout, dans un rentrant exposé aux feux convergents de l'artillerie ennemie; au moulin de Yolta, la possession du village de Pozzolo devait favoriser singulièrement le passage de toute l'armée et ses mouvements ultérieurs.

Il fut donc résolu que le !\ nivôse (20 décembre), de grand matin, le double passage aurait lieu simultanément à Monzambano et au moulin de Volta, pendant que Suchcl, avec les troupes du centre, surveillerait Borghetto et empêcherait l'ennemi de déboucher de ce côté.

En prévision de cette opération, le général Dupont reçut, le 23 décembre, l'ordre de serrer ses divisions sur sa gauche, en appuyant vers le général Suchet, de façon à s'opposer à tout mouvement de l'ennemi par Goïto. — Le lendemain, il lui fut prescrit de marcher sur Volta avec ses deux divisions, en ne laissant qu'un poste de cavalerie en observation devant Goïto. Le général Suchet lui adressa la lettre suivante :

Au Quartier General de La Volta, le 3 nivôse an IX.

Slciiet, Lieutenant Général, Au Lieutenant Général Dupont.

J'apprends, mon cher général, que vous avez reçu ordre de vous rendre à La Voila, que vos divisions sont en mouvement, et que vous espérez coucher ici aujourd'hui. Je vous y recevrai volontiers et partagerai de bon cœur mon lit avec vous, mais sans avis ni ordre du général en chef je ne puis vous faire plus de place à La \olta. Je aous engage à faire placer la division Watrin à la suite de celle de Loison. J'aurai sans doute bientôt quelque avis.

Mon corps d'armée est tout entier ici ; j'ai six quartiers généraux, le village a été maltraité, jugez des facilités de placement (1).

Amitiés,

Signé : Suchet.

En même temps, le général en chef fit donner l'ordre à la division Boudet de se porter en arrière de Monzambano, que le général Delmas devait occuper avec l'avant-garde. Le général Dombrowski fut chargé d'occuper, avec tous les Polonais, les débouchés devant Peschiera, et le général Suchet eut ordre de se relier avec Moncey, le matin du 25, après avoir rejeté l'ennemi dans Borghetto.

Le 24 décembre, dans l'après-midi, le général Dupont communiqua ses instructions à ses deux divisions. Le général Watrin, qui était le plus rapproché, quitta, à six heures du soir, la position qu'il occupait sous Goïto, et arriva à dix heures du soir à Volta, où il bivouaqua à la droite du corps du général Suchet. Le lendemain, un peu avant le jour, il était rendu sur les bords duMincio, au point choisi pour le passage. — Le général Monnier reçut son ordre à cinq heures du soir ; ses postes étant très étendus, il ne put exécuter son mouvement sur Volta que le lendemain avant la pointe du jour, après avoir relevé l'infan-

(1) Archives Dupont.

I !\f\ i.i: i.i'.m'.h \i. i>i I'om

lerie qu'il avait laissée à JMarcaria. Sa marche fui très pénible, des pluies abondantes ayant détrempé les chemins, et, parti du camp de Santa Maria, il n'arriva au Mincio que vers midi, le 2.5 décembre.

Le général Dupont s'élail porté de Volta à Solarolo, pour activer la marche de la divi sion Monnier. A deux heures du malin, arriva à Volta un officier de l'état-major général lui portant l'ordre écrit d'exécuter le passage de vive force du Mincio et de jeter un pont à l'angle rentrant entre le moulin de Volta et le village de Pozzolo. Cet ordre était ainsi conçu :

An Quartier Général de Cavriana, le 3 nivôse an IX, à ii heures du soir.

Oudinot, Général de Division, Chef de l'Etat-Major Général, Au Lieutenant Général Dupont, Commandant l'Aile droite de l'Armée. D'après l'ordre du Général en chef, le Lieutenant Général Dupont qui doit avoir réuni en ce moment ses troupes à hauteur de La Volta, se portera demain à cinq heures du matin sur le Mincio. 11 se formera en bataille, plaçant sa gauche à vue de Borghetto où le Lieutenant Général Suchet aura rejeté l'ennemi suivant l'ordre qui lui en est transmis.

Avant la pointe du jour, le général Dupont exécutera de vive force le passage du Mincio en déployant et jetant son pont en avant de La Volta, à l'angle rendant de cette rivière.

Le passage exécuté, il prendra position et s'établira militairement cl avec précaution sur la rive gauche où il attendra de nouveaux ordres.

Il est prévenu qu'à la même heure un autre passage s'exécutera à Monzambano. Le Lieutenant Général Dupont donnera de ses nouvelles au Général en chef, qui sera à Monzambano dès cinq heures du matin.

Signé : Oudinot.

Si cependant il était matériellement reconnu que l'ennemi s'éloigne, le général Dupont jugera dans sa sagesse s'il ne doit le suivre, mais dans aucun cas il ne pourra s'engager sans garantie de toutes craintes majeures (i).

En l'absence de son chef, le général Watrin prit connaissance de l'ordre de mouvement, et fil immédiatement toutes les dispositions nécessaires. Il dirigea sa division sur le Mincio, et, à la pointe du jour, son artillerie fut mise en batterie pour proléger la conslruction du pont : le chef de brigade d'artillerie Bardenet mit rapidement à l'eau quelques barques qui transportèrent sur la rive gauche des tirailleurs des 28e et 4o° de ligne et de la 6e légère, pendant que la 221' de ligne s'avançait à deux milles sur la gauche pour observer Borghetto. Malgré le feu très vif que l'ennemi dirigea sur nos tirailleurs et sur les pontonniers, le pont fut jeté en moins de deux heures. Le général Watrin se hâta de faire passer toute la 6e légère avec le général Musnier, et il donna l'ordre à la 28e et à la !\oe de ligne, de la brigade Petitot, de se préparer à traverser la rivière immédiatement après la 6e légère.

Il était alors dix heures. Le général Dupont, revenant de la division Monnier, se trouvait sur la rive droite, surveillant les détails du passage, avec le général Watrin, et se félicitant de l'heureuse réussite de l'opération, lorsque se présente tout à coup le général

(1) Archives Dupont.

POZZOLO 1^5

Suchet, venant île Monzambano. 11 lui apporte, de la pari du général en chef, l'ordre de (aire replier ses troupes : l'équipage de pont destiné au passage de gauche étant arrivé beaucoup trop tard sur le terrain, le général Brune a décidé, malgré les inconvénients évidents d'une (elle détermination, que l'opération n'aura lieu que le lendemain, à l'aile droite comme à l'aile gauche. Le général Suchet ajoute que l'ordre écrit de surseoir au passade ne lardera pas à arriver au général Dupont. Ce con Ire ordre formel parvient, en effet, au commandant de l'aile droite ; il est ainsi conçu :

Au Quartier Général à Monzambano, le h nivôse an IX.

Oudinot, Général de Division. Chef de l'Ëtat-Major Général, Au Lieutenant Général Dupont.

Le Général en chef nie charge de vous prévenir, mon cher général, que l'attaque et le passage ordonnés pour aujourd'hui sont renvoyés à demain 5, à la même heure et conformément aux instructions que vous avez reçues.

Si \niis aviez jeté votre pont, vous voudrez bien le retirer, pour exécuter demain la même opération.

J'ai l'honneur de vous saluer.

Signé : Gtdinot.

Vous resterez en position, votre gauche vers Borghctto, el le gros de votre troupe à La Voila.

Je vous engage à donner avis de ces disposilions au général de brigade Quesnel, et à lui donner l'ordre de se placer de manière à ne pas se compromettre et à continuer cependant d'observer Goïto (i).

Le premier mouvement du général Dupont fut d'exécuter l'ordre du général en chef, mais, en homme de guerre supérieur, il jugea bien vite la situation. En somme, la barrière du Mincio était franchie; l'armée possédait maintenant un pont par lequel, rejoignant son aile droite, elle pouvait s'écouler tout entière et menacer les communications de l'ennemi vers l'Adige ; tandis qu'en renonçant aux avantages acquis, on se condamnait inutilement à une seconde tentative, plus chanceuse que la première, l'adversaire étant prévenu, sans compter la difficulté de ramener immédiatement en arrière les troupes déjà engagées à fond sur la rive gauche (2). Il fallait donc, à tout prix, conserver le pont qu'on venait de jeter ; mais le général Dupont se rendait parfaitement compte du danger qu'allaient courir ses deux divisions ; si elles restaient livrées à elles-mêmes, sans soutien, pour supporter le choc inévitable de toute l'armée autrichienne, elles ne pouvaient manquer d'être écrasées. Il fil part de ces considérations et de son projet de passer sur la rive gauche, au général Suchet, au général Watrin, aux officiers généraux et supérieurs qui l'entouraient :

(1) Archives Dupont. — La teneur de cet ordre montre clairement que Jomini et M. Thiers ont commis une erreur, en écrivant qu'au lieu de conlremander le second passage, Biune s'imagina que la tentative sur Pozzolo produirait une diversion plus efficace si elle avait lieu vingt-quatre heures a\aul la véritable attaque sur .Monzambano ; « ce calcul, dit Jomini, déviait de tous les principes de la guerre ».

(2) Dans son Rapport au général Brune, le général Suchet déclare « qu'il n'était plus permis de se retirer sans s'exposer à une perte considérable », cl il dit que le général Dupont était aussi désireux d'exécuter les ordres du général en chef que d'assurer le salut de son corps d'armée.

Le Génlual Dupont. 10

! /j6 LE GÉNÉRAL 1)1 l'ovr

ce lui un cri général d'assentiment et une explosion d'enthousiasme qui gagna le généra] Suchet lui-même. « Promettez-moi de m'appuyer, lui dit Dupont, et je tiendrai. » Le général Suchet, avec toute la nohlesse de cœur qui le caractérisait, lui promit son concours : « dans deux heures, dit il, je suis à vous. »

Les deux lieutenants généraux ne doutaient pas que le général Brune, mis au courant de la situation, n'approuvât leur détermination et n'accourût vers son aile droite avec toutes ses troupes. Avant de se séparer, ils lui envoyèrent l'adjudant commandant Ricard, pour lui faire part du succès du passage et lui dire que la division Watrin étant déjà engagée sur l'autre rive, le général Dupont lui demandait l'autorisation de continuer le mouvement si heureusement commencé, et de tenir, en l'attendant. Dans son Rapport officiel au général en chef, le général Dupont relate ainsi les diverses circonstances dont nous venons de parler :

« Le général de division Watrin poursuivait ce premier avantage, qui est entièrement dû à sa division, et continuait à faire filer ses troupes, lorsque j'ai reçu l'ordre de différer mon passage de 24 heures, attendu que celui qui devait s'opérer en même temps à Monzambano n'avait pu s'effectuer. Le succès de l'opération, qui était déjà assuré, et la difficulté de retirer d'une rive à l'autre les troupes, au milieu du combat qu'elles soutenaient depuis longtemps, m'ont fait penser que je devais poursuivre l'exécution de cette entreprise, au lieu de l'interrompre. J'ai considéré que les premiers succès de ma tentative ne vous étant pas connus lorsque votre second ordre a été donné, je devais prendre le parti que vous auriez pris vous-même étant sur le terrain, et votre approbation l'a justifié.

« Les troupes, qui avaient déjà été prévenues du contre-ordre, ont poussé des cris de joie lorsqu'elles ont appris ma détermination. Le lieutenant général Suchet, qui arrivait de Monzambano, a été frappé, comme moi, des avantages que la fortune offrait à l'armée et de la nécessité de conserver un pont déjà établi sur une rivière dont le passage de vive force est regardé comme l'opération la plus délicate de la guerre d'Italie. Il a senti en même temps que le secours de son corps d'armée m'était indispensable afin que l'aile droite sortit glorieusement de son entreprise. J'éprouve une douce satisfaction à reconnaître le service signalé qu'il a rendu à la République, dans cette occasion non moins importante qu'imprévue. »

Brune, qui, dans toute cette campagne, se montra d'une étonnante médiocrité, ne bougea pas de Monzambano, au risque de laisser écraser son aile droite et de s'exposer par suite à un désastre. A dix heures du matin, ignorant encore le véritable état des choses, il avait fait envoyer au général Dupont des instructions ainsi conçues :

Au Quartier Général à Monzambano, le 4 nivôse an IX, à io heures du matin.

Oudinot, Général de Division, Chel de l'État-Major Général, Au Lieutenant Général Dupont.

Le Général en chef me charge, mon cher général, de vous prévenir qu'il ne croit pas prudent que vous tentiez (même demain) le passage du Mincio. Il lui paraît préférable que vous vous borniez à des fortes démonstrations et à des grosses fausses attaques, sans jeter votre pont, du moins jusqu'à ce que vous ayez été instruit du résultat de notre opération. Il est bien essentiel que vous vous gardiez sérieusement à gauche en observant en force Borghetto.

pozzolo i [\ y

Prévenez, je vous prie, de voire position et de vos mouvements le général de brigade Quesnel, qui est en observation devant Goïto. avec deux régiments de cavalerie et deux pièces d'artillerie, et recommandez-lui de se placer militairement et en étal de faire face à toute sortie (i).

J'ai l'honneur de vous saluer,

Signé : Oudinot.

Ainsi, après avoir prescrit au général Dupont d'exécuter de vive force, avec l'aile droite, le passage du Mincio, et à l'heure où, selon toute apparence, cette opération doit être terminée, le général en chef, sans se préoccuper de ce qu'a fait son lieutenant, ni de savoir jusqu'à quel point il est engagé avec l'ennemi, lui fait dire de ne pas jeter son pont. Mais, à onze heures, arrive l'adjudant commandant Ricard qui expose la situation ; et Brune, ne comprenant pas qu'une fois son aile droite engagée, il faudra qu'elle soit secourue ou qu'elle succombe, se borne à écrire ce billet au général Dupont :

Monzambano, le t\ nivôse an IX.

Au Général Dupont, Citoyen Général, vous devez maintenir votre pont à moins de force majeure, auquel cas vous le retirerez, mais vous ne devez rien engager de sérieux.

Le général Suchel ne doit pas faire corps avec vous; il a une autre destination (2).

Je vous salue,

Signé : Brune.

En même temps, son chef d'état -major écrivait au général Dupont ce qui suit :

Au Quartier Général de Monzambano, le t\ nivôse an IX, à 11 heures du matin.

Au Lieutenant Général Dupont, Le Général en chef, sur l'annonce que lui apporte l'adjudant commandant Ricard de la réussite de votre passage, me charge de vous prévenir, mon cher général, que comptant sur vos sages dispositions et les moyens de précautions que vous ne manquerez pas de prendre pour vous préserver de tous incidents fâcheux, vous autorise à vous maintenir sur l'autre rive, sous la protection de votre canon, moyennant que si vous étiez violemment menacé, vous mettiez la plus grande promptitude à retirer votre pont et à protéger la retraite des troupes que vous auriez fait passer, par le gros que vous auriez laissé sur cette rive et l'artillerie nombreuse que vous avez en batterie (3).

Salut d'amitié,

Signé : Oudinot.

Lorsque ces instructions parvinrent au général Dupont, la division Gazan, du corps de Suchet,a\ait déjà, sous la pression de la plus absolue nécessité, traversé le Mincio, et elle était engagée dans une lutte terrible; on ne pouvait donc songer à ramener les troupes sur la rive droite. « Je jugeai urgent, dit le général Suchet dans son Rapport au général

(1) Archives Dupont.

(a) Archives Dupont.

(3) Archives Dupont.

1^8 i Ê GÉXÉR vi. ni i'ovr

Brune, do faire passer le Mincio au reste de la division (in/.an. Ce fut sur ces entrefaites que j'appris par l'adjudant commandant Ricard et par une lettre de votre chef d'élatmajor au général Dupont, que votre intention était de conserver pour l'aile droite une communication sur l'autre rive. Vous recommandiez au général Dupont de ne pas se compromettre, mais depuis longtemps il n'était plus en son pouvoir de maîtriser ses opérations ; les dangers avaient éclaté avec trop do force. Je vous expédiai de nouveau un de mes aides de camp. »

Cependant la 280 et la /|Oc de ligne avaient franchi la rivière, et la /|0", se portant lestement sur Pozzolo, s'en était rapidement emparé. Le général Watrin établit ses troupes le long d'une digue existant entre ce village et le moulin de Voila.

La division Monnier, retardée, comme nous l'avons dit, par une longue marche à travers un sol fangeux cl inondé par de longues pluies, n'arriva qu'à midi au ponl du Mincio, ayant dû laisser en arrière son artillerie. Ses soldais, fatigués mais pleins d'ardeur, traversèrent rapidement la rivière et se portèrent sur la droite 'de la ligne, à leur rang de bataille. Par ordre du général Dupont, les 2/je et 58'" de ligne remplacèrent à Pozzolo les troupes du général Watrin, ce qui permit à ce dernier de resserrer sa ligne sur la gauche, où l'on voyait se diriger les masses de l'ennemi.

Pendant la matinée, le combat s'était circonscrit dans un espace fort restreint, en avant du pont, de façon à le mieux protéger contre les efforts de l'ennemi. Bien abritées dans le village, derrière la digue, et protégées par les obstacles naturels du terrain, nos troupes, continuellement harcelées, avaient facilement repoussé toutes les attaques.

Vers une heure, on vit tout à coup paraître, du côté de Valeggio, l'armée autrichienne, marchant contre les divisions de notre aile droite avec l'intention évidente de les culbuter dans le Mincio. Averti du passage effectué à Pozzolo par un corps important, et voyant nos préparatifs interrompus à Monzambano, le général Bellegarde avait pris immédiatement ses dispositions pour jeter le gros de ses forces sur les troupes du général Dupont et les écraser. Il avait donc levé le camp de Marengo et de Villafranca, et à l'exception d'un corps d'observation laissé en face de Monzambano, mis ton le son armée en mouvement. Neuf ou dix kilomètres seulement le séparaient de l'aile droite française. Le général Zach, son chef d'état-major, qui s'était distingué à Marengo, conduisait l'attaque, sous ses ordres.

Bientôt, l'armée ennemie se montra dans la grande plaine qui s'étend entre Valeggio et Pozzolo, et que parcourt la route de Villafranca. Elle s'avançait sur plusieurs colonnes et comprenait quarante-cinq bataillons, douze régiments de cavalerie et une nombreuse artillerie, soit 45 000 hommes qui allaient se ruer sur les 8 5oo soldats de Dupont.

Nos troupes étaient ainsi disposées : à gauche, la division Watrin, appuyée au Mincio, à la hauteur du moulin de A olta, et protégée par la digue (la 220 de ligne avait été détachée sur la rive droite vers Borghello). A droite, la division Monnier, occupant fortement le village de Pozzolo; et, au centre, reliant les deux divisions, le ii° de hussards et le 4° de chasseurs à cheval, envoyé par le général Jablonowski. Le front total de la ligne française ne dépassait pas 1 5oo mètres, et, à moins de 200 mètres en arrière, coulait le Mincio, non guéable.

La division Watrin, formée sur deux lignes, reçut le premier choc; il fut très rude,

POZZOLO 1 4p

l'ennemi se croyant sur du succès, à cause de sa grande supériorité numérique ; niais les braves 6e légère, 28° et 4oe de ligne restèrent inébranlables. Au bout de deux heures d'une lutte acharnée, M. de Bellegarde, voyant que son infanterie et son artillerie étaient impuissantes à faire reculer d'une ligne les troupes du général Watrin, fit charger sur le flanc droit de celte division une partie de sa nombreuse cavalerie ; accueillie par un feu terrible, mitraillée par nos batteries de la rive droite, elle fut repoussée et s'enfuit en désordre. Deux escadrons du 1 ie de hussards s'élancèrent sur la cavalerie ennemie, et, donnant l'exemple du plus admirable dévouement, sabrèrent sans relâche au milieu des rangs autrichiens. Le chef d'escadron Marligues combattit avec une intrépidité sans égale, et il n'y eut pas d'officier de sa troupe qui ne fût blessé ou démonté; le maréchal des logis chef Pierron enleva un drapeau à l'ennemi, et il allait en conquérir un second lorsqu'une blessure le mit hors de combat; le maréchal des logis Moreau, également du ii° de hussards, à la tête d'un petit peloton, s'empara de deux pièces de canon et fit quatre cents prisonniers.

Pendant plusieurs heures, les Autrichiens s'acharnèrent contre la division Watrin, renouvelant constamment leurs attaques avec des troupes fraîches ; la plaine était au loin couverte de leurs blessés et de leurs morts. Sous ces chocs répétés et sous la pression de masses écrasantes, la première ligne de la division plia un instant ; ses bataillons reculèrent, sans désordre, et, passant par les intervalles voisins, allèrent se reformer derrière la seconde ligne, protégée par des retranchements naturels que formait le terrain. L'ennemi se trouvant démasqué, la seconde ligne l'accueillit par un feu si violent, qu'ébranlé déjà par des pertes énormes, il s'arrêta net et tourbillonna dans une confusion inexprimable. Les deux lignes françaises, saisissant ce moment avec beaucoup d'à-propos, s'élancèrent à la baïonnette, et renversant les bataillons autrichiens les uns sur les autres, les rejetèrent dans la plaine, pendant que le 11e de hussards et le 4e de chasseurs, réitérant leurs charges, sabraient les fuyards et faisaient de nombreux prisonniers.

Devant l'étonnante ténacité de la division Watrin, le général Bellegarde renonce à forcer notre gauche, et il se décide à porter ses principales forces sur le village de Pozzolo, de façon à rejeter la division Monnier sur la division Watrin et à arriver jusqu'au pont. \oyant les colonnes autrichiennes se former dans la plaine et s'avancer sur sa droite, le général Dupont quitte sa gauche victorieuse et court à Pozzolo, que l'artillerie ennemie couvre de boulets. Le village ne tarde pas à être le théâtre du plus furieux combat ; les maisons, les jardins sont disputés avec acharnement, perdus et repris plusieurs fois. Nos hussards et nos chasseurs, montrant un dévouement au-dessus de tout éloge, chargent sans relâche et sabrent l'infanterie ennemie partout où ils peuvent lancer leurs chevaux, pendant que, de leur position dominante, nos batteries de la rive droite criblent de projectiles les rangs pressés des assaillants. Il est maintenant trois heures; nos soldats, épuisés par une longue marche sur un sol détrempé cl par une lutte disproportionnée contre des forces cinq fois supérieures, sont obligés d'abandonner à l'ennemi une partie du village de Pozzolo.

La situation devient très critique; si les Autrichiens restent maîtres de Pozzolo, nos deux divisions vont être jetées dans le Mincio; il faut à tout prix reprendre le village ; et, fait inouï, le fracas de ce combat qui dure depuis le point du jour, les détonations répétées de l'artillerie qui font trembler le sol, ne troublent pas un instant la quiétude du

100 LE GÉHERAI, DUPONT

général Brune; les deux divisions de Dupont semblent abandonnées du général en chef et vouées à une ruine complète. « A la gravité de ma situation, écrit le général Dupont, se joignait mon étonnement de l'immobilité de l'armée. Je réitérais mes rapports au général en chef, et toujours vainement. Le danger de l'aile droite menaçait pourtant l'armée entière, et l'appelait pour la soutenir. Le général en chef comte de Bellegarde, agissant contre nous avec toutes ses forces, devait trouver les nôtres sur le même terrain. Ma résolution de tenir, en gardant le pont de la Volta, avait été fondée sur les principes de la guerre, et des considérations inexplicables les faisaient abandonner dans la plus violente crise. L'ennemi, profitant de sa supériorité, presse ses attaques, nous présente sans cesse des troupes fraîches, déborde nos ailes, et nous luttons au milieu des chances les plus redoutables. Tout à coup je vois le pont près d'être emporté; un corps ennemi allait l'atteindre et le désordre était irréparable; mais j'ai le temps de placer devant lui, pour le couvrir, quelques compagnies de braves, sous un chef intrépide, et tout se rallie. Les blessés eux-mêmes s'arrêtent pour combattre, et l'énormité du danger, ranimant tous les courages, nous en fait triompher (i). »

Cependant les troupes du lieutenant général Suchet commencent à arriver sur le terrain où elles sont attendues avec une si grande anxiété. Ce général, malgré tout son bon vouloir, avait été retardé par suite des mouvements exécutés le matin même par ses demibrigades, sur Monzambano et sur Borghetto. Voyant le péril de l'aile droite, il ordonne à la brigade Clausel, de la division Gazan, de traverser immédiatement la rivière, et ses batteries, prolongeant celles de Dupont sur la rive droite du Mincio, couvrent de mitraille les bataillons ennemis. Le combat recommence aussitôt avec rage; tout s'ébranle pour ce nouveau choc; le général Dupont, magnifique d'élan, entraîne les troupes sur Pozzolo, et le village, abordé avec une irrésistible furie, est repris aux Autrichiens, dont les cadavres emplissent les rues et les maisons. Notre gauche conserve sa position; la brigade Lesuire, complétant la division Gazan, passe sur la rive gauche, et la division Monnier, appuyée par la brave 72e, réoccupe fortement Pozzolo et enlève du canon à l'ennemi. Des drapeaux pris aux Autrichiens sont portés devant nos bataillons, et des acclamations prolongées retentissent sur toute la ligne.

Le jour baissait ; il était cinq heures et le sort de la bataille n'était pas encore décidé. Le général Bellegarde, malgré ses échecs successifs et ses pertes, conservait une supériorité numérique écrasante, et il n'oubliait pas qu'il commandait à ces braves soldats qui avaient vaincu à la Trebbia et à Novi et si intrépidement disputé la victoire à Montebello et à Marengo. Sentant tout le prix delà possession de Pozzolo, il voulut tenter un dernier et suprême effort pour en chasser les Français. Dans un élan désespéré, ses colonnes, renforcées de troupes fraîches, se ruèrent sur le village, et, après une lutte terrible, s'en emparèrent, rejetant les divisions françaises dans l'étroit espace qui régnait jusqu'au pont.

Le danger devenant extrême, le général Dupont fait appel aux corps restés sur la rive droite ; généraux, officiers et soldats brûlaient de prendre part à l'action et s'étonnaient de la

(1) Mémoires inédits du général Dupont.

coupable inertie du commandant en chef de l'armée. Le général Sachet fait passer sur la rive gauche la brigade Colli, de la division Loison, ne conservant ainsi qu'une seule brigade pour surveiller le débouché de Borghelto. Le général Davout arrive avec quelques régiments de cavalerie qu'il laisse sur le plateau en face de Pozzolo, et il se rend, de sa personne, sur le théâtre de Faction, avec quelques officiers cl une quarantaine de dragons de son escorte. L'artillerie légère attachée à la cavalerie se joint aux batteries de l'aile droite et du centre, el bientôt un feu terrible tonne des hauteurs de la rive droite et balaye la plaine où se pressent les colonnes autrichiennes. Deux bataillons placés par le général Suchet au moulin de"\olta, prennent de flanc les bataillons ennemis qui menacent la division Watrin et leur font subir de grandes pertes.

La nuit est venue, le moment est décisif. Le général Dupont parcourt les rangs et fait former les colonnes d'attaque ; il est plein de confiance et les troupes acclament le chef audacieux et intrépide qu'elles n'ont cessé de voir au plus fort du danger (i). Bientôt la charge bat sur toute la ligne; les soldats de Monnier, de Gazan et de Colli, rivalisant de courage, se précipitent à la bayonnette sur l'ennemi, et, après une mêlée furieuse, le culbutent et s'emparent de Pozzolo. Pendant que la 2.4° légère, de la division Monnier, lutte héroïquement dans ce village, le général Davout charge bravement, à la gauche, à la tête des dragons de son escorte (2). En même temps le général Watrin, quittant sa position, aborde résolument la ligne autrichienne et la rompt. L'ennemi fuit partout et précipite sa retraite ; Pozzolo est pour la troisième fois entre nos mains, et nous restons les maîtres du champ de bataille. « Je puis assurer avec vérité, écrit le général Watrin dans son rapport, que si, à ce moment, nous eussions eu plus de cavalerie sur ce point, la déroute de l'ennemi était telle, que nous lui enlevions une partie de son armée (3). »

L'obscurité empêchant de continuer la poursuite, les troupes victorieuses rentrèrent dans leurs positions. A peine la division Watrin était-elle revenue derrière la digue, qu'une colonne de douze bataillons de grenadiers hongrois, arrivant de Valeggio, se montra à la clarté de la lune, marchant avec intrépidité sur la ligne française ; son artillerie fit pleuvoir une grêle de boulets et d'obus sur nos retranchements. La lutte fut longue et sanglante ; la 66 légère et la 28e de ligne soutinrent le choc avec un sang-froid et une ténacité extraordinaires. Repoussés de ce côté, les grenadiers marchèrent à l'assaut de Pozzolo; à neuf heures, on se battait encore avec acharnement dans les maisons et dans les rues, au milieu

(1) Dans une lettre adressée au Premier Consul, le !\ prairial an IX, et où il prétend que le général Watrin n'a pas suffisamment rendu justice à la belle conduite de la -i8e demi-brigade, à la bataille de Pozzolo, le chef de brigade ^alhubert, parlant du général Dupont, reconnaît hautement « la conduite qu'il a tenue tout l'après-midi, au milieu des combattants, dans le danger le plus imminent, lorsque la cavalerie autrichienne perça la ligne, lorsque deux fois son infanterie essaya de nous culbuter dans le Mincio ».

(2) Cette charge, qui fait honneur à la bravoure du général Davout, fut un incident sans importance dans la bataille ; la flatterie seule en a exagéré les conséquences, et l'on ne s'explique pas comment l'aide de camp Lemarois a pu écrire, le 9 nivôse, au Premier Consul, que le général Davout avait, avec 60 dragons, « sauvé la lieutenance du général Dupont ». La victoire fut due uniquement à la merveilleuse intrépidité des troupes et aux talents du général Dupont, qui, ce jour-là, et suivant l'expression même du maréchal Mortier, se montra grand général.

(3) Cette cavalerie, nous l'avions, à quelques pas, sur la rive droite, mais elle ne passa pas le Mincio, le général Davout n'ayant pas cru pouvoir l'employer sans l'autorisation du général Brune. (Voir, plus loin, la lettre de l'adjudant commandant Lavalette.)

d'une obscurité profonde. Enfin, culbuté sur tous les points, l'ennemi battit définitivement en retraite.

La défaite des Autricbiens était complète ; ils laissaient sur le champ do bataille quatre mille bommes tués ou blessés, et trois mille prisonniers ; le général Kaim était grièvement blessé. Notre perte, pour les divisions de l'aile droite et du centre, s'élevait à environ quinze cents hommes tués ou blessés. « Lorsque le repos eut enfin reparu sur ce champ de bataille si agité pendant dix-huit heures, écrit le général Dupont, je crus devoir me rendre auprès du général en chef pour lui faire mon rapport de vive voix, lui faire connaître les avantages de la journée, et l'engager à en profiter. Le général Suchet, animé de la même pensée, s'était rendu avec moi chez le général Brune. Cette entrevue était délicate. Je me présentais, favorisé par la fortune de la manière la plus signalée1. Je pouvais, je devais peut-être, sans blesser de justes égards, faire sentir la faute inouïe d'un chef qui refuse pendant un jour entier de mettre à profit l'avantage obtenu par un de ses corps, et qui le laisse sans secours, exposé à une perte certaine qui devait retomber sur lui-même ; mais je me bornai à signaler la valeur de mon corps d'armée, à montrer l'influence nécessaire de celte journée où toute l'armée autrichienne a combattu ; à presser le général en chef de ne point chercher à s'ouvrir un autre passage sur le Mincio en sacrifiant inutilement des braves, et à faire passer toute l'armée sur le pont de la Volta pour profiter immédiatement de la victoire. L'évidence des avantages que j'exposais me semblait irrésistible. La raison militaire la plus impérieuse appuyait mes observations ; elles restèrent toutefois sans effet, et le passage projeté à Monzambano fut exécuté, bien que le Mincio eût déjà été franchi à la Volta. »

Les rapports écrits après la bataille par les généraux Dupont, Suchet, Monnier, Watrin, Garra-Saint-Cyr et Salva, commandant l'artillerie, donnent le détail des brillantes actions qui, suivant l'expression même du général Suchet, « ont immortalisé les braves divisions Watrin et Monnier », dans la glorieuse journée de Pozzolo. En s'efforçant, dans un but d'intérêt personnel, de les passer sous silence et de les taire à la postérité, le général Brune provoqua chez ses subordonnés des protestations fort vives, et porta la plus grave atteinte à sa réputation.

Au Quartier Général de Volta, le 5 nivôse an IX.

Dupont, Lieutenant Général Commandant l'aile droite. Au Général en chef Brune.

Le passage du Mincio, citoyen général, a donné lieu à la bataille de Pozzolo dont j'ai à vous rendre compte. D'après vos ordres on a jeté hier matin sur cette rivière un pont de bateaux entre le village de Pozzolo et le moulin de Voila. Le chef de brigade Bardenet a mis dans celte opération une activité bien précieuse pour l'année. Aussitôt que ce pont a été construit, le général de brigade Musnier s'est emparé de l'autre rive du Mincio et y a établi la G" légère et une partie de la 28e de ligne. Un corps ennemi d'environ douze cents bommes, qui est accouru pour s'y opposer, n'a pu parvenir à conserver la possession du rivage et il s'est replié dans le village de Pozzolo, disputant pied à pied le terrain qui se trouve en cet endroit très propre à une longue défensive.

Le général de division Watrin poursuivait ce premier avantage, qui est entièrement dû à sa division, et continuait à faire filer ses troupes, lorsque j'ai reçu l'ordre de différer mon passage

pozzolo 1 53

do 24 heures, attendu que celui qui devait s'opérer en même temps à Monzambano, n'avait pu s'effectuer. Le succès de l'opération, qui était déjà assuré, cl la difficulté de retirer d'une rive à l'autre les troupes, au milieu du combat qu'elles soutenaient depuis longtemps, m'ont fait penser que je devais poursuivre l'exécution de cette entreprise, au lieu de l'interrompre. J'ai considéré tjue les premiers succès de ma tentative ne vous étant pas connus lorsque votre second ordre a été donné, je devais prendre le parti que vous auriez pris vous-même étant sur le terrain, et votre approbation l'a justifié.

Les troupes, qui avaient déjà été prévenues du contre-ordre, ont poussé des cris de joie lorsqu'elles ont appris ma détermination. Le lieutenant général Sucbet, qui arrivait de Monzambano, a été frappé, comme moi. des avantages que la fortune offrait à l'armée et de la nécessité de conserver un pont déjà établi sur une rivière dont le passage de vive force est regardé comme l'opération la plus délicate de la guerre d'Italie. Il a senti en même temps que le secours de son corps d'année m'était indispensable afin qucl'aile droite sortit glorieusement de son entreprise. J'éprouve une douce satisfaction à reconnaître le service signalé qu'il a rendu à la République dans cette occasion non moins importante qu'imprévue ; la 28" de ligne avait acbevé de passer ; la 4o° faisant également partie de la division Watrin, passe lestement et marche sur le village de Pozzolo dont elle s'empare avec rapidité.

La 24e légère et la 58e formant la division Monnier, parties du camp de Santa Maria, arrivent au pont après une marche pénible et prennent leur rang de bataille.

L'ennemi averti du passage et des progrès de notre établissement, lève le camp de Marengo et de ^ illafranca, et toute l'armée autrichienne se trouve réunie devant nous à une heure. Elle était forte de quarante-cinq bataillons et de douze régiments de cavalerie, et commandée par le général en chef Bcllegarde en personne, avec le général Zacb, son chef d'état-major. Ses premières attaques se sont portées sur la gauche de notre position, occupée par la division Watrin : la violence du feu a été égale de part et d'autre, et il a duré deux heures dans le même état. L'ennemi, étonné de l'impuissance de ses meilleures troupes contre une seule de nos divisions, a dirigé alors sur elle par son flanc droit une charge impétueuse de cavalerie ; ce choc terrible a été lui-même sans effet. Deux escadrons du 11' de hussards, commandés par le chef d'escadron Marligue, ont fait des prodiges d'audace dans cette occasion. — L'artillerie placée sur la hauteur qui règne circulairement sur la rive droite de la rivière, soutenait la division Watrin par des feux qui portaient le ravage dans les rangs ennemis. L'effet meurtrier de ces batteries, joint à la fermeté inébranlable des 6e légère, 28e et 4oc de ligne, et l'habileté des manœuvres du général A\ atrin, a obligé M. de Bcllegarde à changer son plan de bataille. Il s'est en conséquence porté avec ses principales forces sur notre droite, à l'attaque de Pozzolo, occupé par la division Monnier. Ce général, qui se maintenait avec avantage dans cette position, a eu tout à coup à combattre une si grande supériorité de nombre que, malgré la bravoure renommée de la 24e légère et la vigueur de la 58°, il n'a pu conserver son établissement à Pozzolo sur lequel toute la colonne des grenadiers hongrois était, dirigée. Ce village était destiné à subir toutes les vicissitudes du sort des armes. Il a été perdu et repris trois fois.

Au moment où l'ennemi, fort de près de quarante mille hommes, redoublait d'efforts pour profiler de sa supériorité sur l'aile droite de l'armée qui n'avait alors que sept mille hommes présents au combat, le lieutenant général Sucbet m'a fait passer ses premiers renforts. Le général de division Gazan est entré en ligne avec les brigades des généraux Lesuire et Clausel. La 72e a marché sur Pozzolo pour appuyer la droite, et dans un instant celte redoutable demi-brigade a pénétré dans le village et a enlevé du canon à l'ennemi. La 8" légère et la 96°, placées au centre, ont à leur tour influé puissamment sur le combat et ramené plusieurs fois la fortune incertaine.

Cependant M. de Bcllegarde qui frémissait de voir l'honneur de son armée compromis par la résistance inattendue d'un corps aussi intérieur en nombre, renouvelle ses efforts et parvient encore à se saisir du village dont l'occupation devait décider du sort de la bataille. Mais une brigade de la division Loison franchit le pont et se précipite vers les points les plus en danger. Les 43e et 106e s'avancent au pas de charge et toute la ligne fait un mouvement qui achève de cul-

T r> rf l.n r;f vi'nw. DlTPOÎIT

buter l'ennemi. Le 11e régiment de hussards, attaché à l'aile droite, a, pendant cette glorieuse journée, fait de fréquentes cl audacieuses charges et pris des pièces de canon. Le 4e de chasseurs s'est aussi bien montré, ainsi cpie le 3e qui fait partie du corps du général Suchet. Le général de division Davout, commandant la cavalerie, est arrivé à cinq heures, amenant avec lui plusieurs régiments de celle arme, et il s'est porté avec l'adjudant commandant Lavallette et avec ZjO sapeurs du 6° régiment de dragons, sur le village dont le général Monnier, soutenu par les troupes du centre, s'emparait pour la troisième fois. La nuit ne met pas elle-même de terme à cette longue et sanglante lutte. Nous étions maîtres du champ de bataille, l'ennemi était en pleine retraite et la victoire était entièrement décidée en notre faveur, lorsqu'un corps de grenadiers de douze bataillons parti du camp de réserve de Valeggio, et qui n'avait pu arriver plus tôt, attaque la division Watrin. Il était alors six heures du soir. L'intrépide G" légère soutient avec la a8'' celte attaque (pic l'obscurité rendait plus terrible. On se battait à vingt pas de distance. Le brave chef de brigade Maçon s'est conduit avec la plus haute distinction. L'ennemi, repoussé sur la gauche, a tourné ses efforts contre le village et y a dirigé un feu d'artillerie très vif. Notre ligne élait trop avancée pour cpie le canon de nos batteries du Mincio pût répondre à celui de l'ennemi. Le feu cesse enfin à neuf heures et nos troupes ramassent encore quelques prisonniers. 11 est vraisemhlable que cette attaque n'a eu lieu que pour couvrir la retraite de M. de Bellegarde, et elle rend notre victoire plus brillante. Ce général a fait marcher toutes ses troupes, jusqu'à sa garde, pour s'opposer à mon passage.

Le général Watrin m'apprend que dans le mouvement qu'il a fait aujourd'huy pour remonter le Mincio par la rive gauche et opérer s'il était possible la jonction de l'aile droite avec l'armée, il a trouvé à deux milles du pont le champ de bataille encore couvert de blessés et d'armes abandonnés par les Autrichiens. Il a fait transporter les blessés aux ambulances françaises.

Nous avons fait environ deux mille prisonniers dont plusieurs officiers supérieurs, enlevé un drapeau et plusieurs pièces de canon avec leurs caissons. Le lieutenant général autrichien Kaim a été grièvement blessé. La perte des ennemis est en outre d'environ quatre mille hommes tués ou blessés. Nous avons eu huit ou neuf cents hommes tués ou blessés ; le général de brigade Calvin est au nombre de ces derniers. Les généraux Monnier, Saint-Cyr et Petitot ont eu leur cheval tué sous eux. Le chef de brigade Valhubert, commandant la 28'", officier très distingué, a été blessé, ainsi cpie le citoyen Lusignan, commandant la 58e, qui a eu deux chevaux tués sous lui. Le chef de bataillon Sarret a été tué ; sa perte est très sensible à la 6e légère. Le chef de bataillon Vivenot de la 28'' a été blessé. Le chef de brigade Legendre, commandant la ^oe, s'est trouvé, quoique malade, à la bataille ; il y a été très utile. Presque tous les officiers du 11e de hussards ont été blessés ou ont eu des chevaux tués sous eux, ainsi cjue plusieurs aides de camp et officiers d'état-major.

Les généraux de division Watrin et Monnier, les généraux de brigade Musnier, Petitot, Calvin et Gobert, chef de l'état-major de l'aile droite, ont rivalisé d'amour pour la gloire et ont déployé des talents précieux. Les adjudants commandants Sacqueleu et Girard se sont fait remarquer par leur bravoure et leur activité.

Les généraux de division Gazan et Loison, les généraux de brigade Lesuire, Colli et Clausel, employés dans le corps du centre, méritent les plus grands éloges.

L'artillerie du centre et l'artillerie légère attachée à la cavalerie ont parfaitement secondé l'artillerie de l'aile droite. Tous les corps de toutes les armes, fiers de se secourir mutuellement, se sont surpassés eux-mêmes dans cette circonstance décisive. Le général Salva, commandant l'artillerie de l'aile droite, m'a rendu un compte avantageux de tous les olliciers employés sous ses ordres.

■le dois citer le citoyen Pierron, maréchal des logis en chef au 11e régiment de hussards, qui a enlevé un drapeau et cjui a été blessé au moment d'en prendre un second. Le citoyen Godefroy, caporal de la 6e légère, est passé à la nage pour attacher la irt barque. Le maréchal des logis Moreau, le brigadier Lagrenade du 1 Ie de hussards, ont enlevé chacun une pièce de canon.

Il est peu de batailles dont le gain ait été disputé avec autant d'acharnement et une aussi

POZZOTO t5.")

grande inégalité de forces. Quatorze mille hommes ont triomphé de quarante mille, dans la position la plus délicate et n'ayant qu'un pont pour retraite. L'héroïque valeur des troupes de la République, ne s'est jamais manifestée avec plus d'éclat.

Signé : Dupont.

ARMÉE D'ITALIE

LIEUTENA.NCE DU CENTRE

Rapport du Lieutenant Général Suchet, au Général en clief Brune.

Je m'empresse, mon cher général, de vous rendre compte des opérations militaires auxquelles les divisions du centre ont pris part dans les journées des l\, 5 et G nivôse.

Dès les premiers jours de ce mois, tous les préparatifs nécessaires à un passage du Mincio, près Pozzolo, avaient été faits ; nos moyens, réunis à l'équipage de pont envoyé par le général Marmont, assuraient la célérité de l'exécution. Le 4. à deux heures du matin, vous ordonnâtes que l'aile droite fût chargée d'opérer le passage sur ce point, tandis que le Centre, appuyant à gauche et remontant le fleuve, viendrait se réunir à l'avant-gardc, à la division Boudet et à la Réserve à Monzambano, pour y effectuer un autre passage. En partant de la Volta, je laissais à la disposition du Lieutenant Général Dupont les commandants d'artillerie et du génie et les sapeurs de ma Lieutenance.

D'après vos dispositions, une division du Centre devait rejeter l'ennemi dans Borghetto cl venir ensuite, à la pointe du même jour, passer le Mincio à Monzambano. Je chargeai le Général de division Loison de cette attaque et lui laissai douze bouches à feu pour la soutenir.

Je me rendis à votre quartier général pour recevoir vos dernières instructions. Vous m'apprîtes que, décidé à suspendre le passage, il importait de prévenir l'attaque de Borghetto, d'arrêter celle de l'aile droite et de reprendre les anciennes positions.

J'envoyai de suite un de mes aides de camp au moulin de la Volta pour prévenir le général Dupont.

Le me portai près du général Loison qui déjà s'était engagé avec vigueur et qui, avec la brigade du général Compans, poussait l'ennemi dans ses retranchements, en même temps qu'il pénétrait avec quelques chasseurs de la i3c légère jusque dans les maison crénelées de Borghetto. Le feu se ralentit successivement ; dix pièces que le général Loison avait établies à demi-portée du village furent retirées et le feu cessa.

La i3e légère perdit près de soixante hommes. Le général Compans montra l'intelligence cl le courage d'un excellent officier.

Je continuai ma course sur l'aile droite et je joignis au moulin de Volta les généraux Dupont et Watrin auxquels je communiquai l'ordre que vous m'aviez chargé de leur transmettre. Déjà un de mes aides de camp était arrivé, mais trop tard pour prévenir une affaire fort engagée. Le pont avait été jeté" avec une telle célérité par les soins des commandants d'artillerie cl du génie. Bardenet et Rouziès, du Centre, et du Commandant du génie de la droite, Morio, qu'il n'était plus permis de se retirer sans s'exposer à une perte considérable. Le Lieutenant Général Dupont me fit part de sa position. Aussi désireux d'exécuter vos ordres que d'assurer le salut de son corps d'armée, il crut ne rien devoir décider avant de vous avoir fait connaître l'état des cbo<es. Il pensa qu'instruit de cet incident, il pourrait entrer dans vos intentions de conserver la facilité d'un passage aussi heureusement effectué.

C'est dans ce moment que, de concert avec lui, je dépêchai près de vous l'adjudant commandant Ricard vers 9 heures du matin, afin de vous informer de ce qui se passait à l'aile droite et de recevoir vos ordres.

L'ennemi réunissait ses forces, se formait dans la plaine en avant de Villafranca, et tandis que la division Watrin s'établissait en chassant tout ce qui l'insultait, la division Monnier passait le pont pour s'établir à sa tête.

1 56 LE GÉNÉRAL" niPONT

La division Gazan revenait alors de Monzambano ainsi qu'une réserve. La division Loison était encore devant Borghetto. Je n'hésitai pas, sachant que vos ordres étaienl de faire reprendre les anciennes positions, de faire avancer toute l'artillerie du centre sur le plateau de la rive droite. Par celte disposition j'étais en mesure de protéger l'établissement du corps du général Dupont et même autant que possible sa retraite si votre réponse était négative.

Cependant les colonnes autrichiennes venaient attaquer avec impétuosité. Le Lieutenant Général Dupont vous donnera les détails des brillantes actions qui ont immortalisé les braves divisions Walrin et Monnier. Je dois vous retracer les motifs qui m'ont déterminé à prendre part à celle bataille, et vous fournir l'occasion de faire connaître an Premier Consul les traits de bravoure qui ont honoré les troupes du Centre dans celle mémorable journée.

Les engagements étaienl successifs et les forces de l'ennemi grossissaient sans cesse. M. de Bellegarde et le Quartier Mtre Gal Zacli marchaient en personne. L'armée autrichienne se déployait et offrait un tel développement qu'il n'était plus permis de douter que l'ennemi jugeait le passage de l'armée déterminé sur ce point et voulait l'empêcher à tout prix.

Le moment était critique. La droite se trouvait extrêmement pi'csséc. Je donnai ordre à la division Gazan de se présenter en bataille sur l'escarpement de la rive droite dans le but d'encourager les nulles et d'inquiéter l'ennemi, mais les ell'orls de l'aile droite devenaient insuffisants. Il était une heure après midi. Je lis passer la brigade Clausel pour former une réserve au général Dupont ; à peine était-elle établie à quelques toises en avant du pont, que ce général fut obligé de la porter sur la ligne pour résister au choc terrible de l'ennemi.

Ce l'ut alors epic M. de Bcllcgarde, par une charge impétueuse, força de nouveau nos troupes avec une telle précipitation, que la situation de l'aile droite et de la brigade Clausel parut entièrement désespérée. Le feu ordonné à l'infanterie placée sur la rive droite du Mincio et à vingt bouches à feu qui vomissaient la mitraille, arrêta l'ennemi, couvrit la terre de ses morls et donna le temps aux généraux de rallier leurs troupes et de les enlever encore une fois à une charge si brillante qu'en peu d'instants l'ennemi perdit le terrain qu'il venait de gagner. Les généraux placés sur la rive droite pointaient eux-mêmes les pièces, encourageaient les canonniers. Les deux rives furent alors en quelque sorte dans la mêlée. ; nous précipitâmes en avant du plateau tous les grenadiers, toutes nos réserves pour soutenir le feu de l'artillerie par une fusillade des plus vives. Davout, Loison et moi saisîmes cet instant pour les animer davantage et les éleclriscr. Les commandants d'artillerie Bardenet, Vaudré et Berlhier donnaient partout l'exemple de l'ardeur et de l'activité.

Dans le moment de la charge, toutes nos trovipes avaient été entraînées de manière cju'il ne restait plus aucune réserve pour couvrir le pont. Je jugeai urgent de faire passer le Mincio au reste de la division Gazan. Ce fui sur ces entrefaites que j'appris, par l'adjudant commandant Ricard et par une lettre de voire chef d'état-major au général Dupont, que votre intention était de conserver pour l'aile droite une communicatioon sur l'autre rive. Vous recommandiez au général Dupont de ne pas se compromettre, mais depuis longtemps il n'était plus en son pouvoir de maîtriser ses opérations ; les dangers avaient éclaté avec trop de force.

Je vous expédiai de nouveau un de mes aides de camp.

A peine le général Gazan avait réuni sa division sur la rive gauche, cpie celles des généraux Watrin et Monnier, déjà épuisées de fatigue, essuvèrent une nouvelle attaque sur le village de Pozzolo dont elles s'étaient emparées le matin, et furent obligées de l'évacuer. Un bataillon de la 8e légère, aux ordres du chef Margeril, de concert avec celui de la 24e légère (division Monnier) se porta rapidement pour le reprendre. L'ennemi ne put résister à la bravouve de nos soldats et nous en restâmes maîtres. Une demi-heure après, les Autrichiens, avec une réserve de six bataillons, s'avancèrent sur deux colonnes pour tenter une nouvelle attaque, l'une dirigée sur la gauche et l'autre sur le village dont ils s'emparèrent après une résistance opiniâtre. Ces troupes se repliaient, lorsque le général Gazan se détermina à faire une charge vigoureuse. Il ordonna au général Lesuire de réattaquer le village avec la 72e et un bataillon de la 97% tandis qu'un autre de la 96e s'y portait sur la gauche. Ces mouvements, qui furent dirigés sur trois

POZZOLO 1.)-

colonnes, s'opérèrent avec tanl d'ensemble qu'ils curent le plus heureux résultat. Sur la droite, le G*' Lesuire et le chef de brigade Ficatier, à la tête de la brave 73e, reprirent le village, cl les

Autrichiens en déroute laissèrent au pouvoir du chef de bataillon Saunier deux pièces de canon et celles que les divisions de droite avaient été obligées d'abandonner par la perte de leurs chevaux.

Le capitaine Mathieu, de la 8e légère, s'est enfermé, avec 3o chasseurs, dans une maison du village de Pozzolo. Il s'y est maintenu intrépidement jusqu'à l'instant où nous avons repris le village. Les chefs de bataillon Jannin et Berthezène, de la 72e , ont été blessés : le premier a eu un cheval tué sous lui. Le chef Ficatier n'est point encore confirmé ; sa bravoure lui a mérité la justice de l'être. Lu brigadier du 3e régiment de chasseurs, en chargeant à côté du brave maréchal des logis du iip Rég' d'hussards (Division Watrin), qui a enlevé un drapeau à l'ennemi, a l'ail 00 prisonniers. Le général Gazan m'a prié de vous demander de l'avancement pour lui : « Récompenser, dit-il, une action d'éclat, c'est en créer de nouvelles. » Sur la gauche, le bataillon de la ofi'', à la tète duquel marchait le capitaine Tripont, aide de camp du général Gazan, poussa l'ennemi jusque dans la plaine et ramena 3oo prisonniers, parmi lesquels un major. Cel officier s'est particulièrement distingué et mérite un sabre d'honneur.

Le général Loison, arrivé de Borghetto, avait remplacé le général Gazan sur la rive droite. Des son arrivée, ce général, pour renforcer un bataillon de la 09e, que j'avais placé dans un petit bois sur la rive droite, v avait établi un bataillon de la 43e. Il fit un si grand effet qu'il concourut puissamment à arrêter l'ennemi ; en moins d'une heure ce bataillon éprouva une perte de plus de 80 hommes.

Les chocs se multipliaient avec tant de vivacité que je chargeai le général Loison d'envoyer la brigade Colli au delà du Mincio. Il s'agissait de reprendre encore une fois le village que nous venions de perdre. En débouchant du pont, le général Colli forma la 43e en colonne d'attaque, fit marcher le 2e Bat0", sous les ordres du Chef de Baton Sémélé pour prendre le village par la droite, tandis qu'il marchait de front avec le 3e Bat"", soutenu par un autre de la ioGL\ La charge fut battue, l'ennemi encore une fois chassé cl poursuivi jusqu'au pied de la hauteur. L'artillerie légère de la cavalerie, placée sur le plateau à droite, favorisa cette attaque par un l'eu aussi vif que bien dirigé.

Le général de cavalerie Davout, présent à la bataille et convaincu de la nécessité de renforcer notre cavalerie sur la rive gauche, avait fait passer le pont à des dragons. Il a dû vous faire connaître par son rapport l'heureux résultat de la charge qu'ils firent très à propos et qui concourut à rall'crmir le moral de nos troupes.

Pozzolo, si souvent pris et repris, fut de nouveau attaqué à 8 heures du soir, mais défendu avec intrépidité par la 43'', réunie à la division Monnier, les entreprises de l'ennemi devinrent infructueuses.

Le général Loison me rend compte que le Gal Colli, toujours jaloux de témoigner sa reconnaissance au gouvernement français, s'est conduit avec la plus grande distinction et la plus calme bravoure. Le chef de brigade Sémclé a justifié la confiance que vous lui avez accordée. Le Chef de Bat0" Dupelin de la 106e s'est battu comme à son ordinaire. Le Chef de Bat011 Aratois, de la 43e, pour lequel le Gul Loison demande un sabre d'honneur, et l'adjudant major Garnier, méritent d'être distingués. Ils ont marché le drapeau à la main à la tête des bataillons. Le lieutenant Brossicr a fait des prodiges de valeur et mérite de l'avancement. Les chefs de Bat0" Boycr de la 43e, Magnard de la 106e, le brave Brossier ont été mis hors de combat. Les carabiniers piémontais se sont bien conduits. L'aide de camp du Gal Colli, le citoyen Caquereau, a eu un cheval tué sous lui.

Les trois brigades du Centre passées sur la rive gauche ont l'ail 8 à 9 cents prisonniers et ont laissé le champ de bataille jonché de morts. Cinq porte-drapeau de la 72e ont été tués. Notre perte s'élève à plus de six cents hommes ; 12 officiers dans la 43" et 20 dans la 72e ont été tués ou blessés.

Les 8 légère, 72°, 96'', 99e, 43e, 10G1', cl le 3e régiment de chasseurs ont rivalisé de gloire et

l58 LE GÉRER \l. 1)1 PORT

à leur tète Clausel, Lesuire cl Colli. Le Général Gazan a parfaitement bien conduit sa division. Les officiers d'état-major ont servi avec distinction.

L'aile droite et le centre sont restés maîtres du champ de bataille et du village tant disputé.

La perle de l'ennemi s'élève à plus de 4 ooo hommes. Le G"1 kaim et plusieurs olliciers supérieurs ont clé blessés.

Tel est, mon cher général, le récit des événements qui ont donné à la bataille de Pozzolo un caractère si important. Je vous observe que M. de Bellegarde avait porlé toute son armée sur ce point, que l'extrême ténacité tic ses attaques a nécessité de ma part un grand ménagement dans l'emploi de mes forces. Aussi ai-je constamment conservé en réserve près de moi, le G*1 Loison, la brigade Compans, deux bataillons de grenadiers commandés par le G"1 Bron, et laissé deux bataillons de chasseurs en observation devant Goïto sons les ordres du (jal Quesncl.

Le corps d'armée du Centre, digne soutien et digne émule de l'aile droite, reçut ordre de se porter à Monzambano, où vos nouvelles dispositions réunissaient l'armée à l'exception des troupes du Lieutenant Général Dupont. Le 5, à 2 heures du matin, il a repassé le Mincio, pour exécuter votre ordre; mon artillerie resta en position sur le plateau du moulin de la Volta. Je dirigeai sur Monzambano les divisions Loison et Gazan, laissant en observation devant Borghetto la brigade Lesuire.

A deux heures après midi, en suite de votre ordre de bataille, j'ai passé le Mincio et me suis établi en observation en face des redoutes de Salionzc. La ire brigade de la division Loison a été détachée suivant vos ordres pour soutenir l'avant-garde.

Vous m'avez ordonné de faire attaquer Borghetto en même temps que Valeggio le serait ; cette disposition a été ponctuellement exécutée.

Au premier coup de canon tiré sur Valeggio, le général Lesuire, à la tète de la vaillante 72e, attaque la redoute palissadéc de Borghetto, son impétuosité ne peut vaincre les obstacles de l'art, ces braves se font tuer au pied des palissades et dans les retranchements. Bientôt ralliée, cette troupe qui connut toujours le chemin de la victoire, gravit de nouveau la redoute, mais alors le commandant autrichien demande à capituler. Le résultat a été de 1 087 prisonniers, dont 29 olliciers, 5 pièces de canon, 2 obusiers et les caissons, 900 fusils et 80 chevaux.

Le Gal Lesuire a la modestie de ne parler avantageusement que des troupes qui ont combattu sous lui, mais il est positif qu'il a déployé beaucoup de valeur à leur tète. Son aide de camp Cour tin mérite d'être particulièrement cité. 11 a de grands droits à être confirmé dans son grade de capitaine ; il est lieutenant depuis sept ans. Le capitaine Martincau qui a commandé la 72e dans cette action et qui a eu un cheval tué sous lui à la bataille de Pozzolo, a montré tant de bravoure que tous les officiers se sont réunis pour demander en sa faveur le grade de chef de bataillon, vacant à son corps. Je me joins au général Gazan pour vous demander sa nomination sur le champ de bataille à dater du 4 nivôse.

Je désire, mon cher général, que vous fassiez accorder des fusils d'honneur à la 72e, pour être distribués aux braves qui se sont signalés par leur vaillance. J'en demande 8 pour la 43e, 6 pour la io6u, 4 pour la 8° légère. Je désire aussi faire obtenir des baguettes d'honneur à un jeune tambour de la 72e, qui, blessé à la main, exprimait sa douleur en s'écriant : « A'e suis-je pas bien malheureux d'être blessé avant d'avoir pu battre la charge! »

Le 6, les éclaireurs de la brigade Clausel, en poussant des reconnaissances sur Salionze, sont entrés dans la dernière redoute au moment où les Autrichiens l'abandonnaient. Ils se sont emparés de 5 pièces de canon ainsi que de 23 hommes de la queue de leur colonne.

Ainsi la division Loison a fait 4oo prisonniers, tué ou blessé a l'ennemi plus de 600 hommes et a pris 3 pièces de canon. La division Gazan a fait à Pozzolo et à Borghetto 1 6<j4 prisonniers, tué ou blessé près de 1 800 hommes et pris 12 pièces de canon. Le Centre a, dans ces deux journées, passé deux fois le Mincio, sur deux points différents.

Aujourd'hui, conformément à vos ordres, je forme provisoirement la gauche de larmée, appuyant ma droite à l'avant-garde et ma gauche à Salionze, en avant des redoutes.

Le Gal Quesnel, que vous m'aviez ordonné de laisser en observation devant Goïto, m'apprend

POZZOI.O 10 g

que l'ennemi a évacué la place en laissant en très bon état un ouvrage qui la défendait. Ce

général y est entré, a lait de suite réparer le pont de pierre et poussé ses postes jusqu'à Marniirolo (i).

Signé : Suciiet.

Au Quartier Général de Salionze, le 7 nivôse an ix.

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