‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 30 sur 97 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Au Quartier Général de Pozzolo, le t\ nivôse an IX (20 décembre 1800).

Monnier, Général de Division, commandant la ir'' Division de l'aile droite, Au Lieutenant Général Dupont, commandant l'aile droite. Ma division a passé le Mincio, citoyen général, vers une heure après midi. Elle s'est portée an village de Pozzolo. L'ennemi, qui avait été instruit que le Mincio était passé, dirigeait successivement toutes ses forces sur ce village et sur la gauche. Le village a été attaque avec beaucoup d'acharnement par l'ennemi. Trois fois les forces majeures qu'il a développées ont forcé nos troupes à se replier et trois fois ce village a été repris avec impétuosité. Les troupes ont combattu a\ec le plus grand courage. Elles ont bravé la cavalerie ennemie, culbuté ses plus beaux bataillons, et ont conservé le champ de bataille, après avoir fait supporter à l'ennemi une perte énorme en tués et blessés, lui avoir l'ail mille prisonniers, pris trois pièces de canon et un drapeau, enlevé par un hussard du 11e. Elles ont rivalisé de gloire. La 24e légère, son chef le ciloven Ferrey, la 58", les troupes de la division Gazan, conduites par le général Lcsuire, se sont parfaitement distinguées. Les 1" et 2e escadrons du 11e hussards ont chargé avec audace et culbuté la cavalerie ennemie, infiniment supérieure en nombre. Le général Calvin a été grièvement blessé en conduisant les troupes à la charge. Le général Saint-Cyr a eu son cheval tué sous lui. J'ai été également démonté. L'adjudant commandant Girard a fait plusieurs charges vigoureuses sur la gauche, avec un bataillon de la 24". Mon aide de camp Demolsy, chef d'escadron, s'est distingué et est arrivé un des premiers sur une pièce de canon ennemie. J'ai eu plusieurs officiers blessés. La majeure partie des officiers de mon état-major ont été démontés. Je ne connais point encore ma perte. Celle de l'ennemi -'élève sans exagération de 5 à 6000 hommes. Le champ de bataille était couvert de morts. Le général Bellegarde commandait en personne. Je vous prie de faire connaître au général en chef les braves que ce jour a signalés. Le chef de bataillon Lusignan, de la 58", et Maucune, de la 24". ont été blessés (2).

Salut fraternel.

Le Général de Division,

Signé : Monnier.

Au Quartier de La Volta, le 5 nivôse an IX Républicain.

Watrin, Général de Division,

Au Général en chef Brune, Conseiller d'Etat.

Mon Général,

D'après les ordres qui m'ont été donnés par le général Dupont, j'ai quitté, le 3 à six heures du soir, la position que j'occupais sous Goito, et suis arrivé à dix heures du soir à La \ olta où j'ai bivouaqué ma division à la droite du corps du général Suchet.

Le 4. à deux heures et demie, du matin, un officier de votre état-major est venu m'apporter une lettre du général Oudinot, à l'adresse du général Dupont resté à Solarolo pour suivre le mouvement de la division Monnier. Présumant que c'était un ordre de marche ou d'attaque, je l'ai décachetée, et voyant que votre ordre portait de faire de vive force le passage du Mincio, et

Ci) Archives Dupont.

(a) Archives Dupont.

I fio LE GÉNÉR \l, Dl l'(i\ i

de jeter un pont sur cette rivière à l'angle rentrant cuire 1rs moulins de La Aolla et le village de Pozzolo, j'ai sur-le-champ envoyé votre lettre au général Dupont et j'ai mis de suite ma division en mouvement pour exécuter \os instructions.

Nous sommes arrivés à la petite pointe du jour sur le beau plateau vis-à-vis Pozzolo, sur les bords mêmes du Mincio, et j'ai placé en batterie mes huit pièces d'artillerie, afin de proléger la construction du pont. Le général d'artillerie Bardenet, sous la protection de noire canon et de notre mousqueterie, jeta à la rivière quelques-unes des barques destinées au pont. Le général de brigade Musnier y fil embarquer les tirailleurs de la 6e légère, et des 28e cl 4oe de ligne. Conduits par l'excellent chef de brigade Maçon, ils débusquèrent promptement les postes ennemis sur la rive gauche du Mincio, firent quelques prisonniers et prirent position le long de la digue cl derrière quelques retranchements formés par la nature, afin de pouvoir protéger les pontonniers. Malgré les obus et les boulets que l'ennemi faisait pleuvoir sur nos tirailleurs et nos pontonniers, le général Bardenet parvinl à construire son pont en moins de deux heures. J'y lis de suite passer toute la 6e légère avec le général Musnier, tandis que la 22" de ligne observait à deux milles sur noire gauche Borghetto, et que les 28e et ko" de ligne, aux ordres du général Pctilot, étaient rangées en bataille en arrière de nos batteries, prèles à passer le Mincio immédiatement après la 6e légère.

11 était dix heures lorsque nous reçûmes votre ordre de suspendre notre passage jusqu'au lendemain matin. Comme nous voyions que vous n'aviez donné cet. ordre que dans la crainte que nous n'eussions éprouvé trop de difficulté dans la construction de notre pont, nous nous sommes décidés, les généraux Dupont, Sucbet et moi, à ne pas le lever sans avoir de nouveaux ordres de votre part. Les troupes d'ailleurs demandaient à grands cris de ne pas repasser la rivière. Voyant que l'ennemi se renforçait, j'ai de suite passé le Mincio avec toute ma division et deux pièces d'artillerie légère. La 4o'', soutenue par le feu de notre artillerie, est parvenue à s'emparer du village de Pozzolo, et j'ai placé mes troupes le long de la digue depuis Pozzolo jusqu'aux moulins de la Voila. Dans cette posilion, je me tenais sur la défensive, et formais une tête de pont difficile à entamer. L'ennemi nous harcelait sans cesse, et je voyais arriver ses renforts, lorsque la division Monnier nous rejoignit vers midi.

Sur les deux beures, nous découvrîmes dans la plaine toute l'armée ennemie venant du côte de Yalcggio, cl faisant ses dispositions pour nous attaquer. Je cédai au général Monnier le village de Pozzolo, d'après les ordres du général Dupont, afin de resserrer davantage ma ligne sur la gauche où nous voyions se diriger tous les efforts de l'ennemi. Pendant que j'opérais ce mouvement, les Autrichiens, soutenus par leur nombreuse artillerie, tombèrent avec fureur sur les 6e légère, 28e cl 4o' de ligne. Rien ne peut exprimer la bravoure et le sang-froid avec lesquels ces demi-brigades ont soutenu seules ce choc terrible pendant près de deux heures. Voyant que son infanterie et son artillerie ne pouvaient ébranler nos troupes ni leur faire abandonner leurs retranchements naturels, le général en chef Bellegarde détacha de son centre une nombreuse cavalerie qui vint charger ma division par son flanc droit. Je n'avais à leur opposer que deux escadrons du 1 1" de hussards qui, conduits par le chef d'escadron Maiiigues, se sont sacrifiés pour soutenir, à l'aide de notre infanterie et de notre artillerie, une charge aussi vigoureuse qu'elle était nombreuse. Il n'y a pas un officier de cet intrépide régiment qui n'ait été atteint de quelques coups de feu, lui ou son cheval. L'ennemi, voyant qu'il ne pouvait point nous entamer, porta ses forces sur la droite de la ligne où il essaya en vain plusieurs charges d'infanterie et de cavalerie.

Sur les trois heures, arriva enfin la division Gazan et tout le corps du général Sucbet, qui nous secondèrent beaucoup et prirent une part bien active au combat. Le général Bellegarde, dont les forces arrivaient successivement, tenta un dernier effort sur ma division et sur toute la ligne. 11 lut reçu par nos troupes avec la même intrépidité, \oulant enfin en finir, j'ordonnai aux braves (3°, 28e et 4o° de sauter de leurs retranchements et de charger elles-mêmes l'ennemi avec vigueur. Le généralDupontfitexécuter la mcinecharge sur toute la ligne, el toujours vivement soutenus par notre artillerie aux ordres du chef d'escadron Sezille, par le 11e de hussards et une

pozzor.o 161

partie du 4e de chasseurs à cheval, nous mîmes l'ennemi dans une déroule complète. La divi-

sion lui fit environ mille prisonniers, lui arracha un drapeau et cinq pièces d'artillerie avec leurs caissons. Je puis assurer avec vérité, epic si, à ce moment nous eussions eu plus de cavalerie sur ce point, la déroute de l'ennemi était telle que nous lui enlevions une partie, de son armée. Le champ de bataille était jonché de cadavres et d'une infinité de blessés qu'il nous a abandonnés dans sa fuite.

J'étais avec mes troupes a plus de trois milles dans la plaine, à la poursuite de l'ennemi, lorsque, vovant que la droite n'était point aussi heureuse, et qu'elle commençait même à perdre du terrain, je pris le parti de revenir en très bon ordre me mettre sous la protection de nos batteries, afin de ne pas être tourné moi-même. Pendant ce temps, notre droite, qui a>ait reçu des renforts, revint du moment de désordre qu'elle éprouva, attaqua l'ennemi avec vigueur, et reprit le village de Pozzolo qu'elle axait perdu.

La nuit commençait à paraître, lorsque je fis rentrer mes troupes derrière les retranchements naturels des moulins de la Voila, afin d'éviter toute surprise pendant la nuit. Elles étaient à peine entrées dans celle ligne où j'avais défendu d'allumer des feux, que l'ennemi furieux revint à la charge, au milieu de la plus grande obscurité, avec sa réserve de grenadiers qui venait de lui arriver. Au moment où l'on s'y attendait le moins, une grêle de boulets, d'obus et de balles fut dirigée sur nous, et l'on apercevait au clair de la lune des masses de grenadiers qui marchaient avec intrépidité sur nos retranchements, dont ils n'étaient pas éloignés de vingt-cinq pas. Les troupes sentirent, dans une occasion aussi difficile, qu'il fallait ou vaincre, ou être toutes culbutées dans la rivière. Les généraux Musnier et Petitot, l'adjudant commandant Sacqucleu, les intrépides chefs de brigade Maçon, Valhubert et Legendre, les braves chefs de bataillon Taupin, Michel, Boys et Guvardet, font exécuter des feux de bataillon tellement nourris et si bien dirigés qu'ils tuèrent ou blessèrent une quantité immense de grenadiers hongrois, qui furent obligés de se retirer en désordre. L'obscurité était si grande, qu'il n'était pas prudent de les poursuivre. C'est par ce dernier effort que les troupes de ma division couronnèrent le succès qu'elles avaient obtenu pendant toute la journée sur un ennemi dix fois supérieur en nombre, commandé par M. de Bellegarde en personne.

Les 6e légère, 28e et l\o'' de ligne ont soutenu leur réputation bien connue de bravoure et de sang-froid. Ollicicrs et soldais, tous se sont couverts de gloire. J'attends les rapports des corps pour vous faire connaître, mon général, les militaires qui méritent de l'avancement et des récompenses nationales. Le général Pclitot a eu son cheval tué sous lui ; l'adjudant commandant Sacqueleu, chef de l'état-major, mérite les plus grands éloges ; le général de brigade Musnier m'a parfaitement secondé; il mérite de l'avancement, ainsi que les excellents chefs de brigade Maçon, de la 6e légère, et Valhubert de la 28e de ligne, qui a été légèrement blessé. Le trop brave chef de bataillon Sarret a été tué ; la division l'ait une grande perte en lui. Le chef de bataillon Vivenot a été blessé. Mes aides de camp Chamorin et Laborde ont été blessés de balles et de coups de sabre: je vous demande pour eux le grade de chef d'escadron. Je vous demande aussi le grade de chef de bataillon pour le capitaine du génie Bernard qui a rendu les plus grands services et comme officier du génie et comme officier d'état-major. Je vous prie aussi d'accorder le grade de lieutenant au citoyen Populus, sous-lieutenant au 11e de hussards et blessé d'une balle à la main. C'est un officier du premier mérite. Je vous demande, mon général, le grade de sous-lieutenant pour le citoyen Nicod, maréchal des logis au 16'' de dragons, qui a eu son chc\al hors de combat en ralliant les troupes dans le moment où, trop pressées par la cavalerie, elles éprouvaient un peu de désordre. Je vous prie aussi, mon général, de l'aire accorder deux sabres d'honneur, dont un, au citoyen Joseph Pierron. maréchal des logis chef au 11e de hussard-;, cpii, quoique blessé, a enlevé un drapeau à l'ennemi, et l'autre au citoyen Moreau, maréchal des logis au même régiment, qui, a la lèlc d'un petit peloton, a pris deux pièces de canon et fait quatre cents prisonniers.

Je n'ai point encore le rapport particulier des corps ; mais j'ai la certitude que ma division n'a pas quatre cents hommes hors de combat, tandis qu'elle a fait perdre à l'ennemi plus de

Le Général Dupont. ii

lG'2 LE bÉNÉRAL Dl POÏH

trois mille hommes. C'est à son ensemble et à son sang-froid dans ses manœuvres qu'elle doit d'avoir perdu si peu de monde, malgré la longueur et l'acharnement du combat. .J'ose me daller, mon général, que cette journée lui aura acquis de nouveaux droits à votreestime et à votre confiance. J'ai remis au général Dupont mille prisonniers faits par elle. Les cinq pièces de canon prises sont entre les mains du général d'artillerie Salva, et je remets au général Dupont le drapeau enlevé que je le prie de vous faire passer.

SaJul et respect,

Signé : Watrin.

(Même rapport lut envoyé par le général Watrin au général Dupont.)

A la Volta, le 6 nivôse au tX.

Le Général de Brigade Carra-Saint-Cyr, Au Général de Division Monnier.

Général,

Je crois devoir vous rendre compte avant mon départ des actions d'éclat et de bravoure des officiers et soldats de la brigade que j'ai l'honneur de commander.

Dans le IIe d'hussards, à commencer par le chef d'escadron Bcrruyer les officiers et les hussards ont montré une témérité et un tel dévouement pour soutenir l'infanterie, que j'ai été plusieurs fois obligé de leur donner l'ordre positif de prendre position en arrière.

Je demande particulièrement pour le lieutenant Vigogne, que j'ai distingué depuis longtemps pour un des bons officiers de l'armée, le grade de capitaine; il est lieutenant depuis six ans et a toujours servi activement aux armées.

Le citoyen Lafayettc, qui pour la première fois s'est trouvé au feu et qui a reçu deux balles, a montré beaucoup de sang-froid et de bravoure.

Moreau, maréchal des logis, seul a enlevé une pièce de canon à l'ennemi, après avoir sabré ceux qui la servaient et emmené avec la pièce l'officier autrichien qui la commandait. Dernièrement à Marcaria, il a été noté dans le rapport de la manière la plus distinguée, et dans les dernières campagnes, particulièrement dans un combat sous Coni, il avait été recommandé au Ministre de la Guerre par tous les généraux sous lesquels il servait, pour une récompense militaire.

Lagrcnade, brigadier de fa 6U compagnie, a de même enlevé une pièce de canon à l'ennemi et l'a ramenée à lui tout seul. Ces deux pièces sont déposées au parc d'artillerie.

Je demande, pour ces deux braves, un sabre d'honneur pour le maréchal des logis et une carabine pour le brigadier.

Je ne puis passer sous silence la conduite toujours distinguée du maréchal des logis chef de la ire compagnie, Badonia, pour lequel on a déjà demandé dernièrement à Marcaria le grade d'olficier ; la journée du 4 lui a acquis un titre de plus à fa reconnaissance nationale.

Gomme je n'ai pu me procurer jusqu'à ce moment des renseignements assez positifs sur les braves de la 58e, je charge le chef de cette demi-brigade de vous rendre compte directement, général, de ceux qui s'y sont distingués.

État des officiers blessés dans les deux escadrons du i Ie d'hussards :

Capitaine Sainte-Marie.

Lieutenant Forscville.

Sous-lieutenants Berges, Offmayer.

Le capitaine Britche a été fait prisonnier (i).

Salut et respect.

Signé : Carra-Saint-Cyr.

Cette lettre fut transmise le même jour au général Dupont par le général Monnier.

(i) Archives Dupont.

pozzoio i63

Au Quartier Général du Pont du moulin de la Volta, le 5 nivôse an IX.

A. T. Salva, Général do Brigade commandant l'artillerie de l'aile droite, Au Général Goberl, chef de l'État-Major de l'aile.

Rapport de la bataille qui a eu lieu sur la rive droite, et gauche, du Mincio, près le moulin de la Volta, le 4 de ce mois.

Le pont de bateaux a été construit au-dessous du moulin de la Volta, malgré l'opposition de l'ennemi, sous les ordres du chef de brigade Bardenct qui a mis à sa construction autant de zèle que d'intelligence, qui se loue beaucoup des olliciers et pontonniers, qui ont travaillé, avec un zèle sans exemple. A neuf heures du matin, une bonne partie de l'armée a passé le pont, soutenue et protégée par l'artillerie, placée avantageusement sur la rive droite. Cette rive, en forme de demi-cercle et ledit pont se trouvant au centre, il y a eu jusqu'à 3o pièces en batterie, tant de l'aile droite, du centre, avec l'artillerie à cheval de la grosse cavalerie et dragons ; tous généralement ont rempli leur devoir avec zèle et courage et méritent des éloges.

La 4n compagnie du Ier régiment d'artillerie à cheval s'est portée sur la ligne de bataille, et sur la rive gauche, où le capitaine Denoyellc et Gaillot lieutenant se sont distingués. Les deux alTùts d'obusiers, à force de tirer, ont été mis hors de service. Deux canonniers blessés et 4 soldats du train : 3 chevaux d'escadron tués, 4 du train, et 4 pris par l'ennemi.

La ire division d'artillerie, commandée parle capitaine Lucio, servie par la 5e compagnie du iLr régiment d'artillerie de ligne, a eu une aissière de 6 de cassé, un soldat du train tué sur la rive droite du Mincio, et un cheval de blessé.

La 2° division, commandée par le chef d'escadron Sezille, servie par la tac compagnie du Ier régiment d'artillerie de ligne, a combattu sur la rive droite et gauche du Mincio, sur la ligne de bataille. Le garde d'artillerie Dénommé a été tué à son poste par un boulet. Un soldat du train blessé et un cheval tué.

L'artillerie de cette division a été bien servie et commandée, à ce que j'ai pu juger de la rive droite.

Les officiers en général m'ont rendu un compte bien avantageux des soldats sous leurs ordres, et particulièrement du citoyen Cotty, lieutenant qui mérite de l'avancement.

Aucun effet d'artillerie n'a été pris par l'ennemi ; les caissons qui sont restés sur le champ de bataille, par la perte des chevaux tués ou blessés, ont été repris ce matin.

Il a été pris deux pièces de 3 autrichiennes par nos troupes. Je ne puis en ce moment vous dire leurs noms ; je leur ai donné un reçu. J'espère qu'il leur sera donné une récompense (i).

Salut et considération,

Signé : Salva.

La bataille de Pozzolo est une des plus éclatantes victoires qu'aient remportées les armées de la République ; elle est une des plus extraordinaires, par la disproportion des effectifs engagés chez les deux adversaires. Ainsi, à Marengo, 22000 Français luttant contre 28000 Autrichiens, avaient été totalement battus, lorsque l'arrivée de la division Boudet égalisa à peu près les forces des deux armées ; et le changement prodigieux de fortune qui s'ensuivit, fut dû principalement à l'effroyable panicpie qui s'empara de toute l'armée autrichienne victorieuse, panique provoquée par l'à-propos et l'impétuosité de la

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charge de Kellermann. — A Pozzolo, i5ooo(i) Français défirent complètement, après une lutte acharnée, prolongée jusqu'à la nuit, /j5 ooo Autrichiens, cornhatlants éprouvés, où se trouvaient précisément ces mômes soldats et ces mêmes chefs qui avaient si rudement malmené Victor et Lannes à Marengo. Si, le /j nivôse an IX, l'armée française eût été commandée, les Autrichiens éprouvaient un désastre ; il eût suffi à Brune de se porter avec toutes ses troupes au secours de son aile droite et de passer le Mincio au pont établi par Dupont, ou de franchir la rivière à Monzambano, avec les 45 ooo hommes de son avant-garde, de son aile gauche et de sa réverve, et de se rabattre, à droite, sur les derrières de l'armée ennemie, qui se serait trouvée prise entre deux feux : dans les deux cas, la perle des Autrichiens était certaine. Mais le général en chef, dont le quartier général n'était qu'à deux lieues du champ de bataille où se décidait le sort de la campagne et où tant de braves mouraient pour la France, préféra rester immobile à Monzamhano, dans une inexplicable inertie. « Une telle conduite, dit Napoléon, n'a besoin d'aucun commentaire ». — « Revenu le soir au quartier général, et trouvant le général en chef à table, Davoul, brutal et grossier, s'écria en entrant: « Comment, général, pendant que la moitié de votre armée est engagée, vous restez ici occupé à manger ! » Brune garda le silence à cette insolente apostrophe (2). »

La bataille de Pozzolo est aussi remarquable que celle d'Auerstadt, qui a valu àDavout la célébrité et le titre de duc. La disproportion des forces était plus grande à Pozzolo qu'à Auerstiidt, car Dupont, avec i5ooo hommes, eut à lutter contre 45ooo Autrichiens, tandis que Davout disposait de 2/rooo hommes contre 54 000 Prussiens. A Pozzolo, Dupont avait à dos, à 200 mètres, une rivière non guéable, tandis que Davout avait derrière lui, à Auerstàdt, le défilé de Kôsen, qu'il occupait fortement. Si, comme le fait remarquer Napoléon, Davout eût été battu à Auerstàdt, il eût pu tenir une journée à Kôsen avec 10 000 hommes, et la perte de l'armée du Roi n'en eût été que plus certaine. Dupont fut victorieux à Pozzolo, malgré Brune ; il y commandait en chef, comme Davoul à Auerstàdt, quoique Brune en 1800, et Napoléon en 1806 fussent commandants suprêmes. Le Premier Consul ne voulut pas que la gloire do Dupont fût connue, et que l'on pût faire une comparaison entre Pozzolo et Marengo ; il était trop éloigné des lieux pour pouvoir revendiquer la victoire de Dupont, comme il fit de celle de Davout, on confondant la bataille d'Auerstadt dans celle d'Iéna. Il supprima la bataille d'Auerstadt, mais il couvrit Davoul d'éloges et le fit duc ; il supprima Pozzolo, et, pour récompenser Dupont d'avoir élô victorieux dans celte grande bataille, il le fit descendre au rang desimpie divisionnaire, et ne craignit pas de dire, après Baylen, que Dupont avait bien fait comme divisionnaire, niais horriblement comme général en chef.

La bataille de Pozzolo fut, comme le dit très bien le général Suchet, la bataille décisive de la campagne d'Italie. Les résultats eussent été plus grands que ceux d'Auerstadt, si Brune eût été seulement un général .ordinaire. Dans cette circonstance, Brune commit

(1) Par suilc de ses pertes et du détachement de la 22e de ligne vers Borghetto, l'aile droite ne comptait guère plus de 8 ooo hommes en ligne, à Pozzolo.

(2) Mémoires du duc de Raguse.

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sûrement l'acte indigne qu'on reprocha plus tard, à tort, à Bernadolte. Le Premier Consul ne l'ignora pas, et il se prononça d'une façon catégorique, au sujet de Brune, dans ses Commentaires, mais cela ne l'empêcha pas de lui écrire, le 9 janvier 1801 : « Vous avez rendu leur ancienne gloire à nos champs de l'Àdige, » et de le faire maréchal d'Empire en i8o4- — Si Dupont n'eût pas été victorieux à Pozzolo, ses troupes et les trois quarts de celles de Suchet eussent été jetées dans le Mincio et anéanties, l'ennemi se fût empressé de traverser la rivière et de tomber sur le liane droit de Brune qui eût subi un irréparable désastre. La victoire de Dupont sauva donc l'armée d'Italie, et elle fut le glorieux pendant de la victoire de Moreau.

Il est inexact que les pertes des Français aient été énormes à Pozzolo, et qu'ils aient éprouvé « au moins autant de mal que l'ennemi », comme l'a écrit Napoléon dans ses Commentaires, et comme l'a répété M. Thiers. Le général Dupont dit, dans son Bapport, que ses pertes sont de 8 à 900 hommes tués ou blessés, pour les deux divisions de l'aile droite, et le général Watrin affirme que sa division n'a pas perdu plus de ^00 hommes. Le général Suchet portant à plus de 600 tués ou blessés les pertes des troupes du centre, on voit que les pertes totales des Français, dans la journée du !\ nivôse, peuvent être fixées à environ 1 5oo hommes tués ou blessés, ce qui représente un dixième des effectifs engagés. — A Marengo, d'après le relevé fait par Berthier lui-même, les pertes de l'armée furent de 710 tués et de t\ o5o blessés, ce qui correspond à un sixième du nombre des combattants. — Quant aux pertes des Autrichiens, à Pozzolo, elles furent triples des nôtres, ce qui s'explique par ce fait qu'ils attaquaient des troupes abritées et qu'ils étaient exposés au feu terrible des batteries de la rive droite.

Napoléon a également commis une erreur et a été injuste, en écrivant, à propos de Pozzolo : « la bravoure des Français fut mal employée, et le sang de ces braves ne servit qu'à réparer les fautes du général en chef et celles qu'avait causées l'ambition inconsidérée de ses lieutenants généraux (1). » La bataille de Pozzolo fut amenée par un concours de circonstances résultant de l'exécution même des ordres du général en chef. Le général Dupont jeta son pont et passa sur la rive gauche parce qu'il en reçut l'ordre, et lorsque le général Brune connut le succès de son passage, il l'autorisa à se maintenir sur cette rive; tout ce qui suivit fut la conséquence de l'entrée en scène du gros des forces ennemies, et il eût été impossible au général Dupont de faire retirer ses troupes sans les exposer à être jetées dans le Mincio. Comme l'écrivit le général Suchet à Berthier, le 7 pluviôse an IX, « la bataille de Pozzolo a été décisive pour la campagne d'Italie », et il n'est pas exact que la bravoure des Français y fut mal employée.

Dans ses Mémoires, le général Suchet rend loyalement hommage à la gloire de son compagnon d'armes : « Le lieutenant général Dupont, dit-il, quoique inférieur en nombre, malgré les renforts que je lui envoyai, non seulement résista à l'armée ennemie, mais la força à la retraite, et termina la journée en faisant quatre mille prisonniers et en conservant le champ de bataille. » — Le général Foy reconnaît également qu'à Pozzolo, le général Dupont se révéla comme un homme de guerre supérieur. « En 1800, écrit-il, sous

(1) Commentaires de Xapoléon /L'r.

1 6fi LE GÉNÉRAL DUPONT

Brune, dans la journée du \ nivôse, Duponl changea l'opération secondaire dont il était chargé, en une attaque principale, et l'obstination qu'il déploya contre l'ennemi malgré le chef de l'armée qui lui envoyait l'ordre de se retirer, lui valut le renom d'un général audacieux ; ce renom, il le soutint et le grandit dans la guerre d'Allemagne, où sa division concourut, d'une manière brillante, aux succès de l'immortelle campagne de )8o5. »

L'intention bien arrêtée du général Brune était de ne tenir aucun compte de la bataille de Pozzolo, et d'exécuter son passage du Mincio, à Monzambano, le 5 nivôse au matin, comme s'il ne se fût rien passé dans la journée du [\. Voulant que son attaque fût, contrairement à toute vérité, considérée comme l'acte essentiel du passage du Mincio, quoiqu'il n'eut plus devant lui qu'une armée inférieure en nombre, vaincue et démoralisée, il se décida à livrer un combat inutile, où devaient être sacrifiés follement, en pure perte, un grand nombre de braves. En conséquence, les troupes du centre déjà établies sur la rive gauche du Mincio, et fatiguées par une longue lutte, reçurent l'ordre de retraverser la rivière et de se rendre à Monzambano pour exécuter un second passage ; elles commencèrent le mouvement le 5, à deux heures du matin, et le général Suchet laissa la brigade Lesuire en observation devant Borghetto. Quant au général Dupont, il lui fut prescrit de rester en position sur la rive gauche, et de se rapprocher de Valeggio si l'ennemi ne se montrait pas en force de ce côté ; il reçut, dans la nuit du 4, la lettre suivante :

Au Quartier Général de Monzambano, le 4 nivôse an IX.

Oudinot, Général de Division, Chef de l'Etat-Major Général. Au Lieutenant Général Dupont.

Le général en chef me charge de vous prévenir, mon cher général, que demain à la pointe du jour il sera jeté deux ponts sur le Mincio, devant Monzambano, et que toutes les divisions de l'armée, excepté celles qui se trouvent sous vos ordres, passeront cette rivière sur ce point. L'intention du général en chef est que vous restiez en position, et sur la défensive, sur la rive gauche, jusqu'à dix heures du matin ; à cette heure, vous entendrez sans doute l'engagement de l'armée, et vous tenterez alors par votre gauche ce que votre prudence vous suggérera pour vous rapprocher de Valeggio.

Je crois inutile de vous observer de la part du général en chef, que vous devez être absolument circonspect dans vos tentatives, et dans le cas d'obstacle majeur le général en chef désire que vous vous contentiez de rester en position.

Le lieutenant général Suchet, qui reçoit ordre de se porter à sept heures du matin à Monzambano, a celui délaisser devant Borghetto une de ses brigades en observation. Je vous prie de prévenir de votre position et de notre opération le général Quesnel, en lui recommandant de suivre avec soin et circonspection les mouvements de l'ennemi du côté de Goïto (i).

J'ai l'honneur de vous saluer.

Signé : Oudinot.

P. -S. — Le général en chef vous charge de laisser vos feux, sur la rive droite du Mincio, pendant la nuit, surtout du côté de Goïto.

Le 5 nivôse (26 décembre) au matin, deux ponts furent établis à Monzambano, sans la

(1) Archives Dupont.

pozzolo t r»7

moindre difficulté, sous la protection de !\0 pièces de canon placées par Mannont sur les hauteurs de la rive droite. « C'était bien inutile, dit Napoléon. L'ennemi n'avait garde de venir se placer dans un rentrant de 3 ooo toises de corde, pour disputer le passage d'une rivière de 20 toises, commandée par une hauteur vis-à-vis de laquelle son artillerie, quelque nombreuse qu'elle lut, n'aurait pas pu se maintenir plus d'un quart d'heure en batterie le général autrichien avait déjà calculé sa retraite, considérant la rivière comme

passée, et, après l'aflïont qu'il avait reçu la veille, malgré l'immense supériorité de ses forces, il cherchait à gagner l'Adige. Il aurait seulement conservé des garnisons dans les ouvrages de Salionze et de Valeggio, afin de pouvoir opérer sûrement sa retraite et évacuer tous ses blessés. Brune lui en laissa le temps (x). »

L'armée déboucha par les ponts sans éprouver de résistance sérieuse, quoiqu'elle fit des pertes sous les feux croisés de l'ennemi. L'avant-garde passa d'abord, et le général Delmas dirigea les deux brigades Bisson et Cassagne sur Valeggio, pendant que la brigade Lapisse tournait à gauche vers Salionze. La lieutenance Moncey vint ensuite, puis, à deux heures de l'après-midi, le général Suchet traversa le Mincio avec la brigade Clausel, de la division Gazan, et prit position en face des redoutes de Salionze, la 1" brigade de la division Loison ayant été détachée par le général en chef pour soutenir l'avant-garde. — Il eût suffi de pousser nos colonnes en avant, vers l'Adige, pour faire tomber tout naturellement Valeggio et Borghetto. Le général Brune donna l'ordre d'emporter ces ouvrages de vive force ; les généraux Cassagne et Bisson attaquèrent vigoureusement Valeggio et s'en rendirent maîtres ; la vaillante 72e, conduite par le général Lesuire, se précipita avec impétuosité sur la redoute palissadéc de Borghetto; elle y perdit plusieurs centaines de braves qui se firent tuer au pied des palissades. Au moment où l'attaque allait être renouvelée, le commandant autrichien demanda à capituler ; il livra un millier de prisonniers, 7 bouches à feu et un matériel important. « Les Français, dit Napoléon, firent une attaque inutile en voulant enlever Borghetto. » — Le général Michaud s'était établi avec la réserve sur la route de Valeggio, et le général Davout avait placé la cavalerie en observation, à la tète des ponts.

Le 6, la brigade Clausel entra dans la dernière redoute de Salionze, que les Autrichiens venaient d'évacuer, et le général Quesnel occupa Goïto, également abandonné par l'ennemi.

Tel fut le passage du Mincio à Monzambano, action de guerre secondaire qui n'a jamais arrêté l'attention des historiens (2), et que Brune a tenté de représenter comme constituant la bataille du Mincio, en taisant la gloire du général Dupont et en défigurant comme à plaisir les exploits de ses troupes.

Aussitôt après son passage à Monzambano, le général Brune rendit compte des événements de la journée et de la veille au ministre de la guerre, par la lettre suivante :

(1) Commentaires rie Napoléon Ier.

(2) M. Thiers, qui décrit longuement la bataille de Pozzolo, consacre quatre lignes seulement au passage de Monzambano. « Les Autrichiens, dit-il, fatigués de la journée précédente, croyant peu à un second passage, ©[•posèrent une moindre résistance que la veille, et se laissèrent enlever les positions environnantes de Sallionze et de Vallegio... La tète de [ont de Borghetto devait tomber naturellement par le mouvement offensif de nos colonnes. » Napoléon, dans ses Mémoires, parle du passage de Monzambano tomme d'une action de guerre sans portée.

iGS LE GÉNÉRAL DUPONT

Au Quartier Général de Monzambano, le 5 nivôse an ix.

Bkune, Conseiller d'Etat, Général en chef,

Au Général Berthier, Ministre de la guerre.

Mon cher général, je vous ai parlé, dans ma dernière dépêche, de la grande reconnaissance qui a eu lieu le 3o du mois dernier, cl de l'enlèvement des camps retranchés de la Voila. Hier, je résolus le passage du Mincio par Monzambano et Molino (i). Le L1 G'1 Dupont vint d'Azola par une marche forcée ; M. de Bellegarde crut que nous allions tous passer à Molino cl il y porta ses forces : leur supériorité jeta un peu d'incertitude, mais le combat lui bientôt rétabli, et noire artillerie foudroya les Autrichiens. Ils ont perdu plus de huit mille hommes, v compris deux mille prisonniers, des pièces de canon, etc. Aujourd'hui, l'attaque véritable s'est faite par Monzambano. L'ennemi a été mené vigoureusement, il s'est jeté en confusion, la nuit l'a sauvé d'une déroule entière. Sa perte est de plus de trois mille prisonniers, cl de 1 3 pièces de canon. J'espère vous apprendre bientôt d'aulres succès. Les généraux de brigade Mermel el Calvin oui été blessés, le premier dangereusement. Marmont a fail merveille avec son artillerie. Je vais donner des détails au Premier Consul ; sans doute vous en aurez communication. Je vous ai écrit sur Lambert el sur le général Macdonald ; mes lettres se sont égarées à Capriano.

Lambert ayant demandé sa démission, j'ai fait choix pour le remplacer de Boinod, qui est fort estime.

J'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour me concilier Macdonald et le faire agir. Il m'a demandé la moitié de l'armée d'Italie pour ses opérations dans les montagnes. Je l'ai invité à favoriser mes mouvements, en employant les divisions Rochambeau et Lecelii qui sont vers Cochon. Je ne sais à quoi il se déterminera, mais mes opérations ne peuvent pas dépendre de ses combinaisons particulières.

Salut et amitié.

Signé : Brune.

Comme on le voit, le général en chef, pourtant renseigné par les rapports verbaux et écrits de ses lieutenants, ne parle ni de Pozzolo, ni des généraux Dupont, Watrin, Monnier, Gazan, et il dit que « l'attaque véritable s'est faite par Monzambano ; » en revanche, il loue extrêmement Marmont dont le rôle a été fort modeste et peu périlleux, puisqu'il n'a pas quitté la rive droite.

Le 6 nivôse, à î heure du malin, le général Brune adresse un rapport plus détaillé et aussi inexact au Premier Consul ; il est ainsi conçu :

Au Quartier Général de Monzambano, le 6 nivôse an ix, i heure du matin.

Brune, Conseiller d'État, Général en chef,

Au Premier Consul Bonaparte.

Citoyen Premier Consul,

Le 26 du mois passé, l'avant-garde ennemie, sous les ordres des généraux Hohenzollern et Bussy, vint insulter notre ligne ; elle fut contenue avec fermeté et obligée par nos mouvements des jours suivants de se rapprocher de son corps d'armée. Le 3o, je fis faire une grande reconnaissance sur l'ennemi ; le résultat fut l'enlèvement de toutes ses positions et redoutes sur la droite du Mincio, avec perte de son côté de plus de mille prisonniers. Le lieutenant général Moncey eut un cheval blessé sous lui : le général de division Boudct fut démonté deux fois, il

(1) Le général Brune écrit Molino, c'est-à-dire Moulin, pour Moulin de 1 ollu.

pozzoto ifiq

eut un cheval tué et un autre blessé. La lieutenance Sucliet emporta les trois camps retranchés de la Voila. La lieutenance Dupont, divisée sur les directions de Castalio et (ioïto, lit de fortes reconnaissances très bien conduites.

Le 4. après avoir pris une parfaite connaissance de la ligne ennemie à la gauche du Mincio, je résolus le passage de cette rivière par les deux seuls points favorables, Monzambano et Molino en avant de la Voila. Le L' G'1 Dupont dut jeter son pont à la Voila, en lésant d'Azola une marche forcée à votre manière. Cette fausse attaque devait attirer L'attention de M. de Bellegarde, et diviser ses forces. La position de Molino permettait d'écraser par le feu de l'artillerie, l'ennemi qui aurait voulu attaquer le pont. M. de Bellegardc imagina, en ell'ct, que l'armée passait à Molino de la Voila, et il y porta la sienne. Les soldats impatients s'élancèrent contre des forces supérieures. La 6L' reçut de la manière la plus brillante la charge des hussards de Toscane: ce régiment y a péri presque entièrement. Un moment la supériorité du nombre lit reculer les nôtres ; une brigade de la lieutenance Sucliet, aux ordres du général de division Gazan, suffit pour rétablir l'avantage. Le général de division Davout, qui revenait de placer sa cavalerie, voyant un ébranlement, passa le Mincio avec ses ordonnances et contribua à faire huit cents prisonniers. L'artillerie avait attendu pour agir, que l'ennemi se fût approché du Mincio, elle l'accabla par son feu supérieur, et joncha de morts le champ de bataille. Cette action a coûté à l'ennemi plus de six mille hommes, sans y comprendre deux mille prisonniers. Trois pièces de canon et un drapeau sont aussi le prix des succès des généraux Watrin et Monnier.

Le 5, la véritable attaque a eu lieu par la position de Monzambano. Le général Delmas commandait l'avant-garde : il a dirigé ses troupes dans un ordre admirable qui présageait et qui a déterminé les plu* grands succès. Il était suivi par le L' général Moncey. L'armée entière n'a pu donner ; mais l'ennemi a été si vertement poussé qu'une grande confusion s'est mise dans ses rangs : la nuit seule a pu le sauver d'une déroute complète. Sa perte était, vers la fin du jour, de plus de trois mille prisonniers et de quinze pièces de canon.

Les généraux de brigade Menuet et Calvin ont été blessés ainsi que l'aide de camp du Gal de brigade Vignolle et trois officiers d'état-major. Le général Delmas a eu une balle dans ses habits. Le général Oudinot, chef de l'état-major général, a pris avec ses ordonnances une pièce de canon et fait deux hussards de Barco prisonniers. Le général Boudet mérite la plus grande distinction. Je ne saurais donner trop d'éloges aux sages et vigoureuses dispositions du G"' Marmont aucpiel nous devons lapins belle artillerie de la Bépublique.

J'apprends que le général Lesuire vient d'emporter Borghelto. Cinq pièces de canon et huit cents prisonniers sont tombés en son pouvoir. C'est la brave 72e qui a fait ce coup de force.

J'ai invité le général Macdonald à favoriser mes mouvements, en se servant des divisions Rochambeau et Lecchi en position aux débouchés de Codron.

Salut et respect vieux attachement,

Signé : Brune.

P. -S. — Je compte demain sur un beau jour, et pouvoir bientôt vous donner d'autres nouvelles de cette armée dévouée à votre gloire et par conséquent à celle de la Bépublique.

Ce rapport et la lettre précédente, dont les originaux existent aux Archives delà guerre, ne furent point alors publiés; mais le Moniteur des 12 et i3 nivôse donna, relativement au passage du Mincio, le rapport suivant, attribué à Brune :

Valeggio, le G nivôse an ix, à I heure du matin.

BitUNE, Général en chef de l'Armée d'Italie, au Ministre de la Guerre.

Le 26 du mois passé, l'avant-garde ennemie, sous les ordres des généraux Ilohenzollcrn et Bussy, attaqua nos avant-postes. Elle fut vivement repoussée. Toute l'armée se mit en mouvement et s'empara des principales positions sur la rive droite du Mincio.

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