‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 31 sur 97 · o LE c:f. Ni'n w. DUPCHIT · texte numérisé non relu

o LE c:f. Ni'n w. DUPCHIT

Les quatre premiers jours de nivôse furenl employés à faire Les préparatifs du passage de cette rivière, défendue par la plus belle armée de l'Autriche.

Les deux points les plus favorables pour le passage du Mincio parurent être ceux de Monzambano el de Molino, vis-à-vis La Voila.

Le général Dupont partit d'Azola, jeta un pont à Molino. Le général Bellegardc s'y porta avec les principales forces de l'armée. On se battit avec acharnement. La 6e légère s'est distinguée : chargée par les hussards de Toscane, elle les recul à bout portant. Lne grande partie de ce régiment resta sur le champ de bataille. La division du général Gazan arriva fort à propos. La division de cavalerie aux ordres du général Davoull, a fait une grande quantité de prisonniers.

Le général Delmas déboucha par Monzambano. Le lieutenant général Moncey passa après lui. L'ennemi a été mis dans une déroute complète. Les généraux de brigade Mermet et Calvin ont été blessés, ainsi que plusieurs officiers d'état-major. Le général Delmas a eu une balle dans ses babils, les généraux Moncey et Boudet leurs chevaux tués.

Je dois des éloges au général Marmont, pour les soins constans qu'il a mis à organiser l'artillerie de l'armée, et la manière dont il l'a fait jouer.

Le général Lesuire, avec la brave 72e, est entré dans Borghelto.

La perte de l'ennemi monte à 24 pièces de canon et à plus de 12 000 hommes dont 8000 prisonniers ; on lui a pris plusieurs drapeaux.

Je vous enverrai de plus grands détails, j'espère beaucoup dans la journée de demain.

Signé : Brune.

Le Ministre de la guerre,

Signé : Alex. Berthier.

Ce qui frappe dans cet étrange Rapport, c'est qu'il vise à confondre en une seule action la bataille de Pozzolo et le passage de Monzambano, de façon à tout rapporter au général Brune, en supprimant la gloire acquise par le général Dupont et ses braves divisions ; des éloges y sont donnés aux généraux Marmont et Davout, dont le rôle a été très effacé, et les noms des généraux Dupont, Watrin, Monnier, Gazan, qui se sont admirablement comportés et ont gagné une grande bataille, n'y sont pas même cités. Il est faux que la division Davout fit un grand nombre de prisonniers, puisqu'elle resta sur la rive droite.

Dès que le Rapport du général Brune, inséré au Moniteur des 12 et i3 nivôse, lut connu à l'armée d'Italie, il y eut, parmi les troupes de l'aile droite et du centre, une véritable explosion d'indignation. Le général Watrin et les autres officiers généraux se transportèrent chez le général en chef, et lui firent d'énergiques réclamations au sujet de la façon inexacte dont il avait raconté les événements du [\ nivôse. Le général Brune répondit qu'il n'avait nullement écrit le rapport en question, et que l'on avait «dénaturé» sa lettre. Il portait ainsi une accusation d'une réelle gravité, puisque le rapport mis sous son nom dans le Moniteur, était contresigné par le ministre de la guerre, et qu'il n'avait pu être publié que par l'ordre du Premier Consul. Nous ajouterons que l'original de ce rapport manque aux Archives de la guerre, où se trouvent tous les autres rapports de Brune relatifs à la campagne d'Italie. Il est aussi à remarquer que le rapport inséré au Moniteur est daté de Yaleggio, le 6 nivôse à 1 heure du matin, et que celui qui existe aux Archives, écrit de même à 1 heure du matin, est daté de Monzambano, les deux rapports ayant d'ailleurs des phrases communes, et ne différant pas sensiblement dans le fond, cpii est d'une inexactitude révoltante.

Quoi qu'il en soit, le général Watrin crut devoir soumettre au ministre de la guerre les protestations de ses compagnons d'armes, et il lui adressa la lettre suivante, qui fut imprimée dans les journaux :

Au Quartier Général de Ferrarc, le 4 pluviôse an ix (a3 janvier 1801).

F. Watrin, Général de Di\ision,

Au Général Alex. Berthier, Ministre de la Guerre. Citoyen Ministre,

La partialité que vous avez dû remarquer dans le rapport du G'1 en chef Brune sur la bataille de Pozzolo, où l'aile droite et particulièrement la division que je commande ont donné tant de preuves de bravoure, me force de réclamer auprès de vous la justice qui est due à tant de titres aux braves troupes qui me sont confiées. Il semble qu'on veuille nous faire un crime d'avoir, avec des forces bien inférieures, opéré les premiers le passage du Mincio, et d'avoir mis dans la déroute la plus complète M. de Bellegarde, dont nous aurions infailliblement détruit l'armée ce jour-là, si on avait voulu nous seconder. Il est bien malheureux pour nous, que le général en chef, qui n'était éloigné que de cinq milles du champ de bataille, n'ait pas jugé à propos d'y venir lui-même, malgré que nous l'ayons envoyé chercher par bien des officiers ; alors, témoin lui-même de l'héroïque audace des troupes, il leur aurait sans doute rendu plus de justice.

Aussitôt que j'ai vu dans les journaux le rapport du général Brune, je me suis transporté chez lui pour lui faire mes justes réclamations ; il m'a répondu, ainsi qu'à tous les généraux qui étaient chez lui pour le même sujet, que l'on avait. Citoyen Ministre, dénaturé sa lettre et que ce n'était nullement ce qu'il vous avait écrit. Il nous a même fait lecture d'une lettre qu'il nous a dit avoir envoyée par un courrier extraordinaire au Premier Consul, pour se plaindre de ce qu'on ne donnait point à ses rapports la publicité que désire tout militaire amant de la gloire.

Je ne me permettrai aucune réflexion à cet égard, Citoyen Ministre, non plus que sur ce (pie nous aurions pu faire dans cette courte campagne. Le Premier Consul et vous, mon Général, connaissez mieux que personne le terrain que nous avons parcouru et vous pouvez juger de ce que l'armée aurait fait de brillant si elle avait été commandée.

Le général Dupont, qui se rend auprès de vous, Citoyen Ministre, et qui vous porte le vœu de la grande majorité de l'armée, vous fera connaître tous ces détails. // nous commandait, il nous conduisait à la victoire. Personne ne peut donc, mieux que lui, rendre hommage à la vérité (1).

J'ose espérer, mon Général, qu'instruit de la vérité des faits, le Premier Consul s'empressera, ainsi que vous, de rendre une justice éclatante à des troupes et à des militaires qui ont le noble orgueil d'ambitionner l'estime du Gouvernement fiançais. Les mêmes soldats qui, sous les ordres du général Bonaparte et sous les vôtres, mon Général, ont vaincu à Montebello et à Marengo, sont toujours les mêmes et désirent que les actions de bravoure par lesquelles ils honorent leur pays soient connues de leurs chefs et de leurs concitoyens.

Salut et respect.

Signé : Watrin.

(1) Le général Watrin mourut en i8o3. — Le Premier Consul écrivit à Mmo Watrin, le 26 septembre, la lettre suivante : « Le grand juge, Madame, vous fera remettre 12 000 francs. Le ministre de la guerre a dû vous remettre un brevet de pension de 3 000 francs. Ce sont là de faibles marques de l'intérêt que je prends à votre position et de la mémoire que je conserve des services rendus par votre mari sur le champ de bataille, et je saisirai toutes les occasions qui s'offriront de vous être utile. — Signé : Bonaparte. » Le général Watrin était un vaillant soldat, inaccessible à la jalousie, et vraiment qualifié pour définir le rôle du général Dupont à Pozzolo.

17 9. LE GÉNÉRÂT, DUPONT

Les généraux Suchet, Gazan, Loison cl Monnier ne tardèrent pas à joindre leurs réclamations à celles du général Watrin ; ils adressèrent au ministre de la guerre les lettres suivantes :

ARMÉE D'ITALIE

Au Quartier Général de Padoue, le 7 pluviôse an ix (37 janvier 1801).

Suchet, Lieutenant Général commandant le Centre de l'Armée,

Au Généra] Berthier, Ministre de la Guerre.

La bataille de Pozzolo a été décisive pour la campagne d'Italie, mon cher Général, et cependant il semble que le Gal en chef Brune ait voulu en dérober les détails au Gouvernement et à l'Europe.

Le Premier Consul et vous, avez su faire apprécier la gloire ; ce sont vos Rapports qui ont enflammé nos soldats, qui ont accru leur courage. Combien n'avez-vous pas dû vous étonner de la complaisance d'une partie de ceux qui vous arrivent d'Italie.

L'armée du Rhin, qui a vaincu tant de fois dans cette campagne, marque les siens au coin du génie qui fil distinguer les vôtres, qui immortalisa les corps et orna de lauriers le front des braves.

Nous avons été moins heureux qu'elle, nous avons peu d'événements mémorables et vrais à citer. Les Rapports particuliers vous ont appris qu'il en existait quelques-uns de bien brillants ; celui du 4 nivôse est du nombre. Cependant un silence presque absolu, une omisson de tous les faits, un amalgame inconvenant forment les bases de la lettre du Général en chef sur cette affaire.

Aucun des Corps, aucun des généraux du Centre n'est cité. Le Gal Gazan seul est présenté agissant isolément et sans ordres, et nulle portion de gloire, nul éloge ne sont accordés aux nombreux défenseurs de la patrie qui périrent dans cette journée.

Mon devoir et la vérité m'imposent l'obligation de vous adresser les réclamations des troupes sous mes ordres qui agirent dans cette occasion.

Ambitieuses de mériter l'estime et les encouragements du Premier Consul, elles n'ont pu voir sans douleur que la victoire de Pozzolo, remportée par l'aile droite et le centre, ait été ainsi dénaturée. Si le général en chef, mécontent de l'empressement généreux que j'ai cru devoir apporter à secourir la droite, que le nombre accablait, a cru utile de se taire sur mon propre compte, lui était-il permis de priver des soldats et des officiers généraux de l'honneur d'avoir vaincu dans une circonstance aussi importante et aussi rare?

Convenait-il aussi de passer sous silence ce que M. de Bellegarde annonce dans son rapport officiel sur notre entrée dans Vérone ? C'est à la prise des hauteurs de Saint-Lconardo, qu'il attribue son évacuation. La lettre du i3 nivôse, que vous adresse le Général en chef, sur cet objet, n'en dit cependant pas un mot. Il est de fait pourtant, mon cher Général, que le centre soutint un combat assez chaud dans cette soirée, que la Division Loison y fit i5o prisonniers et 3 officiers, que la Division Gazan enleva 5o chevaux et un capitaine d'hussards, que nous eûmes près de cent blessés et que nous couchâmes aux portes de Vérone.

Oublier de pareils faits et chercher ailleurs des conséquences qui enlèvent à de braves gens le mérite d'une très simple opération, c'est bien inspirer du chagrin à pure perte.

Je m'occupe de réunir les rapports historiques des deux Divisions du Centre. Je vous les adresserai incessamment, et réunis à ceux que vous aurez sans doute reçus, j'espère, mon général, qu'ils vous faciliteront les moyens de présenter au Premier Consul les faits dans toute leur sincérité. Vous consolerez ainsi des militaires dont la plus vive douleur est de n'avoir pu se distinguer assez dans cette campagne, et qui brûlent du désir de convaincre le Premier Consul de leur attachement à l'Etat et à sa personne.

Recevez la nouvelle assurance de toute ma considération.

Signé : Suchet.

POZZOLO 1-7,3

Ci-joint les lettres des généraux Loison etGazan.

Au Quartier Ga' de Padoue, le 8 pluviôse an ix.

Gaz an, Général de Division,

Au Général Bcrthier, Ministre de la Guerre. Citoyen Ministre,

Le Général en chef Brune, dans son rapport du 6 nivôse sur la bataille de Pozzolo, dit à peine ces mois sur ma Division :

« La division Gazan arrive fort à propos. »

Les braves troupes que je commande, qui, au dire et au vu de toute l'armée, ont contribué si puissamment aux succès de cette brillante journée, devaient s'attendre à être du moins citées honorablement dans le rapport du général en chef, dont le premier devoir est de rendre à chacun la justice qui lui est due, et la portion de gloire qui lui revient.

Cet oubli de sa part me met dans le cas de vous porter les justes réclamations de tous les individus qui la composent, et nous sommes assurés d'avance cpie mieux éclairés par les rapports que vous aurez reçus sur cette journée et qui sont plus exacts que ceux du général en chef, vous nous ferez rendre la justice que je réclame au nom des braves que je commande, et qui ont si vaillamment combattu pendant toute la campagne.

Je me tairai sur la manière dont Formée a été conduite; c'est à vous, Citoyen Ministre, à en juger d'après vos lumières et votre expérience.

Saluf et Respect .

Signé : Gazan.

Au Quartier Gal de Padoue, le 7 pluviôse an ix.

Le Général de Division Loison,

Au Général Berthier, Ministre de la Guerre. Citoyen Ministre,

Le silence qu'a gardé le général en chef sur la manière dont, les troupes que j'ai l'honneur de commander se sont conduites à la bataille de Pozzolo, est pour elles une injure grave. Je vous expose leurs réclamations, auxquelles vous aurez égard, parce que la connaissance parfaite que vous avez du terrain et les rapports plus vrais que vous aurez reçus sur cette journée intéressante, vous en feront connaître la justice. Si mon amour-propre eût été seul lésé par le rapport du général en chef Brune du 6 nivôse, je l'aurais sacrifié à ma modestie et je me fusse tu ; mais je dois à mes troupes de leur faire accorder les éloges du gouvernement et ceux de toute la France, parce qu'elles ont eu une part distinguée aux succès de cette bataille.

Tel est, mon Général, le seul motif qui me porte à réclamer pour elles la portion de gloire qu'elles se sont acquise, non seulement à Pozzolo mais encore dans toute la campagne.

Quant aux réflexions qui peuvent naître sur la manière dont l'armée a été conduite, je ne me permettrai pas d'y ajouter les miennes, étant vous-même plus que personne à portée de les sentir.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

Signé : Loiso.x.

Au Quartier Général de Bologne, le 11 pluviôse an ix.

Monmeu, G*1 de Div°n, Comm* la irc Div™ de l'Armée,

Au Citoyen Ministre de la Guerre,

Le> faits d'armes de ma Division, Citoyen Ministre, dans la journée du !\ nivôse à Pozzolo,

M i.l NEHAL Itl l'O.V I

ayant été entièrement passés sous silence, je nie crois obligé de \ous transmettre le rapport (i) que j'ai fait de cette journée, pour tout ce qui concerne les troupes sous mes ordres, en vous priant de prendre en considération les réclamations que cel ouMi a suscitées, et de donner aux corps la satisfaction qu'ils ont droit d'attendre auprès de vous, dans celle circonstance.

Salut et Respect.

Signé : Mo.vnikh.

Mais le Premier Consul ne semblait pas plus disposé que le général Brune à faire connaître à la France les détails de la bataille de Pozzolo, si glorieuse pour nos troupes et pour le général Dupont qui les avait conduites à la victoire. M. Thiers dit que Bonaparte « se croyait si supérieur à tous ses compagnons d'armes, en gloire militaire et en influence politique, qu'il n'éprouvait de jalousie pour aucun d'eux ». Tous les historiens ne partagent pas cette manière de voir, et nombre de contemporains ont affirmé que Napoléon, si grand en effet par ses merveilleuses facultés, n'aimait ni les hommes supérieurs, ni les esprits fiers et indépendants. Ce qui ne saurait être mis en doute, c'est que, connaissant très bien l'incapacité de Brune et le jugement porté sur lui par tous les généraux de l'armée d'Italie, n'ignorant pas non plus la haute valeur du général Dupont et ses glorieux services à Pozzolo, il ne fit insérerait Moniteur que les rapports tendant à établir que le passage du Mincio à Monzambano, par Brune, avait été l'action décisive de la campagne. Le Moniteur du 16 nivôse publia, il est vrai, deux rapports sommaires du général Oudinot, chef de l'état-major de l'armée, sur les journées du [\ et du 5, mais des deux rapports détaillés qui y étaient annoncés et que le général Oudinot écrivit à Yillafranca le () nivôse, pour rendre compte de la bataille de Pozzolo et du passage de Monzambano, un seul, celui relatif au passage du 5, fut publié et parut dans le Moniteur du 18 nivôse; il s'étendait longuement sur tous les incidents de l'action, en exagérant visiblement l'importance et disant que toutes les troupes s'y étaient couvertes de gloire, comme s'il se fût agi d'une grande bataille, chaudement disputée. Tous les généraux, Marmont, Delmas, Cassagne, Bisson, Lapisse, Beaumont, Boudet, Mcrniet, Lesuire et nombre de chefs de brigade, de chefs de bataillon, de capitaines et d'officiers d'état-major, y sont cités très élogieusement. Parlant de lui-même, le général Oudinot dit : « Conduits par un général hors ligne, là où la résistance était la plus l'or le, ils culbutèrent tout ce qui se trouva sur leur passage, parvinrent à enlever une pièce de canon et donnèrent, par ce dévouement, le temps à la division Boudet d'arriver à leur hauteur. » Pour accomplir cet exploit, le général Oudinot n'avait avec lui que quelques officiers et quatre chasseurs du 11e régiment.

Ainsi, le général Oudinot présente le passage de Monzambano comme une action des plus mémorables, « infiniment glorieuse pour toutes les troupes qui eurent l'occasion d'y donner » ; mais il ne dit pas que les Français y étaient supérieurs en nombre, et que l'armée ennemie ayant été battue la veille, à plate couture, par le général Dupont, après une lutte acharnée prolongée jusqu'à dix heures du soir, sa force de résistance était considérablemenl amoindrie.

(l) Voir à la date du 4 nivôse au I\.

POZZOLO 170

Quant au Rapport d'Oudinot contenant le Bulletin de la journée du U nivôse, et également daté du 9, le Premier Consul n'en autorisa pas la publication, pas plus qu'il ne consentit à ce que le rapport du général Dupont lût inséré au Moniteur. Nous avons donné le texte de ce dernier document; le Rapport d'Oudinot est ainsi conçu :

Au Quartier Général de Villafranca, le 9 nivôse an IX.

Oudikot, Général de Division, Chef de l'État-Major Général, Au Ministre de la Guerre.

Citoyen Ministre,

Dans mon rapport sommaire daté de Monzambano le 5 de ce mois, à 5 heures du matin, j'ai eu l'honneur de vous donner un précis de la journée du 4- Je vous ai annoncé le compte détaillé que vous trouverez ci-bas.

Bulletin de la journée du 4 nivôse.

Le général en chef ayant décidé de passer le Mincio, ordonna qu'il serait jeté deux ponts devant Monzambano et un troisième entre les moulins de la Voila et le village de Pozzolo, L'aile droite de l'armée, aux ordres du lieutenant général Dupont, devait passer sur ce dernier point pour attirer et fixer l'attention de l'ennemi et faciliter par cette forte diversion le passage du reste de l'armée dans le même temps devant Monzambano. Le pont de la Volta fut jeté le 4- La lieutenance Dupont devait y attirer l'ennemi pour faire une diversion favorable à l'attacjue par Monzambano qui était la véritable.

Pour soutenir l'établissement du pont protégé par l'artillerie disposée avec beaucoup de talent par le chef de brigade Bardenet, le général de brigade Musnier se porta sur la rive gauche et y établit la 6e légère et une partie de la 28e de ligne. Un corps ennemi, fort d'environ 2 200 hommes, était en vain accouru pour culbuter nos troupes ; il avait été lui-même contraint de se replier sur Pozzolo, disputant pied à pied le terrain. Le général de division Watrin poursuivait ses avantages et continuait de faire filer ses troupes.

Tel était l'état des choses lorsque le lieutenant général Dupont reçut les ordres du général en chef de ne plus agir : le succès de l'opération, la difficulté de ramener sur l'autre rive des troupes engagées dans un combat qu'elles soutenaient depuis plusieurs heures avec avantage, déterminèrent le lieutenant général Dupont à poursuivre ses avantages en rendant compte de sa position.

Le général en chef persista dans le projet qu'il avait adopté d'une forte diversion, laissant à sa prudence de ne pas compromettre ses troupes ; cette nouvelle fut accueillie par des cris de joie.

La 4oc, faisant également partie de la division Watrin, suivit la 28* et s'empara du village de Pozzolo.

La 24e légère et la 58'', formant la division Monnier, arrivèrent au pont après une marche pénible et prirent leur rang de bataille sur la rive gauche du Mincio.

L'ennemi, averti du passage et des progrès de nos troupes, rassembla bientôt les siennes, et à une heure après midi, suivant les rapports, le lieutenant général Dupont avait en tête 45 bataillons et 12 régiments de cavalerie commandés par le général en chef Bellegarde en personne, accompagné de son chef d'état-major le général Zach.

Le général Watrin, qui tenait la gauche de notre ligne, eut à soutenir les premières attaques ; après deux heures d'efforts inutiles contre cette division, il dirigea sur elle, par son flanc droit, une charge impétueuse de cavalerie qui devint elle-même sans effet. Deux escadrons du i ic d'hussards, commandés par le chef d'escadron Martigues, en soutinrent le choc et firent des prodiges d'audace.

M. de Bellegarde voyant ses troupes foudroyées par l'artillerie placée sur la rive droite,

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vaincu d'ailleurs par L'inébranlable fermeté des G" légère, 28e et 4o'- de ligne, habilement conclûmes par le général Watfin, abandonna cette partie et dirigea ses forces sur Pozzolo, occupé par la division Monnier.

L'ne forte colonne vint mettre un terme à l'avantage qu'avait conservé jusqu'alors la division Monnier : elle fut contrainte de céder momentanément au grand nombre.

Ce fut a celle heure que le lieutenant général Sucliet rentrant avec son corps d'armée dans ses anciennes positions pour attendre le passage de Monzambano, remis au lendemain, apercevant des hauteurs de la rive droite la lutte aussi disproportionnée de 20000 hommes contre 7000, témoin des succès qu'allait obtenir l'ennemi, n'hésita point à détacher contre lui une de ses divisions.

Le général de division Gazan passa le Mincio avec les brigades Lesuire et Clausel. La 72", envoyée pour appuyer l'aile droite, rétablit en un instant le combat, pénétra dans Pozzolo et enleva du canon à l'ennemi. La 8' légère et la oG" produisirent le même effet au centre.

Cependant l'ennemi trouve un nouvel avantage dans son grand nombre. Pozzolo est encore une fois emporté.

Le lieutenant général Suchet détacha aussitôt nue des brigades de la division Loison, composée des 43e et 106*' commandées par le général Colli. Ces deux corps s'avancent au pas de charge, toute la ligne suit l'impulsion et l'ennemi est partout culbuté.

Le 1 Ie régiment de hussards se couvrit de gloire dans cette journée par ses charges fréquentes et audacieuses. On doit des éloges au 4e de chasseurs ainsi qu'au 3e.

A cinq heures, arme le général de division Davout, commandant la cavalerie, qui, s'apercevant que l'ennemi, dans sa 3e charge, s'emparait du village de Pozzolo, passa le Mincio à la tète des sapeurs et d'une quarantaine de dragons du 6e régiment, et accompagné du général de cavalerie Rivaud, de l'adjudant commandant Lavalclte et des chefs de brigade Baron, Rigaud et Bccker ; sans consulter l'inégalité de ses forces, le général Davout s'élance sur la colonne ennemie, culbutant tout ce qui se trouvait devant lui, traversa Pozzolo et poursuivit l'ennemi une demi-lieue au delà.

Il ne fallut rien moins qu'un pareil concours de bravoure, de générosité et de dévouement de la part des troupes et de leurs chefs, pour arracher la victoire si longtemps disputée.

Le général Monnier rentra dans Pozzolo: nos troupes, maîtresses du champ de bataille, avaient lieu de penser que la nuit avait mis un terme à cette lutte sanglante.

11 était six heures du soir lorsqu'un corps de grenadiers, arrivant du camp de réserve de Valeggio, vint fondre sur la division Watrin. L'intrépide 6e légère, avant à sa tète son brave chef, le citoyen Maçon, soutint seule celle attaque et la repoussa. L'ennemi tourna aussi infructueusement ses efforts sur Pozzolo: le feu cessa enfin entre neuf et dix heures du soir. Il fui fail à l'ennemi environ 2000 prisonniers dont plusieurs officiers supérieurs, enlevé un drapeau et plusieurs pièces de canon.

Le lieutenant général autrichien Kaim a été grièvement hlessé ; la perte de l'ennemi en tués et blessés est au moins de 3 à 4 mille hommes. La nôtre s'élève à environ 900 hommes tant tués que blessés. Le général de brigade Calvin est du nombre des derniers, ainsi que le citoyen Valbubert, chef de la 28' de ligne, officier distingué; et le citoyen Lusignan, chef de la 58e, qui a eu deux chevaux tués sous lui ; presque tous les officiers du 1 Ie de hussards ont été atteints, eux ou leurs clu^aux : le chef de bataillon Sarret, de la 6e légère, est du nombre des morts ; ce brave et estimable officier est vivement regretté par son corps.

Le général Dupont se plait à payer un juste tribut d'éloges aux généraux Watrin, Monnier, Carra-Sainl-Cyr, Musnier, Goberl, chef de l' état-major de l'aile droite, ainsi qu'aux adjudants commandants Saqueleu et Girard. Il rend le même hommage aux généraux Gazan, Lcsuirc et Colli, qui, employés dans le corps du général Suchet, ont si puissamment contribué aux succès de cette brillante journée.

L'artillerie, placée sur la rive droite, a rendu les plus importants services ; dirigée par le chef de brigade Bardenet, plus d'une fois elle garantit nos braves d'une perte inévitable.

POZZOLO I"

Le général Dupont se loue encore beaucoup de l'activité et du talent qu'ont montrés le chef de bataillon du génie Morio et les olïicicrs de cette arme employés sous lui à la construction d'un second pont. Les braves sapeurs occupés au travail se servaient alternativement de leurs outils et de leurs armes.

Le citoyen Pierron, maréchal des logis au 11e de hussards, enleva un drapeau et fut blessé au moment où il allait en saisir un second.

Le capitaine Godefroi, de la 6'' légère, passa le Mincie- à la nage pour altacber la première barque.

Le maréchal des logis Moreau et le brigadier Lagrenade, du il* de hussards, prirent chacun une pièce de canon.

Tels sont, citoyen Ministre, les principaux événements de la journée du 4 nivôse ; pour rendre à chacun la justice qui lui est duc, il faudrait dénommer tous ceux qui ont combattu : dans l'impossibilité de satisfaire à ce devoir, je me propose néanmoins de recueillir les actions d'éclat qui ont eu lieu dans les corps et de vous les présenter.

J'ai l'honneur de vous saluer avec respect,

Signé : Oudinot.

On pourrait reprocher à ce Bulletin de ne pas rendre suffisamment justice à la constance, au talent et à l'intrépidité déployés par le général Dupont pendant toute la durée de cette sanglante lutte, et d'exagérer considérablement l'importance de la charge fournie par le général Davout à la tète des sapeurs et des dragons de son escorte (i); mais il n'en donnait pas moins les phases essentielles de cette dramatique et glorieuse journée. On est en droit de se demander pourquoi le Premier Consul, ayant fait publier le Rapport d'Oudinot sur l'affaire secondaire de Monzambano, s'opposa à l'insertion du Rapport du même général sur la bataille décisive de Pozzolo, gagnée par le général Dupont, avec i5 ooo Français sur 45 ooo Autrichiens.

Bonaparte n'autorisa pas non plus, comme nous l'avons précédemment mentionné, la publication du Rapport du général Dupont, sous ce singulier prétexte, qu'il avait pris « depuis quelque temps, la résolution de ne laisser imprimer dans les journaux que les rapports des généraux en chef ; » comme si l'essentiel n'était pas de connaître la vérité et de rendre justice au dévouement des braves, alors surtout qu'un général en chef est accusé par tous ses subordonnés et convaincu d'infidélité dans ses rapports ! Par ordre du Premier Consul, le ministre de la guerre écrivit au général Dupont les deux lettres suivantes, du 22 nivôse, reconnaissant hautement la fermeté, le talent et la bravoure du commandant de l'aile droite, passés sous silence par le général Brune :

Paris, le 22 nivôse an IX de la République.

Le Ministre de la Guerre,

Au Lieutenant Général Dupont, commandant l'aile droite de l'armée d'Italie.

Le Gouvernement, citoyen général, qui a eu connaissance des détails du passage du Mincio, et du brillant combat de Pozzolo, contenus dans votre rapport du 5 de ce mois, a pris à tous les faits qui ont illustré cette journée le vif intérêt qu'ils m'avaient fait éprouver et qu'ils ont droit d'inspirer à tons les Français jaloux de la gloire nationale. Il me charge, citoyen général, de vous témoigner particulièrement sa satisfaction pour la fermeté décisive que vous a\ez montrée dans

(i) \oir plus loin la protestation des officiers de la i!\'' légère. Le Gt.NLKAL Dupont.

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