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celle opéralion, pour le lalenl et la bravoure avec lesquels vous l'avez soutenue. Les corps et les braves qui se sont distingués en vous secondant, ont trop acquis de droits à cet bonorable témoignage pour ne pas le partager avec vous. Soyez ù cet égard envers eux l'organe du Premier Consul elle mien (i).
Je vous salue,
Signé -. Alex. Bebthieb.
Le Ministre de la Guerre,
Au Lieutenant Général Dupont, Commandant l'aile droite de l'armée d'Italie.
Je me suis empressé, mon cher Dupont, de mettre sous les yeux du Premier Consul votre intéressant rapport du passage du Mincio et du combat de Pozzolo. Il en a été extrêmement satisfait, et s'est plu à vous rendre, pour celte brillante opération, comme pour tous les services par lesquels vous vous signalez, la justice la plus flatteuse et la mieux méritée. Je remplis son intention, en vous transmettant à cet égard ses sentiments, cl je le fais avec d'autant plus de plaisir, que je partage bien sincèrement, comme vous le savez, tous ceux qui vous sont honorables. Mais il n'a pas été d'avis d'imprimer séparément votre rapport, parce qu'il a pris, depuis quelque temps, la résolution de ne laisser imprimer dans les journaux que les rapports des généraux en chef. Les faits qu'il contient n'en seront pas moins connus, parce qu'ils honorent la valeur française, et les annales de la République les recueilleront avec ce vif intérêt qu'inspire tout ce qui est un titre de gloire nationale (2).
Je vous salue,
Signé : Alex. Berthier.
Il est à remarquer que, dans ces deux lettres, Berthier qualifie de combat la grande bataille de Pozzolo, où l'armée autrichienne avait en ligne 20 000 hommes de plus qu'à Marengo.
L'engagement pris par le ministre de la guerre que les faits contenus dans le rapport du général Dupont seraient connus, ne fut pas immédiatement tenu, puisque le Premier Consul s'opposa à la publication du Bulletin de la journée du 4 nivôse, envoyé par le général Oudinot en même temps que le rapport détaillé du passage de Monzambano. Ce fut seulement dans le courant de l'été de 1801, que le Moniteur publia, dans une série d'articles (3) très espacés, le Journal historique de l'armée d'Italie, rédige par le général Oudinot, d'après ses différents rapports, et adressé par lui au ministre de la guerre, de Trévise, le 27 nivôse. Ce Journal contenait les détails des opérations de l'armée d'Italie, depuis le 27 frimaire (17 décembre) jusqu'au 26 nivôse an IX (iG janvier 1801). — A la date du 9 pluviôse (27 janvier 1801), le Moniteur avait donné le Rapport de Brune, daté du quartier général de Monzambano le 6 nivôse à une heure du malin, c'est-à-dire remontant à plus d'un mois, mais, comme nous l'avons déjà mentionné, cette lettre dénaturait complètement les faits.
Un incident vint montrer clairement les préférences du Premier Consul, et son inten-
(1) Archives Du pou L.
(3) Voir dans le Moniteur, les nos des 12, 18, ai prairial, 6, 16, 24 messidor, 5, 12, 23 et 27 thermidor an IX. Ces articles, paraissant longtemps après les événements, passèrent assez inaperçus, à ce point qu'en 1826 le maréchal Mortier attribuait à Suchet le gain de la bataille de Pozzolo.
POZZOLO
tion de faire remonter au général Brune l'honneur du passage du Mincio. De Villafranca, le 9 nivôse, Brune avait écrit à Bonaparte : « Le général Oudinot a sabré les canonniers ennemis sur leurs pièces : ne jugerez-vous pas convenable de lui décerner quelque récompense d'honneur, un sabre ou une armure, ou le canon qu'il a pris? » — Un armistice ayant été conclu le 1 6 janvier entre les deux armées belligérantes, le général Oudinot fut choisi pour porter à Paris le traité, ainsi que les drapeaux conquis dans la campagne. Le Premier Consul l'accueillit avec une bienveillance toute particulière ; il lui décerna un sabre d'honneur cl décida que la pièce de canon prise par lui au passage du Mincio, lui serait remise comme récompense de sa haute bravoure. — Dès le 4 février, Oudinot avait écrit au général Brune la lettre suivante :
« Dans mon second entretien avec le Premier Consul, j'ai non seulement obtenu sans peine l'assentiment le plus complet de tout ce que vous avez fait clans cette campagne, mais encore de tout ce que vous êtes destiné à faire, tant militairement qu'adminislrativement, de manière donc cpie votre juste espérance, à cet égard, doit être comblée. Je n'ai pas même eu besoin de négocier cette obtention ; car si je n'ai pas été prévenu dans la réussite, il ne m'a fallu du moins qu'exposer ce que vous désiriez, pour que le Premier Consul s'empressât de dire oui sur tout (i). »
Nous nous bornerons à faire observer, au sujet de cette lettre, que l'incapacité de Brune, dans la campagne d'Italie, fut absolument surprenante, et que Napoléon lui-même l'a condamné sans appel, dans ses Mémoires. Pour tous ses subordonnés, il était devenu, dit Moncey, un objet de pitié, et les généraux qui l'attaquèrent de la manière la plus offensante furent ceux-là mêmes dont il avait le plus exagéré le mérite dans ses rapports : Marmont et Davout.
Dès que les officiers de la 2 4e légère connurent le rôle attribué par le Bulletin du 9 nivôse au général Davout, dans la bataille de Pozzolo, ils adressèrent au général Monnier la protestation suivante, visée par le brave chef de brigade Ferey, et certifiée exacte par le général Monnier :
Les Olliciers, Sous-Oiliciers et Chasseurs de la a4e Légère,
Au Général de Division Monnier, Commandant la ire Division de l'Aile droite. Citoyen Général,
Nous n'avons pas lu sans amertume le Bulletin de l'Armée du 9 nivôse, contenant les détails de l'affaire du 4 dudit, et notamment le paragraphe dans lequel il est dit: « Le général de cavalerie Davout, s'apercevant cpie l'ennemi par sa troisième charge s'emparait du village de Pozzolo, passe le Mincio à la tête des sapeurs et de 4o dragons du 6e régiment, culbutant tout ce qui se trouvait devant lui, traverse ce village et poursuit l'ennemi à une demi-lieue au delà. » Ce fait est d'autant plus dénué de toute espèce de fondement, que ceux qui connaissent le village de Pozzolo et qui étaient acteurs dans cette affaire, savent qu'il est immense, ouvert de toutes parts et très étroitement, qu'il n'est pas croyable qu'un si petit nombre de cavalerie ait repoussé l'ennemi en très grande force de ce village, qui d'ailleurs était défendu par une redoute garnie de trois pièces de canon et d'un obusier placés à un demi-mille en avant sur la rive gauche du
(1) Lettre citée par Jutes Nollct, flan? son Histoire du maréchal Oudinot, (hic de Reggio.
I(So LE GÉNÉRAL DUPONT
Mincio ; mais nous en appelons à vous, citoyen général, qui nous avez continuellement guidé, et nous nous demandons, ainsi qu'aux généraux de brigade Calvin et Saint-Cyr qui y ont été blessés, si jamais ce village a été abandonné en totalité par la 2/»'' légère.
11 est vrai que nous devons notre liberté à la division A\ atrin et à la 72e, qui l'une et l'autre ont contribué puissamment à repousser une force ennemie qui était sur le point de tourner Pozzolo, au centre duquel nous étions, disputant pied à pied le terrain (nous ne nous étions guère aperçus du mouvement rétrograde qui eut lieu un instant), et ce n'est que lorsque nous lûmes en partie en avant du village, qu'alors les sapeurs et les dragons chargèrent. // est assez naturel que chacun fasse quelques efforts pour contribuer au gain d'une bataille, mais demandez à cette troupe comment elle revint un quart d'heure après.
Nous vous prions donc avec instance de faire connaître à l'armée et à la France entière la vérité, afin qu'à l'avenir des êtres qui n'ont paru qu'à la fin d'une bataille sanglante, n'arrachent pas à un corps la gloire qu'il s'y est acquise au prix de son sang. En effet, nous avons eu dans cette journée plus de cinq cent vingt hommes mis hors de combat, l\ capitaines, un adjudantmajor, 2 lieutenants, un sous-lieutenant et 167 chasseurs tués, \~[\ blessés dont 12 officiers et un chef de bataillon dangereusement, 188 prisonniers.
Vous savez aussi que placés par vos ordres en avant de Pozzolo, ainsi que la 58e, nous y avons été assaillis à 6 heures et \/l\ par l'ennemi, ayant à sa suite deux pièces de canon et unobusier, avec l'intention de nous chasser de cette position, et que ce n'est qu'à 9 heures du soir qu'il abandonna ce projet. Nous vous demandons si dans cette circonstance, comme pendant toute l'affaire, nous avons mérité votre estime et votre confiance; les rapports de tous les déserteurs qui nous ont été conduits, donnent assez à connaître les dernières intentions de l'ennemi.
Nous avons l'honneur de vous saluer.
(Suivent ki signatures d'officiers supérieurs, inférieurs, et de sous-officiers, et à la fin la signature du chef de brigade Ferey).
Le chef de brigade, Feuey.
Le village de Pozzolo n'a jamais été entièrement abandonné, et la 24e l'avait repris pour la troisième fois et en était entièrement maîtresse, lorsque la cavalerie dont parle le Bulletin, a pris pari au combat. (1)
Le général de division,
Signé : Monnier.
Nota. — Nous vous observons que le citoyen Paul, caporal, a pris à l'ennemi une pièce de canon aidé par l\ de ses camarades.
La flatterie du Bulletin avait d'ailleurs été encore amplifiée par l'aide de camp Lemarois, qui écrivait de Villafranca, le 9 nivôse, au Premier Consul : « Le général Davout, à l'affaire du /j, à la tète de 60 dragons du 6° régiment, a sauvé la lieutenance du général Dupont par une charge vigoureuse qui a culbuté et effrayé l'ennemi. Pendant ce temps, notre infanterie s'est ralliée et est partie au pas de charge... il (Brune) n'a pas la confiance d'un sixième des officiers généraux de cette armée. »
Ainsi mis directement en cause par tout un régiment et par le général commandant la division, le général Davout, sentant bien que, malgré la bravoure dont il avait fait preuve, les effets de sa charge avaient été considérablement grossis par le Bulletin, fit
(1) Archives Dupont.
POZZOLO I 8 I
écrire par son chef d'état-major au général Brune une lettre réduisant, en somme, celle charge, à un acte de dévouement, d'intrépidité, accompli par une poignée de gens de cœur ; on y voit que le général Davout laissa ses régiments sur le plateau de la rive droite, et passa le Mincio avec son escorte seulement. Loin de sauver le général Dupont, il n'eut, dans la bataille de Pozzolo, qu'un rôle absolument sans importance, en rapport avec la poignée de monde qui l'accompagnait, et ce qui nous valut la victoire, ce furent la ténacité, l'extrême énergie du général Dupont et la merveilleuse bravoure des soldats de l'aile droite et du centre (i). — La lettre du chef d'état-major de la cavalerie est ainsi conçue :
Au Quartier Général de Bussolengo, le 12 nivôse an IX.
Le Chef de l'État-Major de la Cavalerie, au Général en chef Brune. Mon Général,
Le général Davout m'a communiqué la lettre que les officiers, sous-officiers et chasseurs de la a4e légère vous ont écrite relative au Bulletin des opérations de l'armée du 4 nivôse, et par laquelle ils réclament contre l'article qui y a été inséré en faveur de la charge de cavalerie que le général Davout effectua dans le village de Pozzolo.
Sans prétendre diminuer la gloire que s'est acquise la 34e légère dans cette sanglante journée, je dois d'abord vous observer qu'elle aurait dû savoir, lorsqu'elle s'est servie d'expression fâcheuse contre le général Davout, que cet officier général, recommandable sous tous les rapports, commande en chef une arme, qu'il ne peut agir que par votre ordre immédiat, qu'il n'était que simple spectateur dans l'affaire du 4 nivôse, qu'il ne devait ni ne pouvait passer le Mincio sans votre autorisation, et qu'enfin s'il a fait avancer sa cavalerie sur le plateau, et si ensuite il a passé le pont avec son escorte, ce n'est que par zèle, et qu'il pouvait par ces démarches encourir vos reproches. — S'il a donc été utile cette journée, le général Davout n'a agi que pour l'intérêt de tous.
Quant aux motifs qui l'ont déterminé à effectuer sa charge, les voici : il s'avançait à 4 heures du soir sur le village de Pozzolo, lorsqu'il aperçoit l'infanterie obligée de céder un peu le terrain à une colonne autrichienne qui s'avançait en faisant un feu très vif sur nos troupes. Il craint que cette colonne autrichienne n'obtienne des plus grands succès. Alors, se tournant vers nous, il nous dit : malgré l'inégalité de nos forces, sacrifions-nous et chargeons.
Nous partons au galop, fonçons sur des colonnes ennemies, traversons le village non en
(1) Dans son étude sur le maréchal Davout, le comte Vigier fait, de la bataille de Pozzolo, le récit suivant, qu'on doit croire très erroné, si l'on en juge par les nombreux documents que nous produisons : « Le général Davout avait reçu l'ordre de protéger avec la cavalerie l'attaque principale qui devait avoir lieu, le lendemain 26, vers Mozambano. Accourant au bruit du canon avec quelques régiments de dragons, il en donne deux au général Kivaud et le fait passer sur la rive droite, tandis qu'avec les autres il se porte luimême sur le centre de la ligne pour soutenir une dernière attaque de Dupont sur Pozzolo. L'arrivée de ce renfort met le général Dupont à même de reprendre l'offensive. Les deux demi-brigades du général Colli, ebargées de l'attaque de Pozzolo, se forment sur deux colonnes soutenues chacune par un régiment de dragons et s'avancent contre les Autrichiens placés au débouché du village. L'attaque est si vigoureuse que les ennemis sont rejetés dans le village ; les colonnes françaises y pénètrent à leur suite et les en délogent après un combat opiniâtre. Bellegarde, qui voit ses troupes chassées de Pozzolo, fait avancer à leur soutien sa réserve de grenadiers hongrois ; il compte sur ce renfort pour rallier les siens et les reporter encore une fois en avant. Davout ne lui en laisse pas le temps ; chargeant lui-même à la tète d'un de ses régiments de dragons, il entraine à sa suite toute sa cavalerie, enfonce les réserves autrichiennes et les met en désordre ; le sort de la journée est décidé. Culbutés sur toute la ligne, les Autrichiens abandonnent le champ de bataille vivement poursuivis par la cavalerie française. » — (Davout, par son arrihre-petit-fils, le comte 1 igier. Paris, 1898.)
appuyant sur lo Mincio, niais par la gauche, et poussons enfin l'ennemi dans celle partie bien au delà du village. Nous eûmes dans cette lutte inégale deux officiers et cinq sapeurs blessés.
Je ne vois pas que cette action, qui est le simple exposé du fait, atténue ce qu'a fait ou pu faire la 24e légère. Nous n'avons pas suivi son mouvement ; nous savons cependant que dans une seconde charge que nous limes le soir à la nuit, celte demi-brigade était bien a\ant du village, et ici je ne dois pas vous laisser ignorer qu'aussitôt que nous chargeâmes pour la première fois la colonne autrichienne, l'infanterie suivit avec rapidité le mouvement que nous fîmes, et bien certainement elle décida la fuite de l'ennemi ; mais j'atteste sur l'honneur des généraux Davout et Rivaud, des chefs de brigade Baron, Becker et Rigaud, ainsi que plusieurs olliciers d'état-major qui faisaient nombre des 5o hommes, que l'action a été telle que j'ai l'honneur de vous la présenter.
Assurément une assertion avancée par un corps aussi respectable que la aA0 légère est d'un très grand poids, mais en lui rendant la justice pour la gloire qu'elle s'est acquise dans celle brillante journée, elle ne peut pas ôter la portion qui revient à des généraux, officiers et dragons, qui, sans aucun ordre, ont si bien payé de leur personne.
Veuillez, je vous prie, général, leur faire connaître la réponse du général Davout, qui n'a d'ailleurs pas besoin de celte action pour faire sa réputation ; mais l'honneur des militaires qui l'accompagnaient lui est trop cher, pour ne pas établir les faits tels qu'ils ont eu lieu (i).
Respect,
Signé: J. Lavalette.
Le Rapport suivant du vaillant Valhubert, chef de brigade de la 28e, qui s'était déjà illustré à Marengo sous les ordres de Lannes, ajoute des détails intéressants sur la bataille de Pozzolo, et, malgré une susceptibilité parfois excessive, montre les efforts héroïques faits pendant cette longue et sanglante lutte par les braves demi-brigades de l'aile droite et du centre, et par le ii° de hussards et le 4e de chasseurs. On comprend, en lisant ces lignes enfiévrées, où respire encore l'ardeur du combat, que la bataille de Pozzolo, gagnée par le général Dupont, fut bien, comme le dit le général Suchet, la bataille décisive de la campagne.
Milan, le 10 ventôse an IX.
Roger-Valhubert, Chef de la 28" 1/2 Rrigade de Ligne, Au Général en chef de l'armée d'Italie, à Milan. Général,
Puisque votre ordre du 2 le prescrit, je vais vous faire connaître les marches et les actions auxquelles ma demi-brigade a pris part depuis le renouvellement des hostilités. Si plus tôt vous vous fussiez adressé aux chefs de corps pour connaître la vérité dans les détails, vous n'auriez pas été si affreusement trompé, et, par suite, vos rapports ne présenteraient pas, comme des faits positifs, des fictions et des erreurs qui, déjà sans retour, ont fait leur impression. Oui, mon général, je ne vous le cacherai point ; vos rapports et ceux des généraux vos subordonnés ont désespéré de braves soldats. En donnant leurs actions à d'autres, vous leur avez ôté le véhicule de la gloire, qui peut seul, cependant, rendre leur métier supportable. Quand vous aurez lu les détails ci-dessous, que je vous garantis sur mon honneur, vous serez étonné de l'audace qu'on a mise à vous en imposer. Les voici :
Après la fausse attaque du 3o frimaire, sur Goïto, les 4oe et 28e de ligne rétrogradèrent de
(1) Archives Dupont.
POZZOLO TcSri
deux milles, pour bivouaquer eu avant de Gosoldo ; le 2 nivôse, elles serrèrent sur la gauche jusqu'à Saint-Lorenzo, et dans la nuit du 3 jusqu'à La Volta. Le lendemain, à 4 heures du malin, ces deux demi-brigades, sous les ordres du général Petitot, se mirent en marche. A la pointe du jour, nous débouchâmes sur ce superbe plateau de forme circulaire, aux pieds duquel se trouvent les moulins de La Yolta, situés sur le Mincio. Les bords de ce plateau, élevés de vingt toises au-dessus du fleuve, forment un talus si avantageux que les troupes, l'artillerie et les pontons y arrivèrent et v restèrent masqués à l'ennemi.
La 6e légère, sous les ordres de son général de brigade Musnier, se réunit à nous. C'était à ce corps à passer le premier ; mais son général, le citoyen Musnier, qui se trouvait commander la division, voulut que ce fussent deux compagnies de grenadiers des 28e et 4oe. Notre général, Petitot, lui représenta que la 6e légère n'avait pas besoin qu'on lui frayât le chemin. L'ordre ne fut pas rétracté, et nos grenadiers du 2e bataillon, sans s'embarrasser si c'était à eux d'ouvrir le passage, prennent un bateau de dessus son baquet, le descendent, le jettent à l'eau et s'embarquent (1). Les quatre premiers qui mettent pied à terre sont tues ou blessés ; les autres marchent sur un ennemi qui ne bouge point. Déjà presque la moitié de cette intrépide compagnie était renversée, lorsque son capitaine le citoyen Dambly, prenant le fusil d'un mort, ajuste, et tire sur le commandant autrichien. Celui-ci est manqué, mais l'homme qui est à côté de lui tombe, et ce petit succès fut pour nos grenadiers un signal ; ils foncent à la bayonnette, et chassent l'ennemi de ses positions. On en était là lorsque les tirailleurs de la l\oe se réunirent à nos grenadiers. Ce renfort assura le passage de la C° légère, qui ne fut point du tout inquiétée.
Le chef de cette demi-brigade en reforma successivement les compagnies à leur débarquement : il étendit le cordon des tirailleurs et maintint l'ennemi à une si grande distance que les pontonniers ne furent jamais troublés dans la construction du pont qu'ils établissaient entre les moulins de La Volta et le village de Pozzolo. Pendant tout ce temps, l'artillerie de la division, qui avait choisi les meilleures positions du contour du plateau, essayait la portée de son canon sur un peloton de cavalerie autrichienne que l'on voyait dans la plaine unie et cailloutée de Pozzolo ; elle lirait aussi avec beaucoup d'avantage sur le village de ce nom.
Dès que le pont fut construit, le général Petitot y porta la tète de sa brigade; elle allait passer lorsqu'un oflicier d'état-major apporta l'ordre de faire revenir les troupes. Le général Musnier qui n'avait pas suivi la 6e légère, parce qu'il commandait la division, ordonne aussitôt la retraite. La 28e était déjà remontée sur le plateau, et la 4o° à un mille de là, lorsque le lieutenant général Dupont parut avec le général Watrin ; il pouvait être dix heures. Ils arrêtent le mouvement rétrograde et ordonnent de continuer le passage. La 28" passa de suite. L'ordre que je reçus du général Watrin fut de me placer en seconde ligne derrière la 6e ; mais le terrain exigeant qu'on étendît la ligne, je priai le chef de la 6e, qui est mon aîné, d'appuyer à droite où à gauche. Il appuya à gauche et voilà pourquoi la division fut toute la journée dans un ordre inverse. Notre mouvement n'était pas iini, que la 4oe nous rejoignit avec le 11e de hussards et le 4e de chasseurs. Nos généraux de brigade se mettent à la tête de leurs troupes ; le général Dupont et le général Watrin parcourent la ligne. Le général Watrin ordonne au général Petitot de se porter avec une partie de la 4oe sur Pozzolo, et ce village est enlevé. Une brigade de la division Monnier arrive, on le lui cède, et la 4oc se resserre sur nous.
Jusqu'à ce moment, on n'avait eu à combattre que des tirailleurs ; sur le midi, on vit déboucher l'armée autrichienne. Elle se déploya dans la plaine. Son aspect était formidable ; elle présentait cinq fois plus de forces que nous n'en avions. Malgré cette grande disproportion, la troupe montra beaucoup de confiance. Elle borda la plaine depuis Pozzolo jusqu'au Mincio, audessus des moulins de La Volta. Cette ligne nécessairement laissait des intervalles, mais trente
(1) Quel est donc le général qui a fait mettre dans le Rapport du général Dupont que c'était la 6e légère qui avait passé la première ? Pourquoi donc le général Watrin l'ait-il partager cet honneur aux autres corps de la division ? Il me semble cependant qu'il a été payé assez cher par la 28e, pour qu'elle puisse le conserver fout entier. (.Xote de Yalhubert.)
iS'i LE GÉNÉRAL DtPONT
])ouclics à feu placées au-dessus de nos têtes, sur le contour du plateau, paraissent suflire pour défendre l'entrée. L'ennemi perd une heure en dispositions ; il étend sa droite, marche en avant, et puis rétrograde, et ensuite détache des corps sur sa gauche. Ceux-ci se portent sur Pozzolo ; au moment où ils l'attaquent, leur aile droite, qui s'était rapprochée jusqu'à portée de fusil, nous fil un feu très vif. Il y avait une demi-heure qu'il durait, lorsqu'un parti de leurs dragons fonça sur un bataillon de la 4o°. Ce bataillon, qui n'était [>as encore remis du désordre que venaient d'y jeter quelques maladroits de nos cavaliers, se bat en désespéré, mais à la fin il est haché, perd son drapeau et se trouve traversé à cent pas derrière lui. Ce moment fut critique ; on voyait, derrière les assaillants, Bussy cl un autre régiment de cavalerie. Il ne leur fallait pas sept minutes pour gagner le pont ; mais la 28'', qui sait par expérience que la cavalerie n'est jamais à craindre pour une infanterie ferme et bien ordonnée, ne s'ébranle point. Elle fit des feux à bout portant, et tels que les dragons ennemis furent totalement terrassés ; le peu cjui s'en sauva jeta l'épouvante dans les deux régiments autrichiens que l'on voyait prêts à fondre sur nous, et ils ne bougèrent pas (1). Ceux des bataillons de la Z|0", qui n'avaient pas essuyé cette charge, remplirent bientôt le vide de celui qui venait de disparaître, et, par des feux bien soutenus, vengèrent sa perte. La 6" légère, qui tenait la gauche, entretint aussi tellement ses feux que nulle cavalerie ne parut devant elle; la 28'', placée à un angle, était celle qui perdait le plus de monde. La compagnie qui tenait la sommité de cet angle fut presque détruite. Nous nous battions au milieu des tués, des mourants et des blessés. La douleur arrachait des cris, mais le combattant était sourd et ne portait personne à l'ambulance. Tant pis pour celui qui ne pouvait pas y marcher ! Un officier supérieur, dangereusement blessé, s'y traînait lorsqu'un autre tombe de dessus son cheval. On croit ce dernier mort, quelques signes de vie portent cependant des soldats à le relever ; on voit que ce n'est que l'effet d'un boulet passé très près de lui ; la connaissance lui revient, il renvoie les soldats dans leurs rangs, cesse un instant de commander, et, sans s'éloigner, s'appuye sur un serre-file. L'ordre jadis, dans la 28'', portait peine de mort contre quiconque dans les combats donnait des secours aux blessés, et certes, ce n'était pas à un olficier supérieur de laisser enfreindre pour lui un ordre qui partout devrait être suivi avec la dernière rigueur. Une demi-heure après, cet officier se fait replacer sur son cheval et continue son service. Sa présence cependant était inutile dans mon corps ; il pouvait bonnement se retirer à l'ambulance, et être parfaitement remplacé ; mais il voulut faire dans cette occasion ce que tant d'officiers lui avaient montré dans les moments les plus critiques de Montebello et de Marengo.
On n'a pas parlé de ces traits cpii caractérisent la 28°, et moi, je n'en parle que pour faire voir ce contraste : Les généraux dans leurs rapports taisent des vérités Jionorables aux autres pour y suppléer des fables qu'ils arrangent suivant leurs désirs. Ils préfèrent citer des ordres qu'ils n'ont pas donnés, se faire trouver où ils n'ont pas paru, etc., etc., etc,... Oui, mon général, d'après les preuves que j'ai, je puis dire des rapports de quelques généraux ce que Mirabeau disait des lois : Ils sont comme la cuisine, il ne faut pas les voir faire. — Ce sera cependant sur les pièces, mon général, qu'on bâtira l'histoire de la guerre !
Après cette digression, je reviens aux actions de ma demi-brigade. L'ennemi, qui n'osait plus
(1) Voilà la seule charge de cavalerie que l'ennemi ait faite sur les trois demi-brigades de la division Watrin ; ainsi le général, d'après l'écrit duquel vous avez mis dans votre rapport : « La 6L' légère s'est distinguée ; chargée par les hussards de Toscane, elle les reçut à bout portant », se tenait absolument trop éloigné pour distinguer l'uniforme, ou tout bonnement a voulu arranger un conte. Se permettre d'écrire qu'une demi-brigade à côté de nous s'est distinguée, c'est bien nous faire une insulte, et lorsque pour appuyer cette fourberie, on va jusqu'à nous voler nos propres actions pour les approprier au corps que l'on commande, peut-être c'est se rendre deux fois criminel. Où était donc le général Musnier ? très sûrement, il n'était pas avec la 6e, ou il n'a pas vu ce qui s'y est passé. J'en dis autant du général Watrin lorsqu'il parle du passage du Mincio. Si l'on réplique, je confondrai les hommes qui s'y exposeront, ou je consens à être déshonoré et chassé. (Note de Valhubert.)
pozzor.o i85
hasarder de charge avec sa cavalerie, voulut en essayer avec son infanterie. Toute sa première ligne marche sur nous : ses rangs sont éclaircis ; ils imitent les Russes, nul ne s'arrête, et ils forcent Pozzolo. La retraite de nos troupes, sur ce point, se fait sentir de proche en proche ; ma demi-brigade et les autres de la division Watrin se rcployenl aussi ; elles le font lentement ; elles attendent des secours ; une division arrive, et tous les corps, à l'envi les uns des autres, reprennent l'offensive. Les Autrichiens, à leur tour, sont enfoncés, perdent heaucoup de monde et se retirent en désordre.
Malheureusement nous n'étions pas assez forts pour les poursuivre. La cavalerie surtout nous manquait ; aussi, quand ils se furent mis hors de portée de canon, ils s'arrêtent, reforment une ligne et marchent de nouveau sur nous. Notre artillerie ravage encore leurs rangs ; notre mousqueterie les atteint bientôt aussi mais ils n'en arrivent pas moins, et vont nous toucher...; Il fallut donc pour la deuxième fois céder des positions que nous ne pouvions plus défendre.
Jamais le lieutenant général Dupont ne s'est trouvé dans une position plus critique ; il avait bien demandé, et il lui arrivait des demi-brigades de la lieutenance Suchct, mais elles étaient encore à un quart d'heure de marche, et il ne fallait pas deux minutes pour nous culbuter dans 1 le Mincio. Heureusement, l'ennemi tâtonne ; notre artillerie l'épouvante ; sa cavalerie ne charge point ; son infanterie même, au milieu de nos rangs, se trouve déconcertée. Les demi-brigades de renfort ont le temps d'arriver : on les voit, elles foncent sur l'ennemi ; toutes les divisions en font autant ; notre cavalerie s'élance aussi dans la plaine, et les Autrichiens sont exterminés et mis dans une déroute complète.
Nous les poursuivons; la 4o'' et la 28e s'avancent à plus d'une lieue dans la plaine. Le 11e de hussards, sous les ordres de son chef de brigade, et un autre régiment sous les ordres d'un adjudant commandant, s'y trouvent aussi. Nous nous tenons assez près les uns des autres pour, au besoin, nous donner des secours, et quand la nuit est tombée, nous nous concertons, et nous nous retirons dans nos premières positions.
Ne sachant où les troupes s'étaient réparties, je détachai le chef de bataillon Taupin avec la moitié de mon corps, pour flanquer la gauche, et empêcher que l'ennemi se glissât entre nous et le Mincio. Pour moi je me reportai à ce terrible angle où nous avions perdu tant de monde, mais cpi'il était toujours essentiel d'occuper. La 4oe suivit la même route que Taupin ; quant à la cavalerie, je la perdis de vue et je fis observer la plaine par de l'infanterie.
Je tenais encore ma troupe sous les armes, lorsque, vers les sept heures, on entendit un feu très vif et très soutenu, venant du côté où j'avais envoyé la moitié de mon corps ; je m'y rendis : il finissait comme j'arrivais, et je sus que c'était une colonne ennemie qui venait encore de tenter une charge. Son mouvement paraissait concerté avec une autre colonne qui attaquait en même temps le village de Pozzolo. La perte de l'ennemi fut extrêmement grande de notre côté, et l'honneur de ce nouveau succès fut partagé par la 4o' ', la moitié de la 28", un bataillon de la 96'* et toute la 6e. Tel était le rang que ces troupes tenaient alors en bataille. Le feu commença par la 28e et se continua jusqu'aux ailes. La 96e, par sa position, fit le plus de mal a l'ennemi et la 6" le moins. Celle-ci. formant le côté de l'angle qui appuyait vers le Mincio, ne pouvait pas fournir des feux bien meurtriers. Je rencontrai là le général Musnier : ainsi, il doit savoir cela comme moi.
Je ne m'étends sur cet ordre de bataille qu'à cause de l'inexactitude des rapports. Le général Dupont a mis à l'ordre de sa lieutenance : « Il était six heures du soir, lorsqu'un corps de grenadiers, arrivant du camp de réserve de Valeggio, vint fondre sur la division Watrin. L'intrépide 6e légère, ayant à sa tète son chef, le citoyen Maçon, soutint seule cette attaque et la repoussa.
J'espère et je désire que le général Dupont, à qui j'ai écrit, fasse punir celui qui l'a trompé.
Après cette nouvelle digression, qui devenait nécessaire pour citer des faits qui prouvent ce que j'ai avancé, je reprends la suite de mon rapport.
Cette attaque nocturne fut la dernière qu'essuya la division Watrin. Comme le. point où elle venait d'avoir lieu était plus garni qu'il n'avait besoin de l'être, je retirai ce que j'y avais de
troupes, pour les rapprocher de la droite où le feu continuait. Les soldats tinrent leurs fusils en mains et allumèrent des feux sur tout le front.
Le lendemain, à la pointe du jour, la division Watrin quitta ses positions pour repasser sur la rive droite. Elle campa sur le plateau en face des moulins de La Volta ; elle y resta jusqu'au (i an soir, qu'elle se rendit à Valeggio ; le 7, elle fut à Sainte-Lucie: quelques jours après, à Bussolengo ; ensuite à Vérone, où elle passa l'Adige pour marcher sur Viccnce, en longeant le pied des collines qui sont à droite. Les Autrichiens se retirèrent devant elle jusqu'à Brendola ; ils s'y réunirent à deux petits camps. La 28e fut chargée de les attaquer ; la résistance fut grande ; mais dès que le général Petitot eut ordonné la charge à la havonnelte, le village fut enlevé et l'ennemi se sauva sur les hauteurs qu'il évacua pendant la nuit. La division fut alors sans obstacles jusqu'en avant de Trévisc où l'armistice fut conclu.
Salut et respect,
Signé : Rogf.r-^ amiubert.
Si, après avoir passé le Mincio, Brune eût marché rapidement sur l'Adige, puis sur la Brenta, en occupant Bassano, l'armée autrichienne, très affaiblie, eût probablement été détruite. Mais le général en chef français, modelant ses mouvements sur ceux de l'ennemi, s'avança avec une telle lenteur qu'il finit par devenir un sujet de risée pour ses soldats ; « et comme l'ennemi marchait à pas de tortue, dit le duc de Raguse, qu'il partait tard, que nous partions plus tard encore, nous marchions toujours une partie de la soirée, les soldats disaient, en plaisantant, que c'était marcher à la Brune ».
Le 3i décembre, le général Oudinot envoya au général Dupont le billet suivant:
Yillafranca, le 10 nivôse.
Au Lieutenant Général Dupont.
La brigade du général Jablonowski a ordre, mon cher général, de rester en observation devant Mantoue, jusqu'à ce qu'il soit relevé par les troupes arrivant d'ailleurs...
Le citoyen Dupin, votre aide de camp, est porté sur le tableau des officiers hors de ligne.
Adieux et embrassements.
Signé: Oudinot.
Nous partons pour Castelnuovo (t).
L'armée française ne passa l'Adige que le 1er janvier, c'est-à-dire six jours après avoir franchi le Mincio ; « un général habile, dit Napoléon, l'eût passé le lendemain (2) ». L'ennemi évacua Vérone, laissant une garnison clans le château. Nous le suivîmes avec une lenteur désespérante ; jamais armée française n'avait été menée de la sorte. « Il faudrait des volumes, écrivait Moncey à Macdonald, pour raconter toutes les bévues en chef » ; et, à Moreau, le général Moncey écrivait, le 3 pluviôse (23 janvier) : « Son système de prédilection (à Brune) est de chercher à perdre les hommes dans le public, et de revenir sur
(1) Archives Dupont. — Nous citons les lettres d'Oudinot, pour montrer en quelle estime et quelle affection le chef d'état-major général de l'armée d'Italie tenait le général Dupont.
(2) Gela n'empèclia nullement le Premier Consul d'écrire à Brune, le 9 janvier 1801 : « Vous avez rendu leur ancienne gloire à nos champs de l'Adige. »
POZZOTO 1 8j
scs pas par des protestations particulières d'intérêt el par des désaveux secrets de ses démarches publiques... Le discrédit du" général en chef dans cette armée est tel qu'il n'excite que la pitié... Pourrez-vous croire que la peur nous a sortis de nos cantonnements, où nous serions encore si M. de Bellegarde ne se fût avisé de (aire une reconnaissance, que le général en chef a pris pour un projet d'attaque... Tout le reste de la campagne a été à l'avenant ; nous avons poussé lentement l'ennemi devant nous, qui s'est retiré avec beaucoup de sécurité. »
Il serait difficile d'imaginer à quel point de déconsidération le général Brune en était arrivé, dans son armée. De Bassano, le 22 nivôse (12 janvier 1801), Moncey écrivait au Premier Consul, pour protester contre les procédés du général en chef: « Le général Brune, dit-il, suit à mon égard son système de prédilection ; il commence d'abord, sur de faux prétextes, à me desservir auprès de tous, ensuite, revenant sur ses pas, il m'écrit des choses agréables mais il ne détrompe point ceux qu'il a induits à erreur. Je suis sûr qu'il a suivi cette, tactique dans une affaire, où tout le tort est de son côté, en vous faisant un faux exposé de ce qui est arrivé... Je ne sais ce qui m'a pu valoir la haine du général Brune... je ne peux ni ne veux mériter son amitié. Malgré tous les dégoûts que l'on me donne, je reste au poste que vous m'avez précédemment fixé. — Signé : Moncey. »
Le général Bellegarde ayant fait la demande d'un armistice, le général Marmont et le chef de brigade Sebastiani furent chargés par le général en chef de le négocier. Il fut signé à Trévise, le 16 janvier (26 nivôse). Comme il laissait Mantoue et faisait de grands avantages aux Autrichiens, dont la position était quasi désespérée, le Premier Consul le désavoua sur-le-champ et prescrivit à Brune de recommencer les hostilités, à moins qu'on ne lui livrât Mantoue : cette place fut remise aux Français le 17 février. « Cette campagne d'Italie donna la mesure de la capacité de Brune, dit Napoléon, et le Premier Consul ne l'employa plus dans les commandements importants. » Comment s'expliquer qu'en i8o/j l'Empereur fit maréchal d'Empire cet incapable, et remit simple divisionnaire le général Dupont, qui, commandant quatre divisions, avait gagné la bataille décisive de Pozzolo ?
L'armistice conclu à Trévise, par le général Brune, devait s'appliquer à l'armée des Grisons. Le général Macdonald se refusa à l'accepter, et protesta par la lettre suivante :
Au Quartier Gal de Trente, le 29 nivôse an ix.
Macdonald, Général en chef de l'armée des Grisons, au Général en chef Brune.
J'ai sous les veux, citoyen général, la capitulation que vous venez de signer avec monsieur le général autrichien Bellegarde, et la lettre que vous m'écriviez le 16 de ce mois, dans laquelle je lis cette phrase remarquable :
« Je vous remercie de la communication que vous me donnez de votre résolution de ne pas accepter l'armistice du général Moreau en ce cpii vous concerne ; quant à moi je pousserai nos avantages aussi loin que je le pourrai. »
Je conclus de là qu'il ne vous a pas élé possible de les pousser plus avant, quoique pourtant je ne voie pas que l'armée qui vous est opposée ait eu des avantages sur la votre. Je borne là mes réflexions, persuadé que la lettre du Ministre de la guerre du 19 de ce mois, exprimant formellement les intentions du Premier Consul, vous donnera assez de regret sur votre précipitation, sans que j'aie besoin d'y ajouter.
J'ajouterai cependant que vous n'avez pas le droit de stipuler pour l'armée (les (irisons, qui devait seulement favoriser les opérations de l'armée d'Italie, sans en dépendre, ni être sous vos ordres. Je vous déclare donc que je proteste tant en son nom qu'au mien contre toute espèce de traité qui enchaîne son courage et paralyse la volonté du gouvernement, et que je ne respecte ni ne reconnais d'armistice qui ferme et enveloppe le théâtre sur lequel je dois agir. J'en ai prévenu le ministre de la guerre, de qui j'attends les ordres.
Je vous salue.
Signé : Macdonald. »
A celte rude leçon, le général Brune répondit :
Au Quartier (iénéral du 'N éronc, le 3 pluviôse an ix. Au Gal Macdonald, Comm1 en chef de l'armée des Grisons.
Citoyen général, j'ai reçu votre protestation, et j'en ai aussi de mon côté donné participation au ministre de la guerre.
Je vous salue.
Signe : Brune.
A la même date, Moncey écrivait à Macdonald, commandant en chef l'armée des Grisons, une lettre dans laquelle il se plaignait d'être desservi par le général Brune :
A mon arrivée à Bassano, j'ai reçu une lettre galante du Gal Brune, faisant à outrance l'éloge de ma marche ; je lui ai répondu par une lettre explicative de ma conduite, dans laquelle je ne sais trop comment, la sienne ne brille pas du plus bel éclat.
J'ai réuni dans un seul tableau ma correspondance avec lui et j'ai tout envoyé au Pr Consul.
Sur l'assurance que l'on me donne qu'il a voulu me desservir auprès du Gal Moreau, je me détermine à lui envoyer la dépêche ci-jointe que je vous prie de lui faire passer par Courrier.
Le Général Brune est tombé dans un discrédit qui excite vraiment la pitié.
La campagne a fini comme elle a commencé ; M. de Bcllegarde l'a joué complètement, et lui a persuadé par un mouvement cjui n'eût pas trompé le militaire le plus imberbe, cju'il voulait accepter la bataille en avant de Trévise, dans une position adossée à un ou deux milles de la Piave, inguéablc sur les points possibles de retraite, n'ayant aucun point d'appui pour sa droite, à moins qu'on ne supposât une plus grande absurdité, celle qui détermine le Gal Bellegarde à couper la Piave et échapper avec sa droite pour la prolonger et l'appuyer aux montagnes.
Sur cette belle donnée, nous avons couru en masse sur Trévise, et nos directions pour prendre notre ordre de bataille ont été tellement bien données que sept colonnes se sont rencontrées sur la même route ; je comprends, dans ces sept colonnes, une de quarante bouches à feu avec leur suite ; trente heures n'ont pas sutïi pour débrouiller ce chaos.
Pendant cette belle équipée, M. de Bellegarde filait à petit bruit par sa droite, a mis la Piave entre nous et lui. Il faudrait des volumes pour raconter toutes les bévues en chef; je n'ai pris dans ce cadre que les traits les plus marqués.
Croyez, mon cher Général, que personne ne vous estime plus que moi. Trouvez bon, je vous prie, que le Gal Dumas reçoive ici l'expression de mon souvenir pour exciter le sien.
Signé : Moncey.
Désavoué par le Premier Consul dans la conclusion de l'armistice de Trévise, Brune avait rejeté sur Marmont la responsabilité de cette convention, niant l'avoir autorisé à traiter à ces conditions. Marmont demanda immédiatement son rappel par la lettre suivante :
POZZOLO 189
l'adoue, lo 20 janvier 1801.
Maumont au Premier Consul.
Je vous ai adressé par Lemarois, mon Général, la demande de mon rappel à Paris. Je vous le réitère aujourd'hui. Les circonstances me paraissent devoir permettre mon retour et j'ai de puissants motifs pour le désirer vivement. J'espère donc de vos anciennes bontés pour moi, obtenir un prompt départ d'un lieu où je suis à la merci d'un homme qui se rend chaque jour moins di<me de votre confiance el de l'estime de l'armée.
Agréez, mon général, l'assurance de mon respectueux attachement et de mon dévouement sans bornes.
Signé : Marmont.
En môme temps, le général Davout écrivait au Premier Consul ce qui suit :
20 janvier 1801 (3o nivôse an îx).
Au Général Bonaparte, Premier Consul, Mon Général,
Sans doute que votre aide de camp vous aura fait connaître la situation de notre armée ; j'ai souvent eu cette intention, et toujours j'ai été arrêté par mon caractère personnel, ennemi de tout ce qui ressemble à des dénonciations ; mais aujourd'huy l'indignation que j'éprouve ne me permet plus de m'arrèter à aucune espèce de considération ; il est de mon devoir de vous instruire.
^oos venons de conclure un armistice dix fois plus avantageux que le Gal Brune ne l'espérait ; en cll'et à Caslel-Franco, dans la nuit du 23 au 2^, notre général en chef a peur d'une bataille, fait revenir la lieutenance du Gal Moncey qui était en marche pour se porter sur les derrières de l'ennemi, fait dire à M. de Bellegarde qu'il envoie à Trévise une personne munie de ses pouvoirs pour traiter d'un armistice qui aura lieu, si on veut remettre à l'armée française Fcrrare, Peschiera et les châteaux de Vérone (ces deux dernières places, suivant toutes les chances, devaient tomber en notre pouvoir sous 7 à 8 jours) ; l'armée autrichienne se relirait sur la rive gauche de la Piavc et conservait une communication par terre avec Venise.
Le i!\ au matin, le Gal Marmont, instruit de ce rêve, fait, ainsi que d'autres officiers généraux, de vives représentations au Gal Brune, et insiste pour qu'aucun armistice n'ait lieu sans la cession des places ci-dessus désignées, et d'Ancône, et de Porto-Legnago et qu'en outre l'armée autrichienne ne se retire sur la rive gauche du Tagliamcnto. Enfin arrivé à Trévise, on y trouve le général Hohenzollcrn. Le Gal Marmont consent à se charger des pouvoirs du Gal Brune, mais à condition qu'il sera autorisé à exiger, pour prix de l'armistice, ce que notre position nous mettait en droit de demander. Il l'obtient. Le Gal Brune s'en félicite et aujourd'huy devant dix ou douze officiers généraux, parle de déclarer la guerre aux Autrichiens, de révolutionner Venise et cent autres propos aussi indiscrets et dans un moment où il n'est même pas assuré de l'exécution de l'armistice, n'ayant encore en son pouvoir aucune des places fortes qui doivent lui être cédées, et en outre son armée est en marche pour aller prendre des cantonnements.
Ce ne sont point, mon général, ces propos indiscrets auxquels nous ne sommes que trop habitués, qui ont excité mon indignation, mais bien la déclaration fausse du Gal Brune où il nie avoir donné au Gal Marmont des pouvoirs de traiter à ces conditions. Ce général l'a confondu en citant les faits et les circonstances, qui sont du reste à la connaissance de presque tons les officiers généraux. Mais, mon général, qui peut servir désormais avec confiance sous un homme sans caractère, sans courage, sans talent, et qui à cela joint la fausseté la plus insigne, cachée sous des dehors de bonhomie. Déjà envers le général Moncey il avait déployé ce caractère et il perdait peut-être cet estimable et vertueux général, si un quart d'heure j'avais écouté les conseils de l'ambition.
iqo LE GÉNÉRAL DUPONT
Enfin le G'1 Brune, bien loin de savoir en imposer à toutes les petites passions de ses olliciers généraux, les entretient par sa faiblesse qui donne li<-u aussi au brigandage le plus effréné, qui aurait révolté tous les habitants des pays où nous avons passé, si ces inalbeureux n'avaient pas éprouvé les mêmes horreurs de La pari des Autrichiens.
Mon général, sur mon honneur ce tableau n'est point chargé. L'attachement et le dévouement sans bornes que je vous ai voués sont les seuls motifs qui m'ont déterminé à vous donner ces détails. Veuillez croire à la sincérité de ces sentiments, ainsi qu'au protond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, mon Général.
Le Gal de Div0D Comm* la cavalerie de l'armée d'Italie.
Signé : Davout.
A Padoue, ce 3o nivôse an ix de la République.
Le général Marmont n'ayant pas obtenu de cesser de servir sous les ordres de Brune, réitéra sa demande de rappel par la lettre suivante :
Milan, le 22 pluviôse an ix (11 février 1801).
Le Général de Division Makmont,
Au Premier Consul Bonaparte.
Vous connaissez, mon général, ma répugnance à me mêler des choses qui me sont étrangères. J'aime à me renfermer dans le cercle de mes services. C'est presque malgré moi que je viens vous parler de notre position : le salut de l'armée, l'intérêt du gouvernement pouvaient seuls m'y déterminer.
Il est difficile de se former une idée de la désorganisation actuelle de l'armée. Le Gal Brune est devenu l'objet du mépris des généraux comme des soldats. Il n'existe plus aujourd'hui ni autorité, ni obéissance ; et cet état ne fera qu'empirer tant que nous garderons le même chef ! Le souverain mépris, le mépris universel qui aujourd'hui est son partage, est le résultat naturel de sa conduite pendant la campagne : il a donné tout à la fois des preuves de sa lâcheté, de son ineptie et de sa perfidie.
Nous aurions pu faire une belle campagne. Jamais la fortune n'a offert aux armes françaises de plus brillantes occasions ; nous les avons toutes fuies. Cependant nous avons vaincu : nous le devons à la force des circonstances. Personne ne croyait de grands talents au général Brune, mais on le croyait brave, et personne ne croyait à une complète ineptie. Les soldats surtout l'ignoraient. Aujourd'hui le voile est déchiré pour tout le monde. Mille traits qui caractérisent notre chef sont connus de l'armée entière, et chaque jour en découvre de nouveaux et ajoute à son ignominie.
Le Gal Brune n'est point votre ami. Quelque assurance qu'il vous donne sur son attachement, il cherche à vous tromper. Il n'est point étranger aux projets des factieux de Paris, et quelques soins qu'il ait pris de se disculper d'avoir pris part au complot qui devait éclater ici, il n'est point lavé aux yeux de nous autres qui avons pu observer de près.
La position de l'armée ne permet pas à ceux de vos amis qui vous sont dévoués d'écouler de petites considérations. Aussi ai-je engagé le général de brigade Sébastiani à solliciter auprès du général Brune une mission pour Paris. Le moyen de vous instruire est peu loyal, mais il est ennobli par l'intention ; il est excusé par l'empire des circonstances.
Sébastiani vous fera lui-même le tableau de tout ce qui se passe ici, il vous dira que vous avez en Italie une belle et noble portion de la nation française, mais que vous n'y avez pas d'armée.
Le G"' Brune a eu l'infamie d'engager Sébastiani à me dénoncer pour avoir dépassé ses instruc-
rozzoï.o
tions dans la conclusion de l'armistice ; il a été témoin de ma conduite et des services que j'ai rendus notamment dans cette circonstance. Sébasliani vous dira la vérité tout entière. Si par dévouement pour l'armée, le Gal Davout et moi ne nous étions pas mêlés de cet armistice, le Gal Brune laissait aux ennemis Ancône, Legnago et la Piavc. 11 a fallu refuser ce qui douze heures auparavant avait été consenti et garanti par sa parole d'honneur.
Mon général, je vous ai fait la demande de mon rappel. Aujourd'hui je la renouvelle avec tous les braves gens de l'armée. Si vous croyez cependant que ma présence soit encore utile ou nécessaire ici, je me soumets à votre décision. C'est, dans la circonstance, la plus grande preuve de mon dévouement sans bornes qu'il soit en moi de vous offrir (i).
Respect et attachement.
Signé : Marmont.
Si nous publions toutes ces protestations, toutes ces lettres, ce n'est nullement que nous admettions comme vérités acquises toutes les imputations qu'elles renferment ; mais le général Brune ayant dirigé, sans aucune preuve, des accusations de pillage contre le général Dupont, et ces accusations ayant été reprises par certains historiens et notamment par le général Thiébault (2), nous avons tenu à mettre les deux hommes en parallèle et à montrer quelle était leur situation réciproque à l'armée d'Italie, comment ils y étaient considérés. Les documents dont nous nous servons ne sont pas secrets ; ils se trouvent dans la correspondance des armées aux Archives de la Guerre, où tout le monde peut les consulter.
Il est certain, d'une part, que le général Brune jalousait ouvertement le général Dupont, et qu'il ne pouvait lui pardonner d'avoir gagné la grande bataille de Pozzolo, malgré le coupable abandon où il l'avait laissé, au risque d'amener un désastre ; et, d'autre part, il est impossible de ne pas remarquer que le général Dupont jouissant de l'estime et de l'affection, non seulement de tous les généraux qui ont combattu sous ses ordres, comme Watrin, Monnier, Gobert, Musnier, Malher, et d'hommes tels que Suchet, Oudinot, Macdonald, Moncey, Gazan, Loison, il se trouve que ce sont précisément tous ces généraux, plus Marmont et Davout, qui se font les accusateurs du général Brune et dirigent contre lui les imputations les plus graves. De semblables constatations suffisent pour réduire à leur valeur les accusations sans preuves, portées par le général Brune contre le général Dupont.
Nous avons montré comment les généraux de l'aile droite et du centre de l'armée d'Italie protestèrent contre l'infidélité des rapports du général Brune et contre « l'amalgame inconvenant » qu'il fit de tous les faits, dans un but d'intérêt personnel. Du général
(1) Archives de la guerre.
(2) Dans la Notice sur la capitulation de Baylen, placée à la fin de ses Mémoires, le général Thiébault dit que le général Dupont « ne perdait pas de vue l'occasion d ajouter à sa fortune commencée en Toscane par le vol de 1 5ooooo francs ». Ainsi, voilà un général français qui, écrivant, comme il le dit, devant sa conscience et devant Dieu, pour la postérité, accuse, sans l'ombre d'une preuve, un général français, d'avoir volé, et sait que son accusation ne se produira qu'après la mort de celui qu'il outrage !1 De quel nom qualifier un tel acte ? Nous y reviendrons, nous bornant, pour le moment, à affirmer que le général Dupont, de goûts très simples, ayant exercé pendant 47 ans les plus importantes fonctions, ayant reçu 200 000 francs de l'Empereur, et marié à une fille unique, riche, laissa, à sa mort, en i84o, une fortune de beaucoup inférieure à ce que Thiébault lui reproche d'avoir volé en Toscane.
Dupont, le plus lésé puisqu'il était le vainqueur de Pozzolo, il n'existe aucune réclamation, aucune plainte contre le déni de justice et l'oubli dont il est l'objet. Faisant son devoir simplement, noblement, il se trouve suffisamment récompensé par le témoignage de sa conscience et par l'estime que ne lui marchandent pas ses compagnons d'armes, généraux et soldats. Le général Brune altérait donc la -sérité, lorsqu'il écrivait au Premier Consul, le 2 pluviôse an IX : « Le général Dupont a jeté les bauts cris à l'occasion des lettres imprimées dans le Moniteur sur la bataille du Mincio. Il prétend qu'on a passé sous silence son passage du Mincio à la A'olla, et l'affaire vi\e et longue que les divisions Walrin et Monnicr ont eu à soutenir vers Pozzolo. L'éclat indécent que Dupont donne à ses plaintes m'ont rappelé naturellement la Toscane et ses suites : je me suis décidé à le renvoyer au ministre de la Guerre. »
Cet acte odieux acheva d'exaspérer l'armée contre le chef qu'elle ridiculisait et n'estimait point. « Votre départ inattendu a surpris toute l'armée, écrit au général Dupont l'adjudant commandant Brossier, le 21 pluviôse. Tous ceux qui en ont connu la cause en sont indignés. On en murmure presque tout haut et l'on espère vous revoir bientôt ici. » — <( Je vous suis et vous serai inviolablement attaché, écrit, le 26 pluviôse, le brave général Musnier, l'un des brigadiers de Desaix à Marengo... Nous vous attendons pour commander l'expédition de Naples, qui se fera avec le corps qu'a amené Murât et votre lieutenance. Voilà du moins ce que nous désirons et ce que nous regardons comme très probable. En mon particulier, je le souhaite de tout mon cœur. » — « En revenant à l'armée, écrit le lieutenant Maurice Dupin (aide de camp du général Dupont, pris par les Autrichiens le 2 janvier 1801 et remis en liberté le 28 février suivant), j'espérais retrouver le général Dupont et mes camarades, mais j'apprends qu'il est rappelé pour avoir, par son intrépide passage du Mincio, excité la jalousie d'un homme dont on ne tardera pas à reconnaître l'incapacité. » — Le 3 floréal an IX (22 avril 1801), Maurice Dupin écrivait à sa mère, à Nohant :
«... Mes camarades Merlin, Morin et Deconchy sont en route. Nous allons laisser notre général seul. On ne dit encore rien de certain sur les expéditions ; j'espère pourtant que lorsqu'on se sera décidé à quelque chose, on n'oubliera pas les lauriers du Mincio. C'est sur ces lauriers sanglants que nous avons déposé nos armes. Faudra-t-il donc que tant de braves officiers et de généreux soldats, sacrifiés là pour conquérir la paix, sortent de la tombe pour crier honte et vengeance contre de lâches calomniateurs ? Tu n'as pas d'idée de ce qui se dit autour du général en chef (Brune) pour pallier l'horrible indifférence avec laquelle il a laissé assassiner nos braves. Quelqu'un chez lui, par sa permission ou par son ordre, a osé dire, entre autres choses, que je m'étais fait prendre pour donner à l'ennemi le plan et la marche de l'armée. Le général Dupont et mes camarades, qui se trouvaient là, ont heureusement relevé ces pieds plats de la belle manière... »
Dans le courant du mois de pluviôse, le chef de brigade Sebastiani, du 9e de dragons, se rendit à Paris, dans le but, dit Marmont, « d'informer avec détail le Premier Consul des sottises sans nombre du général Brune pendant la campagne, de son incapacité, de sa déconsidération et de l'abjection dans laquelle il était tombé aux yeux de tous... Peu après, Brune fut rappelé et remplacé par le général Moncey, homme âgé et d'un caractère honorable, mais d'une capacité peu étendue. Les circonstances n'en demandaient pas une supé-
POZZOLO