‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 33 sur 97 · IO.S · texte numérisé non relu

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rieure ; il fallait seulement un esprit d'ordre, de la probité et un caractère modéré, qualités dont il était pourvu (i) ».

Le général Brune quitta l'armée dans la nuit du 7 mars 1801 pour se rendre à Paris. — Le traité de paix terminant la guerre de la deuxième coalition, avait été signé à Lunéville, le 9 février ; il concédait, comme celui de Campo-Formio, la rive gauche du Rhin à la France, et abandonnait le Milanais à la Cisalpine ; il donnait la Toscane à la maison de Parme, dépendante de la France, et rejetait l'Autriche derrière l'Adige.

On a dit, avec raison, qu'il n'avait manqué à la bataille de Pozzolo, pour avoir tout le retentissement qu'elle méritait, que d'avoir été gagnée par Bonaparte. Pour en enlever tout l'honneur au général Dupont, on en tut les détails, si glorieux, et on affecta de la considérer comme une sorte d'épisode de la bataille dite du Mincio, gagnée par Brune et comprenant les trois journées des ^, 5 et 6 nivôse : rien n'est plus faux, et il convient de reconnaître qu'en gagnant la bataille de Pozzolo, le général Dupont épargna vraisemblablement à l'armée française un désastre ; car si, par suite de la coupable inertie de Brune, l'aile droite et le centre eussent été jetés dans le Mincio, les Autrichiens n'eussent pas manqué de déboucher en masse à Borghelto, ce qui eût mis les divisions deMonzambano dans une position des plus critiques.

En somme, grâce aux mesures prises, bon nombre des chefs militaires de haut rang ignorèrent que le général Dupont fut le véritable vainqueur de Pozzolo.

Dans le discours prononcé à la Chambre des Pairs par le maréchal Mortier, le 17 juin 1826, à l'occasion du décès du maréchal Suchet, l'orateur s'exprima ainsi :

« Il est des temps où la fortune semble se plaire à combler le talent de ses faveurs. Suchet, que tant de hauts faits venaient de couvrir de gloire, trouve encore, à Pozzolo, l'occasion de s'élever, par une victoire, au rang des grands généraux de l'époque.

« L'armée avait reçu l'ordre de passer le Mincio ; les troupes s'étaient portées aux points indicpiés lorsqu'un nouvel ordre vint suspendre le mouvement. Mais le général Dupont, avec ses deux divisions, avait déjà effectué le passage, il était engagé avec trente mille Autrichiens. Pressé de toutes parts il devait succomber; ayant eu connaissance de la position critique de ce général, Suchet cédant au mouvement de cœur d'un bon camarade et n'écoulant que le désir de servir et de sauver Dupont, vole à son secours avec ses troupes, malgré les ordres de retraite qu'il a reçus. Ces deux divisions réunies ne comptaient pas

(1) Il est à remarquer que Marmont, clans ses Mémoires, se donne partout le rôle le plus brillant et rabaisse avec complaisance le mérite de ses collègues et de ses chefs. Ainsi, il ne voit dans la glorieuse bataille de Pozzolo qu'une « échauffourée » sans objet, où l'artillerie joua le rôle prépondérant. « Le général Dupont, écrit Marmont, passa et s'éloigna même de la rivière beaucoup plus qu'il n'aurait dû le faire d'après le plan général ; les ennemis accoururent et le forcèrent à se replier, et, dans la poursuite, ils vinrent se faire écraser par le canon placé sur la rive droite... Cette échauffourée était stms objet, puisque les trois quarts de l'armée étaient au repos et ne prenaient pas part au combat. L'afTaire se composa d'une série de mouvements en avant à la poursuite de l'ennemi, quand le feu de l'artillerie de la rive droite le forçait déjà à se retirer, et de mouvements de retraite quand on avait poussé l'ennemi hors de la portée de notre artillerie. » Par cette description de la bataille de Pozzolo, l'homme des Arapiles et de l'Essonne donne la mesure de son caractère et de son talent.

(2) Dans ses Mémoires, Napoléon distingue la bataille de Pozzolo, action principale, et le passage de Monzambano, action secondaire.

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j)lus de dix-huit mille hommes, mais les talents de leurs chefs suppléèrent au nombre. Les Autrichiens lurent culbutés, quatre mille prisonniers, des drapeaux, une grande partie des canons de l'ennemi lurent les trophées de celte sanglante journée. »

Certes, le général Suchet avait agi, à Pozzolo, en homme de cœur, mais il n'en est pas moins certain qu'il resta sur la rive droite du Mincio et n'exerça aucun commandement pendant la bataille. Le maréchal Mortier faisait donc erreur en disant que le général Suchet s'éleva, par la victoire de Pozzolo, au rang des grands généraux de l'époque. C'est le général Dupont seul qui commanda en chef à Pozzolo, et tout l'honneur de la victoire lui revient au môme titre que la gloire d'Auerstàdt appartient tout entière au maréchal Davout; il compta, de ce jour, parmi les généraux, peu nombreux, qui avaient gagné de grandes batailles. Mais Bonaparte ne voulut pas que les rapports détaillés sur la victoire de Pozzolo fussent publiés, et il remit le général Dupont simple divisionnaire, tout en donnant le commandement d'un corps d'armée à Marmont, qui n'avait gagné aucune bataille et dont la valeur militaire n'approchait pas de celle du général Dupont, beaucoup plus ancien d'ailleurs dans le grade de général de division.

Voulant rétablir la vérité des faits, le général Dupont adressa au duc de Trévise la lettre suivante :

Paris, le i!\ juin 1826.

Monsieur le Maréchal,

J'ai lu avec le plus vif intérêt le discours que vous avez prononcé à la Chambre des Pairs, et dans lequel vous avez rendu un juste hommage à la mémoire de M. le maréchal duc d'Albuféra. Le soin de retracer la glorieuse carrière qu'il a parcourue appartenait à l'un des illustres chefs de l'armée, et il ne pouvait être plus dignement rempli.

En rappelant les événements militaires qui ont montré dans M. le maréchal Suchet l'heureux accord de l'habileté et d'un noble caractère, vous avez particulièrement fait remarquer la victoire de Pozzolo. C'est dans cette journée qu'il s'est porté à mon secours avec son corps d'armée, et je suis heureux de reconnaître les preuves qu'il y a données de ses sentiments élevés et inaccessibles à de fausses rivalités. L'honneur que vous m'avez fait de me nommer avec des expressions flatteuses dont j'ai à vous remercier, m'autorise à confirmer la vérité des éloges que vous lui avez décernés ; mais je dois faire davantage, car il a fait plus que de me secourir et je dois en môme temps conserver au corps que j'ai commandé ce qui lui appartient dans l'une des opérations les plus mémorables de la guerre d'Italie.

Permettez-moi donc, M. le Maréchal, de retracer quelques circonstances de la bataille de Pozzolo. Elles serviront à en faire apprécier les chances extraordinaires et les résultats, et elles ajouteront encore aux titres de gloire de M. le maréchal Suchet.

L'armée d'Italie s'avançait pour forcer le passage du Mincio ; je commandais l'aile droite composée de trois divisions ; mais la division italienne du général Pino était en ce moment éloignée de moi, et je marchais avec les divisions Watrin et Monnier. D'après les dispositions du général en chef Brune, tous les corps de l'armée devaient opérer leur passage dans la nuit du 4 nivôse an IX, l'aile droite près de la Volta, et les autres corps à Monzambano. J'exécute mon opération ; un pont est jeté sur le Mincio au-dessous du moulin de la Volta et la brigade Musnier de la division Watrin s'empare de la rive opposée. Après ce premier succès, je vois arriver à huit heures du matin le lieutenant général Suchet, qui me prévient que le passage de Monzambano n'a pu s'effectuer, que l'opération a été remise au lendemain, et que toute l'armée a l'ordre de suspendre son attaque. Sur cet avis, ma première disposition est d'arrêter le mouvement de mes troupes ; mais je suis tout à coup frappé de l'idée que je puis rendre un grand service à l'armée en facilitant son passage et en lui offrant un pont déjà établi. Je prévois les difficultés plus grandes d'une seconde opération et je ne puis me résoudre à perdre le fruit du

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sang et des efforts que nous a coulés l'avantage que nous venons d'obtenir. Entouré de mon étatmajor, je fais part de ces réflexions au lieutenant général Suchet, et je lui dis : La fortune nous tend les bras ; promettez-moi de m' appuyer et je maintiendrai le pont de l'aile droite, pour donner à l'armée le temps d'arriver et d'en profiter. Mon attente ne fut pas trompée. Il apprécie tous les motifs militaires du plan que je lui propose ; il en voit en même temps les graves dangers, et il me promet sans hésiter l'appui de ses troupes. Animés du même enthousiasme dans un moment où je prends la résolution de maintenir le passage du Mincio et où il se décide noblement à me soutenir, nous nous hâtons de faire les dispositions qu'exige une opération si importante. Il court rassembler ses troupes qui se repliaient sur leurs cantonnements, et je presse le mouvement de la division Watrin. Le combat, ralenti un moment, devient plus vif. La division Monnier, que la difficulté du chemin avait retardée, arrive à onze heures, et je la dirige sur le village de Pozzolo (pie l'ennemi menaçait avec de grandes forces.

L'événement avait justifié ce qu'il était facile de prévoir. M. le comte de Bellegardc, commandant en chef l'armée autrichienne, voyant l'attaque de Monzambano suspendue et n'ayant plus d'inquiétude sur ce point, s'était porté contre l'aile droite. Ses forces augmentent avec rapidité ; il nous oppose partout de nouvelles troupes, et le combat devient à chaque instant plus inégal. Deux divisions ont à soutenir l'effort d'une armée entière.

Je n'entre point dans les détails de tous les mouvements que nous avons opérés sur le terrain pour résister à un ennemi dont l'immense supériorité était aussi redoutable. Notre position était peut-être sans exemple ; mais le courage de nos troupes était exalté au plus haut degré ; l'habileté des chefs et l'ardeur de tous les olliciers s'élevaient avec le danger, et j'avais une confiance entière dans les promesses du lieutenant général Suchet. Son activité triomphe de tous les obstacles qui l'ont empêché de me joindre aussitôt qu'il l'avait espéré : il arrive à trois heures sur les hauteurs de la rive droite qui dominent le champ de bataille où mes deux divisions luttaient seules depuis le matin. 11 fait passer successivement le Mincio à la plus grande partie de son corps d'armée. Ces troupes, conduites par des chefs distingués, font remarquer la vigueur et la précision de leurs mouvements, et elles abordent partout l'ennemi avec la plus grande valeur. Dans le même temps, plusieurs régiments de troupes à cheval commandés par M. le général Davout, et un renfort d'artillerie arrivent également au pont de la Volta, pour prendre part au combat. Ces corps n'avaient pas reçu d'ordres du général en chef, qui n'a pas cru devoir quitter la position de Monzambano, et c'est par une généreuse résolution que leurs chefs s'étaient portés de leur propre mouvement sur le terrain où le feu du combat se faisait entendre.

Après une action qui a duré douze heures, la réunion de ces secours fixe enfin la victoire. L'armée ennemie est complètement défaite et mise en fuite. L'aile droite soutenue si glorieusement par le corps du lieutenant général Suchet et par les autres troupes qui ont volé à son appui, reste maîtresse de son champ de bataille. La barrière du Mincio est forcée et le succès de la campagne assuré.

Vous voyez, M. le maréchal, cjue M. le maréchal Suchet ne m'a pas seulement secouru, mais qu'en adoptant mon plan d'opérations, il a contribué à amener la bataille de Pozzolo, qui n'aurait pas été livrée si le concert qui a régné entre nous n'avait pas eu lieu. Je lui dois d'avoir exécuté une entreprise que je n'aurais pas tentée, sans la promesse de son appui. Ses talents militaires et les qualités de son cœur ont reçu un brillant éclat dans cette circonstance, et je remplis aujourd'hui un devoir auquel il m'est honorable de satisfaire en retraçant des faits dont la connaissance intéresse tous les corps qui ont partagé la gloire de cette journée.

Je vous prie, M. le maréchal, d'agréer l'assurance de ma haute considération et de mon sincère attachement.

Signé : le comte Dupont.

P. -S. — Je me propose M. le maréchal, de faire imprimer celle lettre, et j'ai lieu de penser que vous le jugerez convenable (i).

(i) Archives Dupont.

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