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CHAPITRE III

A son retour à Paris, dans les premiers jours de février 1801, le général Dupont fut accueilli affectueusement par le ministre de la guerre et par le Premier Consul, empressés de montrer le mépris cpie leur inspiraient les misérables dénonciations dont il avait été l'objet à son insu. Il résida à Paris, en attendant qu'il fût pourvu d'un commandement.

Les lettres suivantes, de Maurice Dupin à sa mère, mettent en relief les qualités qui faisaient aimer le général Dupont de tous ceux qui rapprochaient, sa bonté, sa modestie, son éloignement de toute démarche, de toute sollicitation pouvant ressembler à de l'in-

trigue :

Paris, 25 germinal an IX (i4 avril 1801) (1).

... Je fus voir le général Dupont le matin même de mon arrivée. Il n'y était pas ; j'y retournai à cinq heures, je le trouvai à table avec plusieurs autres généraux. En me voyant entrer il se leva pour m'embrasser. Nous nous sommes serrés mutuellement avec la plus vive affection et des larmes de joie dans les yeux. Morin était fou de plaisir. Pendant le diner, le général s'est plu à citer plusieurs traits honorables pour moi et à faire mon éloge. En rentrant au salon, nous nous sommes encore embrassés. Après tant de périls et de travaux, cette réception amicale était pour moi bien douce, j'étais suffoqué d'attendrissement.

(1) Dans une précédente lettre, datée de Florence le 2G vendémiaire an IX (17 octobre 1800), le lieutenant Dupin, alors officier de correspondance, écrivait à sa mère :

« ... Je ne veux point quitter le général Dupont ; il me veut du bien. . Le général a trois aides de camp. Le troisième est Merlin, fils du directeur. Il était aide de camp de Bonaparte et a fait avec lui les campagnes d'Egypte. Il est capitaine dans mon régiment ; sa sœur avait épousé notre colonel peu de temps avant qu'il fût tué. Bonaparte, ne gardant plus que des aides de camp chefs de brigade, nous l'a envoyé au retour de la campagne de l'armée de réserve. C'est un fort bon enfant. Moi, je suis l'officier de correspondance attaché immédiatement au général, logeant et vivant avec lui. Je suis devenu décidément l'homme de confiance pour les missions délicates et rapides. Nous avons un état-major composé de plusieurs officiers, mais qui ne vivent point avec nous. Notre société se compose de Merlin, Morin, de Conchy, Barthélémy, frère du Directeur, Georges La Fayette et moi. C'est avec Georges La Fayette que je suis le plus lié. C'est un jeune homme charmant, plein d'esprit, de franchise et de coeur. Il est sous-lieutenant au IIe régiment de hussards et commande trente hussards de notre escorte... » — Maurice Dupin devint aide de camp du général Dupont le 28 frimaire an IX (kj décembre 1800).

C\MP DE BOULOGNE If) y

l»ii 4 nivôse an X (a5 décembre 1801).

... C'est aujourd'hui que nous avons célébré l'anniversaire du fameux passage (du Mincio). Presque toute l'aile droite était réunie chez mon général. On ne se doutait pas qu'il y aurait des couplets. Je lis un gros paquet de mauvais vers, que son domestique fut chargé d'apporter au milieu du dîner. Le général décacheté avec empressement et le voilà de pouffer de rire. C'était toute nue relation héroïco-burlesque de l'affaire. Il la lut tout haut, et chacun de rire aussi en se récriant sur la véracité des faits Ou s'est levé de table en riant et en chantant et en rentrant au salon nous nous sommes tous embrassés les uns les autres, Dupont commençant par moi. Si jamais on a vu de l'égalité et de la fraternité régner tout de bon parmi quelques hommes, c'était bien entre nous dans ce moment-là

Paris, du i5 nivôse (5 janvier 1802).

... Mon général est parti pour les Ardennes décidément... Le général croit cjue nous recevrons quelque commission importante au retour du grand patron. (Bonaparte, alors à Lyon où il présidait la Consulte italienne.)

Du 4 pluviôse (a3 janvier 1802).

Le général Dupont va revenir des Ardennes ; il m'a envoyé du chevreuil et du sanglier,

me chargeant d'en faire passer une partie au général Moreau

Paris, 7 ventôse (2(3 février 1802).

Le général Dupont est enfin revenu. Morin, De Conchy et moi, nous avons pris le parti

de le tourmenter pour le faire aller à la Cour. S'il oublie de s'y montrer, on oubliera de lui donner de l'emploi, et cette inaction ne fait pas trop nos affaires

Du 24 ventôse (i5 mars 1802).

Mon général est très bien, pour le coup, avec Buonaparle. Celui-ci l'a envoyé chercher,

et, après quelques reproches obligeants sur son éloignement, il lui a donné le commandement de la 2e Division militaire, forte de 25 mille hommes. Elle occupe les Ardennes et le pays de Luxembourg. Ainsi nous voilà en pleine activité. Buonaparte a ajouté qu'aussitôt que Dupont verrait quelque emploi plus avantageux, il lui en fit la demande

Le général Dupont reçut sa nomination de commandant de la 2e division militaire, le 22 mars 1802 (ier germinal). Cette division comprenait les départements des Ardennes, de la Marne et de la Meuse, où se trouvaient alors sept régiments de cavalerie et trois demibrigades d'infanterie (1); on y comptait douze places fortes. Il se rendit à Charlcville aussitôt après les fêles du Concordat, et ne tarda pas à recevoir de la population si patriotique des Ardennes, ainsi que des troupes placées sous son commandement, les témoignages les plus flatteurs de l'estime et de l'admiration qu'inspiraient ses qualités personnelles et ses glorieux services.

(1) Le général Dupont avait sous ses ordres le général Rouyer, à Mézièrcs, le général Roussel, à Verdun, et le général Guérin (d'Etoquigny) à Chàlons. Les demi-brigades d'infanterie de ligne étaient la 12'', à ^t•^dun, la l4e, à Sedan et à Mézières, la 113e, à Givet. Il y avait 4 régiments de cavalerie, le 4'' à Cliarleville, le 7e à Stenay, le 16e à Vitry, le 17e à Commercy, et 3 régiments de chasseurs, le Ier à Verdun, le 6e à Sedan, Donchery et Mouzon, et le 16'' à Saint-Mihiel.

iq8 le général di pont

C'ei st avec une Lien grande satisfaction que j'ai appris que vous veniez prendre le commandement de cette division, lui écrit, le i!\ messidor an X, le chef de brigade Montbrun, du Ier régiment de chasseurs à cheval. Le général Morand, qui m'a plusieurs lois parlé de vous, a lait naître en moi le plus vif désir de vous présenter mes hommages, et je suis très flatté que la circonstance me soit favorable aujourd'hui. Agréez donc, je vous prie, mon général, l'assurance de mes respects, en attendant que j'aie l'honneur de vous exprimer de vive voix combien le régiment qui se recommande à votre bienveillance est satisfait de servir sous vos ordres.

Il me sera bien agréable d'être près de vous, mon général, l'interprète de son attachement, puisqu'il me sera permis de vous parler en même temps des sentiments de dévouement et de la considération la plus distinguée avec lesquels j'ai l'honneur d'être.

Votre subordonné.

Signé : Montbrun.

À Verdun, le i4 messidor an X.

Je vous adresse une lettre du général de division Morand que j'aurais eu l'honneur de vous présenter moi-même s'il m'avait été possible dans ce moment de me rendre près de vous (i).

Le Premier Consul avait décidé qu'un Te Deuin solennel serait chanté à Notre-Dame, le jour de Pâques 1802 (18 avril), pour célébrer la paix générale et la réconciliation avec l'Eglise. Malgré les répugnances hautement manifestées par ses généraux, il ordonna qu'ils l'accompagneraient et feraient partie de son cortège. « Paris commence à m'ennuyer passablement, écrivait Maurice Dupin, le 23 germinal (i3 avril). C'est toujours la même chose : des grands airs, de grandes vanités et des ambitions mal dissimulées, qui ne demandent qu'à être caressées pour se montrer. Le grand patron ne s'en fera pas faute, je crois, quand il l'osera. Le Concordat ne fait pas ici le moindre effet. Le peuple y est indifférent. Les gens riches, même ceux qui se piquent de religion, ont grand'peur qu'on n'augmente les impôts pour payer les évêques... Tu as sûrement lu la bulle du pape écrite dans le style de l'Apocalypse et qui menace les contrevenants de la colère de saint Pierre et de saint Paid. Quant à moi, sauf meilleur avis, je trouve que nous nous couvrons de ridicule. On va faire une très belle cérémonie à Notre-Dame, dans laquelle, pour nous faire avaler la messe, on appellera le secours de la musique de Paësiello et tout l'appareil militaire »

Dans sa lettre du 3o germinal, le jeune aide de camp donne ses impressions sur la fête du Concordat, où il faisait partie du cortège avec le général Dupont :

Les journaux t'ont sans doute fait un récit très pompeux de la fête du Concordat. J'étais

du cortège à cheval avec le général Dupont, qui en avait reçu l'ordre ainsi que tous les généraux actuellement à Paris. Ils y ont donc tous figuré, à peu près comme des chiens qu'on fouette. Nous avons défilé dans Paris aux acclamations d'une multitude qui était plus charmée de l'appareil militaire que de la cérémonie en elle-même. Nous étions tous très brillants, et, pour ma part, j'étais magnifique. Paméla (sa jument) et moi, dorés de la tète aux pieds.

Le légat était en voiture et la croix devant lui dans une autre voiture. Nous n'avons mis

(1) Archives Dupont.

pied à terre cju'à la porte de Notre-Dame, et tous ces beaux chevaux richement caparaçonnés, qui piaffaient et se querellaient autour de la cathédrale, offraient un coup d'œil singulier. Nous sommes entrés dans l'église aux sons de' la musique militaire, qui a cessé tout d'un coup à l'approche du dais sous lequel les trois Consuls se sont placés et ont été conduits en silence, et même assez gauchement, jusqu'à l'estrade qui leur était destinée. Le dais sous lequel a été reçu le Consul avait l'air d'un baldaquin de lit d'auberge ; quatre mauvais plumets et une méchante petite frange. Celui du cardinal était quatre fois plus riche, et la chaire splendidement drapée. On n'a pas entendu un mot du discours de M. de Boisgclin. J'étais à côté du général Dupont, derrière le Premier Consul. J'ai parfaitement joui de la beauté du coup d'œil et du Te Deum. Ceux qui étaient au milieu de l'église n'ont rien entendu. Au moment de l'élévation, les trois Consuls ont mis genou en terre. Derrière eux étaient au moins quarante généraux, parmi lesquels Augereau, Alasséna, Macdonald, Oudinol, Baraguey-d'IIilliers, Lecourbe, etc. Aucun n'a bougé de dessus sa chaise, ce qui formait un drôle de contraste. En sortant, chacun est remonté sur son cheval et s'en est allé de son côte, de sorte qu'il n'y avait plus que les régiments et la garde dans le cortège. Il était cinq heures et demie et l'on mourait d'ennui, de faim et d'impatience

Dans sa correspondance avec sa mère, le lieutenant Dupin décrit d'une manière très humoristique, en soldat fier de ses belles tenues et amoureux de Faction, de la chasse, les occupations du général Dupont et de son état-major clans les Ardennes :

Charleville, le Ier messidor (20 juin 1802).

Nous faisons un étalage du diable avec nos grands plumets, nos dorures et nos beaux

coursiers. 11 est parlé de nous jusqu'à Soissons et jusqu'à Laon. Mais tant de gloire nous touche peu, et nous aimerions mieux être moins propres que d'user notre ardeur à faire la parade. En outre, on est curieux et bavard ici comme à La Châtre. Le général a voulu déjà tenter quelque aventure, mais il n'eut pas parlé deux fois à la même femme qu'il s'éleva une clameur immense

dans les trois villes de Sedan, Mézièrcs et Charleville Nous n'avons rien à faire du tout.

Deconchy fait les fonctions de chef d'état-major et a l'air de griffonner toujours quelque chose. Morin fait des enveloppes, les défait, les recommence

Le 11 messidor, à Bellevue, près Sedan.

Nous sommes toujours opiniâtrement juchés sur nos hauteurs de Givonne, à la porte de

Sedan. Le général, qui aime la campagne et la chasse, se trouve ici plus à même de satisfaire ses goûts, et nous nous morfondons à courir les bois et les champs avec lui par un temps détestable

Charleville, le 16 messidor.

Nous sommes revenus ici depuis quatre jours pour nous lancer des plaisirs champêtres dans le tourbillon du inonde. Ce tourbillon est composé d'oisons bridés des deux sexes qui s'acharnent autour d'une table de bouillotte à se gagner les uns aux autres un petit écu en quatre heures de temps. J'y baille à me décrocher la mâchoire

Charleville. le 8 thermidor an x (17 juillet 1802).

Dupont est pourtant d'un excellent caractère, et peu de généraux sont aussi bienveillants et aussi expansifs

200 il SÉNl KM. Dl PONT

De Ik'llevue, le (J fructidor (i4 août).

Nous menons une vie errante et vagabonde, poursuivant les sangliers et les biches à

travers les bois et les rochers Les rochers et les précipices ne nous permettent pas de chasser

à cheval, et le général, qui >c pique d'être un grand marcheur, tire la langue d'un demi-pied... demain nous avons rendez-vous à Bouillon pour l'attaque d'un sanglier

De Cliarleville, le 20 fructidor (G septembre 1802).

Nous sommes de retour depuis hier seulement Les états-majors sont en pleine défaveur. Dupont est sous la remise et moi dans le cul-dc-sac. L'orgueil du grand état-major est pousse au suprême degré, et tout ce qui voudra singer la puissance sera toujours éloigné. Chaque général, sous ce nouveau régime, est nécessairement regardé comme un rival s'il a du mérite, comme un ennemi s'il n'en a point. Ceux qui l'entourent sont présumés partager ses passions ou ses opinions. On ne peut pas voir de très bon œil tous ces hommes qui étaient puissants avant qu'on fut quelque chose ; on redoute leurs regards, leur critique, et on a peur même (je te dis cela parce que je le sais) des jeunes aides de camp railleurs, qui ne se sont pas agenouillés à Notre-Dame pour saluer le retour des grands oripeaux

De Cliarleville, Ier jour complémentaire an \ (17 septembre 1802).

... Demain, nous repartons pour la chasse Nous reviendrons pour le Ier vendémiaire,

que nous devons célébrer par une petite guerre dans la plaine, entre Mézières et Sedan

Du 18 nivôse an XI (8 janvier i8o3).

Quant à Dupont, qui est fou, mais qui est brave (on ne peut pas lui refuser cela), et

qui, certes, s'est admirablement comporté en Italie, non seulement il n'est pas invité (à la Cour), mais encore il est reçu froidement. Je dis vingt t'ois par jour : C'est comme autrefois et la révolution n'a rien changé. Hélas ! où sont nos rêves de 89 ?

Du 10 thermidor (29 juillet).

Je pars pour Sedan, où Buonaparle va passer, et où nous devons aller à sa rencontre

le 18 ou le 20

(Jharleville, du 10 thermidor (3 août i8o3).

... Nous attendons Buonaparte d'un moment à l'autre... Nous avons réuni à Sedan trois régiments de cavalerie et quatre demi-brigades. Nous ferons l'exercice à feu et nous manœuvrerons

dans la plaine Dupont n'est pas du tout enthousiasmé de l'idée d'une descente en Angleterre.

Soit humeur, soit défiance, il n'a pas le désir de s'en mêler la vie de garnison m'est

odieuse

Le Ier régiment de chasseurs ayant dû quitter Verdun pour se rendre à Gand, le chef de brigade Montbrun (1) écrivit au général Dupont la lettre suivante :

(1) Tué à la Moskowa, général de division.

Y (iand, le ia messidor an XI (i,r juillet).

Mon Gêné

Les regrets que nous avons eus en vous quittant augmentent tous les jours, et, sans l'accueil flatteur que le généra] Belliard veut bien nous faire, nous sentirions trop fortement notre changement. Il nous reste encore l'espoir d'être sous vos ordres ; je ne saurais trop vous exprimer combien je désire que le Régiment puisse >ous témoigner la reconnaissance qu'il vous doit de l'affection que vous avez eue pour son chef.

Hier nous avons passé la revue du général Belliard. Il l'a vu avec toute votre indulgence et nous a témoigné sa satisfaction sur sa bonne tenue. Le Consul est attendu avec la plus vi\e impatience. Il parait qu'il sera reçu avec enthousiasme dans le déparlement ; l'on fait les plus grands préparatifs, tout annonce la plus grande pompe. L'intention du général Belliard est de nous faire participer aux fêtes de la ville de Bruxelles.

Conservez, mon général, un souvenir pour un régiment qui vous est tout dévoué, et permettez que je m'adresse directement à vous, persuadé que vous voudrez bien vous intéresser pour lui lorsque vous pourrez lui être utile (i).

J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée,

Votre subordonné.

Signé : Montbrun.

A la date du ior prairial an XI (20 mai i8o3), la 2B division militaire comprenait les corps suivants : 12e de ligne, à Mézières ; 111e de ligne, à Verdun; 25e légère, à Montmédy; 26e légère, à Sedan; 3 Ie légère, à Givet; 4e de cuirassiers, à Charleville; 70 de cuirassiers, à Givet; 16e de cavalerie à Chàlons; i4u de cavalerie, à Commercy ; 21e dragons, à Sedan; 1" chasseurs, à Verdun; 16e chasseurs, à Saint-Mihiel. En y ajoutant les vétérans nationaux, le train d'artillerie, le parc de construction à Sampigny, la gendarmerie à pied et à cheval, les officiers généraux et employés militaires, l'effectif total des forces de la division se montait à i3 107 hommes et 3 56i chevaux.

A cette époque, le Premier Consul avait résolu de franchir le détroit de Calais et d'aller à Londres même, avec une armée de i5o mille hommes, imposer à l'Angleterre une paix définitive. Le 25 prairial an \1 (i^ juin i8o3), il avait prévenu Berthier, ministre de la guerre, de son intention de former six camps, destinés à composer une seule armée, et devant être placés, un en Hollande, un à Gand, un à Saint-Omer, un à Compiègne, un à Saint-Malo, un à Bayonne.

Le camp de Hollande fut placé à Utrecht ; le général Victor en eut d'abord le commandement, et fut remplacé, au mois de mars i8o4, par le général Marmont. — Le camp de Gand l'ut placé à Bruges par décision du 26 messidor (i5 juillet i8o3). Le Premier Consul prescrivit d'établir à Ostende et à Dunkerque des camps en baraques, qui seraient occupés tout l'hiver, les généraux de division et les généraux de brigade devant être baraqués au milieu de leurs troupes. Le général Davout fut nommé général en chef commandant le camp de Bruges, le 28 août i8o3. — Les troupes du camp de Saint-Omer, sous les

(1) Archives Dupont.

205i ir. m:\r.ii\T. dupont

ordres du général Soult, vinrent camper autour de Boulogne, sur les deux plateaux dont récartemenl Forme le grand bassin où devaient s'abriter 12 ou i3oo petits bâtiments de la flottille de transport. Les soldats campèrent en plein cliamp, dans des baraques construites avec des bois fournis par les forêts environnantes. — Le camp de Compiègne, transporté à Monlreuil, petite ville fortifiée, à quatre kilomètres seulement de la côte, dut établir également un camp en baraques autour du petit port d'Etaples, situé à l'embouchure de la Candie, et à cinq lieues au Sud de Boulogne. Le Premier Consul en réserva le commandement au général Ney, chargé alors d'une mission en Suisse.

Des travaux considérables furent entrepris pour approfondir les bassins de Boulogne et d'Élaples, et pour y établir des quais d'embarquement. On fit de même pour les baies de Wimereux et d'Ambleleuse, situées, la première à une lieue, et l'autre à deux lieues au Nord de Boulogne. Le Premier Consul, voulant s'assurer par ses propres yeux de l'exécution de ses ordres, se rendit d'abord à Boulogne, puis visita successivement Calais, Dunkerque, Ostende et Anvers, où il se proposait de créer un établissement comparable à ceux de Brest et de Toulon ; il gagna ensuite Gand et Bruxelles, où il fit un séjour et tint une cour brillante.

Rappelé à Paris par de nombreuses affaires, le Premier Consul passa par Liège, Namur et Sedan. Il s'arrêta dans cette dernière ville pour y faire manœuvrer les troupes de la 2e division militaire, et fut frappé de leur tenue et de leur entrain. Il en témoigna toute sa satisfaction au général Dupont, et lui décerna une paire de pistolets, à l'envoi desquels le ministre de la guerre joignit la lettre suivante, qui reconnaît hautement la notoriété dont jouissait si justement le vainqueur de Pozzolo :

Paris, le Ier fructidor an XI.

Le Ministre de la Guerre, Au Général Dupont commandant la 2r division militaire à Mézières.

Le Premier Consul, citoyen Général, en parcourant votre Division, a été très satisfait de l'esprit des troupes et de l'état dans lequel il a trouvé toutes les parties confiées à vos soins.

Vous recevrez une paire de pistolets qu'il me charge de vous envoyer en son nom. Conservez-la comme un gage qui vous rappellera que vous avez augmenté pendant la paix les droits que les événements de la guerre vous avaient déjà acquis à la reconnaissance publique (1).

Je vous salue,

Signé : Alex. Berthier.

Ainsi le Premier Consul reconnaît officiellement, par l'intermédiaire du ministre de la guerre, que les services de guerre du général Dupont lui ont acquis des droits à la reconnaissance de la patrie. Pourtant, au moment de pourvoir aux grands commandements de l'armée qu'il destine à la conquête de l'Angleterre, il remet simple général de division son brillant chef d'état-major de l'armée de Marengo, le lieutenant général qui, commandant un corps d'armée, a donné la preuve de son talent en gagnant la

(1) Archives Dupont.

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