DE 1784 A MARENGO
Pierre, comte Dupont, seigneur de l'Étang, naquit, le [\ juillet 1760, à Chabanais (Charente), d'une famille noble (1). Elevé dans un milieu où l'esprit militaire dominait, il manifesta de bonne heure un goût très prononcé pour la carrière des armes. Après d'excellentes études, faites à Paris, au collège de Lisieux, il entra, en 178/1, dans un corps français, levé par le comte de Maillebois pour le service de la Hollande.
Les sept Provinces-Unies, constituées en république fédérative, possédaient alors une excellente marine, mais leur armée de terre était très peu nombreuse. Elles avaient pour
(1) Le général Dupont était fils de Isaac Pierre Dupont, seigneur de Savignat, avocat en parlement et juge sénéchal, né en 1724 et mort en 1810, dont un frère, Pierre Joseph, seigneur deChaumont, né en 1728 et mort en 1785, fut chef de bataillon au régiment de La Fère. Leur père, François Dupont, né en 1686 et mort en 1751, était procureur fiscal, juge sénéchal de la principauté de Chabanais. Les Dupont avaient, dans leurs armes, un pont argent à trois arches sur azur et surmonté de trois étoiles argent.
Pierre, seigneur de l'Etang, comte Dupont, né en 1760 et mort en i84o, eut six frères et trois sœurs; ces dernières vécurent à peine quelques mois. Les frères furent :
i° François Isaac, né en 17C2, mort en 1766 ;
2° Antoine Pierre, seigneur de Chaumont, né en 1769, mort en i838, qui devint général de division sous le nom de Dupont-Chaumont, et eut le commandement de l'Ecole militaire de Saint-Cyr en 181 \ ;
3° Pierre, seigneur de Poursat, né en 1761, mort en 1 83(5, qui fut évèque de Coutances ;
4° Pierre, seigneur de l'Étang, comte Dupont, né en 17(15, mort en i84o, qui s'illustra dans de nombreuses batailles, comme général de division; épousa, en i8o4, Grâce Bergon, morte le i3 juin i858 ;
5" François, dit de Savignat, né en 176g, mort en i845 ; lieutenant d'artillerie en Hollande en 1787, sous-lieutenant au 22e régiment d'infanterie, le 12 septembre 1 791 , devenu aide de camp du général duc d'Aumont le 18 décembre suivant, capitaine au 24e régiment d'infanterie le 12 janvier 1792 ; servit à l'armée du Nord, et fut autorisé, le 12 octobre 1793, par les représentants du peuple à cette armée, à se retirer à Chabanais pour y attendre les ordres du ministre de la guerre ; devint, le 3 brumaire an 4, aide de camp du général Dupont-Chaumont, son frère, fut promu chef d'escadron le 20 pluviôse an 4, passa inspecteur général des haras, le 2i juillet 1806, et fut nommé colonel pour tenir rang par ordonnance du i3 août 181.4 ;
6° Antoine Isaac, qui vécut deux ans ;
70 Pierre Joseph, né et mort en 1773.
Le général comte Dupont eut deux enfants: un fils, Gustave, né en 1806 et mort en 1 8 4 3 , dont le fils, Arthur, comte Dupont, est actuellement vivant, et une fille, Athénaïs, qui épousa le comte des Bassayns de Richeraont, et eut deux fils, Alexandre, comte de Richemont, député de l'Inde, et Edgard, comte de Richemont, actuellement vivants, et deux tilles qui s'allièrent à la famille de Dampierre.
François Dupont de Savignat, colonel d'état-major, eut quatre fils et une fille, Grâce Claire, qui épousa L. Hippolyte Carnot, né en 1801, mort en 1888, fils de l'organisateur de la victoire et père de Sadi-Carnot, président de la République, marié à Cécile Dupont-White ; de ce mariage sont nés quatre enfants : Claire Carnot, mariée à Paul Cunissct ; L.-II. Sadi Carnot, né en 186."), officier ; Ernest Carnot et François Carnot, qui ont épousé Marguerite et Valentine Chiris. Hippolyte Carnot, père du président de la République, eut un second fils, Adolphe Carnot, savant distingué, actuellement directeur de l'Ecole des mines.
voisin l'empereur d'Autriche, Joseph II, souverain du pays belge, et des dillicultés s'étanl élevées au sujet de la navigation de l'Escaut, la Hollande s'était vue dans la nécessité de recruter partout des officiers et des soldats, afin de résister aux prétentions de son puissant adversaire.
Le comte de Maïïlebois avait ainsi recruté, pour les Hollandais, une légion composée de toutes armes, et la haute réputation dont il jouissait depuis les guerres d'Italie où il avait servi sous les ordres du maréchal son père, et depuis la prise de Mahon, avait attiré dans sa légion un grand nombre de jeunes gens pleins d'enthousiasme. Mais, au moment d'entrer en campagne, la paix se fit, et la légion de Maillebois fut licenciée (i).
Le jeune Dupont passa alors dans l'artillerie hollandaise, avec le grade de lieutenant. Il y resta jusqu'en 1 79 1 , époque où, pressentant que de graves événements allaient s'accomplir, il rentra au service de France, et fut nommé sous-lieutenant au régiment d'Auxerrois Infanterie (devenu 12e régiment d'infanterie de ligne), par le général Rochambeau, le 21 juillet. Confirmé dans ce grade le i5 septembre 1791, il passa, comme capitaine, au régiment de Brie Infanterie (plus tard 24" régiment d'infanterie de ligne), le 12 janvier 1792, et devint aide de camp du général Théobald Dillon, le i0" avril de la même année. Il se trouva à la déroute de Tournay, le 29 avril 1792, et y fut très grièvement blessé d'un coup de pistolet au front, en défendant son général, qui s'efforçait vainement d'arrêter le désordre et que ses soldats massacrèrent lâchement. On abandonna le capitaine Dupont dans un fossé, le croyant tué, et le marquis de Grave, ministre de la Guerre, annonça sa mort, dans un rapport officiel, avec l'expression des regrets les plus honorables.
Ayant appris que la mémoire de son infortuné général était l'objet des plus indignes calomnies, le jeune officier, à peine remis de sa blessure, se rendit à Paris, et défendit avec chaleur, devant l'Assemblée Nationale, la cause du général Dillon ; il obtint une pension pour la veuve et les enfants de son chef, et le Roi, voulant honorer d'une manière toute particulière le courage et le dévouement du capitaine Dupont, lui décerna la croix de Saint- Louis. Par une exception unique et très flatteuse, l'Assemblée Nationale le dispensa, par un décret spécial, de la condition d'âge, toujours exigée d'après les statuts de l'Ordre.
Dans cette même expédition de Tournay, l 'adjudant-général Dupont de Chaumont, frère aîné du capitaine Dupont de l'Etang, fut atteint d'un coup de feu au bras droit, et reçut comme récompense la croix de Saint-Louis, sur la proposition de Carnot.
Devenu aide de camp du général Arthur Dillon, le ipr mai 1792, le capitaine Dupont fut nommé provisoirement adjudant-général lieutenant-colonel, par le général en chef Dumouriez, le 18 septembre 1792, et confirmé dans ce grade le 8 mars 1793. Il se trouva à la journée de Valmy et au combat des Islettes. — - Après la mort de son général, qui porta sa tête sur l'échafaud, il devint chef d'état-major des troupes actives de la Belgique, et il était à Bruxelles quand Dumouriez y arriva avec ses troupes battues à Neerwinden.
(1) C'est à la Légion do Maillebois que Dupont et Macdonald se lièrent d'une amitié que rien n'altéra jamais, pendant le long espace de cinquante-six années, et qui ne se termina que par la mort. Tous deux moururent en i84o, à quelques mois d'intervalle. Dupont succomba le premier, et Macdonald témoigna hautement, dans des lettres touchantes, la douleur que lui causa la perte d'un ami, que des malheurs immérités lui avaient fait chérir encore davantage.
DE 1 78ri A MARENGO f).")
Le général Dampierre ne larda pas à prendre le commandement de L'armée du Nord, et Pierre Dupont fut nomme adjudant général chef de brigade, le 16 avril 179.3.
Un corps d'armée ayant été formé sous les murs de Lille, pour couvrir cette partie de la frontière, le commandement en fut confié au général Lamarlicre, qui prit Dupont pour chef d'état-major. Ce général fut bientôt destitué, et les Représentants du peuple à l'armée du Nord, frappés de l'activité et de l'intelligence du jeune chef d'étal-major, usèrent de leur pouvoir suprême pour lui conférer le commandement en chef, quoiqu'il n'eût que le grade de colonel. Dupont se refusa modestement à occuper ces hautes fonctions, et ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à faire modifier l'arrêté qui déjà avait été expédié au Comité de Salut Public. 11 refusa de même le commandement de l'armée de la Moselle, donnant ainsi l'exemple d'un désintéressement bien rare : « Si j'avais suivi alors l'impulsion de ma destinée, écrit-il dans ses Mémoires, j'aurais devancé nos plus anciens généraux en chef. Pichegru, Hoche, Moreau, n'ont paru qu'après cetle époque primitive de la guerre. Cette priorité m'offrait le plus haut rôle à jouer, et j'ai résisté à la fortune. Ce principe de désintéressement m'a toujours guidé, et je crois même qu'il pourrait paraître exagéré dans certaines circonstances (1). » — Le désintéressement fut, en effet, la note dominante du caractère du général Dupont, et il en donna une marque frappante, lorsqu'après avoir exercé, à l'armée d'Italie, le commandement de trois divisions et gagné la grande bataille de Pozzolo, qui fut le glorieux pendant de celle de Hohenlinden, il accepta, sans la moindre observation, de devenir simple divisionnaire dans la Grande Armée.
Nommé général de brigade par les Représentants du peuple près l'armée du Nord, le 26 août 1793, Pierre Dupont conserva ses fonctions de chef d'état-major et joua un rôle prépondérant dans toutes les opérations de la campagne. « Il se servit de l'influence qu'il exerçait sur l'esprit du général Houchard, qui venait de succéder à Custine dans le commandement, pour le déterminer à devancer le duc d'York, et à couvrir Dunkerque par l'occupation du camp de Cassel, ce qui donna lieu à la victoire de Hondschoote et opéra le salut de nos places maritimes. Quelques jours s'étaient à peine écoulés, lorsqu'il se distingua de nouveau au combat de Menin, où il fit mettre bas les armes à un bataillon de grenadiers commandé par le prince de Hohenlohe. Le combat de Roubaix, préparé par le général Dupont, eut également une issue heureuse (2). »
Ces succès n'ayant pas empêché le général Houchard d'être sacrifié au milieu de sa gloire, le général Dupont se trouva un instant menacé d'un sort semblable ; le dévouement dont il avait fait preuve envers le général Théobald Dillon, le rendait d'ailleurs suspect. Pour le sauver, les Représentants du peuple, témoins de ses services et de son dévouement à la patrie, l'engagèrent à se retirer dans ses foyers pour se rétablir de ses fatigues et de ses blessures, et ils facilitèrent son départ en lui remettant les certificats les plus élogieux, circonstance absolument unique à cette époque si tourmentée, où la suspicion et la délation semblaient à l'ordre du jour. — L'état-major de l'armée du Nord fut arrêté et conduit dans les prisons de Paris.
(1) Mémoires inédits du général Dupont.
(2) Fastes de la Légion d'honneur, i844-
5 G I.E GÉNÉRAL DUPOHT
« Je n'avais pu, écrit le général Dupont, échapper au dangereux honneur de.-> épaulettes éloilées. Macdonald, mon plus ancien frère d'armes et mon ami particulier, les avait reçues en même temps, malgré les efforts qu'il avait aussi tentés pour décliner cette faveur perfide et nous nous en étions fait de réciproques doléances (i). »
Le général Dupont resta à Chabanais, sou pays natal, jusqu'à la fin de la Terreur, protégé par l'estime de tous ses concitoyens. Il y vécut avec son frère Dupont de Chaumont, également devenu général, et qui s'était particulièrement distingué à la bataille de Jemmapes, où il avait été blessé d'une balle au bras gauche. Après la chute de Robespierre, il se rendit à Paris, où son frère aîné eut le commandement des troupes composant la petite armée de la Convention. Il assista à la journée du i3 vendémiaire. « N'ayant point de destination spéciale dans celte occasion, écrit le général Dupont, j'observais ce qui se passait et je remarquai bientôt un officier d'état-major qui passait et repassait sans cesse, portant des ordres. Son air étranger et sa mise négligée me donnèrent la curiosité de savoir son nom. C'est, me dit le député ïhabaud qui se promenait à côté de moi, un officier que Barras a connu au siège de Toulon. Il s'appelle Bonaparte ; il est Corse ; on dit qu'il a de l'esprit (2). » Nommé président d'un Conseil de guerre chargé de juger les vaincus de celte journée, le général Dupont refusa obstinément de jouer ce rôle surtout politique, et des ordres réitérés ne purent vaincre sa détermination.
A peu de temps de là, le Directoire ayant remplacé la Convention, Carnot, qui connaissait les brillants services du général Dupont à l'armée du Nord, son activité et ses talents, lui confia la direction du Cabinet topographique, grand bureau militaire qu'il venait de créer en dehors du ministère de la Guerre, pour centraliser la direction des armées. Ce Cabinet fut installé dans l'hôtel de la Trémoille, près du Luxembourg ; sous ce nom si modeste, il fut, en réalité, une sorte de ministère particulier, et comme l'étatmajor général de toutes les armées de la République, le point où se décidaient l'organisation et les mouvements des troupes, où s'élaboraient les plans de campagne, où se faisait la correspondance du gouvernement avec les généraux en chef. Des officiers supérieurs distingués étaient adjoints à ce bureau ; Clarke et Dupont dictaient les dépêches, puis les soumettaient à Carnot, qui les présentait à la signature du Directoire.
Le général Clarke ayant été chargé d'une mission diplomatique, Dupont resta seul à la direction du Cabinet topographique ; c'est dans ces hautes et délicates fonctions, qu'il se trouva en rapports d'amitié avec les généraux marquants de l'époque, et qu'il prit une connaissance complète de tous les services de l'armée. Rien ne saurait donner une idée de l'activité qui régnait dans ce Cabinet de la guerre ; on n'y connaissait pas le repos de la nuit ; des courriers extraordinaires y entraient et en partaient à toute heure, apportant les rapports des généraux en chef ou leur portant des instructions, des ordres ; et l'on ne saurait trop faire remarquer que les services rendus par le Cabinet topographique, sous la direction du général Dupont, répondent à l'époque des plus éclatants triomphes de la République.
Avant d'aller prendre le commandement de l'armée d'Italie, et après avoir pris congé
(1) Mémoires inédits du général Dupont.
(2) Mémoiros inédits du général Dupont.
DE I78/1 A MVRENGO 5~
du Directoire, Bonaparte vint l'aire ses adieux au Cabinet topographique, et il examina longuement, sur la carte, avec le général Dupont, le terrain qui allait devenir le théâtre de la guerre.
Les talents déployés par le général Dupont avaient vivement frappé Carnot, et lorsque Jourdan, repoussé de l'Allemagne, dut battre en retraite et repasser le Rhin, le Directoire fil choix du directeur du Cabinet lopographique pour lui donner le commandement en chef de l'armée de Sambred-Meuse. Le général Dupont fit ses préparatifs de départ, mais, au dernier moment, le Directoire, n'ayant pas trouvé à le remplacer à la direction des armées, jugea préférable de le conserver auprès de lui, dans le poste jugé le plus important, et nomma le général Bcurnonvillc à l'armée de Sambre-et-Meuse. En témoignage de haute estime, et comme pour marquer toute l'importance des services rendus par le Cabinet suprême de la guerre, le Directoire éleva le général Dupont au grade de général de division, le 2 mai 1797 ; il n'avait pas encore trente-deux ans.
Les lettres qui suivent, et que nous choisissons dans la volumineuse correspondance du général Dupont, outre l'intérêt historique qu'elles présentent, montrent de quelle considération exceptionnelle le général jouissait dans l'armée, et quelles étaient ses relations avec les hommes les plus considérables de l'époque, avec des personnages, cpii, après l'avoir flatté quand il était puissant, l'abandonnèrent délibérément lorsque la main du maître s'appesantit sur lui, au mépris de toute justice et de toute vérité.
ARMÉE D'ITALIE
8' DIV°n MILrc
Au Quartier Général de Marseille, le 2/1 fructidor an IV.
Willot, Général Divisionnaire, Commandant le 8e Div°" milrc. Au Citoyen Dupont, Général de Brigade,
J'ai reçu votre obligeante lettre, mon cber Camarade, et malgré le désir pue j'ai d'entretenir avec vous une correspondance très active, les occupations pressantes que me donne la division, prennent tout mon temps
Tout va fort mal ici, tout nous menace d'une explosion prochaine. En vain j'ai écrit aux
ministres, au Directoire, pour peindre ma situation, je n'ai reçu encore aucune réponse (Il
se plaint qu'on lui enlève toutes ses troupes).
La troupe qui me reste, mal nourrie, mal payée, harassée de service, est livrée à la séduction des agitateurs dont l'audace s'accroit par la protection des autorités Constituées qu'on ne se hâte pas de renouveler. Que puis-je faire dans une ville comme Marseille avec une poignée d'hommes, lorsque je suis contrarié dans toutes les mesures que je prends, par les commissaires de Directoire, les juges de paix, et les municipaux et les commissaires de police et ceux des isles et ceux des sections ? La lie des départements arrive ici de toute part, elle y est nourrie, je ne puis faire arrêter un déserteur, un vagabond, sans riscpier de compromettre l'autorité et d'occasionner un mouvement général. La garde nationale ayant en tête tous les amnistiés et les scélérats, est une armée contre moi. L'homme de bien qui a eu de l'espoir à mon arrivée, se cache et tremble ; les agitateurs ont des armes, des munitions en magasin. Les canonniers, troupe exécrable, sont pour eux. Hier, j'ai dissipé un rassemblement d'un millier d'hommes sans coup férir. Afin de couvrir leurs intentions perfides, ils crient : Vive la Républicpie ! et si nous sommes attaqués, on dira que j'ai fait massacrer des républicains. Suis-je envoyé ici pour me perdre, ou me déshonorer ? Quoi qu'il arrive, je périrai plutôt que de laisser avilir l'autorité qui m'est confiée »
Je ne puis faire exécuter un seul mandat d'arrêt ; comment tranquilliser ce pays, tant que les criminels jouissent de l'impunité.
Les chefs de parti ont toujours à la bouche les grands mots de bien général, de liberté, d'égalité. Des clubs se tiennent la nuit dans des maisons particulières, les journaux incendiaires sont répandus, enfin ces gens se conduisent pour amener la guerre civile, comme les Jacobins l'ont fait pour renverser le trône. L'irrésolution, la faiblesse des agents du gouvernement, les a aidés
Voilà une longue lettre, que je n'ai pu soigner, parce que je n'en ai pas le temps, mais elle vous donnera une juste idée des dangers qui nous menacent. Agissez près du Directoire, servez, mon cher camarade, votre pays et la patrie, en en sollicitant les mesures qu'il est instant de prendre, et comptez sur moi (i).
Salut et fraternité.
Signé : Willot.
Milan, le Ier nivôse an 5e repn.
J'ai trois lettres de vous, mon cher Dupont, auxquelles je n'ai point encore répondu
Quand vous m'écrirez de nouveau, donnez-moi plus de détails, je vous prie, ou si vous n'en avez pas le temps, faites écrire votre collègue Bcllavène
Je n'aperçois pas encore que Mantouc veuille tomber en notre pouvoir. Wurmser, sommé par Kilmaincquiy commande, a fait répondre qu'il désirait mériter notre estime, et celle de ce général en particulier, etc. Il me paraît que nous n'avons aucune idée précise de ce qui en sera, c'est-à-dire du moment où cette place se rendra. On devait essayer de la brûler le 20 frimaire, mais Bonaparte, craignant quelque attaque de l'ennemi, n'a pas osé aventurer son artillerie. Il est allé faire une espèce de revue de l'armée, après laquelle il donnera sans doute des ordres pour le bombardement. On m'assure qu'il sera demain de retour à Milan. Son frère Louis, qu'il a envoyé hier à son épouse cpii est ici, le lui a annoncé.
(Suivent de longs détails relatifs à l'administration des pays conquis.)
Vous ne m'avez pas dit, mon cher ami, en quelle qualité du Poujet, mon parent, était porté sur l'État de la Garde du Directoire. Faites-lui dire que je recevrai avec plaisir de ses nouvelles. — J'espère que Bcllavène m'écrira souvent. Je suis enchanté, mon cher Dupont, cpie vous en fassiez votre ami
Le général Bonaparte n'a pas été trop affligé de l'espèce VTÉtat de situation cjui lui a été envoyé, parmi d'anciens États envoyés par l'Etat-Major. Il a dû répondre à ce sujet au Directoire, ou répondra très incessamment. Le vrai est qu'il faut encore des troupes dans ce pays et conséquemment de nouveaux secours à extraire du Rhin pour conserver l'Italie, et faire bientôt la paix
Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de ma famille
Tout à vous, G. Clarke.
J'ai reçu la lettre que Bonaparte m'avait écrite au sujet d'Elliott, vous l'avez fait imprimer, ainsi je n'ai plus rien à dire. Je vous assure que je ne m'impatiente pas médiocrement de ce que la Cour de Vienne ne m'a pas encore expédié de passeports. Je continue à les attendre. Il se pourrait que l'on eût cru que le Directoire Exécutif aurait dû les demander lui-même. On attend ici l'arrivée de Villemanzy comme celle du Messie. — On peut permettre à Denniée de rentrer dans l'Intérieur, car sa santé est perdue. Je vous embrasse et tout le cabinet topographique. Mille choses au jeune Carnot et au Cen Collignon, etc (a)
(1) Archives Dupont.