‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 5 sur 97 · DE I784 V MARENGO · texte numérisé non relu

DE I784 V MARENGO

Au Quartier Général de Goritz, le 5 germinal, à 11 heures du soir.

Je n'ai qu'un moment, mon cher Dupont, pour vous faire part des heureux succès qui couronne nos dispositions.

Nous venons de percer l'ennemi dans tous les points ; k généraux, 6000 hommes, 7 drapeaux, 20 pièces de canon, a5o chariots, environ 1 200 chevaux, sont les résultats des pertes que l'ennemi vient tic faire dans les affaires du 3 et du l\.

Le prince Charles est hattu à plate couture et croyés que nous ne nous en tiendrons pas là. Les jours et les nuits seront employés à suivre nos succès et à en tirer tous les avantages possihle.

Mais si le gouvernement veut les rendre décisifs, faites attaquer sur le Rhin, quand hien même vous deveriés y être battu. — Retenés les forces de l'ennemi dans cet parti ou suivés-les si elles vont au secours de Vienne, et l'Empereur est perdu.

Bonaparte rend compte au Directoire. Je me réserve à vous envoyer une relation détaillée quand tout notre mouvement sera décidé et que nos trois corps d'armée seront réunis. Secondés nous et vous dicterés la paix.

Je n'ai que le tems de vous embrasser. Vous jugés que le chef de l'état-major a quelques affaires ; mais jamais l'on n'est fatigué lorsque l'ennemi est si complètement battu. — Rappelés moi au souvenir du directeur Carnot.

Signé : Alex. Bekthier.

Bergame, Brescia, Cicnnc sont en révolte contre le gouvernement vénitien. — Le peuple veut l'indépendance. Véronnc dit-on va si joindre, Visence et Bassano. Donnés la liberté à la Lombardie.

Que je m'aplaudis d'avoir été de l'avis de ne pas perdre notre tems à aller à Borne et de revenir sur l'ennemi qui battu met tout en notre pouvoir. — Nos succès tienne à l'activité avec laquelle la campagne a été commencé (1). B.

Au Quartier Général de Clagenfurth.

Je n'ai que le temps, mon cher Dupont, de vous assurer que nos affaires vont bien. — Le prince Charles est devant nous avec les débris qu'il a ramené. — Le Tirol est évacué. — Nous manœuvrons pour empêcher la réunion des différentes colonnes que nous avons battu.

J'espère que nous aurons la paix. — C'est l'objet de toutes les démarches de Bonaparte, qui rend compte de tout au Directoire.

Demain nous attaquerons le prince Charles s'il lient à la position qu'il occupe à Frieschcn route de Clagenfurth à Ncwmarck et Vienne.

Je vous embrasse. Je ferai ma relation quand notre jonction avec l'armée du Tirol sera faite (2).

Signé ; Alex. Berthier.

ARMÉE D'ITALIE

Au Quartier Général de Léoben, le 27 germinal an V.

Je reçois à l'instant, mon cher Dupont, vos deux lettres et je n'ai que le tems de vous écrire quelques mots.

Vous savés où nous en sommes à l'égard des négociations ; j'espère qu'elles se termineront d'une manière convenable à nos intérêts et à ceux de la Lombardie : Venise c'est-à-dire les

(1) Archives Dupont.

(a) Archives Dupont.

Étals de la Terre Terme serviront à tout arranger. Le Gouvernement vénitien s'est conduit d'une manière affreuse et a démasqué toute la fausseté et toute la perfidie vénitienne; aussi avons-nous pris des mesures terribles, toute demi-mesure nous aurait infailliblement compromis.

La paix est nécessaire sous tous les rapports, notre position militaire très belle en ce moment pourrait changer si les armées du Rhin n'obtenaient pas les succès désirés.

Nous avons des corps d'observation dans l'État de Venise, prêts à désarmer les troupes du Sénat s'il y a lieu. Kilmaine observe nos derrières et est chargé d'assurer nos communications. Joubert, qui a fait une faute en ne laissant pas une division ainsi qu'on lui avait ordonné pour couvrir Trente, est sur le flanc de l' ennemi qui est dans le Tyrol et cjui ne fait pas un pas. Baraguey d'Hilliers est détaché pour retourner en Italie et renforcer les gorges de l'Adige sur Trente et Bolsano.

Toute noire armée en masse menace Vienne ; si les négociations se rompent, ce qui ne paraît pas vraisemblable, nous attaquerons avec fureur. Si les armées du Rhin nous secondent bien nous changerons tout le système politique de l'Europe, mais je préfère la paix avec les limites du Rhin et les Républiques Lombarde et Cispadanc aux dépens des perfides Vénitiens.

Nous réunissons nos troupes, nous faisons arriver nos munitions, objet très difficile ; il nous sera aisé de le juger par notre éloigncmenl et par les difficultés des montagnes de la Carinthie. Enfin, mon cher général, soyez bien assuré que Bonaparte ne perd rien de vue pour remplir les intentions du Gouvernement, et que l'armée partage les mêmes sentiments.

Je vous embrasse de tout mon cœur,

Signé : Alex. Berthier.

Position de l'armée

La division Masséna à Bruck.

Serrurier sur la droite, route de Gratz à Forleiten. Son avant-garde à Gratz.

Augereau à Léoben.

Bernadollc à Saint-Michel, près Judemburg, occupe Rottermann ; a un détachement de 3ooo hommes à Diebacb qui couvre Triestc et observe le corps ennemi à Fiumc.

Joubert à Villach.

Delmas à Spital, occupe Rastadt et Lienz dans le Tyrol.

Baraguey d'Hilliers marche pour soutenir et renforcer les troupes qui sont à Trente, en traversant les Etats \énitiens et être prêt à marcher dans le Tyrol.

Victor est à Trévise prêt à agir dans l'État de Venise, à rejoindre la grande armée ou à marcher sur le Tirol.

Kilmaine avec les dépôts d'infanterie, de cavalerie, observe, assure nos derrières et dispose les forces en Italie.

Clagenfurth est en état de défense et occupé par nos troupes.

Gradisca, Gorizia et Palma, de même.

La Chiusa Vénitienne et la Cbiusa Autrichienne sont occupées dans les gorges de Tarcisa, conduisant sur Gradisca et sur Valvasone (i).

Au Quartier Général de Réesse, le 3o germinal an V.

Je n'ai que le temps de vous dire un mot, mon cher Dupont, soyez bien convaincu que nous avons tiré tout le parti possible de la terreur qu'a inspiré la hardiesse, et l'audace de nos derniers mouvements.

Vous êtes assez militaire, pour sentir tous les dangers de notre position. Les armées du Rhin

(i) Archives Dupont.

DE I784 A MARENGO Gl

n'ayant pas passé ce fleuve, je ne doute pas que le Directoire Exécutif n'approuve lout ce que nous avons fait. Je vous jure que rien ne peut être plus avantageux aux intérêts de la République.

Les Hongrois se levaient en masse en arrière de notre flanc droit, les Tyroliens de, même sur notre flanc gauche, le pays de Yenizc en insurrection sur nos derrières, heureusement que nous avons fait revenir à tems les troupes qui étaient restées dans les États du pape, lesquelles contiennent les Etats de Venise. Je vous embrasse, en attendant que je puisse le faire moi-même. Je n'entrerai pas dans d'autres détails, la correspondance de Bonaparte dit tout ; il veut absolument avoir un congé pour aller à Paris (1).

Signé : Alex. Bertiiieh.

ARMÉE D ITALIE

Au Quartier Général de Trier, le 1 1 floréal an V.

Le Général de Division, Chef de l'Etat-Major, à son ami le général Dupont.

J'ai reçu toutes vos lettres, mon cher général ; mes courriers expédiés au Directoire vous auront répondu.

11 faut regarder comme un de ces coups du bon génie de la République le moment où la paix s'est faite. Le Gouvernement de A enise avait résolu l'assassinat des Français. Tout l'annonce, mais notre armée reployée dans les états de terre ferme y vengera le sang français.

Vous devés déclarer la guerre à cette perfide république ; nous aurons déjà fait ce que la dignité du peuple français exige. Vous considercrés notre énergie et notre dévouement à la patrie.

Nous ne ferons rien cpie digne de notre caractère. Bonaparte, Clarke écrivent. Il ne me reste qu'à vous réitérer l'assurance de mon inviolable attachement. Rappelés moi au souvenir des directeurs Carnot et Le Tourneur.

Si Bonaparte va à Paris, il désirerait que je reste à l'armée ; croyés que tout ce qui sera utile à la République me conviendra, et que je me trouverai toujours bien où le Gouvernement me placera.

Cependant mon cher ami un peu de repos me conviendrait. Mon tems à mon pays : je ne me compterai jamais pour rien dans les objets personnels.

Nous sommes assés heureux pour avoir maintenu la plus exacte discipline dans les étals de l'Empereur, et si nos armées y revenaient chacun nous rocevrait avec confiance (2).

Signé : Alex. Berthier.

Montebello, près Milan, le 3o floréal an V de la Rép1' fre.

Je suis avec le général en chef Bonaparte à Montebello près de Milan, où j'attends comme lui M. de Gallo dont nous n'avons ni vent ni nouvelles, et les détails que vous nous donnerés sans doute très incessamment sur celui des membres du Directoire que le sort fera sortir. Ce dernier article ne nous intéresse pas peu et surtout moi qui ne puis me dissimuler que mon sort particulier dépend presque uniquement de l'existence du Ce" Carnot au Directoire, puisque c'est lui seul cpii m'a proposé pour des fonctions que j'ai remplies avec zèle et qui ont été accompagnées de tant de contrariétés, mais auxquelles se trouvent liées et mon état futur et mon honneur qu'une cabale pourrait chercher à vouloir ternir, sans qu'un reproche puisse m'ètre fait.

(1) Archives Dupont.

(a) Archives Dupont.

Vous voyés tout en beau, mon cher Dupont, sur ce qui nie regarde. Cela ine rassure parfois, mais pas toujours, car je sens que les ennemis du C'" Carnot, ne trouvant guère de moyens de l'attaquer en face, se précipitent sur moi avec un acharnement qui tient du délire et que mon silence aurait dû faire cesser. Je ne sais si au moment où je vous parle je parcours la carrière de la gloire, ou celle de l'ambition ou bien celle du malheur ; encore quelques jours et ma situation sera fixée. On m'a dit qu'elle l'avait déjà été bien désagréablement ; vous n'en avez rien sçu, ou vous n'avez rien voulu me dire. Les lettres du général Bonaparte ont dû me replacer où la confiance du Cpn Carnot m'avait mis et où il a sans doute aidé à me faire remonter.

A une grande distance certaines eboses afi'cclcnt, et quand on est lancé et qu'on se propose le Bien, tout ce qui détourne du but, ou vous met hors d'état de jamais pouvoir l'atteindre, inquiète, irrite ou abat. Si c'est la carrière de la gloire (comme vous le croyez, mon cher Dupont), dans laquelle je me trouve, il faut convenir qu'il est bien difficile de l'atteindre, mais tant que vous penserés que je ne puis pas l'avoir perdue de vue, je vous en croirai sur parole ; si je parcours celle de l'ambition, ah je vous assure qu'elle dégoûterait le diable, mais enfin vous en jugerés ; si c'est celle du malheur, qui, comme vous le savés m'est assés familier, votre

première me l'apprendra Mon cher Dupont, Vanitas Vanitalum et omnia Vanilas. Il y a des

moments où on est tenté de relire saint Jérôme et tous les pères du Désert, mais je me tais car il faut ménager vos moments.

Après ce bien ennuyeux préambule vous allés croire peut-être que je dois être d'une extrême tristesse. — Point du tout ; nous sommes très gais à Montebello ; c'est un joli château, avec une vue superbe, etc., etc. On y joue aux barres, etc., et s'y promène ; on y cause ; la conversation de Bonaparte, dans ces moments de calme, est extrêmement intéressante, et il me traite avec beaucoup d'amitié.

Je ne vous écris rien de diplomatique aujourd'hui. Je n'écris point au Directoire, je n'écris point au Ce" Carnot que je vous prie de remercier de sa lettre qui mérite toutes mes méditations. — Je pense, qu'il faut voir M. de Gallo avant de pouvoir décider quelque chose ; en attendant, souvenés vous qu'il importe extrêmement de conserver vis-à-vis de l'Autriche les apparences les plus hostiles, que O'Hugut est encore en place, et qu'il reste à l'Angleterre quelques guinées.

Veut-on la Sardaigne, oui ou non ? L'Infant de Parme ira-t-il en Portugal, oui ou non ? Voilà ce qu'il importe de nous dire. Veuilles, mon cher Dupont, m'écrire ou faire écrire à ce sujet et laissés au Gal Bonaparte le soin de tout disposer en Italie suivant les événements. Ils ne peuvent que nous être favorables.

Je vous réfère aux lettres de ce. général pour les affaires de Venise. Nous occupons cette capitale avec 6000 hommes. — Félicités le jeune Carnot et son épouse sur la naissance de leur fils. Présentés mes respects à son frère dont je n'oublierai jamais les bienfaits. — Dites chez moi que je me porte bien et que je ne suis pas en train d'écrire : embrassés Bellavène et l'honnête Hustrel que je vous recommande extrêmement (1).

Tout à vous,

G. Clarke.

P. -S. — Nous avons ici l'idée que Perignon ou Barthélémy seront au Directoire.

ARMÉE D'ITALIE

Au Quartier Général de Milan, le n thermidor an \ de la République.

Alexandre Berthver, Général de Division Chef de l'État-Major de l'Armée d'Italie. Au Général de division Dupont,

Si je ne vous écris plus aussi souvent, mon cher Dupont, c'est que mes lettres ne vous apprendraient rien. — Clarke vous tient, au courant des nouvelles diplomatiques, et la corres-

(1) Archives Dupont.

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Lettre du général Berthier au général Dupont.

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