CHAPITRE IV
HASLAGH. ALBECK
L'armée des Côtes de l'Océan, formée par la réunion des troupes réparties dans les camps d'Utrecht, de Bruges, de Saint-Omcr, de Montreuil et de Brest, avait, comme nous l'avons indiqué, reçu une organisation définitive au mois de prairial (juin) iSoô. L'Empereur y avait fait entrer une avant-garde aux ordres du maréchal Lannes, une réserve générale sous le commandement du prince Louis, et enfin le corps d'élite de la Garde Impériale, sous ses ordres immédiats.
Ne pouvant franchir le détroit sans la protection d'une flotte, et ne voyant point arriver l'amiral Villeneuve, Napoléon avait dû renoncer à l'expédition d'Angleterre, et il s'était livré immédiatement, avec son incomparable activité, à l'étude d'un nouveau projet de guerre continentale.
Une redoutable coalition s'était ourdie à l'orient de l'Europe, sous la direction de l'Autriche, aidée de la Russie, de la Suède et de l'Angleterre. Trois attaques principales devaient être dirigées contre la France : au Nord, sur la Hollande, par 4o ooo Anglais, Russes et Suédois, qui s'empareraient du Hanovre ; sur la frontière de l'Est, par 180 ooo Austro-Russes, qui remonteraient la vallée du Danube; en Lombardie, par i/jo ooo Autrichiens qui pénétreraient en France par les Alpes Dauphinoises. Un corps de /joooo Autrichiens, dans le Tyrol, relierait les deux grandes armées d'Allemagne et d'Italie, et pourrait, le cas échéant, entrer en Franche-Comté. Enfin, au Midi de l'Italie, se réunirait une cinquième armée de 5o ooo Anglais, Russes et Napolitains, qui irait renforcer l'armée principale, dans la vallée du Pô. Napoléon estima que les attaques par la vallée du Danube et par la Lombardie étaient seules sérieuses, la Prusse gardant la neutralité.
Les Russes étant encore très éloignés, Napoléon eut d'abord l'idée de les devancer avec le gros de ses forces dans la vallée du Danube, vers lTsar ou l'Inn, de se placer entre eux et les Autrichiens, et d'écraser ceux-ci avant que leurs alliés aient pu les joindre. Il se proposait de tourner la Forêt-Noire par le Nord, et de s'avancer le plus loin possible sur la rive gauche du Danube, de façon à éviter les lignes de défense naturelles que forment les affluents de la rive droite, l'Iller qui vient du Tyrol et se jette dans le Danube auprès d'Ulm, la Gùnz dont le confluent est à Gûnzburg, le Lech qui passe à Augsbourg et vient tomber dans le Danube au-dessous de Donauworlh, et lTsar qui passe à Munich et se